Des policiers de la police du Grand Manchester en tenue de service.
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Shabir Ahmed, le chef des « grooming gangs » de Rochdale, libéré sans expulsion

Le chef des « grooming gangs » de Rochdale, Shabir Ahmed, sort de prison après 14 ans mais reste au Royaume-Uni grâce à une faille juridique de 1971.

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Le 1er juillet 2026, une information révélée par Le Figaro a provoqué une onde de choc au Royaume-Uni et au-delà. Shabir Ahmed, 73 ans, l’un des principaux violeurs pakistanais des « grooming gangs » de Rochdale, s’apprête à quitter la prison après avoir purgé environ 14 ans d’une peine de 19 à 22 ans. Pire encore pour les victimes et l’opinion publique : ce prédateur sexuel multirécidiviste ne sera pas expulsé vers le Pakistan. Il va recouvrer une liberté strictement encadrée sur le sol britannique, protégé par une faille juridique vieille de 55 ans.

Des policiers de la police du Grand Manchester en tenue de service.
Des policiers de la police du Grand Manchester en tenue de service. — (source)

L’affaire, qui avait déjà secoué le Royaume-Uni en 2012 lors du procès de neuf hommes d’origine pakistanaise, revient sur le devant de la scène avec une violence renouvelée. Ce n’est pas seulement la libération d’un criminel qui choque, mais l’impuissance apparente de la justice et du gouvernement à protéger la société de cet homme que ses jeunes victimes appelaient « Daddy ».

Le règne de « Daddy » sur les réseaux de Rochdale

Shabir Ahmed n’est pas un délinquant ordinaire. Surnommé « Daddy » par les filles qu’il violait en bande organisée, il était le chef d’un réseau de « grooming gangs » qui a sévi à Rochdale, dans le nord de l’Angleterre, entre 2008 et 2010.

Un prédateur à la tête d’un système industriel

Sa méthode ? Recruter des adolescentes vulnérables, souvent issues de familles dysfonctionnelles ou placées en foyer, en leur offrant de l’argent, de l’alcool et de la drogue. Puis les livrer à d’autres hommes pour des viols collectifs dans des chambres situées au-dessus de commerces de plats à emporter. Condamné en 2012 pour le viol de plusieurs filles âgées de 12 à 15 ans, Ahmed possédait la double nationalité britannico-pakistanaise. Après sa condamnation, il a été déchu de sa nationalité britannique.

Logiquement, cette décision aurait dû ouvrir la voie à son expulsion vers le Pakistan à la fin de sa peine. Mais la réalité juridique est tout autre, comme l’a détaillé The Guardian le 30 juin 2026.

50 victimes estimées, un procès pour 5 d’entre elles

Le procès de 2012 a abouti à la condamnation de neuf hommes pour des crimes commis contre cinq filles. Mais les enquêteurs estiment que le nombre réel de victimes se situe entre 30 et 50. Pourquoi un tel écart ? La peur de témoigner, d’abord. Les jeunes filles craignaient les représailles du réseau, mais aussi le regard de leur communauté et de leur famille. La honte, ensuite. Beaucoup n’ont jamais parlé, gardant le silence pendant des années.

Enfin, la complexité des enquêtes sur les violences sexuelles en bande organisée a freiné les poursuites. Les policiers, mal formés, ont souvent pris les déclarations des victimes pour des mensonges d’adolescentes en fugue. Ce décalage entre le nombre de victimes réelles et le nombre de plaignantes au procès est l’une des grandes blessures de cette affaire. Il alimente aujourd’hui le sentiment d’impunité qui entoure la libération de Shabir Ahmed.

14 ans sur 19 : les mécanismes de la libération anticipée

Au Royaume-Uni, le système de libération conditionnelle fonctionne différemment de celui de la France. Pour les crimes graves, la Parole Board (commission des libérations conditionnelles) examine les dossiers des détenus à partir du moment où ils ont purgé la moitié de leur peine.

Le rôle de la Parole Board dans les crimes graves

Shabir Ahmed avait été condamné à une peine de 19 ans, portée à 22 ans pour certains chefs d’accusation. Après environ 14 années de détention, il a donc été jugé éligible à une libération sous licence. Ce mécanisme, prévu par la loi britannique, permet une libération automatique à mi-peine pour la plupart des crimes, y compris les plus graves.

La Parole Board a estimé qu’Ahmed ne présentait plus un risque suffisamment élevé pour justifier son maintien en détention jusqu’au terme de sa peine. Une décision qui a suscité l’incompréhension et la colère, tant chez les victimes que dans la classe politique. Car si la libération anticipée est légale, elle n’en reste pas moins perçue comme une injustice profonde au regard de la nature des crimes commis.

Comparaison avec le système français des périodes de sûreté

En France, le viol en réunion est puni de 20 ans de réclusion criminelle, conformément à l’article 222-24 du code pénal. La période de sûreté est automatique : elle peut être fixée à la moitié ou aux deux tiers de la peine. Pour une peine de 20 ans, un condamné ne peut donc demander une libération conditionnelle qu’après avoir purgé au moins 10 à 13 ans, selon la décision de la cour d’assises.

Shabir Ahmed a purgé environ 14 ans d’une peine de 19 à 22 ans. En France, avec une période de sûreté des deux tiers, il n’aurait pu être libéré qu’après 13 ans et 4 mois pour une peine de 20 ans. La différence n’est donc pas énorme. Mais la procédure serait différente : en France, c’est le juge de l’application des peines (JAP) qui examine le dossier, et non une commission administrative comme la Parole Board britannique. Le JAP peut imposer des conditions beaucoup plus strictes et révoquer la libération plus facilement.

Des gamines de 12 ans livrées aux chauffeurs de taxi

Pour comprendre l’indignation que suscite cette libération, il faut revenir sur l’horreur des faits. Le mode opératoire des « grooming gangs » de Rochdale a été décrit avec une précision glaçante par le juge Gerald Clifton lors du procès de 2012. Ce n’était pas une série de crimes isolés, mais un système organisé, presque industriel, de prédation sexuelle sur des mineures.

Taxis, alcool et chambres au-dessus des take-away

Les filles, certaines âgées de seulement 12 ans, étaient repérées dans la rue, près des arrêts de bus ou des centres commerciaux. Les hommes, souvent des chauffeurs de taxi, les abordaient avec une apparente bienveillance. Ils leur offraient des cigarettes, de l’argent de poche, puis de l’alcool et des drogues. Une fois dépendantes ou ivres, elles étaient transportées en taxi entre différents appartements et maisons.

Les viols collectifs se déroulaient dans des pièces situées au-dessus des commerces de plats à emporter (« take-away »), tenus par certains membres du réseau. Le juge Clifton a décrit des scènes où les filles étaient « gommées » — le terme anglais « groomed » étant difficile à traduire —, c’est-à-dire manipulées psychologiquement jusqu’à ce qu’elles acceptent, sous l’emprise de la drogue et de l’alcool, d’être livrées à plusieurs hommes. Les agresseurs payaient en espèces le chauffeur de taxi qui amenait la victime. L’argent circulait entre les mains des criminels comme dans une entreprise.

L’échec des institutions face à la prédation organisée

La police et les services sociaux ont échoué à protéger ces filles. Pendant des années, les signalements ont été ignorés ou minimisés. Les victimes, traitées comme des adolescentes déviantes plutôt que comme des enfants abusées, ont été renvoyées chez elles ou dans leurs foyers, où les prédateurs venaient les chercher. Ce n’est qu’après l’intervention de Sara Rowbotham, une employée municipale qui a rassemblé les preuves, que l’affaire a été prise au sérieux.

La série Three Girls, diffusée par la BBC en 2017, a joué un rôle crucial dans la prise de conscience nationale. Elle a montré comment les institutions ont fermé les yeux, et comment les victimes ont été doublement trahies : par leurs agresseurs, puis par ceux qui étaient censés les protéger.

Immigration Act de 1971 : la faille vieille de 55 ans

C’est le cœur du scandale juridique. Comment un criminel de cette envergure, déchu de sa nationalité britannique, peut-il rester sur le sol du Royaume-Uni après avoir purgé sa peine ? La réponse se trouve dans un texte de loi datant de l’époque des Trente Glorieuses : l’Immigration Act de 1971.

Citoyen britannique déchu, mais intouchable par l’expulsion

Un homme d'affaires passant devant le 10 Downing Street, résidence du Premier ministre britannique.
Un homme d'affaires passant devant le 10 Downing Street, résidence du Premier ministre britannique. — (source)

Après sa condamnation, Shabir Ahmed a été déchu de sa nationalité britannique. Cette mesure, rare et grave, est réservée aux personnes jugées contraires à l’intérêt public. Logiquement, Ahmed aurait dû devenir un étranger en situation irrégulière, expulsable vers son pays d’origine, le Pakistan. Mais l’Immigration Act de 1971 contient une clause spécifique qui protège les ressortissants du Commonwealth arrivés au Royaume-Uni avant le 1er janvier 1973 et y résidant depuis plus de cinq ans.

Ahmed est arrivé au Royaume-Uni à la fin des années 1960, bien avant cette date butoir. Il bénéficie donc d’une immunité d’expulsion que la loi actuelle ne permet pas de contourner. Même déchu de sa nationalité britannique, il conserve un statut de résident permanent intouchable. C’est ce que les médias britanniques appellent la « faille de 1971 ». Sky News a révélé que deux autres membres du réseau de Rochdale, Qari Abdul Rauf et Adil Khan, déchus de leur nationalité en 2022, sont dans la même situation.

Le Pakistan refuse d’accueillir ses ressortissants

Même si le gouvernement britannique parvenait à modifier la loi de 1971 — ce qui est juridiquement complexe et prendrait des années —, un autre obstacle se dresserait. Le Pakistan refuse catégoriquement d’accueillir sur son sol les ressortissants déchus de leur nationalité britannique. Les négociations diplomatiques menées par le Foreign Office n’ont abouti à rien. Islamabad considère que ces hommes, ayant vécu la majeure partie de leur vie au Royaume-Uni, relèvent de la responsabilité britannique.

Cette impasse diplomatique crée une situation absurde : le gouvernement britannique voudrait expulser Ahmed, mais ne peut pas le faire en raison d’une loi vieille de 55 ans, et même s’il le pouvait, le pays de destination refuserait de l’accueillir. Ahmed restera donc au Royaume-Uni, libre mais sous surveillance, au grand désespoir de ses victimes.

Bracelet électronique et zone d’exclusion : la liberté sous conditions

La libération de Shabir Ahmed n’est pas une liberté totale et sans conditions. Loin de là. Le régime de la « licence », équivalent britannique de la libération conditionnelle, impose des contraintes très strictes. Mais ces mesures suffisent-elles à garantir la sécurité des victimes et de la population ?

Un dispositif de surveillance théoriquement verrouillé

Selon les informations de la BBC, Ahmed doit vivre dans un logement encadré 24 heures sur 24, surveillé par des agents de probation. Il porte un bracelet GPS électronique qui permet de géolocaliser ses déplacements en permanence. Un couvre-feu strict lui interdit de sortir à certaines heures de la nuit. Surtout, une zone d’exclusion a été décrétée autour de Rochdale, la ville où il a commis ses crimes. Il lui est interdit d’y pénétrer.

Ahmed est également inscrit au fichier des délinquants sexuels à vie. Il a interdiction formelle de contacter ses victimes, de s’approcher de tout mineur ou d’avoir un emploi en contact avec des enfants. Toute infraction à ces conditions entraîne un retour immédiat en prison. En théorie, le dispositif est donc verrouillé. En pratique, il repose entièrement sur la fiabilité des services de probation, déjà critiqués pour leur sous-effectif chronique.

« Vraiment effrayant » : la lanceuse d’alerte Sara Rowbotham ne dort plus

Sara Rowbotham, l’ancienne employée municipale qui a rassemblé les preuves contre le réseau de Rochdale — et dont le rôle a été interprété par Maxine Peake dans la série Three Girls —, a exprimé son effroi dans les colonnes de The Guardian. « C’est vraiment effrayant », a-t-elle déclaré. « Je ne dors plus. Les services de probation sont tellement faibles, tellement sous-financés. Comment peuvent-ils garantir qu’il respectera les conditions ? »

La victime anonyme « Amber », violée à 12 ans, a confié avoir été « absolument furieuse » en apprenant la libération par les médias, sans aucune information préalable des autorités. « Je n’ai pas dormi pendant trois nuits », a-t-elle raconté. « J’ai été physiquement malade. Il a des contacts à Rochdale. Ils opéraient en gang. Même s’il n’approche pas, son réseau est toujours là. »

Double peine et OQTF : le sort d’un criminel en France

Cette affaire soulève une question naturelle pour le public français : notre système judiciaire serait-il plus sévère ? La réponse est nuancée, mais les différences sont frappantes.

L’interdiction définitive du territoire en droit français

C’est sur l’expulsion que la différence est la plus nette. En France, le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) prévoit l’Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) et l’Interdiction du Territoire Français (ITF) pour les étrangers condamnés pour crime. Contrairement au Royaume-Uni, la France n’a pas de « clause grand-père » datant de 1971 protégeant les résidents de longue durée.

Un étranger condamné pour viol en réunion en France serait presque systématiquement expulsé après sa peine, sauf exceptions très limitées liées à des attaches familiales anciennes — mais la gravité du crime prime généralement. La France applique ce que l’on appelle la « double peine » : la prison, puis l’expulsion. Shabir Ahmed, s’il avait été jugé en France, n’aurait pas pu bénéficier de la protection d’une loi archaïque. Il aurait été renvoyé au Pakistan sans délai.

Le juge de l’application des peines, un contrepoids français

En France, le juge de l’application des peines (JAP) examine les demandes de libération conditionnelle. Contrairement à la Parole Board britannique, qui est une commission administrative, le JAP est un magistrat du siège, indépendant et tenu de motiver ses décisions de manière détaillée. Il peut imposer des obligations beaucoup plus strictes et révoquer la libération plus facilement en cas de manquement.

Le JAP peut également ordonner un placement sous surveillance électronique mobile, avec un bracelet GPS, mais aussi des obligations de soins, d’indemnisation des victimes, ou d’interdiction de paraître dans certains lieux. Le système français offre donc un cadre juridique plus souple et plus protecteur pour les victimes, même si la réalité des moyens alloués à la probation reste un défi.

Cette comparaison met en lumière une faille spécifique au droit britannique, que le gouvernement travailliste de Keir Starmer peine à colmater.

De Starmer à Burnham : l’onde de choc politique

L’affaire Shabir Ahmed dépasse largement le cadre judiciaire. Elle est devenue un enjeu politique majeur au Royaume-Uni, à quelques semaines d’un changement de Premier ministre attendu.

Andy Burnham promet de fermer la brèche juridique

Andy Burnham, qui doit succéder à Keir Starmer à la tête du gouvernement travailliste, a qualifié le cas Ahmed de « particulièrement odieux ». Dans une déclaration rapportée par la BBC, il a promis d’explorer « toutes les options » pour colmater la faille de l’Immigration Act de 1971. Paul Waugh, député travailliste de Rochdale, a été plus direct : « Les habitants de Rochdale veulent qu’il soit expulsé. Point. »

Un intervenant s'exprimant au micro d'Europe 1 à propos de l'affaire des 'grooming gangs'.
Un intervenant s'exprimant au micro d'Europe 1 à propos de l'affaire des 'grooming gangs'. — (source)

Burnham, ancien maire du Grand Manchester, connaît bien le dossier des grooming gangs. Il avait déjà critiqué la gestion de l’affaire par les autorités locales. Sa promesse de réformer la loi sur l’immigration est un signal fort, mais la complexité juridique est immense. Modifier une loi vieille de 55 ans pour un cas individuel sans créer de précédent dangereux est un exercice d’équilibriste.

Le gouvernement pris en étau entre fermeté et État de droit

Keir Starmer, Premier ministre sortant, a demandé à la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood de « revoir le dossier » de Shabir Ahmed. Mais les marges de manœuvre sont étroites. La cheffe conservatrice Kemi Badenoch a accusé le gouvernement de faiblesse et promis de légiférer si son parti arrivait au pouvoir. Le débat est vif : peut-on changer la loi pour un cas individuel sans violer l’État de droit ?

Les travaillistes sont pris en étau. D’un côté, l’opinion publique exige une réponse ferme et immédiate. De l’autre, les principes juridiques fondamentaux interdisent de modifier une loi rétroactivement pour punir un homme déjà condamné. La solution passera probablement par une réforme plus large du droit de l’immigration, qui prendra des années. En attendant, Shabir Ahmed sera libre.

« Je suis terrifiée » : le nouveau traumatisme des victimes

Au-delà des débats politiques et juridiques, il y a des femmes. Des femmes qui étaient des filles quand elles ont été violées, et qui aujourd’hui sont mères. Leur parole, longtemps ignorée, résonne avec une force nouvelle.

« Amber », violée à 12 ans : « Je n’ai pas dormi pendant trois nuits »

« Amber » — un pseudonyme pour protéger son identité — a accordé un entretien déchirant à The Guardian. Elle a appris la libération de Shabir Ahmed dans la presse, sans aucune information des autorités. « Je n’ai pas dormi pendant trois nuits », raconte-t-elle. « J’ai été prise de nausées. Je n’arrêtais pas de penser à mes enfants. Il a des contacts à Rochdale. Ils opéraient en gang. Même s’il n’approche pas, son réseau est toujours là. »

Elle dit se sentir trahie une deuxième fois. Trahie par la police qui n’a pas cru son histoire en 2008. Trahie par la justice qui a condamné les agresseurs mais n’a pas protégé les victimes. Trahie aujourd’hui par un système qui libère son bourreau sans même la prévenir. « J’ai l’impression que tout ce que j’ai vécu ne compte pas », confie-t-elle. « Que ma vie ne compte pas. »

Les victimes oubliées des 9 000 dossiers classés

La Metropolitan Police de Londres a annoncé qu’elle passait en revue 9 000 dossiers d’exploitation sexuelle d’enfants en bande, classés sans suite ces quinze dernières années. Le motif invoqué : « aucune suite donnée par la police ou le Crown Prosecution Service ». Neuf mille dossiers. Neuf mille victimes potentielles qui n’ont jamais obtenu justice.

La définition même des « grooming gangs » est floue, comme le reconnaît la London Assembly. Elle inclut les abus intrafamiliaux, les violences entre pairs, les abus institutionnels. Mais derrière ces catégories administratives se cache une réalité : des milliers d’enfants ont été abusés sans que la police ne donne suite à leurs plaintes. Le biais racial et la peur d’être accusé de racisme ont-ils paralysé les enquêtes ? Une étude de l’Université de Tilburg, aux Pays-Bas, a analysé la « racialisation » du sujet, montrant comment le stéréotype du « musulman hypersexualisé » a été instrumentalisé par l’extrême droite. Mais cette instrumentalisation ne doit pas masquer l’essentiel : des enfants ont été livrés à des prédateurs parce que les institutions ont fermé les yeux.

Conclusion : une loi de 1971, un prédateur libre, des leçons pour l’Europe

L’affaire Shabir Ahmed est un concentré de contradictions. Une loi archaïque de l’ère du Commonwealth protège un prédateur sexuel multirécidiviste que la morale publique et la classe politique veulent voir expulsé. Les victimes, déjà trahies par la police et les services sociaux lors de l’enquête, se sentent oubliées une seconde fois. Le gouvernement britannique, pris en étau entre l’État de droit et la demande de justice, cherche une issue qui n’existe peut-être pas.

Au-delà du cas individuel, cette affaire pose une question fondamentale pour l’Europe : comment harmoniser les règles d’expulsion des criminels sexuels et les peines planchers pour éviter ce type d’impasse judiciaire ? La France, avec sa « double peine », semble mieux armée. Mais d’autres pays européens pourraient se retrouver dans la même situation que le Royaume-Uni, avec des lois héritées d’une autre époque qui protègent des criminels que personne ne veut voir libres.

La libération de Shabir Ahmed est un avertissement. Elle rappelle que le droit, s’il n’est pas régulièrement adapté aux réalités sociales et criminelles, peut devenir un bouclier pour les pires prédateurs. Et que les victimes, toujours, paient le prix des lacunes du système.

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Questions fréquentes

Pourquoi Shabir Ahmed n'est-il pas expulsé ?

Shabir Ahmed n'est pas expulsé à cause d'une faille juridique dans l'Immigration Act de 1971. Cette loi protège les ressortissants du Commonwealth arrivés au Royaume-Uni avant 1973, comme Ahmed, même s'il a été déchu de sa nationalité britannique.

Quelles sont les conditions de libération de Shabir Ahmed ?

Shabir Ahmed est libéré sous licence avec un bracelet GPS, un couvre-feu nocturne, et une zone d'exclusion autour de Rochdale. Il doit vivre dans un logement surveillé 24h/24 et ne peut pas contacter ses victimes ni s'approcher de mineurs.

Combien d'années de prison a purgé Shabir Ahmed ?

Shabir Ahmed a purgé environ 14 ans d'une peine de 19 à 22 ans. Il a été libéré après que la Parole Board britannique a estimé qu'il ne présentait plus un risque suffisamment élevé pour justifier son maintien en détention.

Qu'est-ce que la faille de l'Immigration Act de 1971 ?

La faille de l'Immigration Act de 1971 empêche l'expulsion des ressortissants du Commonwealth arrivés au Royaume-Uni avant le 1er janvier 1973 et y résidant depuis plus de cinq ans. Même déchu de sa nationalité britannique, Shabir Ahmed conserve un statut de résident permanent intouchable.

Quel est le nombre réel de victimes des grooming gangs de Rochdale ?

Les enquêteurs estiment que le nombre réel de victimes se situe entre 30 et 50, mais le procès de 2012 n'a concerné que cinq d'entre elles. Beaucoup de victimes n'ont pas témoigné par peur des représailles, honte ou méfiance envers la police.

Sources

  1. bbc.com · bbc.com
  2. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  3. Grooming gangs in London – what do we know? · london.gov.uk
  4. Grooming Gangs (4) · london.gov.uk
  5. news.sky.com · news.sky.com
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Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

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