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Brigade spéciale d'intervention : L'ONU a-t-elle prit la place de l'OTAN ?

L'ONU déploie une brigade d'intervention en RDC pour neutraliser les groupes rebelles, marquant un tournant historique qui soulève des questions géopolitiques.

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La brigade spéciale d'intervention de l'ONU en RDC : un tournant historique

À l'est de la République Démocratique du Congo, où les groupes de rébellion sont les plus actifs, la décision de l'ONU d'envoyer une brigade spéciale d'intervention a suscité des réactions mitigées. Le 28 mars, l'ONU a voté l'envoi d'une brigade spéciale pour pacifier l'est de la RDC et neutraliser les groupes rebelles actifs. Cette brigade doit renforcer le mandat de la MONUSCO, déjà présente dans le pays.

Pourquoi le M23 conteste la décision de l'ONU

Le 1er avril, devant les caméras des journalistes nationaux et internationaux, le porte-parole du M23, Bertrand Bisimwa, a critiqué la décision de l'ONU de combattre les groupes rebelles et de stabiliser l'est du pays. Le M23, l'une des rébellions armées les plus actives à l'est de la RDC, dispose d'une direction militaire et politique.

Le M23 est l'abréviation du Mouvement du 23 Mars, correspondant à la date de la défection d'éléments de l'armée régulière congolaise. Ces derniers réclamaient des nominations spéciales dans l'armée congolaise et accusaient le gouvernement de ne pas avoir honoré les accords de 2009 signés entre la rébellion du CNDP et le gouvernement congolais.

Dans une interview diffusée sur TV5 MONDE, Bertrand Bisimwa a déclaré : « Ça serait la catastrophe, ça serait l'apocalypse. Cette solution-là, nous ne l'envisageons pas. Nous pensons qu'avec notre petite voix, nous allons inverser la vapeur, parce que nous ne sommes pas seuls derrière cette cause que nous défendons ; nous sommes tout un peuple. »

Cette déclaration soulève des questions : s'agit-il d'une déclaration de guerre contre l'ONU ? Le M23 menace-t-il un bain de sang ? Pourquoi Bertrand Bisimwa parle-t-il d'apocalypse tout en prétendant défendre le peuple ?

Pourquoi l'ONU change sa stratégie d'intervention militaire

Jusqu'à présent, l'ONU n'avait pour mandat que d'intervenir dans les conflits armés du côté des civils pour assurer leur protection. C'est pour mettre fin à la situation dramatique des seigneurs de guerre en RDC que le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté l'option d'une intervention militaire directe.

Bien que certains considèrent cette intervention comme une injustice ou une prise de parti, les décisions de l'ONU engagent avant tout les États et non les individus. On ne peut pas sacrifier le destin d'un peuple entier pour répondre aux besoins d'un groupe d'individus. C'est le message que l'ONU a voulu faire passer en adoptant la résolution du 28 mars, qui entrera dans l'histoire de la RDC.

Le gouvernement congolais, quant à lui, n'a pas le temps à la distraction et annonce le déploiement de la brigade d'intervention avant la fin du mois d'avril.

La réaction du gouvernement congolais face au M23

Suite aux défections successives et à l'individualisme au sein du groupe M23, le mouvement a peut-être perdu toutes ses chances d'obtenir une résolution pacifique de la part du gouvernement congolais. Le ministre congolais des Affaires étrangères, Raymond Tshibanga, a appelé le mouvement M23 à cesser d'exister en tant que mouvement politico-militaire.

« Le M23 peut s'agiter autant qu'il veut. Nous étions disposés à arriver à un accord politique avec eux. Il n'est plus question de recycler les spécialistes de la rébellion dans les rangs des Forces armées. Le seul avenir pour le M23, c'est de cesser d'exister comme mouvement politico-militaire. Si tel n'est pas le cas, la brigade d'intervention de la MONUSCO s'occupera à mettre fin à son existence », a affirmé Raymond Tshibanga.

Un tournant dans l'histoire de la RDC

La décision de l'ONU d'intervenir militairement dans les conflits en RDC marque un tournant dans l'histoire du pays, déchiré depuis 1994 par des conflits armés et des atrocités, particulièrement dans l'est. Cette région, cœur économique du pays riche en ressources minières rares, subit des attaques quotidiennes.

Le déploiement de la brigade internationale répond aussi à la fragilité de l'armée congolaise, qui ne parvient pas à mettre fin aux conflits ni à défendre le pays. L'armée congolaise souffre du manque de leadership et de cohésion, et reste l'une des plus mal rémunérées au monde, avec un salaire moyen de trente dollars américains par militaire. Elle est également sous-équipée et minée par le fanatisme politique, ce qui en fait une armée peu républicaine.

Le Congo doit profiter de la couverture de la brigade internationale pour réformer ses troupes, renforcer les capacités de son armée, la redoter en équipements et nettoyer les officiers corrompus qui fragilisent les forces armées. Le Congo espère ainsi tourner la page et se mettre sur les rails du redressement.

Pour le peuple congolais, qui a tant souffert, la résolution de l'ONU d'intervenir dans les conflits armés est la bienvenue. Elle représente un nouvel espoir pour ce peuple, aujourd'hui perçu comme le plus meurtri de la planète. C'est le début d'une époque nouvelle, d'un style de vie à renaître.

L'appui de la France et les enjeux géopolitiques

C'est grâce à l'aide de la France au Conseil de sécurité que la RDC a remporté son pari. La résolution ne faisait pas l'unanimité au Conseil de sécurité de l'ONU, notamment du côté de grands contributeurs comme le Guatemala et le Pakistan. L'ambassadeur français à l'ONU, Gérard Araud, a souligné qu'il s'agissait d'une « innovation » répondant à une « demande expresse » des Africains.

La brigade sera intégrée à la mission de maintien de la paix de l'ONU en RDC, la MONUSCO. Elle aura le monopole de mener des opérations ciblées sans consulter l'armée congolaise, les FARDC. La brigade spéciale d'intervention comptera 2 700 commandos en provenance d'Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi, et sera opérationnelle d'ici juillet.

L'inquiétude règne parmi les grands contributeurs du Conseil de sécurité, car cette nouvelle mission pourrait modifier le statut des missions de maintien de la paix de l'ONU dans le monde. Cette initiative pourrait aussi entraîner des pertes humaines importantes. Jusqu'à présent, l'ONU n'avait pas le droit d'intervenir dans les conflits internes des nations. Poussée par la nécessité de stopper les atrocités en RDC, elle a adopté cette résolution.

Les risques à long terme de cette intervention de l'ONU

L'ONU a emprunté un chemin sans retour. Des bilans humains sont à encaisser, des dommages à enregistrer, et des pertes en vies humaines de la part de la République Démocratique du Congo. Cette nouvelle mission présente des bénéfices à court terme, mais comporte des dangers à long terme.

Les grands pays contributeurs du Conseil de sécurité, comme le Pakistan, le Guatemala et l'Inde, s'inquiètent de l'avenir du Conseil. Cette première mission d'intervention contre les groupes armés pourrait ouvrir la porte à des demandes d'autres nations confrontées à des situations similaires. Ce risque pourrait conduire l'ONU à modifier sa charte et à redéfinir sa place dans les conflits internes des nations.

L'ONU deviendrait alors un organe partial, ce qui présente un risque d'inflammation des conflits armés dans le monde plutôt que leur résolution pacifique. L'option de la guerre doit rester le dernier recours en politique ; l'ONU doit privilégier la résolution pacifique des conflits.

Le cas de la RDC est néanmoins exceptionnel. Ce pays, qui possède d'immenses ressources naturelles, souffre depuis 1994 de conflits armés à répétition qui l'empêchent d'avancer. On comprend la détermination de l'ONU à en finir une fois pour toute et à stabiliser cette région riche du monde.

L'ONU doit abroger au plus vite cette résolution une fois le travail terminé et la RDC libérée de ces mutins qui tourmentent sa stabilité et son développement. L'ONU pourra du moins garder un œil sur le pays et travailler en commun avec le gouvernement congolais pour doter la RDC d'une armée républicaine et équipée.

L'ONU remplace-t-elle l'OTAN ?

On s'interroge cependant sur l'avenir de l'OTAN, l'organe militaire par excellence, si l'ONU parvient à modifier sa charte et à intervenir dans les conflits armés internes des nations. Quel rôle jouera l'OTAN dans le futur si un tel scénario se réalise ?

Dans ce cas, une intégration de l'OTAN dans le Conseil de sécurité de l'ONU serait envisageable pour renforcer les capacités d'intervention de l'ONU et clarifier les rôles respectifs de ces deux organisations.

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richie ronsard
Richie Lontulungu @richie ronsard
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