
Nous nous sommes réveillés entourés de hauts murs arrondis, métalliques. Nous étions enfermés, emprisonnés. Quel crime avions-nous commis pour nous retrouver là ? Nous ne le savions pas.
Après avoir échangé quelques mots, nous nous sommes rendu compte qu'aucun d'entre nous ne se souvient de quoi que ce soit.
Personne ne sait qui il est, d'où il vient, ni pourquoi il se retrouve ici. Ce qui nous a sauté aux yeux, c'est le fait que nous nous ressemblons tous étrangement. Pour certains, cette ressemblance est même édifiante, évidente et... inquiétante.
Peut-être sont-ils frères ? Ils ne le savent pas, puisqu'aucun d'entre nous ne sait qui il est.
Nous attendons, serrés les uns contre les autres comme dans le métro de Tokyo à l'heure de pointe.
Au-dessus de nous, le même métal qui nous entoure. En dessous, un jus immonde, visqueux et sans couleur dans lequel nous pataugeons, transpirants, suintants, implorant une éventuelle libération.
Plusieurs heures ont passé.
Nous essayons de nous souvenir.
Combien sommes-nous ? Peut-être cent, deux cents, trois cents ? Nous avons essayé de nous compter, mais le manque d'espace, la pénombre, ainsi que la ressemblance incroyable de certains d'entre nous nous font perdre le fil du calcul.
Et de ces quelques centaines, pas un seul ne se rappelle qui il est et ce qu'il faisait avant de se retrouver là ? Mais bon sang, nous avons bien existé avant !
Qui nous a enfermés et pourquoi ? Pourquoi ? Mais parlez-nous !
Ça bouge. On nous secoue, on nous... transporte ?
Certains crient, d'autres s'accrochent où ils peuvent, c'est-à-dire aux autres.
Ça y est, on nous pose. Que va-t-il se passer maintenant ?
Quelque chose a transpercé le métal là-haut. Ça s'ouvre.
Une pointe tranchante déchire la totalité de la structure... Ça s'ouvre...
Ça se soulève, ça tangue, et on glisse !
C'est lorsque nous nous sommes retrouvés dans l'eau que nous avons compris : notre existence tout entière était, depuis le début, vouée à l'échec. Nous avions été créés pour finir ici.
C'est notre destin, à nous, les petits pois.