L'atmosphère était électrique ce jeudi soir au palais de la Bourse, là où les ambitions politiques marseillaises se heurtent de manière brutale. Personne ne s'attendait à ce que la campagne municipale bascule si soudainement par une simple phrase, lourde de sens historiques. Pourtant, c'est bien un retour fantomatique vers une ère sombre qui a figé le plateau télévisé, laissant les spectateurs incrédules face à une lourde erreur stratégique. Alors que la ville phocéenne se préparait pour un scrutin décisif, les mots ont dépassé la pensée, provoquant une onde de choc qui traverse aujourd'hui la France entière.

Jeudi 19 février : la minute de silence qui a fait scandale au Palais de la Bourse
La scène s'est déroulée sous les ors du palais de la Bourse, enceinte habituellement réservée aux tractations commerciales mais transformée pour l'occasion en arène politique. Depuis plus d'une heure, les échanges entre les quatre candidats majeurs tournaient en rond, oscillant entre polémiques nationales et invectives. Le ton était déjà vif, notamment à cause de l'actualité lyonnaise tragique et des accusations liées au narcotrafic, mais rien ne laissait présager l'impair historique qui allait suivre. L'ambiance était celle d'un duel à mort, chaque candidat cherchant à placer son coup de griffe sans se soucier de la forme, tant le fond semblait inaccessible.
La question posée par les animateurs de BFM-TV était pourtant classique, presque rituelle dans ce genre d'exercice : envisageait-elle une alliance avec le Rassemblement National pour le second tour ? C'est ici, en tentant de se démarquer frontalement de l'extrême droite tout en tapant dans ses thèmes de prédilection, que Martine Vassal a commis l'irréparable. Elle pensait probablement dresser une frontière républicaine en affirmant sa propre morale, mais le choix de ses mots a révélé une méconnaissance ou un mépris choquant de la mémoire collective. Le silence qui a suivi sa déclaration n'était pas seulement celui de la surprise, mais celui de la sidération face à une référence symbolique qui résonne encore comme un coup de canon dans l'histoire de France.
La question piège sur le Rassemblement National
Le contexte immédiat de cette phrase est celui d'une campagne tendue, où les lignes bougent sans cesse. Martine Vassal, candidate de l'union de la droite et du centre, investie par Renaissance, est sous pression. Les sondages la montrent distancée, talonnée par une gauche qui espère se maintenir et une extrême droite qui rêve de prendre la mairie. Face à elle, Franck Allisio, le candidat RN, caracole en tête des intentions de vote dans certains scénarios. La question de l'alliance n'était donc pas anodine : elle était le cœur de la stratégie du second tour.
En refusant l'alliance, Vassal cherchait à rassurer son électorat modéré et à préserver son image républicaine. Elle voulait dire « non » à la compromission, mais pour ce faire, elle a utilisé une rhétorique qui, ironiquement, appartient au vocabulaire de ceux qu'elle prétendait rejeter. Elle a énuméré ses valeurs fondamentales, pensant opposer une morale conservatrice traditionnelle à ce qu'elle perçoit comme un relâchement moral de ses adversaires. C'est une tentative maladroite de marquer son territoire à droite, de montrer qu'elle incarne une certaine idée de l'ordre et de la tradition, sans réaliser que l'arsenal lexical qu'elle mobilisait était souillé par l'histoire.
« Travail, famille, patrie » : le choc des mots en direct
Lorsque Martine Vassal a prononcé la phrase « C'est le mérite, le travail, la famille, la patrie », un frisson a parcouru la salle et les chaînes de rédaction. Ces trois mots, prononcés avec une conviction tremblante, ne sont pas anodins. Ils constituent la devise officielle du régime de Vichy, celle qui a remplacé « Liberté, Égalité, Fraternité » entre 1940 et 1944. En les citant, la candidate ne faisait pas que défendre la cellule familiale ou l'effort au travail ; elle réactivait inconsciemment ou non la « Révolution nationale » du Maréchal Pétain.
La réaction de Benoît Payan a été immédiate et cinglante : « Vous vous rendez compte de ce que vous venez de dire ? Travail, famille, patrie, c'est le slogan de M. Pétain, ça. » Sur le plateau, le temps s'est arrêté. La présentatrice Apolline de Malherbe, elle-même, a semblé saisie par cette référence lourde. L'ironie dramatique de la situation tient au fait que Vassal cherchait à se distancier du RN en utilisant l'exacte terminologie qui a servi de socle idéologique aux collaborationnistes et aux fascistes français durant la Seconde Guerre mondiale. Ce moment de télévision restera gravé comme l'exemple parfait d'une déconnexion totale avec la mémoire historique, transformant un débat municipal en un cours d'histoire sombre.

« Ce sont mes valeurs » : la réponse de Martine Vassal face à l'accusation de pétainisme
Au lieu d'opérer un repli stratégique, de s'excuser pour une maladresse ou une méconnaissance, Martine Vassal a choisi l'entêtement. Sa défense a été pire que l'offense : elle a assumé. En déclarant « Oui, mais ce sont mes valeurs. J'assume mes valeurs », elle a transformé une gaffe politique en une ligne idéologique revendiquée. Cette posture de bravache, pensée pour montrer une force de caractère face à un adversaire qu'elle juge trop agressif, a en réalité scellé son destin pour le reste de la campagne. Elle a ouvert la boîte de Pandore des références historiques interdites, et refuse de la refermer.
Cette attitude révèle un fossé profond entre une certaine vieille garde politique, persuadée que « travail, famille, patrie » sont des concepts neutres et intemporels, et la réalité de la mémoire collective française. Pour Vassal, ces mots décrivent une morale sociale qu'elle estime positive et vertueuse. Elle refuse de voir que le langage n'est pas innocent et que les mots portent en eux le sang des histoires qu'ils ont traversées. En maintenant sa position, elle s'isole non seulement de la gauche, mais aussi du centre républicain qui ne peut cautionner une telle ambiguïté sémantique.
Une devise « passée de mode » selon la candidate
Pour tenter de minimiser la portée de ses propos, Martine Vassal a utilisé un argument qui a fait bondir les historiens et de nombreux observateurs : elle a suggéré que ces valeurs étaient peut-être « passées de mode ». En ajoutant « et humanité » comme un correctif tardif, elle a pensé pouvoir gommer la connotation vichyste de sa tirade. Cette tentative de minimisation est perçue comme une insulte à l'intelligence collective. Dire que « Travail, famille, patrie » est simplement une devise « passée de mode », c'est faire preuve d'un anachronisme vertigineux.
Cette analyse démontre une incompréhension totale de la nature du devoir de mémoire. Ce n'est pas une question de mode, c'est une question de symboles. En 1940, l'adoption de cette devise n'était pas un détail esthétique, c'était l'acte fondateur de la Révolution nationale, une rupture brutale avec les valeurs républicaines pour instaurer un régime autoritaire, xénophobe et collaborationniste. Tenter de faire passer ce triptyque pour une simple morale conservatrice démodée, c'est participer au révisionnisme par ignorance. C'est nier le poids de l'histoire au profit d'une vision idéologique simpliste.

De Gaulle contre Pétain : la bataille des références
Face à la tempête, l'entourage de Martine Vassal a tenté une manœuvre de diversion rhétorique en invoquant Charles de Gaulle. Sur le réseau X, la candidate a écrit que la comparer à Pétain était une « attaque aussi violente qu'injuste » et une « balafre pour la France ». Elle a tenté de se placer sous l'ombrelle du Général, arguant que son appartenance politique la rattachait à la tradition gaulliste et non pétainiste. Cependant, cet argument ne tient pas la route une seconde confronté aux faits.
Charles de Gaulle, chef de la France Libre, s'est dressé contre le régime de Vichy et tout ce qu'il représentait, y compris sa devise. Opposer de Gaulle à Pétain pour se disculper après avoir utilisé le slogan de ce dernier est une aberration historique. C'est tenter de réécrire l'histoire en temps réel. Si Vassal se réclame du gaullisme, elle devrait savoir que le premier devoir du gaulliste est de ne pas confondre l'autorité de l'État avec la complaisance envers les symboles de la collaboration. Cette tentative de récupération d'une figure unanimement respectée pour masquer une erreur historique flagrante n'a fait qu'ajouter à la confusion et à l'indignation.
Le choc des générations : TikTok comme tribunal populaire pour la jeunesse marseillaise
Si les plateaux télévisés ont mis quelques minutes à réagir, le terrain de jeu de la jeunesse marseillaise, TikTok, a été instantané. Sur cette plateforme, l'analyse politique cède la place à l'émotion brute et à la viralité immédiate. Ici, pas de sous-texte ni de nuances juridictionnelles : si une personne politique cite un régime fasciste en direct, elle devient immédiatement la cible de moqueries, de critiques et de montages vidéos dévastateurs. Cette réaction illustre le fossé générationnel béant qui se creuse entre des candidats formatés par l'ancien monde et des électeurs nés au XXIe siècle.
Pour cette génération, la mémoire de Vichy n'est pas un chapitre poussiéreux d'un manuel d'histoire, c'est une référence culturelle immédiate, régulièrement réactivée par les séries, les films et les réseaux sociaux. La citation de Vassal n'a pas été analysée comme un impair, mais comme une preuve tangible d'un décalage, voire d'une incompétence morale. TikTok a fonctionné comme un tribunal populaire, jugeant la candidate en temps réel, bien plus vite que n'importe quel commentaire politique médiatique.

13 000 likes pour le scandale : la vidéo BFMTV fait le buzz
Les chiffres de l'engagement sur TikTok sont éloquents et parlent d'eux-mêmes. L'extrait du débat publié par BFMTV a récolté des milliers de « j'aime » et de commentaires en un temps record. Une vidéo thématique résumant l'affaire a atteint plus de 13 000 likes, avec des centaines de commentaires exprimant l'incrédulité ou la colère. Ce n'est pas simplement de la curiosité malsaine, c'est une mobilisation politique. La jeunesse marseillaise, souvent accusée d'abstention, s'est emparée de cet événement pour marquer son désaccord.
Cette viralité transforme une erreur politique en mème, mais un mème aux conséquences réelles. Les jeunes électeurs qui ne se sentaient pas concernés par les débats techniques sur la voirie ou le budget municipal s'investissent soudainement parce que le terrain s'est déplacé vers les valeurs fondamentales. En quelques heures, l'image de Martine Vassal a été associée à une période sombre de l'histoire, rendant impossible toute tentative de séduction auprès d'un électorat qui exige de ses représentants une conscience historique minimale.
Le silence complice des journalistes de plateau
Ce qui a choqué de nombreux observateurs sur les réseaux sociaux, et particulièrement dans la presse critique comme Politis, c'est la passivité des journalistes présents sur le plateau. Alors que Benoît Payan réagissait immédiatement en pointant l'aberration de la citation, les modérateurs, notamment Apolline de Malherbe et Arthur Berdah, semblent avoir été pris de court, restant silencieux ou bredouillant. Ce silence a été perçu comme une forme de complicité ou, au mieux, d'incompétence face à l'importance historique de la déclaration.
Sur TikTok et Twitter, l'analyse ne pardonne pas : comment des journalistes politiques expérimentés peuvent-ils laisser passer une telle référence sans une réaction immédiate et ferme ? Ce silence contraste violemment avec la réactivité des internautes. Là où les professionnels du média ont hésité, traitant peut-être cela comme un simple « clash » de campagne, le public a identifié instantanément la gravité de l'incident. Ce décalage renforce le sentiment de méfiance envers les médias traditionnels et valorise, aux yeux de la jeune génération, la pertinence de leurs propres analyses spontanées.
Tags et menaces de mort : le passage du débat verbal à la violence physique
Les mots finissent toujours par avoir des conséquences physiques. Ce qui a commencé comme une controverse télévisuelle a débordé du cadre virtuel et médiatique pour s'inviter dans la réalité concrète de la campagne. La permanence de Martine Vassal a fait l'objet d'un saccage orchestré, transformant la polémique en épisode de violence urbaine. Si la condamnation de la violence doit être absolue et sans réserve, elle ne doit pas empêcher d'analyser la responsabilité politique dans la montée des tensions.
Ce passage à l'acte marque une escalade dangereuse dans une campagne qui était déjà électrique. Les tags et les insultes ne sont pas de simples vandalisme, ils sont l'expression d'une rage populaire qui ne trouve plus de canaux d'expression démocratiques. Lorsque le débat politique s'effondre et que des figures républicaines semblent glisser vers des symboles inacceptables, une partie de la population bascule dans la radicalité. C'est la démonstration tragique que la politique n'est pas un jeu abstrait, mais une matière inflammable.
« Sale facho » et « À mort Vassal » : la nuit des tags à la permanence
Dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 février 2026, la permanence de Martine Vassal a été vandalisée. Les inscriptions retrouvées sur les murs sont d'une violence inouïe : « Sale facho », « corrompue », et surtout « À mort Vassal ». Ces tags dépassent le simple stade de la protestation pour entrer dans le domaine de la menace directe et de l'incitation à la haine. Le choix de l'insulte fasciste est logique sur le fond, compte tenu du déclencheur de la polémique, mais illégal dans la forme.
Martine Vassal a rapidement réagi en déposant une plainte pour « dégradations et menaces de mort ». Elle a également expliqué, avec une certaine émotion, qu'elle ne sortait plus avec sa famille par peur des représailles. Cette situation, bien que tragique pour la personnalité politique, est aussi le résultat direct de son propre incendie verbal. En jouant avec des symboles dangereux, on finit par se brûler soi-même et par mettre en danger son entourage immédiat. La peur ressentie par Vassal est réelle, mais elle est le miroir de la peur que ses propres propos ont suscitée chez ceux qui se battent contre l'extrémisme.

Quand la campagne tourne au cauchemar sécuritaire
Les conséquences sur la campagne sont immédiates. Le discours politique s'efface derrière le discours sécuritaire. Martine Vassal a pointé du doigt « l'ultragauche », tentant de lier cet acte aux mouvements antifascistes actifs sur le terrain. De son côté, Benoît Payan a condamné fermement la violence, rappelant que « la violence, la menace et l'injure ne sont pas des méthodes politiques ». Il maintient cependant la pression politique, refusant de laisser l'incident servir d'alibi pour la dérive de sa rivale.
Cette spirale sécuritaire est une aubaine pour ceux qui veulent détourner le débat des sujets de fond. Au lieu de parler de transports, de logement ou d'écologie, la campagne ne parle plus que de violence, de tags et de menaces. C'est un piège pour la démocratie marseillaise : la ville est paralysée par la colère symbolique et la peur physique. Les candidats sont désormais contraints de se déplacer avec des protections renforcées, créant une distance physique avec les citoyens qui ne fera qu'accentuer le fossé de compréhension mutuelle.
Un calcul politique risqué à l'ombre de la mort de Quentin Deranque
Cette affaire ne survient pas dans un vide historique, elle s'inscrit dans un contexte national particulièrement volatile, marqué par la mort tragique de Quentin Deranque. Ce militant identitaire, décédé après des affrontements à Lyon, a agité la sphère politique comme un chiffon rouge. Sa mort a cristallisé les tensions entre une extrême droite mobilisée et des groupes antifascistes radicaux. C'est dans ce climat de pré-guerre civile que la déclaration de Martine Vassal a atterri comme une grenade.
Le lien entre les deux événements est tentant mais complexe. D'un côté, la mort de Deranque a durci le ton du RN et de ses sympathisants, cherchant à se présenter en victimes d'un système qui les opprime. De l'autre, elle a radicalisé l'opposition à l'extrême droite. En citant Pétain à ce moment précis, Vassal a, consciemment ou non, aligné son discours sur la pensée d'un militant mort pour sa cause identitaire. C'est un signal dangereux envoyé aux radicaux des deux bords, suggérant que les lignes de démarcation républicaines sont en train de bouger.
L'ombre portée de la mort de Quentin Deranque
La marche commémorative en hommage à Quentin Deranque, qui a réuni 3 200 personnes à Lyon le 21 février, a montré l'ampleur de la mobilisation identitaire. Dans ce contexte, les mots de Martine Vassal prennent une résonance effrayante. Le porte-parole de la candidate a tenté d'attribuer le vandalisme de sa permanence à « certains qui veulent de la violence dans la vie politique après la mort de Quentin ». Cette tentative de lier les antifas à l'attaque contre sa permanence est une manœuvre politique classique visant à disqualifier la gauche par association avec la violence.
Cependant, ce raccourci est risqué. En invoquant Deranque pour expliquer les attaques dont elle est victime, Vassal reconnaît implicitement que son discours est perçu comme appartenant au même champ idéologique que celui du militant identitaire. Elle admet, par la force des choses, que les citoyens voient dans sa « Travail, famille, patrie » un lien direct avec l'extrême droite la plus dure. C'est une reconnaissance involontaire de l'impact électoral de ses mots. Le sang versé à Lyon sert de toile de fond tragique à cette campagne municipale, et chaque gaffe historique y résonne avec une force démultipliée.
La stratégie du pont vers l'électorat du RN
L'analyse politique la plus cynique mais la plus plausible est que Martine Vassal jouait un jeu dangereux. En refusant l'alliance au premier tour mais en utilisant les codes de l'extrême droite, cherchait-elle à capter une partie de l'électorat de Franck Allisio ? La réaction paradoxale du candidat RN est éclairante : il a tenté de se rapprocher d'elle après son propos, déclarant : « Hormis le macronisme et la devise pétainiste que vous venez d'employer, je pense que ce qui nous rassemble au second tour est plus important que ce qui nous sépare. »
Cette danse politique est vertigineuse. Allisio refuse la « devise pétainiste » par stratégie tactique, peut-être pour se donner un vernis de respectabilité, tout en proposant une alliance basée sur le fond. Vassal refuse l'alliance mais assume le fond symbolique. C'est une illustration parfaite de la « banalisation » du discours d'extrême droite. Si la droite républicaine reprend les mots de Vichy pour tenter de séduire l'électorat RN, alors la distinction entre les deux forces politiques s'effondre. C'est ce point de non-retour que de nombreux observateurs redoutent : la fusion des thèmes et des symboles rendant toute alternative politique impossible.
Marseille 2026 : une campagne déchirée par la mémoire et la colère
Alors que le premier tour approche à grands pas, la ville de Marseille se retrouve en suspens. Au lieu d'un débat sur l'avenir de la cité phocéenne, la campagne est devenue un champ de bataille mémoriel. Les sondages, qui donnaient un duel serré entre Municipales Marseille 2026 : duel serré entre Allisio et Payan, sont désormais perturbés par cette séquence. Martine Vassal, créditée de 21 % des intentions de vote, est désormais la variable d'ajustement d'une élection qui ne tourne plus autour de son programme, mais autour de sa validité morale.
Cette situation est désastreuse pour la démocratie locale. Les Marseillais ont besoin de réponses concrètes sur la sécurité, le logement et l'emploi. Or, l'actualité est saturée par des débats sur la collaboration et le fascisme. Cela profite peut-être à ceux qui veulent cacher l'absence de projet derrière des slogans, mais cela lasse profondément une population qui aspire à la paix sociale. L'abstention pourrait devenir la grande gagnante de cette bataille d'ego et de symboles.
Des sondages serrés paralysés par la polémique
Les chiffres du sondage Elabe pour BFMTV, Le Figaro et La Provence dressent un tableau d'une ville coupée en trois. Benoît Payan mène avec 31 %, talonné par Franck Allisio à 29 %, suivi de Martine Vassal à 21 %. Dans une élection aussi serrée, chaque point compte, et la gaffe de Vassal pourrait coûter cher. Non seulement elle aliène une partie de son électorat modéré qui ne peut cautionner ses propos, mais elle cristallise l'opposition de la gauche et des écologistes.
Le danger pour Vassal est de devenir le bouc émissaire de toute la campagne. Ses adversaires, Payan en tête, n'ont pas manqué de lier ses propos aux thématiques de l'exclusion. Des questions essentielles comme Municipales 2026 : les étrangers ont-ils le droit de voter ? passent au second plan face à l'urgence de barrer la route à un candidat qui assume des valeurs vichystes. Le scrutin municipal, qui devrait être l'expression la plus proche des citoyens, se transforme en un plébiscite contre le fascisme, reléguant les projets de ville au rang d'accessoires.

La fracture irréparable entre la droite et la mémoire
Enfin, cette affaire risque de laisser une cicatrice durable au sein de la droite marseillaise et nationale. Les réactions de Michèle Rubirola ou de Marine Tondelier ont été sans appel : la droite est accusée de s'aligner sur les codes de l'extrême droite. Cette accusation, autrefois réservée aux pamphlets politiques, trouve désormais une validation dans les propres mots d'une candidate LR investie par la macronie.
C'est la preuve, s'il en fallait une, que les digues morales se brisent. Lorsque « Travail, famille, patrie » est prononcé sans honte sur un plateau télévisé, c'est l'acceptation tacite d'un glissement sémantique vers l'inacceptable. La droite institutionnelle à Marseille est désormais marquée au fer rouge par cet épisode. Peu importe l'issue du scrutin, la confiance est rompue. La question qui reste en suspens, et qui hante les nuits des responsables politiques, est de savoir si ce point de non-retour est une simple anomalie ou le signe avant-coureur d'une recomposition politique plus sombre encore.
Conclusion
L'affaire Martine Vassal et sa citation pétainiste restera comme une anomalie spectaculaire dans l'histoire politique récente. Elle a mis en lumière, avec une violence cruelle, le fossé qui sépare une classe politique parfois déconnectée de ses propres références historiques, et une société civile, particulièrement sa jeunesse, qui refuse de laisser l'histoire se dissoudre dans l'oubli ou la maladresse. Ce n'est pas juste une gaffe de campagne, c'est un symptôme d'une maladie plus profonde qui ronge le débat public français : la perte des repères historiques communs.
Pour Marseille, ville lumineuse mais souvent meurtrie, cette séquence est une tristesse de plus à quelques semaines du scrutin. Elle démontre que les blessures du passé ne sont jamais refermées et que la politique est un terrain miné où le moindre faux pas peut provoquer une explosion. Alors que la ville cherche son avenir, elle est forcée de regarder en arrière, horrifiée par ce qui s'y reflète. Si l'on doit retenir une leçon de ce chaos, c'est que les mots ne sont jamais innocents et que la mémoire exige un respect absolu, sous peine de voir revenir les fantômes que l'on croyait exorcisés.