
Arbitre de foot : un métier sous pression
Arbitrer de nos jours, ce n'est pas seulement courir sur un terrain et distribuer des cartons. C'est aussi :
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Se faire insulter par des joueurs et des spectateurs vous considérant comme un boulet à l'avancée du jeu (un spectateur : « Putain, c'est pas vrai, il va siffler le moindre contact, ô l'arbitre, ô débile ! »)
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Expliquer les lois d'un sport qu'on n'a même pas pratiqué au haut niveau et que l'on n'aime même pas parfois (image de l'arbitre qui siffle la mi-temps alors qu'un attaquant était en face à face avec le gardien adverse. Interrogé par l'entraîneur de l'équipe qui avait le ballon, il affirme : « trois minutes d'arrêts de jeu, c'est pas quatre »)
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Se trouver à deux kilomètres de l'action alors que la fédération a offert des stages de mise à niveau en début de saison (image d'arbitres en thalassothérapie)
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Contredire un de ses assistants par pur égocentrisme alors qu'on n'a rien vu de l'action (l'arbitre du centre fait signe de continuer à jouer alors que l'assistant, bien mieux placé, avait vu une faute aux abords de la surface)
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Porter un sponsor sur la tenue et tomber dans la starisation alors que jusqu'aux années 90 on connaissait tout juste les noms des arbitres (affiche d'une pub où un arbitre vante les mérites d'une marque de crème solaire)
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Se montrer hautain et méprisant en conférence de presse (« Vous étiez sur le terrain pour dire que c'était injouable ? Bon alors... Au plaisir de vous revoir monsieur. »)
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Recevoir diverses menaces écrites et des projectiles, avoir des enfants maltraités par leurs camarades de classe (« Ton père, c'est un enculé, il a volé l'OM »)
GROS PLAN SUR L'ARBITRE DU SPOT QUI A UN VISAGE TUMÉFIÉ ET RESPIRE DE MANIÈRE TRÈS SACCADÉE : « C'EST UN MÉTIER VIVANT... ET C'EST ÇA QUI ME PLAÎT »

Caissier en supermarché : un métier usant
Caissier de nos jours, ce n'est pas seulement récupérer des articles sur un tapis, les pointer et les transmettre au client. C'est aussi :
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Appeler un collègue en catastrophe pour qu'il vous trouve un prix (« Martine ! Il passe pas le code-barres, tu peux aller voir en rayon ? »)
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Devoir répondre au client, même sur un sujet qui n'est pas de votre ressort (le client : « Hé ! Ils devaient pas baisser les prix depuis la réforme de la TVA ? »)
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Devoir arbitrer les gamineries des clients (une dame âgée interpelle le caissier : « Vous avez vu hein ? J'étais dans la file d'attente avant lui »)
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Faire face au dilemme de la réaction à avoir face à un braquage (petit A : le caissier donne l'argent sans discuter, le patron le réprimande « Alors vous, on attaque votre boîte et vous ne tentez rien ? » ; petit B : le caissier déclenche l'alarme et tente de maîtriser l'inopportun qui, dans l'affolement, tire une balle n'importe où, le patron sermonne le caissier « Et alors, qu'est-ce qui vous a pris ? Imaginez, si un client passait par là, il se prenait une balle »)
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Acquérir des gestes de plus en plus mécanisés et les importer dans son cadre privé (le caissier à table avec sa femme et son fils d'environ huit ans, ce dernier demande le sel, son père lui transmet en ayant auparavant mimé le geste de pointage du code-barres)
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Servir de contre-exemple pour des millions de mères voulant faire peur à leurs enfants (« Tu vois Daniel, si tu ne travailles pas à l'école, tu vas faire ça comme boulot plus tard »)
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Être poursuivi par les clients pendant ses pauses parce que la tenue vous trahit (« Excusez-moi monsieur, la bouteille d'huile d'olive, elle est moins chère ici ou au magasin d'en face ? »)
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Devoir gérer un client qui a acheté uniquement des produits donnant droit à des bons de réduction et attend la fin du mois pour les utiliser en rafale. Il choisira de préférence le samedi après-midi, laissant peser sur vos épaules le poids de l'impatience de la file d'attente à mesure que vous comptez
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Être obligé de demander comme un perroquet si les gens ont la carte du magasin, pour éviter au maximum qu'on vous la donne après le paiement ou qu'on vous reproche de ne pas y avoir fait référence
GROS PLAN SUR LE CAISSIER QUI A UN VISAGE USÉ PAR LE RYTHME INTENSIF ET CONTINUE À FAIRE DES MOUVEMENTS DE TRANSMISSION D'OBJETS AVEC SES BRAS BALLANTS : « C'EST UN MÉTIER VIVANT... ET C'EST ÇA QUI ME PLAÎT »

Chauffeur de bus : les défis du quotidien
Chauffeur de bus de nos jours, ce n'est pas seulement amener des usagers d'un point à un autre. C'est aussi :
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Vendre des tickets pendant qu'on conduit et risquer l'accident à tout instant (le passager lui remet un billet de 5 euros pour une place coûtant 1,30, le chauffeur tâtonne en cherchant de ses mains les bons compartiments pour lui rendre la monnaie tandis que ses yeux ne quittent pas la route)
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Devoir répondre à des demandes des usagers pouvant porter sur une toute autre ligne que celle que vous desservez (une dame âgée, soucieuse : « Vous ne sauriez pas où je dois faire le changement pour rejoindre la ligne 188 ? » Le chauffeur : « Je n'ai pas de correspondance avec ce bus, madame. » La dame : « Oui, d'accord, mais vous devez bien avoir une correspondance avec un bus qui lui croise la ligne 188 », le chauffeur maugrée dans son coin et émet un soupir prolongé)
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Se voir invectiver par un usager parce que vous ne vous êtes pas arrêté à un endroit alors qu'il n'a même pas appuyé sur le bouton (un papy, se déplaçant de la porte du milieu vers l'avant du bus : « Mais c'est quand même incroyable ça, eh ben il va m'entendre »)
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Avoir des horaires purement théoriques et être victime des différentes manifestations et blocages réalisés par les mêmes gens qui se plaignent couramment de votre manque de ponctualité (le chauffeur est averti par talkie-walkie qu'il devra détourner son trajet pour éviter la manif des enseignants-chercheurs)
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Avoir des ampoules aux pieds à force d'appuyer sur les pédales et finir par marcher de manière brinquebalante en fin de journée (deux chauffeurs se retrouvent en fin de journée, l'un marche en penchant nettement à gauche et l'autre à droite. Le premier dit à l'autre : « Dis donc, on voit bien que ta ligne ne dessert pas le centre-ville, tu as dû bien accélérer encore ! »)
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Devenir claustrophobe à force d'être cloîtré dans son box et d'avoir le soleil pointé sur soi lors d'interminables feux rouges (le chauffeur respire/suffoque tel un asthmatique en pleine crise et conserve un regard noir durant toute la durée d'un feu rouge)
GROS PLAN SUR LE CHAUFFEUR AU VISAGE SUINTANT ET À LA DÉMARCHE BRINQUEBALANTE : « C'EST UN MÉTIER VIVANT... ET C'EST ÇA QUI ME PLAÎT »