Joy, première bénéficiaire du dispositif dans le département
Joy*, jeune femme nigériane, n'avait rien de particulièrement joyeux dans son parcours. Proie d'un réseau mafieux, elle est devenue contre son gré prostituée en France. En 2017, elle a été la première femme du département de la Vienne à bénéficier du Parcours de Sortie de la Prostitution (PSP). Depuis, 21 personnes y ont été accompagnées dans le département, selon les données collectées par France 3 Régions.

Ce parcours existe et fonctionne. Pourtant, il devient de moins en moins accessible pour celles qui en ont le plus besoin.
Un accompagnement complet sur deux ans
Le PSP est conçu pour offrir aux victimes de prostitution une sortie durable. Pendant deux ans, les bénéficiaires reçoivent une aide financière équivalente au Revenu de Solidarité Active (RSA), des cours de français, un suivi médical et psychologique, ainsi qu'une formation professionnelle. Un dispositif complet, pensé pour répondre à la fois aux besoins immédiats et à l'insertion à long terme.

Un bilan en faveur de l'insertion
Les résultats dans la Vienne sont significatifs. Sur les 21 personnes accompagnées depuis 2017, 78% ont accédé, à l'issue du parcours, à un emploi ou à une formation. Ce taux démontre que lorsque le dispositif est effectivement accessible, il produit des résultats concrets. Pour des personnes souvent privées de tout filet, ces chiffres représentent bien plus que des statistiques.
Le PSP s'inscrit dans la loi de 2016 qui a reconnu les personnes prostituées comme victimes, et non comme délinquantes. Une avancée juridique dont le parcours est la traduction concrète sur le terrain.
Les dettes, verrou des réseaux de proxénétisme
Avant même de pouvoir déposer une demande, de nombreuses personnes prostituées font face à un obstacle massif : les dettes imposées par les réseaux. Ces sommes, qualifiées d'exorbitantes par les professionnels, peuvent avoisiner les 40 000 euros. Cette pression financière maintient les victimes sous la coupe des proxénètes pendant des années et constitue l'un des freins majeurs à toute démarche de sortie. Comment engager un parcours de reconstruction quand on porte une telle charge ?
L'accessibilité en chute libre
Le paradoxe est frappant. Alors que le dispositif prouve son efficacité, l'accès au PSP se réduit d'année en année dans la Vienne. Entre 2018 et 2020, 100% des candidatures ont été acceptées. En 2021, les rejets apparaissent, avec un taux qui passe à 80%. En 2022, la moitié des demandes est refusée. Entre 2023 et 2025, la situation s'aggrave : seulement 20% des demandeurs sont autorisés à en bénéficier. En 2026, les deux demandes rejetées font tomber le taux à 0%.
Cette tendance, documentée en septembre 2026, interroge directement les critères d'évaluation des candidatures et les conditions dans lesquelles les demandes sont instruites.
Quand l'aide existe mais ne rejoint pas celles qui la cherchent
Si le PSP démontre qu'une sortie de la prostitution est possible - les taux d'insertion le prouvent -, l'accès à cette aide reste un défi. Les dettes imposées par les réseaux, les difficultés administratives et la réduction progressive des admissions dessinent un paysage où l'accompagnement existe sur le papier mais se ferme progressivement. Pour les personnes prostituées de la Vienne, la question n'est plus seulement de vouloir sortir, mais de pouvoir être entendues.