
Je continue mon exploration de l'île d'Islay et de ses trésors maltés. Aujourd'hui, je vous parle d'un autre merveilleux whisky issu du savoir-faire de cette région d'Écosse (non, non, les mots ne sont pas trop forts, je vous assure !).
Ardbeg : un whisky d'exception
Je dispose chez moi de sa version 17 ans d'âge. Il m'a été offert par deux amis connaissant mes goûts (qu'ils partagent d'ailleurs) en matière de whisky, lors de mon dernier anniversaire.
(Je suis coquet, je tairai mon âge ! Et puis non, « ren a fout », j'ai bientôt 35 ans ! Voilà !)
Afin de mieux connaître ce nectar, je vous convie à une balade sur son lieu d'élaboration et dans son histoire. L'origine de ce whisky et, plus généralement, de la distillerie Ardbeg ne manque pas d'intérêt.
Ardbeg et l'île d'Islay : un territoire chargé d'histoire
On trouve trois distilleries sur la côte sud de l'île d'Islay : Lagavulin (voir mon avis par ailleurs), Laphroaig et bien sûr Ardbeg.
Occupée tour à tour par les Celtes, les Pictes, les Gaels ou encore les Vikings, l'île d'Islay conserve de nos jours nombre de vestiges de ces périodes plus ou moins sombres. Ardbeg, qui signifie « petit promontoire » en gaélique, ne déroge pas à la règle. À proximité se trouve la croix celte de Kildalton datant du VIIIe siècle, exemple célèbre et majestueux de l'art celtique en Écosse.
Deux cents années en arrière, Ardbeg n'était qu'un repère isolé de contrebandiers et distillateurs clandestins qui ont longtemps réussi, dès 1794 selon la légende, à déjouer les hommes du fisc britannique. (L'Écosse est riche de légendes !)
La distillerie Ardbeg : deux siècles d'histoire
La première distillerie officiellement implantée sur le site d'Ardbeg est fondée en 1815 par la famille Mac Dougals. D'abord anecdotique, la production journalière atteint 500 gallons dans les années 1830-1840.
Un saut dans le futur nous amène en 1983 où, pour diverses raisons, la distillerie est fermée. Réouverte en 1989 par Hilliam Walker, elle ne produira qu'au tiers de sa capacité jusqu'en février 1997, année de sa reprise par la société Glenmorangie Plc., bien décidée à relancer la distillerie Ardbeg.
Aujourd'hui, c'est un succès : Ardbeg, après avoir frôlé la disparition pure et simple, figure parmi les fleurons écossais de production d'eau-de-vie maltée communément appelée whisky.
Comment est élaboré le whisky Ardbeg ?
Héritière d'une grande tradition d'élaboration, la distillerie s'approvisionne en eau à partir de deux lacs avoisinants : les lacs Arinambeast et Vigeadale. La tourbe utilisée est toujours récoltée à proximité immédiate de la distillerie.
Ardbeg distille son précieux nectar à partir de deux grands alambics dont l'un au moins a été remplacé à l'identique par un autre tout neuf récemment.
Dégustation : mon avis sur l'Ardbeg 17 ans
Bon, c'est bien beau tout ça, allez-vous me dire, mais qu'en est-il du liquide ambré lui-même ? Eh bien, allons-y !
Comme je vous l'ai dit plus haut, je possède la version 17 ans. Il existe d'autres cuvées que je ne connais pas d'un point de vue dégustation, mais dont j'ai découvert l'existence au travers de mes balades sur le Net. J'en parlerai donc d'un point de vue strictement informatif un peu plus loin.
La bouteille et l'étiquette
La bouteille est d'une sobriété impressionnante. Elle rappelle celle qui sert d'écrin au Lagavulin 16 ans. Sa couleur fumée tirant sur le vert masque la couleur du breuvage lui-même. Il vous faudra donc verser religieusement le whisky dans un verre idoine pour la découvrir.
L'étiquette joue également la discrétion : inscriptions blanches et dorées sur fond noir. Seule la police utilisée, d'inspiration celtique, apporte une petite touche de « fioriture ».
Couleur et arômes
Versons donc. Première surprise ! La couleur n'est pas celle qu'on s'attend à voir chez un Islay. Rien à voir avec Lagavulin et Bowmore dont les teintes caramel sont caractéristiques. Ici, une belle couleur dorée, limite blonde, rappelle les couleurs des bruyères écossaises. Pour ceux qui connaissent, on est plus proche d'un Laphroaig que d'un Lagavulin.
Son arôme ensuite. Deuxième surprise : la subtilité des arômes qui se dégagent de votre verre. Même si on retrouve certains accents caractéristiques de tourbe et de bois fumé, Ardbeg se distingue par son bouquet tout en finesse où l'on peut reconnaître un petit parfum de noisette. On peut encore y distinguer de légers et caressants relents océaniques d'iode et d'embruns. Le tout forme une harmonie de senteurs assez étonnante.
L'attaque en bouche
L'attaque en bouche est encore une surprise. Ne vous attendez pas à une attaque frontale et puissante. Tout est encore histoire de subtilité. Le bel îlien blond joue la séduction par une pointe sucrée et moelleuse qui vous envahit doucement et vous nappe le palais.
C'est pour mieux vous surprendre ! Passé ce doux moment où votre palais s'émerveille vient ensuite la déferlante qui s'épanouit dans votre bouche et votre gorge telle une lame de fond ! Toute sa puissance rugissante se révèle bien vite et vient vous ramener à la superbe réalité : vous êtes bien en compagnie d'un Islay.
Passé ces instants chauds, il vous reste alors en bouche une note salée et fumée où la tourbe se révèle lentement.
La finale
Il fallait un point un peu faible : le voilà. La déferlante passée, la finale est assez rapide, beaucoup plus rapide qu'avec Lagavulin (surtout) et Bowmore. La pointe de sel marin s'estompe rapidement en vous ayant, au passage, éclaboussé l'intérieur des joues de son petit côté sec.
Il vous reste alors comme une impression de terminaisons nerveuses quelque peu endormies, comme assommées par la vague passée, tandis que les tons tourbés et boisés viennent doucement s'éteindre dans votre palais enchanté. Attention, cependant : la disparition des fragrances d'Ardbeg n'est quand même pas instantanée ! Le fumé vous accompagnera encore assez longtemps, mais tout en restant d'une grande discrétion.
Comment consommer l'Ardbeg 17 ans ?
Si, comme moi, vous aimez les whiskies qui vous restent en bouche longtemps après que votre verre soit devenu vide, il y a peut-être là un petit côté négatif. Au regard de sa subtilité aromatique et gustative, je ne peux néanmoins que vous le conseiller. Il constitue sans aucun doute une merveilleuse alternative à ces whiskies puissants, tourbés et fumés que sont Lagavulin et Bowmore.
En outre, sa finale courte vous permet de le servir en apéritif avant un repas. En effet, s'estompant relativement rapidement en bouche, il ne compromettra pas vos facultés à pouvoir apprécier un excellent repas. Chose qu'il vous faudra absolument éviter de faire avec son voisin Lagavulin !
D'autre part, il peut éventuellement se consommer en fin d'après-midi : son attaque douce en fait un compagnon discret et attentionné au retour de vos randonnées ou autres sports. ;))
Les autres cuvées Ardbeg
Comme je le disais plus haut, j'ai découvert en surfant d'autres cuvées Ardbeg.
Ardbeg 10 ans 46°
- Aux dires de certains, une attaque puissante toute en tourbe et fumée
- Moelleux et sucré
- Prix : environ 30 euros la bouteille de 75 cl
Viennent ensuite quelques cuvées millésimées de plus en plus rares, et donc très TRÈS chères :
- Ardbeg 1974
- Ardbeg 1975
- Ardbeg 1978
- Ardbeg 30 ans
- Ardbeg 10 ans Old Malt Cask
- Ardbeg 25 ans Old Malt Cask
Pour ceux-là, pour vous comme pour moi, il va falloir avoir d'une part de la chance pour les trouver et d'autre part de l'argent pour les payer. Pour certains, le second élément posera sans doute moins de problème que le premier... Essayez donc de trouver un Ardbeg 1974 !
En espérant, au travers de ces trois avis, si ce n'est vous avoir converti, au moins vous avoir incité à pénétrer le monde ténébreux des amateurs de whiskies, je vous souhaite une bonne dégustation de ces trois grands crus et j'en attends bien évidemment vos commentaires.
Merci à mes potes Pat et Ritchie pour leur cadeau si bien choisi !
Bon verre !