
Les piranhas se vendent essentiellement grâce à un mythe stupide mais tenace : ils seraient d'horribles monstres déchiquetant tout ce qui est introduit dans le bac, y compris leurs semblables. Ceci est faux. Les piranhas sont des poissons nerveux et craintifs, bien loin du monstre imaginé, qui peuvent s'affoler pour un rien (un passage devant l'aquarium, une porte qui claque, etc.).
De nombreuses personnes ayant tenté la maintenance de ce poisson se dégoutent alors et pensent que ce comportement est dû à la captivité, à un manque d'espace ou à un banc trop petit. En se renseignant auprès de personnes fréquentant les piranhas au quotidien dans leur milieu naturel, on s'aperçoit que ce comportement est identique dans la nature. Ce poisson, souvent présenté comme un dangereux prédateur agressant les humains, n'est en fait qu'un « trouillard » qui ne fera pas le fier si vous introduisez votre main dans l'aquarium, pour la majorité d'entre eux tout du moins, car certains spécimens peuvent déroger à la règle.
Il faut toutefois rester méfiant : la vie en solitaire, une eau trop polluée ou même un coup de panique peuvent rendre les piranhas dangereux. Cela arrive relativement fréquemment dans les bacs ne possédant aucun élément de décor (bacs de ventes par exemple), le poisson n'ayant alors pas d'autre choix que de mordre s'il se sent agressé. Méfiez-vous également des Serrasalmus solitaires, souvent plus agressifs que les Pygocentrus.
D'autre part, c'est un poisson très polluant qui exige un entretien régulier pour une maintenance à long terme.
Il faut éviter d'acheter des piranhas adultes ou sub-adultes (>5 cm) car ils auront alors peut-être pris des habitudes qu'il sera très difficile, voire impossible, de leur faire perdre (ne pas avoir peur des mains lors de la maintenance, par exemple) et ne supporteront pas la présence de poissons avec lesquels ils n'auront pas été élevés. Il est donc conseillé d'acheter un groupe de juvéniles en une seule fois, provenant du même bac de ventes dans un magasin sérieux en mesure de vous indiquer précisément le nom de l'espèce. Cette règle s'applique surtout aux Pygocentrus nattereri d'élevage, car il est difficile d'obtenir des espèces sauvages juvéniles.
Enfin, n'écoutez surtout pas les vendeurs qui prétendront qu'il faut acheter plus de juvéniles que l'on souhaite avoir d'adultes. C'est le meilleur moyen pour se retrouver avec une surpopulation inquiétante, car ce poisson grossit très vite et est robuste. Des individus de 1,5 cm en mesurent par exemple plus de 15 cm six mois après !
On comprend maintenant mieux pourquoi un pourcentage significatif de piranhas vendus finissent euthanasiés, retournent à leur vendeur ou sont relâchés dans la nature. On peut en effet se demander quel est l'intérêt de maintenir ce poisson en aquarium à la lecture des informations données ci-dessus. Pour ma part, j'en ai acheté car j'aime les poissons carnassiers de toutes sortes, qui nous paraissent beaucoup plus intelligents que les poissons grégaires du début de la chaîne alimentaire ; je suis plus intéressé par l'observation des comportements que par la fascination d'un bac au demeurant splendide mais peuplé d'animaux aux mœurs trop fades.
Réfléchissez bien avant d'acheter des piranhas. Serez-vous capable de consacrer du temps pendant plusieurs années à ce poisson magnifique mais peu remuant ?

Comment aménager l'aquarium pour des piranhas ?
Quel volume d'eau prévoir ?
Concernant les Pygocentrus nattereri, il faut maintenir au moins 4 individus en considérant qu'il faut 80 L pour un piranha. Ne descendez pas en dessous de 300-350 L, à moins d'être prêt à passer tous vos week-ends à traquer la moindre saleté au fond du bac pour maintenir une eau de qualité. Les volumes indiqués par la littérature sont souvent excessifs. Les problèmes de maintenance de ce poisson ne sont jamais dus à un volume trop faible, mais plutôt à un décor inadapté, une eau trop polluée, etc. Car il ne suffit pas de prendre un 850 L pour réussir la maintenance de ce poisson : encore faut-il lui offrir un décor à sa convenance, installer une filtration adaptée, le nourrir correctement et veiller à la qualité de l'eau. Évidemment, il sera beaucoup plus difficile de réunir ces conditions dans un petit volume que dans un grand, donc le volume est un facteur important, mais en aucun cas une cause !
Pour les espèces sauvages de piranhas (Serrasalmus rhombeus, Pygocentrus caribe, etc.), les volumes nécessaires sont très variables. Un rhombeus aura par exemple besoin d'un minimum de 450 L pour survivre, alors qu'un spilopleura nécessite un aquarium de quelques centaines de litres seulement.
Enfin, en ce qui concerne les dimensions, évitez un bac trop étroit ; il est également préférable que l'aquarium soit haut. Cela dit, un aquarium standard du commerce suffit largement.
Choisir le décor et l'éclairage
Fond de bac : Les posters de couleur fluo sont à proscrire, car ils constituent une source de stress très importante pour les poissons, qui seraient alors beaucoup plus craintifs. L'idéal est d'utiliser une matière sombre et mate, comme par exemple un carton peint en noir ou un décor en polystyrène sculpté (voir le site Aquasquale pour les conseils de réalisation). Une solution peu coûteuse et très esthétique est d'utiliser du papier à crèche froissé.
Substrat : Un point particulier est à surveiller attentivement lors de l'achat de votre sable : il doit être d'une granulométrie moyenne à grosse, sous peine d'admirer de fréquentes chutes de neige dans le bac :-) Si possible, il doit être le plus foncé possible pour sécuriser les poissons.
Éclairage : Les piranhas n'aiment pas la lumière ; ils sont stressés et donc plus nerveux lorsque le bac est trop éclairé. Il faut veiller à ne pas dépasser 1 watt pour 5 litres. Pour ce qui est du choix des tubes, préférez un modèle mettant en valeur les couleurs rouges et argentées, Gro-Lux en étant un bon exemple bien que décrié pour d'autres types d'aquarium.
Filtration et qualité de l'eau
Filtration : Elle doit être puissante pour préserver une eau de qualité malgré la forte pollution engendrée par les restes de nourriture ainsi que par les fèces des poissons. Vous pouvez donc mettre deux filtres « normaux » ou un seul, mais surdimensionné par rapport à votre bac.
L'utilisation de 2 filtres différents présente des avantages sérieux : la filtration est mieux répartie à travers le bac et les filtres s'encrassent moins vite. On peut donc installer un filtre externe (Rena ou Eheim de préférence) en plus d'une décantation interne existante ou, mieux, deux filtres externes. Toujours est-il que la filtration totale doit être au minimum de 4 fois le volume du bac par heure. À noter que les filtres extérieurs semi-humides sont faciles à entretenir et très performants, mais parfois un peu bruyants dus à la descente d'eau.
Décor : Point très important. Il faut absolument veiller, lors de la construction du décor, à faire un nombre de cachettes supérieur à celui de piranhas. Un bon refuge à piranha est un lieu où il est protégé de la lumière et se sent en sécurité grâce à un angle d'exposition restreint (il peut ainsi tout contrôler). Pour ce faire, il est recommandé d'utiliser des racines de tourbière et des roches. Il faut absolument coller le décor rocheux, sous peine de le refaire tous les deux jours. J'ai personnellement été contraint d'utiliser de la super glue, le silicone n'ayant pas suffi !
Le piranha a parfois la fâcheuse tendance à mordiller, voire même à déchiqueter les plantes. Pour y remédier, de nombreuses personnes ne mettent pas de plantes, ce qui est un choix critiquable étant donné que la flore aquatique constitue un excellent décor pour nos poissons, qui peuvent s'y abriter.
Paramètres de l'eau : Voici enfin le moment tant attendu : le remplissage de la cuve. Inutile de se prendre la tête sur les paramètres physico-chimiques de l'eau avec des piranhas ! À moins de se lancer dans l'élevage de souches sauvages, il est idiot de vouloir ajuster ses paramètres sur ceux de l'eau du lieu d'origine, car les piranhas que nous achetons viennent pour une très grosse majorité d'élevages situés en Allemagne ; il serait donc plus judicieux de s'aligner sur leurs paramètres. Mais si on jette un coup d'œil du côté du biotope naturel, on se rend vite compte que le piranha vit dans toutes sortes d'eau, donc il est inutile de jouer au petit chimiste en voulant modifier ses paramètres, le piranha étant très robuste et possédant une grande faculté d'adaptation (dont il ne faut toutefois pas abuser). Par contre, la température est importante, car si elle est élevée, les piranhas sont plus agressifs. Une température de 24°C est un bon compromis pour les plantes et les poissons.
Il faudra tout de même veiller à maintenir le taux de nitrates le plus bas possible.
Quelles plantes choisir ?
La plantation doit, si possible, être dense et composée de plantes robustes. Il faut, si possible, introduire les plantes avant les piranhas, car il est fréquent que ceux-ci mordillent la végétation, qui devra donc être en mesure de se régénérer, ce qui est plus simple si la plante est enracinée correctement.
Voici une liste non exhaustive de plantes acceptant une lumière modérée et étant suffisamment robustes :
- Vallisneria spp.
- Anubias barteri
- Anubias barteri variété nana
- Microsorium pteropus (fougère de Java)
- Vesicularia dubyana (mousse de Java)
- Echinodorus spp.
Toutes les espèces citées ci-dessus sont très robustes et pousseront à une vitesse raisonnable étant donné la teneur élevée en composés organiques de l'eau de nos bacs.