Comment les stéréotypes de genre se transmettent-ils dans la famille et à l'école ? Les documents présentés éclairent cette question et proposent des pistes pour la maternelle. Ils ne permettent pas de dater l'apparition des injonctions spécifiquement liées à la virilité ni d'en mesurer les effets en maternelle. Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) désigne la famille, l'école et le numérique comme trois "incubateurs" de transmission du sexisme dès le plus jeune âge. Un projet de recherche financé par l'Agence nationale de la recherche (ANR) étudie les pratiques familiales dès les premiers mois de la vie.

Ce que la recherche étudie dès la petite enfance
Soutenu par l'ANR et lancé en 2022, le projet Avant l'âge de trois ans : socialisation de genre dans la famille part de l'hypothèse que les enfants sont très tôt exposés à des pratiques parentales différenciées selon leur sexe. Il s'appuie sur l'enquête ELFE, qui suit 18 000 enfants nés en France en 2011. Les parents ont été interrogés lorsque leur enfant avait 2 mois, 1 an, 2 ans, puis 3 ans et demi.
Le projet s'appuie aussi sur 80 entretiens réalisés auprès de 18 familles. Ces familles ont été suivies pendant trois ans. Il s'agit de couples hétérosexuels, parents de deux enfants, dont les deux parents sont actifs, diplômés de l'enseignement supérieur et issus des catégories socioprofessionnelles intermédiaires ou supérieures. Les chercheurs examinent les soins corporels, le travail de l'apparence, l'éducation à la motricité et à l'autonomie corporelle, ainsi que la mixité ou la séparation des espaces des tout-petits. Ils étudient aussi la division du travail parental et les arrangements entre parents, en tenant compte des configurations familiales et des positions sociales. La présentation du projet expose une hypothèse et une méthode, pas des résultats.
Le projet considère le corps comme un support d'inscription des normes de genre et un révélateur des différences sociales. Le sixième rapport annuel du HCE indique que 3 % des hommes ont reçu des poupées, contre 4 % des femmes des voitures-jouets.

Dans son dossier d'intervention en milieu scolaire, l'association Osez le Féminisme ! décrit le rôle de l'éducation, des parents, de l'école et des médias dans la formation des préférences. Selon elle, les préférences des petits garçons pour les voitures et celles des petites filles pour les poupées ne seraient pas innées, mais se construiraient peu à peu sous l'influence de l'éducation, des parents, de l'école et des médias. Ces différences peuvent donc se manifester avant l'entrée à la maternelle.
Des pistes pour questionner les stéréotypes en maternelle
L'école maternelle est un lieu central de socialisation. Elle peut contribuer à reproduire les normes familiales ou, à l'inverse, à les questionner. Les éléments du HCE cités ici portent toutefois sur l'école en général et ne mesurent pas ces effets à la maternelle. Un document de formation de l'académie de Versailles rappelle que les personnels enseignants, comme le reste de la société, portent des stéréotypes et "reproduisent des attentes différenciées vis-à-vis des filles et des garçons".
Une fiche de séance proposée par Edumoov pour la petite section illustre la place que ces catégories peuvent prendre. Les élèves doivent ranger des jouets - poupée, camion, Lego, piano - dans la chambre de Léo ou de Léa. Le guide pédagogique prévoit que les élèves puissent classer les jouets de façon stéréotypée : "Il est possible qu'il n'y ait aucun exemple parlant et que tout le monde soit allé dans une direction stéréotypée." La discussion doit alors les aider à remettre en question ces associations.

La fiche ne mesure pas l'effet de la séance, mais anticipe une difficulté : les élèves peuvent classer les jouets de manière stéréotypée. Dans son dossier, Osez le Féminisme ! donne aussi cet exemple de question sur les normes qui entourent les loisirs : "Pourquoi les filles, on ne laisse pas jouer au foot et un garçon qui fait de la danse ça fait gay ?"
La virilité, une norme documentée chez les adultes
Le rapport du HCE de 2022 indique que les représentations genrées rencontrées à l'école favorisent l'intériorisation des normes. Cette formulation ne date pas le début de leur transmission. Le projet de l'ANR étudie une hypothèse sur la socialisation familiale avant 3 ans. Ces sources ne permettent toutefois ni de dater l'apparition des injonctions spécifiquement liées à la virilité chez les garçons ni d'en mesurer les effets en maternelle. Le sixième rapport annuel du HCE sur le sexisme, publié en 2024, documente des attentes liées à la masculinité chez les adultes et les jeunes adultes.
Selon le rapport, 70 % des hommes pensent qu'un homme doit avoir la responsabilité financière de sa famille pour être respecté dans la société. Il indique aussi qu'un quart des hommes de 25 à 34 ans estime qu'il faut parfois être violent pour se faire respecter. Ces chiffres éclairent des normes masculines chez les adultes ; ils ne prouvent ni leur origine ni leur effet sur les jeunes enfants.
Le rapport résume son diagnostic en qualifiant la famille, l'école et le numérique de trois "incubateurs". Selon lui, 70 % des femmes estiment ne pas avoir reçu le même traitement que leurs frères dans la vie de famille. Deux tiers des femmes disent avoir été éduquées différemment. Selon le rapport, 92 % des vidéos pour enfants contiennent des stéréotypes de genre. Ce chiffre porte sur les vidéos pour enfants.
Dans son dossier, Osez le Féminisme ! avance également que les préférences façonnées par l'éducation se retrouvent jusque dans les choix d'orientation. Il s'agit de l'analyse de l'association, et non d'une mesure indépendante de cet effet.
Un chiffre du rapport sur les opinions des adultes
Selon le rapport du HCE de 2024, 37 % des hommes - soit trois points de plus qu'un an plus tôt - considèrent que le féminisme menace leur place. Ce chiffre décrit une opinion chez les adultes et n'établit pas d'effet sur les enfants.