
Depuis le début de la vague de grand froid, neuf personnes sans abri ou en situation de précarité ont déjà trouvé la mort. Les SDF sont les plus exposés aux conditions météorologiques difficiles. Les aider est un réflexe de solidarité. Mais pour que ce geste soit réellement efficace, il faut respecter quelques règles de base.
Comment réagir face à une personne sans abri en hiver ?
Ces derniers jours, le numéro du SAMU Social, le 115, est saturé. Réduire le nombre d'appels inutiles permet une meilleure efficacité des équipes sur le terrain. Avant de composer ces trois chiffres, il est essentiel d'accomplir certains gestes.
Si la personne dort, n'hésitez pas à la réveiller pour vérifier si elle est consciente. Lorsqu'elle est réveillée, essayez d'entrer en conversation avec elle.
Si la personne répond de façon cohérente
Si elle répond de manière cohérente lorsqu'on lui adresse la parole, elle n'est pas en situation d'urgence. Il est tout de même conseillé de lui rappeler qu'elle prend des risques en décidant de passer la nuit dehors, et de lui proposer de la conduire jusqu'à un centre d'accueil.
Si la personne semble en hypothermie
En revanche, lorsque la personne semble dans un état critique, il faut savoir réagir. Une personne en hypothermie s'exprime difficilement, a les lèvres et les mains violettes, perd sa sensibilité ou semble somnolente. Dans ce cas, appelez immédiatement le 115 ou les secours d'urgence (police ou pompiers).
Comment signaler une personne SDF au 115 ?
Avant de composer le 115, une précision essentielle : il faut donner un signalement extrêmement précis de l'emplacement de la personne. Souvent, les services se déplacent sans retrouver la personne car le signalement était trop approximatif.
Ainsi, les équipes du Samu Social peuvent intervenir dans de bonnes conditions. Des équipes qui comptent également sur la bonne volonté et l'esprit de solidarité de chacun.
Paris : le débat sur l'hébergement forcé des SDF
À Paris, quatre sans-abri sont décédés en 48 heures. Alors, faut-il imposer aux SDF réticents d'être pris en charge pour échapper au froid ? Le Préfet de Paris a tranché par l'affirmative. Mais cette décision est loin de faire l'unanimité.
Dans une note adressée à ses chefs de services, ainsi qu'aux pompiers de Paris, Jean-Paul Proust invoque « l'obligation de porter assistance à personne en danger » pour justifier cette mesure. Les pompiers et la police prendront désormais en charge les sans-abri qui refusent le logement d'urgence. Ils finiront la nuit au commissariat ou dans un lieu d'accueil.
Une décision qui vient s'ajouter au plan grand froid, qui permet chaque hiver de mettre 600 places supplémentaires à disposition des 3 900 lits dont peuvent bénéficier les SDF.
L'opposition du Samu Social
Cette décision est en opposition totale avec les méthodes employées par le Samu Social. Le 115 a basé son action sur un travail de proximité avec les SDF : une couverture, une boisson chaude, la visite à même la rue d'un travailleur social et d'une infirmière, et la proposition de dormir dans un centre d'hébergement, le tout sans brusquer une population fragile.
« Je ne peux pas être d'accord, explique Xavier Emmanuelli, le président du Samu Social. Maintenant que le délit de mendicité a disparu, au nom de quoi peut-on prendre des gens ? Deuxièmement, quand on prend les gens de force, ce n'est pas pour les conduire au Sofitel. Le préfet n'aura jamais les moyens de sa politique car il n'y aura jamais assez de gens compétents pour accueillir les sans-abri. »
Un point de vue partagé par Dominique Versini, la Secrétaire d'État chargée de la lutte contre l'exclusion, co-fondatrice du Samu Social : « Si la personne est inconsciente, le Samu médical doit être appelé. Sinon, les agents de police ou les pompiers appelés sur les lieux orienteront les personnes avec conviction vers des lieux adaptés. » Mais pas question d'envoyer les SDF vers des commissariats.
Bilan et perspectives
Au total, les pompiers et la police ont pris en charge 228 sans-abri dans la nuit de jeudi à vendredi, soit plus de 300 en à peine 24 heures. Ce dispositif parisien pourrait d'ailleurs s'appliquer prochainement à tout l'Hexagone. Le député UMP d'Asnières, Manuel Aeschlimann, entend déposer une proposition de loi dans ce sens.