Ce 15 juillet 2026, six femmes ont déposé plainte avec constitution de partie civile contre Gérald Marie, l'ancien président d'Elite Europe, pour viol et traite d'êtres humains. Âgé de 76 ans, celui qui régnait sur l'empire du mannequinat dans les années 1980-1990 fait face à des accusations qui plongent au cœur d'un système de prédation méthodique. Les plaignantes, aujourd'hui âgées de 45 à 60 ans, étaient pour la plupart des adolescentes lorsqu'elles ont croisé la route de cet homme qui disposait d'un pouvoir quasi absolu sur leur carrière.

Six femmes, une même mécanique de prédation
Les six plaintes déposées ce mercredi devant le tribunal judiciaire de Paris présentent des similitudes frappantes. Toutes décrivent des faits qui s'étalent sur une quinzaine d'années, du début des années 1980 au milieu des années 1990. Les victimes, de jeunes étrangères venues tenter leur chance à Paris, se sont retrouvées isolées, sans repères, livrées à un homme qui contrôlait leur avenir professionnel.
Six plaignantes de 45 à 60 ans, Américaines et Françaises : qui sont-elles ?
Les profils des plaignantes révèlent une stratégie de ciblage bien rodée. Selon les informations du Figaro, il s'agit de femmes de 45 à 60 ans, pour la plupart américaines, qui ont été mannequins durant leur adolescence ou au début de leur vie adulte. Certaines avaient déjà déposé plainte en 2020 ou 2021, mais ces procédures avaient été classées sans suite ou n'avaient reçu aucune réponse pénale. D'autres, comme le précise Le Parisien, se manifestent pour la première fois.

Plusieurs de ces femmes ont été encouragées à sortir du silence par Carré Otis, l'ancienne star des campagnes Calvin Klein et Guess. Otis, qui a elle-même déposé une nouvelle plainte en juin 2026 après le classement sans suite de l'enquête préliminaire en 2023, a joué un rôle de catalyseur. Elle a personnellement contacté d'anciennes collègues, leur offrant un cadre de soutien et la certitude de ne plus être seules face à la machine judiciaire.
Une agression aux Bains Douches avec soumission chimique présumée
Parmi les témoignages recueillis par 20 Minutes, un récit glace le sang. Une plaignante raconte avoir été invitée par Gérald Marie au célèbre club parisien Les Bains Douches, temple de la nuit branchée dans les années 1980. Elle se souvient avoir accepté un verre d'eau, puis plus rien. Le trou noir total. Elle s'est réveillée le lendemain matin dans l'appartement de l'agent, sans le moindre souvenir de ce qui s'était passé.

Ce mode opératoire — soumission chimique, isolement, perte de contrôle — correspond à un schéma classique des agressions sexuelles commises dans les milieux fermés du mannequinat à cette époque. Les victimes, souvent mineures et ne parlant pas français, n'avaient aucun adulte de confiance à qui se confier. Leurs agresseurs savaient qu'ils pouvaient agir en toute impunité.
Viol et traite d'êtres humains : pourquoi cette qualification change tout
La qualification retenue par les avocates des plaignantes, Mes Anne-Claire Lejeune et William Bourdon, n'a rien d'un hasard. Porter plainte pour viol seul se heurte à un mur quasi infranchissable : la prescription. En France, le délai de prescription pour un viol est de vingt ans. Pour des faits remontant aux années 1980, le compteur est depuis longtemps arrêté.
Mais la qualification de traite des êtres humains, prévue à l'article 225-4-1 du code pénal, ouvre une brèche décisive. Le point de départ du délai de prescription peut être repoussé à la majorité de la victime, ou même à la fin de son état de vulnérabilité. Pour ces jeunes mannequins, la vulnérabilité ne s'arrêtait pas à leur majorité : elle durait tant qu'elles restaient sous la coupe d'Elite, sans autre perspective professionnelle. C'est cette argumentation juridique inédite qui distingue ces six plaintes de toutes les tentatives précédentes.
2023 : la justice française enterre l'affaire
Pour comprendre l'ampleur du défi que représentent ces nouvelles plaintes, il faut revenir sur l'échec retentissant de la première tentative judiciaire. En février 2023, l'enquête préliminaire ouverte trois ans plus tôt a été classée sans suite. La prescription, encore une fois, avait gagné.
2020-2023 : les onze plaintes initiales et le classement sans suite
En septembre 2020, la Brigade de protection des mineurs (BPM) avait ouvert une enquête préliminaire après la plainte de Lisa Brinkworth, une ex-journaliste de la BBC. Onze femmes, dont deux mineures au moment des faits, avaient alors accusé Gérald Marie. Mais comme l'a rapporté Libération le 16 février 2023, l'enquête n'a identifié aucune victime de faits non prescrits.
Le problème est simple et terrible : le délai de six ans pour l'agression sexuelle et de dix ans pour le viol était déjà dépassé pour la quasi-totalité des faits, qui remontaient à 1980-1998. Les enquêteurs de la BPM se sont retrouvés les mains vides, contraints de constater que le droit français ne permettait pas de poursuivre, même en présence de témoignages concordants.
La prescription des viols : le piège juridique français
La règle de prescription française est l'une des plus courtes d'Europe pour les violences sexuelles. Jusqu'en 2017, le délai pour les viols sur mineurs était de vingt ans à compter de la majorité de la victime. Une réforme a depuis allongé ce délai à trente ans, mais uniquement pour les faits postérieurs à la loi. Pour les victimes de Gérald Marie, le mal était déjà fait.

Les avocats des plaignantes avaient tenté d'obtenir une extension du délai en invoquant la notion d'« obstacle insurmontable ». Comme le rappelait Le Monde en avril 2022, cette notion permet de repousser le point de départ de la prescription lorsque la victime a été maintenue dans un état de contrainte permanente qui l'empêchait de porter plainte. La Cour de cassation l'avait reconnue dans des affaires d'inceste. Mais pour des mannequins, la démonstration s'est révélée impossible.
La notion d'« obstacle insurmontable », un espoir déçu
Pourquoi les juges n'ont-ils pas retenu cet argument pour Lisa Brinkworth et les autres plaignantes ? Parce que démontrer un « état de contrainte permanente » dans un milieu professionnel, aussi toxique soit-il, est juridiquement très difficile. Une adolescente violée par son père peut prouver qu'elle vivait sous le même toit que lui, qu'elle dépendait de lui matériellement, qu'elle ne pouvait pas fuir. Une mannequin, elle, changeait d'agence, rentrait dans son pays, reprenait une vie normale.
Le milieu du mannequinat est un angle mort du droit français. La contrainte y est diffuse, psychologique, économique. Elle n'est pas physique, pas permanente au sens où la loi l'entend. C'est précisément pour contourner cette impasse que la qualification de traite des êtres humains a été choisie en 2026. Elle permet de prendre en compte la vulnérabilité structurelle, pas seulement individuelle.
Le pouvoir total d'un agent : comment Elite a organisé l'impunité
Les abus commis par Gérald Marie n'étaient pas des actes isolés. Ils étaient la conséquence directe d'une structure économique et professionnelle savamment déséquilibrée, où l'agence détenait un pouvoir de vie ou de mort sur la carrière des jeunes filles.
17 ans, sans parler français, livrée chez le patron
Carré Otis avait 17 ans lorsqu'elle est arrivée à Paris. Dans une interview accordée à Ouest-France le 15 juillet 2026, elle raconte : « À 17 ans, j'étais en mode survie à Paris. Mon agence à New York, Elite, savait pourtant chez qui elle m'envoyait. » Elle a été logée dans l'appartement même de Gérald Marie, qui vivait alors avec le top model Linda Evangelista.
Le témoignage de Wendy Walsh, recueilli par The Guardian en octobre 2020, est encore plus explicite. La Canadienne, alors âgée de 17 ans en 1980, explique : « Je n'ai pas rencontré une seule mannequin française pendant mon séjour. Nous étions choisies spécifiquement parce que nous ne comprenions pas la langue. » L'isolement linguistique, l'absence de tuteur légal, la dépendance totale vis-à-vis de l'agence pour le logement, les repas, les déplacements : tout était conçu pour créer une proie facile.
Le réseau de bookeuses complices
Carolyn Kramer, ex-bookeuse chez Elite New York de 1983 à 2004, a brisé l'omerta dans une enquête du HuffPost. Elle raconte avoir reçu pour instruction d'envoyer des mannequins de 13 à 15 ans à des photographes dont tout le monde dans le milieu connaissait la réputation de prédateurs. « On nous disait que c'était comme ça que ça marchait, que si on voulait que nos filles percent, il fallait passer par là », résume-t-elle.
Le système ne reposait pas seulement sur Gérald Marie. Toute une chaîne hiérarchique fermait les yeux ou participait activement. Marie Anderson-Boyd, ex-vice-présidente d'Elite Chicago, a confirmé que John Casablancas et Marie faisaient partie des prédateurs présumés et avaient « mis en place une culture très complaisante ». La complicité était verticale et horizontale à la fois.
Le pouvoir de vie ou de mort sur la carrière
Les mannequins signaient des contrats d'exclusivité avec Elite. Refuser de se plier aux règles implicites, c'était se faire blacklister. Et être blacklisté par Elite, dans les années 1980, c'était tout simplement mettre fin à sa carrière. Comme le résume 20 Minutes, Gérald Marie disposait d'un « pouvoir de vie ou de mort » sur leur avenir professionnel.
Le système était verrouillé. Dénoncer, c'était quitter le métier. Et pour une jeune fille de 17 ans venue de l'étranger, sans diplôme, sans réseau, sans parler la langue, quitter le métier signifiait souvent retourner dans un pays ou une famille qu'elle avait fuis. La peur de perdre son gagne-pain, couplée à la honte et à la méconnaissance de ses droits, a maintenu des générations de mannequins dans le silence.
« Elles riaient et applaudissaient » : la scène milanaise de 1998
Pour ancrer la responsabilité collective, un épisode en particulier mérite d'être raconté. Il montre que les agressions de Gérald Marie n'étaient un secret pour personne dans les hautes sphères du mannequinat.
1998, Milan : la journaliste BBC agressée sous les yeux des dirigeants
Lisa Brinkworth n'était pas mannequin. Elle était journaliste, infiltrée dans le milieu pour une enquête de la BBC. En 1998, lors d'une soirée dans un club milanais, elle a été agressée sexuellement par Gérald Marie. La scène s'est déroulée devant d'autres dirigeants d'agences de mannequins.
Le récit qu'elle livre dans l'enquête d'Ouest-France de mars 2026 est glaçant : « Les autres dirigeants étaient là, ils riaient et applaudissaient. » Personne n'est intervenu. Personne n'a appelé la police. L'agression était un spectacle, un divertissement entre initiés. Brinkworth a porté plainte en Angleterre en 2020, ce qui a déclenché l'enquête préliminaire française classée sans suite en 2023.
1999, New York : l'aveu de John Casablancas
Le jour même de la démission de Gérald Marie en 1999, John Casablancas, fondateur d'Elite, a présenté des « excuses inconditionnelles » aux mannequins. Il a reconnu que le comportement de certains dirigeants était « choquant, inacceptable et totalement incorrect ». Ces mots sont consignés dans les archives de l'entreprise.
Le paradoxe est saisissant. L'entreprise reconnaît les faits, mais elle ne porte pas plainte. Elle ne licencie pas Marie pour faute grave. Elle le laisse partir en douceur, avec un arrangement interne. Les excuses de Casablancas sont un aveu institutionnel : la direction savait, et elle a choisi de protéger l'entreprise plutôt que les victimes.
Le départ sans conséquence judiciaire
Gérald Marie a quitté Elite en 1999, mais il n'a pas disparu du circuit. Il a continué à travailler dans le mannequinat, notamment pour MC2, l'agence de Jean-Luc Brunel. Aucune poursuite n'a été engagée en France à ce moment-là. Il a fallu attendre l'enquête du Guardian en octobre 2020 pour que la justice française se saisisse officiellement du dossier, vingt et un ans après les faits.

Ce retard explique en grande partie le constat de prescription de 2023. Si la justice avait agi en 1999, lorsque Casablancas lui-même reconnaissait les faits, les victimes auraient pu être entendues dans les délais légaux. Mais personne n'a voulu voir, personne n'a voulu agir.
Le réseau Brunel-Epstein : la pièce manquante du puzzle
L'affaire Gérald Marie ne se limite pas à la France. Elle s'inscrit dans un réseau international de prédation qui relie Elite à MC2, et MC2 à Jeffrey Epstein. Les nouvelles plaintes de 2026 tentent d'exploiter cette dimension pour contourner l'obstacle de la prescription.
La lettre des quinze ex-mannequins à la procureure de Paris
En mars 2026, quinze anciens mannequins ont remis une lettre à la procureure de Paris, Laure Beccuau. Menées par Ebba P. Karlsson, Suédoise de 56 ans, et Lisa Brinkworth, 58 ans, elles affirment posséder des « documents judiciaires et des courriels » qui prouvent une collaboration commerciale entre Gérald Marie, Jean-Luc Brunel et Jeffrey Epstein.
Cette lettre, révélée par DNA, vise à relier les deux dossiers devant la justice française. Les plaignantes demandent une enquête globale sur ce qu'elles considèrent comme un réseau de traite d'êtres humains, et non comme une série d'agressions individuelles. La qualification change tout : elle permet d'inclure les déplacements de mineures entre pays, orchestrés par un réseau professionnel fermé.
De Brunel à Epstein : l'ombre du réseau américain
Les connexions sont troublantes. Après avoir quitté Elite, Gérald Marie a travaillé pour MC2, l'agence de Jean-Luc Brunel. Brunel était l'ami proche de Jeffrey Epstein. Le réseau de recrutement de mannequins aux États-Unis, via E Model Management, servait de vivier pour alimenter les cercles du financier new-yorkais.
Comme nous l'avons déjà expliqué dans notre article sur Jean-Luc Brunel : l'agent de mannequins qui a alimenté le réseau Epstein, le système était parfaitement huilé. Les jeunes filles étaient repérées dans les pays de l'Est, en Amérique du Sud ou en Europe, recrutées sous prétexte de contrats de mannequinat, puis déplacées vers les États-Unis où elles tombaient sous la coupe d'Epstein et de ses associés.
Ludivine, MC2 et le Penthouse de New York
Un élément clé du dossier provient des documents Epstein déclassifiés par le gouvernement américain. Le Monde a révélé en février 2026 un échange de courriels entre une Française prénommée Ludivine (le prénom a été modifié) et Jeffrey Epstein, daté de janvier 2010.
Ludivine, ancienne mannequin pour MC2, écrit au financier : « Ai essayé d'appeler… Ai rencontré hier une nouvelle chatte de Russie… Elle va m'envoyer des photos… 22 ans, pas d'agence. » Quatre jours plus tard, elle ajoute : « Notre nouvelle amie est plus intelligente que je ne m'y attendais. Elle veut gagner de l'argent en faisant du mannequinat et en jouant la comédie. »
Ces courriels, joints aux documents judiciaires américains, offrent aux plaignantes françaises des preuves matérielles qui contournent l'absence de traces préservées depuis quarante ans. L'enquête sur le réseau Epstein en France a déjà permis de découvrir dix nouvelles victimes potentielles, et le parquet de Paris a rouvert le dossier Brunel. Les six plaintes de juillet 2026 s'inscrivent dans cette dynamique.
#MeTooMode : le modèle français sous pression
Le système qui a permis l'impunité de Gérald Marie pendant quarante ans n'est pas une anomalie. Il est le produit d'un modèle économique et juridique spécifique à la France, qui fragilise structurellement les mannequins.
CDDU et vulnérabilité : le statut qui isole
En France, les mannequins sont salariées en CDDU (contrat à durée déterminée d'usage). Ce statut, créé pour offrir de la flexibilité au secteur, a eu un effet pervers majeur : il rend quasi impossible toute syndicalisation. Comme l'explique Madmoizelle, les mannequins n'ont pas de contrat longue durée avec une seule agence. Elles enchaînent les missions d'un jour, changeant d'employeur, de lieu, de pays.
Dans ces conditions, dénoncer un agent revient à risquer de perdre toutes les missions suivantes. Personne n'ose parler, parce que personne n'a la sécurité d'un contrat stable. La flexibilité vantée par l'industrie s'est retournée contre celles qui auraient eu besoin de protection.
Model Law et #MeTooMode : les associations qui veulent réguler
Face à ce vide juridique, des associations ont émergé. Model Law, créée en France en 2017, milite pour un statut protégeant mieux les mineurs, l'obligation de logement décent, et un code de conduite pour les agences. Aux États-Unis, Model Alliance poursuit des objectifs similaires, avec un focus sur la fin des clauses de non-divulgation qui empêchent les victimes de parler.
Ces associations ont joué un rôle clé dans les plaintes de 2026. Ce sont elles qui ont mis en relation les victimes, qui ont trouvé les avocats, qui ont élaboré la stratégie juridique autour de la qualification de traite des êtres humains. Le travail de fourmi mené depuis près de dix ans commence à porter ses fruits.
Vers une commission d'enquête parlementaire ?
L'affaire Brunel, dont le procès s'est tenu en 2024, et la relance du dossier Marie mettent une pression croissante sur le législateur. La question est désormais posée : faut-il une loi spécifique pour encadrer les agences de mannequins ?
Le modèle d'autorégulation, qui a prévalu pendant quarante ans, a échoué. Les agences n'ont pas su se réformer seules. Les victimes réclament un contrôle public, incluant la vérification systématique des antécédents des dirigeants, l'obligation de déclarer les logements mis à disposition des mannequins, et un statut qui permette enfin aux jeunes filles de parler sans craindre pour leur carrière.
Conclusion : la longue marche contre l'omerta
Les six plaintes déposées ce 15 juillet 2026 ne sont pas une conclusion. Elles sont un nouveau départ. Après des années de classements sans suite, de prescriptions, de portes fermées, ces femmes tentent de relancer une affaire que la justice avait enterrée.
Leur force réside dans la stratégie juridique inédite qu'elles déploient. En choisissant la qualification de traite des êtres humains, elles ouvrent une brèche dans le mur de la prescription. En reliant leurs plaintes au dossier Epstein, elles apportent des preuves matérielles qui manquaient aux tentatives précédentes.
Reste à savoir si la justice française saura cette fois exploiter cette brèche. Les juges devront se prononcer sur la recevabilité des plaintes, sur la validité de la qualification de traite, sur la possibilité d'enquêter sur des faits vieux de quarante ans. Le chemin est encore long, semé d'obstacles juridiques et procéduraux.
Mais une chose a changé. Le silence n'est plus la règle. Carré Otis, Lisa Brinkworth, Wendy Walsh et toutes les autres ont prouvé qu'il était possible de parler, même quarante ans après. Leur courage force le système à s'adapter. Et c'est peut-être la plus grande victoire, quelle que soit l'issue judiciaire finale.