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Bon baisers de Villepôt-les-bains

Des cartes roses aux timbres sablonneux, revivez le rituel estival de la carte postale. Entre quête du modèle parfait et syndrome de la page blanche, un plaidoyer hilarant pour cette tradition vacancière.

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À six ans, après moult hésitations, je prenais fièrement mon élan et me jetais à l'eau avec un « Chère mamie, il fè bo, bisou mamie, ALEX » (gonflée d'orgueil, la première signature ne pouvait se limiter à l'écriture en minuscules). Une dernière enluminure en forme de soleil, quelques taches de Nutella et j'envoyais ma carte, rose d'émotion. Dès le lendemain, je harcelais mamie au téléphone pour savoir si elle avait reçu ma surprise, si elle avait bien vu le soleil — que c'était moi qui l'avais dessiné — et que le chaton sur la carte, je voulais le même, qu'il fallait qu'elle le dise à papa et maman. Je n'ai jamais eu le chaton.

Cartes postales de vacances : la quête du modèle parfait

Aujourd'hui en vacances, je patrouille toujours les tabacs-presse pour dénicher les plus jolies cartes postales, tellement jolies d'ailleurs que je décide finalement de les garder en souvenir. Il me faut donc en acheter d'autres, mais le deuxième jour, la quête m'amuse déjà moins.

Je me mets à me demander qui ose envoyer les dessins de Bretonnes montrant leurs fesses sous l'inscription « Les plus beaux paysages de Ploumenec ». Ou qui va jusqu'à Essaouira pour choisir une photo de l'hôtel.

L'année dernière, j'avoue avoir concouru au jeu de la carte du plus mauvais goût. Mais mes délires juvéniles suffisent-ils à écouler de pareils stocks ? Comme je n'aime pas non plus les cartes divisées en 74 photos d'un centimètre carré, je finis par adopter un modèle banal que j'achète en quinze exemplaires, avec les timbres correspondants.

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Choisir ses destinataires : un casse-tête estival

Se pose ensuite la question du destinataire. Car, pleine de bonnes intentions et pas encore gagnée par la léthargie estivale, j'ai décidé de profiter de mes cartes postales pour témoigner mon affection aux proches (tata, mes copines et Mamie), marquer mon attention aux connaissances, voire travailler un peu mon réseau scolaire et professionnel (bien que « bises de Palavas » ne soit pas le meilleur moyen pour améliorer ma moyenne de sciences physiques ou pour décrocher un job pour le restant de l'été).

Ces résolutions s'évanouissent lorsque je réalise que mon carnet d'adresses est resté chez moi. De toute façon, même si je l'avais emporté, elles s'évanouiraient, alors autant ne pas surcharger la valise. Il me reste cependant quelques adresses en mémoire...

Syndrome de la page blanche : quoi écrire sur une carte postale ?

Surgit alors le manque d'inspiration, appelé également flemmingite aiguë. Une des caractéristiques de la carte postale étant d'exposer son texte aux yeux de tous, j'essaie de limiter les indiscrétions. Elles pourraient faire la joie des trieurs postaux qui n'ont que ça à faire, lire les deux millions de cartes qui leur passent dans les mains entre le 15 juillet et le 15 août.

Ainsi débarrassées de propos compromettants, mes missives peuvent être lues par tout le monde mais personne n'en a plus envie. Par ailleurs, le message dépend fortement de son lieu d'exposition. Si j'écris du Sri Lanka, par exemple, un simple « bisous » suffit à épater la galerie. En revanche, depuis Saint-Gilles-Croix-de-Vie, j'ai tendance à argumenter. Je tartine ma carte de mes passionnantes activités et, s'il pleut, j'ajoute « il fait un temps superbe ». Quant à « je m'ennuie déjà », il manquerait plus que ça se sache.

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La course finale contre la montre

De toute façon, à l'instant d'écrire, je n'ai plus le temps de réfléchir ; je prends le chemin du retour dans moins de deux heures. Mes cartes ont le coin corné d'avoir traîné dans mon sac et les timbres — pleins de sable et de miettes de gâteaux — sont bons pour un rajout de scotch.

J'écris donc la même chose à tout le monde. Mais à des tout le monde qui ne se connaissent pas, sinon ils le remarquent et se vexent, comme si eux faisaient différemment ! Comme, au mieux, je les poste le dernier jour, mes cartes et moi entamons une course d'un insoutenable suspense : qui arrivera la première à destination ? En règle générale... Je gagne !

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