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Les salariés britanniques de Wikipédia demandent la reconnaissance syndicale

Le 24 juin 2026, les salariés britanniques de la Wikimedia Foundation demandent la reconnaissance syndicale, une première mondiale.

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Le 24 juin 2026, les employés britanniques de la Wikimedia Foundation ont franchi un cap historique. Ils ont envoyé une lettre à leur direction pour demander la reconnaissance officielle de leur section syndicale, une première mondiale dans l'histoire de l'encyclopédie participative. Cette initiative, portée par le United Tech and Allied Workers (UTAW-CWU), s'appuie sur une majorité déjà constituée parmi le personnel au Royaume-Uni et sur le soutien de plus de 1 100 contributeurs bénévoles. Elle intervient dans un climat de défiance nourri par des licenciements contestés et l'arrivée d'une directrice générale au profil éloigné de l'esprit du logiciel libre.

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Les salariés britanniques écrivent à la direction : une première mondiale

Le 24 juin 2026 marque un tournant. Ce jour-là, les employés britanniques de la Wikimedia Foundation ont envoyé une lettre officielle à leur direction. Leur demande est limpide : obtenir la reconnaissance volontaire de leur section syndicale, le United Tech and Allied Workers, branche spécialisée dans les technologies du Communication Workers Union (CWU). C'est la première fois que des salariés de la fondation franchissent le pas d'une demande formelle de reconnaissance syndicale.

La lettre du 24 juin qui place la fondation face à ses contradictions

Le document transmis à la direction ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Les employés britanniques de la WMF exigent que la fondation respecte les engagements publics pris par ses dirigeants, notamment ceux de Bernadette Meehan, la nouvelle directrice générale. Dans des déclarations récentes, elle avait réaffirmé le droit des salariés à s'organiser et à former un syndicat. Les signataires de la lettre appellent donc la fondation à passer des paroles aux actes.

Le CWU, dans son communiqué de presse publié le même jour, précise que la fondation « a traversé une période de changements significatifs ces derniers mois, ce qui a accentué les inquiétudes des salariés concernant la transparence, la confiance et la direction future de l'organisation ». Ces mots visent directement la série de décisions brutales prises par la direction depuis le début de l'année 2026.

Les employés britanniques ne se présentent pas comme des fauteurs de troubles. Le CWU insiste sur le fait qu'il s'agit de « contributeurs et organisateurs de longue date, profondément engagés dans le mouvement Wikimédia ». Ils ne cherchent pas à bloquer le travail de la fondation, mais à instaurer un cadre de dialogue durable, fondé sur la transparence et la participation.

Une majorité déjà constituée et le soutien de 1 100 contributeurs

Ce qui donne du poids à cette initiative, c'est le rapport de force déjà établi. Sur le site de Wiki Workers United, l'organisation annonce sans détour qu'« une majorité substantielle des employés britanniques de la WMF sont déjà membres de l'UTAW-CWU ». La demande de reconnaissance n'est pas un sondage ou une prise de température. C'est l'aboutissement d'un travail d'organisation mené depuis plusieurs mois dans l'ombre.

Le Royaume-Uni est, après les États-Unis, le plus grand bassin d'emploi de la Wikimedia Foundation. Obtenir une majorité parmi ces salariés envoie un signal politique fort à la direction californienne.

Et les salariés ne sont pas seuls. La communauté des bénévoles, ces milliers d'éditeurs qui écrivent et maintiennent gratuitement les articles de Wikipédia, s'est mobilisée en masse. Une pétition de solidarité, hébergée sur la page « Wiki Workers United solidarity » de la Wikipédia anglophone, a recueilli plus de 1 100 signatures en quelques semaines. Au moment de la demande de reconnaissance, elle était devenue la deuxième proposition ou pétition la plus soutenue de toute l'histoire de la Wikipédia anglophone, derrière seulement la lettre ouverte de 2024 sur le conflit entre Asian News International et la fondation.

Le message des bénévoles est clair : ils se disent prêts à cesser leur activité éditoriale si la fondation ne respecte pas le droit syndical de ses employés. Une menace de grève éditoriale qui ferait trembler n'importe quel site web dépendant du travail gratuit de sa communauté.

Le contexte d'une défiance grandissante

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La demande de reconnaissance n'arrive pas dans un vide. Depuis plusieurs mois, les tensions montent entre la direction et les employés. Les changements annoncés par la fondation, combinés à un manque de transparence perçu, ont créé un terrain fertile pour l'organisation syndicale. Les travailleurs britanniques, en passant à l'acte, donnent une forme concrète à un mécontentement qui couvait.

De l'équipe Community Tech à Brooke Vibber : les licenciements qui ont mis le feu aux poudres

Pour comprendre pourquoi les salariés britanniques ont franchi le pas le 24 juin, il faut remonter quelques semaines en arrière. Le mois de mai 2026 a été marqué par une série d'annonces qui ont profondément ébranlé la confiance entre la direction de la fondation et ses troupes, qu'elles soient salariées ou bénévoles.

Mai 2026 : l'équipe Community Tech démantelée

Le 20 mai 2026, la Wikimedia Foundation annonce la dissolution de l'équipe Community Tech. Cinq ingénieurs et un manager sont licenciés sur-le-champ. Cette équipe n'était pas une unité technique parmi d'autres. Elle servait de pont essentiel entre la fondation et les éditeurs bénévoles. Sa mission principale : gérer la Community Wishlist, une liste de souhaits où les contributeurs proposent des améliorations techniques pour faciliter leur travail quotidien.

L'annonce a provoqué une tempête dans la communauté. Plus de 1 000 commentaires ont été échangés entre les éditeurs et la direction sur les pages de discussion. Jimmy Wales lui-même, le cofondateur de Wikipédia, est intervenu pour débattre avec les contributeurs mécontents. L'éditrice Tamzin Hadasa Kelly a lancé une pétition de solidarité qui a rapidement recueilli plus de 700 signatures, représentant collectivement plus de 10 millions de modifications sur l'encyclopédie. La couverture médiatique a été assurée par des titres comme The Verge, Heise Online et PC Magazine.

Sans l'équipe Community Tech, les outils techniques qui facilitent la maintenance des articles sont menacés. Les bots, les gadgets et les scripts qui aident les bénévoles à repérer les fautes d'orthographe, les liens morts ou les violations de droits d'auteur dépendent en grande partie de cette interface. Sa disparition laisse présager une accumulation de bogues et un ralentissement du travail de maintenance.

Le licenciement de Brooke Vibber et les soupçons de représailles

Si le démantèlement de l'équipe Community Tech a mis le feu aux poudres, c'est aussi parce qu'il intervenait juste après un autre licenciement très contesté. Une semaine plus tôt, la fondation avait mis fin au contrat de Brooke Vibber.

Brooke Vibber n'était pas un employé ordinaire. C'était le développeur le plus influent de MediaWiki, le logiciel qui fait tourner Wikipédia. Surtout, c'était le tout premier employé embauché par la fondation, en 2003. Il était également l'un des principaux organisateurs du syndicat Wiki Workers United.

La concomitance des deux événements a créé un faisceau d'indices troublants. La fondation a nié tout lien entre les licenciements et l'activité syndicale, mais les faits sont têtus. Plusieurs des ingénieurs licenciés de l'équipe Community Tech étaient impliqués dans l'organisation du syndicat. Et pour enfoncer le clou, la fondation a fait appel à un cabinet d'avocats connu pour ses activités d'« union busting », ces techniques de lutte antisyndicale répandues dans les grandes entreprises américaines.

Sur le Bistro francophone du 24 mai 2026, l'utilisatrice Femke a résumé la situation avec une clarté glaçante : « Plusieurs des personnes licenciées soutenaient la création d'un syndicat, Wiki Workers United. En outre, la Fondation a retenu les services d'un cabinet d'avocats impliqué dans des activités de 'union busting'. »

296 millions de dollars de réserves : l'austérité qui cache mal ses motifs

Le dernier exercice fiscal de la Wikimedia Foundation raconte une histoire très différente de celle que la direction voudrait faire croire. Selon les chiffres publiés, la fondation a généré 208,6 millions de dollars de revenus. Ses réserves s'élèvent à 296,6 millions de dollars, soit l'équivalent de 17,1 mois de dépenses de fonctionnement. Et la dotation Wikimedia, un fonds séparé, pèse 169,4 millions de dollars supplémentaires.

Face à une telle trésorerie, les licenciements pour « raisons économiques » sonnent faux. C'est l'un des principaux arguments des syndicalistes dans leur lettre du 24 juin. Comment justifier la suppression d'une équipe entière quand la fondation dispose de près de 300 millions de dollars de réserves ? Comment expliquer le licenciement d'un développeur historique comme Brooke Vibber quand les comptes sont dans le vert ?

Les syndicalistes dénoncent une gestion qui privilégie la rentabilité et le contrôle au détriment de la mission sociale de la fondation. Car la fondation ne se contente pas de vivre de dons. Depuis 2022, elle a lancé Wikimedia Enterprise, un service payant qui vend l'accès aux données de Wikipédia à des géants de la tech comme Google, Apple ou OpenAI. Une source de revenus qui ne cesse de croître et qui soulève des questions sur la véritable nature de la fondation : plateforme au service du savoir libre ou entreprise technologique comme les autres ?

Bernadette Meehan, l'ex-ambassadrice à la tête d'une fondation en crise

Pour comprendre la rupture culturelle qui secoue la Wikimedia Foundation, il faut s'intéresser à celle qui la dirige depuis janvier 2026. Bernadette Meehan a pris ses fonctions le 20 janvier, succédant à Maryana Iskander. Son profil a immédiatement suscité des interrogations au sein de la communauté.

Un CV qui détonne dans le monde du libre

Bernadette Meehan, c'est d'abord une carrière diplomatique. Elle a été ambassadrice des États-Unis au Chili sous l'administration Obama. Avant cela, elle a travaillé chez J.P. Morgan et Lehman Brothers, la banque d'affaires dont la faillite en 2008 a déclenché la crise financière mondiale. Elle a également été porte-parole du Conseil de sécurité nationale à la Maison-Blanche. Plus récemment, elle occupait des postes de direction à l'Obama Foundation.

Ce CV n'a rien à voir avec celui de ses prédécesseurs. Jimmy Wales, le fondateur, était un entrepreneur du web passionné par le savoir libre. Les directeurs généraux qui se sont succédé venaient du monde associatif, de l'éducation ou de la philanthropie. Bernadette Meehan, elle, arrive de la haute finance, de l'État profond américain et de l'élite politique démocrate.

Pour beaucoup de contributeurs, ce profil dit quelque chose du virage pris par la fondation. Une organisation qui embauche une ex-banquière de Lehman Brothers n'est plus tout à fait la même que celle qui, en 2003, se présentait comme une simple « fondation caritative pour héberger Wikipédia ». Les valeurs de transparence, de collaboration et de gratuité qui ont porté le projet semblent s'effacer devant des logiques de gestion technocratique.

Les promesses d'écoute face à la réalité des actes

En mars 2026, Bernadette Meehan a accordé une interview au Wikipedia Signpost, le journal interne de la communauté. Elle y a déployé un discours très rodé sur l'écoute et la collaboration. Elle affirmait avoir échangé avec 229 Wikimédiens en seulement 30 jours. Elle se présentait comme une « custodian », une gardienne du savoir, et non comme une propriétaire. Sa stratégie pour l'intelligence artificielle était centrée sur le principe de « mettre les humains d'abord ».

Les mots étaient choisis avec soin. Mais les actes ont rapidement contredit les belles paroles. Les licenciements de mai 2026 ont montré une tout autre réalité. Dans leur lettre du 24 juin, les employés britanniques rappellent à Meehan ses engagements publics sur le droit syndical. Ils lui demandent explicitement de les respecter.

La contradiction est flagrante. D'un côté, une directrice générale qui promet transparence et dialogue. De l'autre, une fondation qui licencie en secret les principaux organisateurs syndicaux et fait appel à des cabinets d'avocats spécialisés dans la lutte antisyndicale. Les salariés britanniques ne lui laissent pas le choix : ils la somment de choisir son camp.

L'onde de choc dans la communauté américaine

Aux États-Unis, où se trouve le siège de la fondation, la nouvelle de la demande de reconnaissance britannique a provoqué des réactions contrastées. Certains employés américains, qui observent le mouvement depuis février 2026, y voient un précédent encourageant. D'autres redoutent des représailles de la part d'une direction qui a déjà montré sa détermination à briser l'organisation syndicale.

Le 6 février 2026, deux semaines après l'arrivée de Meehan, le développeur Bryan Davis avait annoncé sur Mastodon que des employés avaient commencé à s'organiser. « Il y a cinq ans, j'avais lancé un appel sur Twitter pour que les employés de la Wikimedia Foundation se syndiquent. Hier, un groupe d'entre nous s'est présenté publiquement devant tous les autres employés comme étant activement engagés dans cet effort », écrivait-il.

Depuis, le mouvement a pris de l'ampleur. Wiki Workers United a créé un site web et une instance Mastodon. Mais la direction a répondu par les licenciements de mai, créant un climat de peur parmi les employés américains qui hésitent à se déclarer publiquement.

Sur le Bistro francophone, les bénévoles ne veulent pas être les dindons de la farce

Si le conflit se joue d'abord entre la direction et ses employés, les bénévoles ne sont pas des spectateurs passifs. Ils sont directement concernés par les décisions de la fondation, et ils le font savoir. Sur la Wikipédia francophone, la discussion a rapidement enflammé le Bistro, le café des contributeurs.

L'alerte de Femke sur le Bistro

Le 24 mai 2026, l'utilisatrice Femke poste un message sur le Bistro francophone. Elle résume la situation avec une précision chirurgicale : l'équipe Community Tech est dissoute, la plupart de ses membres sont licenciés, et plusieurs d'entre eux soutenaient la création du syndicat Wiki Workers United. Elle ajoute que la fondation a retenu les services d'un cabinet d'avocats impliqué dans des activités d'« union busting ».

Son message provoque une onde de choc parmi les contributeurs francophones. Beaucoup ne connaissaient pas l'existence de Wiki Workers United. Ils découvrent avec stupéfaction que la fondation, cette organisation qu'ils aident à faire vivre gratuitement, emploie des méthodes dignes des entreprises qu'elle est censée combattre.

L'inquiétude est palpable. Les bénévoles français se sentent pris en otage dans un conflit dont ils comprennent les ressorts mais dont ils subissent les conséquences directes. Ils ne sont pas salariés de la fondation. Ils ne peuvent pas voter pour élire le conseil d'administration. Pourtant, ce sont eux qui produisent le contenu qui fait la richesse de Wikipédia. Sans eux, l'encyclopédie n'est qu'un site vide.

La crainte d'un site qui s'écroule

Au-delà des principes, les contributeurs francophones s'inquiètent pour leur quotidien. L'équipe Community Tech n'était pas une abstraction. C'était elle qui développait et maintenait les outils techniques qui facilitent la vie des éditeurs.

Prenons un exemple concret. Un contributeur qui passe des heures à corriger des articles utilise des scripts automatisés pour repérer les fautes d'orthographe, les liens morts ou les violations de droits d'auteur. Ces scripts sont souvent développés par l'équipe Community Tech, ou du moins nécessitent son aval pour être déployés à grande échelle. Sans elle, les bugs s'accumulent et les demandes d'amélioration restent lettre morte.

La Community Wishlist, ce système qui permet aux bénévoles de proposer et de voter pour les améliorations techniques qu'ils jugent prioritaires, est désormais orpheline. Qui va traiter les demandes ? Qui va corriger les bugs ? La direction a promis de redistribuer les tâches, mais la communauté reste sceptique.

Pour les jeunes Français qui consultent Wikipédia chaque jour pour leurs devoirs ou leur culture générale, ce conflit peut sembler lointain. Pourtant, il a un impact direct sur la qualité de l'encyclopédie. Moins d'outils techniques signifie plus de travail pour les bénévoles, donc moins de temps pour créer et améliorer des articles. Et à terme, une encyclopédie moins fiable, moins complète, moins utile.

Les discussions sur les alternatives

Sur le Bistro, certains contributeurs évoquent la possibilité de quitter Wikipédia pour d'autres plateformes. Des projets concurrents comme Wikiwand ou Scholarpedia pourraient profiter de cette crise pour attirer des éditeurs déçus. Mais la plupart des participants reconnaissent qu'aucune alternative n'offre la même visibilité ni la même communauté.

D'autres proposent de créer une version décentralisée de Wikipédia, hébergée sur des serveurs indépendants, à l'image de ce qui a été fait pour d'autres projets collaboratifs. Mais l'idée reste théorique : le coût technique et la coordination nécessaire seraient colossaux.

Ce qui ressort des discussions, c'est un sentiment de lassitude mêlé à de la colère. Les bénévoles francophones ne demandent pas grand-chose : des outils qui fonctionnent, une direction qui les écoute, et le respect de ceux qui font vivre le projet. Les licenciements de mai 2026 leur ont montré qu'ils ne pouvaient plus compter sur la fondation pour garantir ces conditions.

Wiki Workers United, l'ambition d'un syndicalisme mondial pour l'ère numérique

La demande de reconnaissance des salariés britanniques n'est que la première étape d'un projet bien plus ambitieux. Wiki Workers United (WWU) ne se contente pas de vouloir syndiquer les employés de la Wikimedia Foundation. Il vise à créer un syndicat mondial, une structure inédite dans l'histoire du mouvement ouvrier.

Des modérateurs de Facebook aux ingénieurs de Google : le précédent de la syndicalisation dans la tech

Wikipédia n'est pas un cas isolé. Les années 2020 ont vu l'émergence de mouvements syndicaux dans les grandes entreprises technologiques. Les modérateurs de contenu de Facebook, souvent employés par des sous-traitants dans des conditions précaires, ont été parmi les premiers à s'organiser. Les employés de Google ont créé l'Alphabet Workers Union, un syndicat qui regroupe des milliers de salariés à travers le monde. Les développeurs de jeux vidéo ont fondé Game Workers Unite pour lutter contre les conditions de travail dégradantes dans l'industrie.

Dans chaque cas, le même schéma se répète. Des travailleurs précaires ou des salariés d'entreprises très riches se heurtent à des licenciements massifs, au mépris de la direction et à une absence totale de dialogue social. La tech, ce secteur qui se présente comme innovant et progressiste, révèle un visage bien plus sombre quand il s'agit de ses propres employés.

La Wikimedia Foundation n'échappe pas à cette règle. Avec ses 300 millions de dollars de réserves et ses licenciements contestés, elle suit le même chemin que Google, Facebook ou Amazon. La syndicalisation est une réponse logique à cette dérive.

« Rien sur nous sans nous » : comment le WWU veut fédérer tous les employés de la WMF

Wiki Workers United se présente comme un « syndicat de solidarité mondiale ». Son principe fondateur est simple : « Nothing about us without us » (Rien sur nous sans nous). Son objectif est de représenter tous les employés de la Wikimedia Foundation, quel que soit leur pays de résidence.

Le plan est progressif. La première étape consiste à former une section américaine, le plus grand bassin d'emploi de la fondation. Ensuite, le syndicat s'étendra au reste du monde. La branche britannique (WWU-UK) est la première à passer à l'acte formel de demande de reconnaissance, mais elle ne sera pas la dernière.

Le WWU insiste sur son approche collaborative. Il ne se positionne pas comme un adversaire de la direction, mais comme un partenaire pour construire un lieu de travail durable et transparent. « Nous ne connaissons pas les raisons des actions récentes de la direction », écrivent ses membres sur leur site. « Mais il reste clair qu'un syndicat est nécessaire pour garantir que les domaines d'action du WWU soient établis et respectés pour la santé de l'organisation et du mouvement. »

Cette approche pragmatique contraste avec l'image souvent négative des syndicats dans le secteur technologique. Les fondateurs du WWU savent qu'ils doivent convaincre, pas seulement combattre. Mais ils savent aussi que la balle est désormais dans le camp de Bernadette Meehan et du conseil d'administration.

Les défis d'un syndicalisme global

Créer un syndicat mondial pour une fondation comme Wikimedia n'est pas une mince affaire. Les différences de législation du travail entre les pays compliquent la tâche. Au Royaume-Uni, le processus de reconnaissance volontaire est relativement simple. Aux États-Unis, il implique des élections supervisées par le National Labor Relations Board, un processus long et conflictuel.

Le WWU doit aussi composer avec la diversité des statuts des employés. Certains sont basés dans des pays où le droit syndical est faible, voire inexistant. D'autres travaillent à distance, ce qui rend l'organisation plus difficile. Et il y a les sous-traitants, ces travailleurs précaires qui effectuent des tâches essentielles sans être directement employés par la fondation.

Malgré ces obstacles, le WWU avance. La demande de reconnaissance des salariés britanniques est une première victoire, mais elle n'est qu'un début. Le syndicat prévoit de lancer une campagne de recrutement aux États-Unis dans les semaines à venir, et espère obtenir une reconnaissance officielle d'ici la fin de l'année.

L'avenir de la confiance entre la fondation et les contributeurs

La balle est dans le camp de Bernadette Meehan et du conseil d'administration. Accepter la reconnaissance syndicale sans négocier serait un premier pas, mais les vrais enjeux sont ailleurs.

La fondation doit choisir ce qu'elle veut être. Rester une plateforme au service de ses bénévoles, fidèle à l'esprit du logiciel libre et de la collaboration ouverte. Ou devenir un acteur technologique comme les autres, avec ses licenciements, ses cabinets d'avocats et ses syndicats combattus.

Ce choix aura des conséquences profondes. Si la fondation continue sur sa voie actuelle, elle risque de perdre la confiance de sa base de bénévoles. Et sans bénévoles, Wikipédia n'est rien. Les jeunes lecteurs qui consultent l'encyclopédie chaque jour pour leurs études ou leur culture générale ne le savent peut-être pas, mais ce sont ces contributeurs anonymes qui font la richesse du site.

La reconnaissance syndicale des salariés britanniques est un test. Un test de la capacité de la fondation à écouter, à dialoguer, à respecter ses engagements. Un test de sa volonté de rester fidèle à ses valeurs fondatrices.

Le paradoxe est cruel. Une fondation riche de près de 300 millions de dollars de réserves licencie ses équipes techniques, embauche des cabinets antisyndicaux et refuse de reconnaître le droit de ses employés à s'organiser. Pendant ce temps, des milliers de bénévoles continuent de donner leur temps gratuitement pour faire vivre le projet.

Si la direction ne comprend pas l'urgence de renouer la confiance avec sa base, elle risque de voir l'édifice qu'elle a contribué à construire s'effondrer. Car au bout du compte, Wikipédia n'appartient ni à ses dirigeants ni à ses actionnaires. Elle appartient à ceux qui l'écrivent, la corrigent, la maintiennent. Et ceux-là commencent à se demander s'ils ne sont pas en train de travailler gratuitement pour une machine qui les méprise.

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Questions fréquentes

Pourquoi les salariés britanniques de Wikipédia veulent-ils un syndicat ?

Ils demandent la reconnaissance de leur section syndicale (UTAW-CWU) après des licenciements contestés en mai 2026, notamment celui de Brooke Vibber et le démantèlement de l'équipe Community Tech. Ils dénoncent un manque de transparence et une gestion qu'ils jugent éloignée de l'esprit du logiciel libre.

Qui est Bernadette Meehan, la directrice de la fondation Wikimedia ?

Ancienne ambassadrice des États-Unis au Chili, elle a aussi travaillé chez J.P. Morgan et Lehman Brothers. Son profil, éloigné du monde associatif et du logiciel libre, a suscité des critiques, d'autant que des licenciements ont contredit ses promesses de dialogue.

Quel est le lien entre les licenciements de mai 2026 et le syndicat Wiki Workers United ?

Plusieurs employés licenciés, dont Brooke Vibber, étaient des organisateurs clés du syndicat Wiki Workers United. La fondation a nié toute représaille, mais a fait appel à un cabinet d'avocats connu pour ses pratiques de lutte antisyndicale, ce qui a renforcé les soupçons.

Quel est l'objectif de Wiki Workers United ?

Wiki Workers United vise à créer un syndicat mondial pour tous les employés de la Wikimedia Foundation, quel que soit leur pays. Son principe fondateur est « Rien sur nous sans nous », et il cherche à instaurer un dialogue transparent avec la direction.

Quelles réserves financières possède la fondation Wikimedia ?

Selon l'article, la fondation dispose de 296,6 millions de dollars de réserves, soit l'équivalent de 17,1 mois de dépenses, plus une dotation de 169,4 millions. Ces chiffres rendent les licenciements pour « raisons économiques » difficiles à justifier aux yeux des syndicalistes.

Sources

  1. Orange (entreprise) — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. WIKIPEDIA WORKERS TO SEEK UNION RECOGNITION · cwu.org
  3. Wikimedia Foundation - Wikipedia · en.wikipedia.org
  4. Wikipedia:Wikipedia Signpost/2026-06-21/Opinion - Wikipedia · en.wikipedia.org
  5. Wikipedia:Wiki Workers United solidarity - Wikipedia · en.wikipedia.org
match-day
Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond.

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