Bureau de poste La Poste avec boîte aux lettres et distributeur, femme entrant.
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Rapport choc La Poste : J+4, boîtes groupées, l’avenir à la hache

Le rapport parlementaire choc sur La Poste dévoile un plan radical : passage du courrier à J+4, 6 300 boîtes aux lettres supprimées en 2025, et 1 700 bureaux menacés.

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La Poste, institution bicentenaire qui maille le territoire français, vacille sur ses bases. Alors que le volume de courrier s’effondre et que le déficit des missions de service public atteint des sommets, une mission d’information parlementaire aux pouvoirs spéciaux d’enquête propose des mesures radicales pour sauver ce qui peut l’être. Passage du courrier standard à J+4, mutualisation des boîtes aux lettres, fermeture de bureaux : le rapport des députés Jean-René Cazeneuve et Jacques Oberti dessine une transformation sans précédent du service postal français.

Bureau de poste La Poste avec boîte aux lettres et distributeur, femme entrant.
Bureau de poste La Poste avec boîte aux lettres et distributeur, femme entrant. — (source)

18 à 5,6 milliards de lettres : l’effondrement qui justifie le rapport choc

Le décor est planté par des chiffres vertigineux. En 2018, La Poste distribuait encore 18 milliards de lettres chaque année. En 2025, ce volume est tombé à 5,6 milliards. La projection pour 2030 ? 3 milliards à peine. En sept ans, c’est plus des deux tiers du courrier qui se sont évaporés, emportés par la numérisation des échanges, la dématérialisation des factures et la généralisation des e-mails.

Cette hémorragie a bouleversé l’économie du groupe. En 2010, le courrier représentait près de la moitié du chiffre d’affaires de La Poste. Aujourd’hui, il n’en constitue plus que 15 %, soit environ 5,2 milliards d’euros sur un total de 34,5 milliards. Les colis, dopés par l’explosion du e-commerce, pèsent désormais 50 % de l’activité. Le problème ? La Poste reste légalement tenue d’assurer un service universel postal — distribution du courrier six jours sur sept, partout sur le territoire, au même tarif pour tous. Un service que personne ne veut plus vraiment payer.

Un habitant devant une boîte aux lettres jaune à Côte-d'Or, symbole du service postal en déclin.
Un habitant devant une boîte aux lettres jaune à Côte-d'Or, symbole du service postal en déclin. — (source)

C’est ce déséquilibre structurel qui a poussé les députés Jean-René Cazeneuve (Renaissance) et Jacques Oberti (PS) à lancer, en février 2026, une mission d’information parlementaire dotée de pouvoirs spéciaux d’enquête. Leur objectif : proposer des solutions pour éviter l’effondrement pur et simple du service public postal. Leurs conclusions, rendues publiques ce printemps, sont d’une brutalité rare.

De 18 à 3 milliards de lettres d’ici 2030 : le service postal réduit à peau de chagrin

La mécanique financière est implacable. Moins de courrier signifie moins de volumes à traiter, mais des coûts fixes qui, eux, ne diminuent pas au même rythme. Les facteurs doivent toujours parcourir les mêmes tournées, les centres de tri doivent rester ouverts, les véhicules doivent rouler. Résultat : le coût unitaire par lettre explose.

Une boîte aux lettres jaune condamnée à Mâcon, illustrant la suppression des points de collecte.
Une boîte aux lettres jaune condamnée à Mâcon, illustrant la suppression des points de collecte. — (source)

En 2020, la seule perte du service courrier atteignait déjà 1,3 milliard d’euros. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer. La Cour des comptes estime que l’accélération de la baisse du volume postal creusera fortement le déficit des missions de service public entre 2025 et 2030. Sans réforme, le trou pourrait atteindre 2,4 milliards d’euros par an. Le modèle économique du service universel, fondé sur la mutualisation des coûts entre courrier et colis, s’effondre sous le poids des chiffres.

Colis vs courrier : comment le business lucratif de Vinted finance (mal) le service universel

Le paradoxe est saisissant. La Poste livre chaque jour des millions de colis — ceux d’Amazon, de Vinted, de Shein — grâce aux tournées de ses 60 000 facteurs. Ce pôle colis est devenu la vache à lait du groupe, générant la moitié de son chiffre d’affaires. Mais la loi oblige l’entreprise à utiliser ces mêmes tournées pour distribuer le courrier partout, en J+1, même dans les zones les plus reculées.

Concrètement, chaque lettre acheminée dans un hameau isolé est subventionnée par les colis livrés en zone urbaine. Les clients du e-commerce paient, sans le savoir, le maintien d’un service postal universel qui profite à tous. Ce déséquilibre est devenu intenable : le rapport des députés estime que le maintien du statu quo conduirait à une asphyxie financière complète d’ici trois à cinq ans.

6 300 boîtes aux lettres supprimées en 2025 : le maillage territorial démantelé

Si le constat macroéconomique est accablant, les conséquences concrètes le sont tout autant. En 2025, La Poste a supprimé plus de 6 300 boîtes aux lettres jaunes sur l’ensemble du territoire. Cela représente environ 25 boîtes enlevées chaque jour, un rythme trois à cinq fois supérieur à celui des années précédentes. Dans certains départements ruraux, la diminution du parc dépasse les 10 %.

Avis de suppression apposé sur une boîte aux lettres jaune, faute de courrier suffisant.
Avis de suppression apposé sur une boîte aux lettres jaune, faute de courrier suffisant. — (source)

Le choc est violent pour les habitants. La boîte aux lettres jaune, c’est le symbole même du service public postal, un point de contact quotidien avec l’administration. Sa disparition signe la fin d’une époque. Et le mouvement ne fait que commencer : La Poste prévoit de ramener le maillage à une boîte minimum par commune et une boîte pour 1 000 habitants d’ici 2030. Dans les zones peu denses, cela signifie des kilomètres à parcourir pour poster une lettre.

25 boîtes enlevées chaque jour : pourquoi le rythme s’accélère brutalement

La Poste justifie ces suppressions par la chute des volumes de courrier. À quoi bon maintenir des boîtes qui ne reçoivent plus que quelques lettres par semaine ? L’argument économique est imparable : chaque boîte coûte en moyenne 200 euros par an en entretien et en collecte. Multiplié par 140 000 boîtes, la facture atteint 28 millions d’euros.

Boîte aux lettres jaune condamnée, avec instruction de se rendre au bureau de poste le plus proche.
Boîte aux lettres jaune condamnée, avec instruction de se rendre au bureau de poste le plus proche. — (source)

Mais le vrai problème, c’est l’absence totale de cadre réglementaire garantissant un maillage équilibré. Aucune loi n’impose aujourd’hui à La Poste de maintenir un nombre minimum de boîtes par commune ou par habitant. La suppression massive et silencieuse se fait sans débat public, sans consultation des élus locaux. Dans les départements ruraux, où la diminution dépasse 10 % en un an, les maires découvrent souvent la disparition de leurs boîtes par hasard, lors d’une tournée de routine.

La boîte à 200 m remplacée par un point de dépôt à 8 km : la fausse bonne idée

Face aux critiques, La Poste propose des alternatives. Une carte magnétique pour signaler au facteur qu’il y a du courrier à collecter. Un service « Allo Facteur » (3631) gratuit pour organiser un passage à domicile. Sur le papier, le service est maintenu. Dans la réalité, c’est tout autre chose.

Deux boîtes aux lettres jaunes à Lourdes, dont l'une semble déjà condamnée.
Deux boîtes aux lettres jaunes à Lourdes, dont l'une semble déjà condamnée. — (source)

Remplacer une boîte située à 200 mètres de chez soi par un point de dépôt à 8 kilomètres, c’est techniquement un maintien du service, mais concrètement une disparition pour ceux qui n’ont pas de voiture, pas de connexion internet ou une mobilité réduite. Les personnes âgées, les habitants des zones rurales isolées, les étudiants sans véhicule : ce sont eux les premières victimes de cette restructuration silencieuse. La carte magnétique, le service en ligne, le numéro gratuit supposent une autonomie numérique et une capacité de déplacement que tous n’ont pas.

Courrier à J+4, colis en 24h : le grand paradoxe du plan des députés

La proposition la plus emblématique du rapport concerne le délai d’acheminement du courrier. Les députés proposent de passer le courrier standard à J+4, soit quatre jours pour qu’une lettre traverse la France. Concrètement, un courrier posté lundi arriverait le jeudi ou le vendredi, selon les zones.

Détail d'une boîte aux lettres jaune avec deux levées distinctes, un service en voie de disparition.
Détail d'une boîte aux lettres jaune avec deux levées distinctes, un service en voie de disparition. — (source)

Rassurons d’abord : les colis ne sont pas concernés. Amazon, Vinted, Shein continueront d’être livrés en 24 ou 48 heures. Mais le symbole est fort : c’est la fin du service universel postal en J+1, un principe fondateur qui datait de la création de La Poste moderne. Les conséquences sont multiples et touchent directement le portefeuille des usagers.

Non, ton colis Amazon ne passera pas à J+4, mais son prix pourrait grimper

Dédramatisons pour le jeune public : les colis Amazon, Vinted ou Shein ne relèvent pas du service universel postal. Ils sont traités par le pôle colis de La Poste (50 % du chiffre d’affaires), qui fonctionne sur des bases concurrentielles et reste performant. Le J+4 ne concernera que les lettres, les recommandés, les plis administratifs.

Mais voilà le piège : les coûts fixes (facteurs, véhicules, centres de tri) sont largement partagés entre courrier et colis. Si le courrier ralentit, le volume de lettres transportées diminue encore, et le coût d’acheminement du colis augmente mécaniquement. Les économies réalisées sur le courrier risquent d’être compensées par une hausse des tarifs Colissimo. Le consommateur qui commande ses fringues en ligne paiera, indirectement, la restructuration du service postal.

Le timbre à 1,52 € : l’inflation silencieuse de tes envois du quotidien (bourses, PACS)

Les chiffres donnent le vertige. Au 1er janvier 2026, les tarifs postaux ont augmenté de 7,4 % en moyenne. Le timbre vert est passé de 1,39 € à 1,52 €, soit une hausse de 9,5 %. La lettre recommandée de 20 grammes coûte désormais 6,11 €, contre 5,74 € l’an dernier. L’e-lettre rouge, dernier vestige du courrier express, passe à 1,60 €.

Si les mesures du rapport sont adoptées, ces hausses ne feront que s’accentuer. Bercy estime que la hausse des tarifs rapportera 300 millions d’euros de recettes supplémentaires, un montant indispensable pour financer le service universel. Mais pour le jeune public, la facture alourdit des démarches déjà coûteuses : demandes de bourses sur le Crous, dossiers de logement, envoi de PACS, cartes grises, actes d’état civil. Chaque envoi coûte plus cher, pour un service qui ralentit.

France Identité, Livret A, demandes de logement : le paradoxe numérique de ta génération

Le piège est cruel. Les jeunes pensent ne pas avoir besoin de La Poste. Ils paient par carte, reçoivent leurs factures par e-mail, communiquent par messagerie instantanée. Pourtant, de nombreuses démarches essentielles passent encore par le courrier physique ou par les guichets postaux.

France Identité, l’application d’identité numérique, dépend de La Poste pour la vérification des documents. L’activation de certains comptes bancaires nécessite l’envoi d’un courrier recommandé. Les demandes de logement social, les dossiers CAF, les attestations APL (Aide Personnalisée au Logement) transitent encore largement par la voie postale. La génération smartphone est paradoxalement très dépendante du dernier guichet public de proximité. Un service qui se dégrade, c’est une galère administrative supplémentaire pour ceux qui croyaient pouvoir s’en passer.

Rouen, Le Havre, quartiers étudiants : la carte des 1 700 bureaux menacés

Le rapport ne se contente pas de modifier les délais et les tarifs. Il propose aussi une restructuration massive du réseau de bureaux. Le chiffre donne le vertige : il reste environ 5 300 bureaux « de plein exercice » (services complets) en France, contre 8 414 en 2017. Près de 1 700 bureaux ont fermé en huit ans, soit une moyenne de 300 par an.

Ancien bureau de poste de Saint-Malo, boulevard de la République.
Ancien bureau de poste de Saint-Malo, boulevard de la République. — rail fox (flufftech.net) / CC0 / (source)

Le mouvement s’accélère. En Seine-Maritime, un projet prévoit la fermeture de 12 bureaux, dont ceux de Nointot, Motteville, Le Havre et Rouen. Le cas le plus emblématique est celui de Rouen-Grand Mare, un quartier de 11 000 habitants où le bureau de poste, fermé après un braquage et une tentative de cambriolage du distributeur automatique de billets, pourrait ne jamais rouvrir. Les habitants, majoritairement des familles populaires et des étudiants, se retrouvent avec un seul bureau pour tout le quartier.

Rouen-Grand Mare : un bureau pour 11 000 habitants, le symbole du désengagement

Le témoignage des habitants est éloquent. « Avant j’avais la Poste à 5 minutes, maintenant 20 minutes à pied », raconte une résidente âgée du quartier. Pour les personnes sans voiture, cette distance supplémentaire est un vrai handicap. La loi impose que 90 % des habitants soient à moins de 5 kilomètres d’un point de contact postal. Dans les Hauts-de-Rouen, l’objectif est loin d’être atteint.

Le cas de Rouen-Grand Mare est symptomatique d’un désengagement progressif des quartiers populaires. Là où les bureaux ferment, aucune alternative réelle n’est proposée. Les agences communales et les relais commerçants, censés compenser, peinent à se mettre en place. Résultat : les habitants des zones défavorisées perdent l’accès à des services essentiels comme les retraits d’argent, les envois recommandés ou les opérations bancaires de base.

300 bureaux fermés par an en moyenne : combien de jobs étudiants et de CDD supprimés ?

La fermeture des bureaux a aussi un impact direct sur l’emploi. La Poste emploie 227 000 collaborateurs, dont 60 000 facteurs. Une part importante des guichetiers et des agents de tri sont en CDD, à temps partiel ou en contrats étudiants. Chaque bureau fermé, c’est une pompe à job en moins pour les 16-25 ans.

La CGT alerte sur la destruction massive d’emplois précaires qui accompagne la restructuration. Dans les zones rurales et les quartiers populaires, les bureaux de poste sont souvent les seuls employeurs de proximité accessibles sans diplôme ni expérience. Leur fermeture aggrave la désertification économique et réduit les opportunités pour les jeunes qui cherchent un premier emploi ou un complément de revenus pendant leurs études.

2 milliards d’euros de déficit : pourquoi Bercy laisse couler le service public

Au-delà des conséquences locales, le rapport pose une question politique centrale : pourquoi l’État laisse-t-il La Poste s’enfoncer dans le rouge ? La réponse tient en un chiffre : 2 milliards d’euros. C’est le coût annuel des quatre missions de service public confiées à La Poste : le service universel postal (distribution du courrier), l’aménagement du territoire (maintien des points de contact), l’accessibilité bancaire (comptes pour les exclus du système bancaire) et la distribution de la presse.

Boîte aux lettres jaune avec consignes de tri, alors que leur nombre diminue.
Boîte aux lettres jaune avec consignes de tri, alors que leur nombre diminue. — (source)

Sur ces 2 milliards, l’État ne compense qu’1 milliard par an. Une « sous-compensation chronique », selon les termes du rapport. Le député Jacques Oberti estime la dette cumulée de l’État envers La Poste à « plus de 4 milliards d’euros ». Autant dire que le service public postal fonctionne, depuis des années, sur un déficit structurel que personne ne veut combler.

1 milliard d’euros manquants chaque année : le trou abyssal du budget postal

La mécanique est simple. Chaque année, La Poste dépense 2 milliards pour assurer ses missions de service public. Elle reçoit 1 milliard de compensation de l’État. Le milliard manquant, elle doit le trouver ailleurs : dans les bénéfices du pôle colis, dans la Banque Postale, dans les cessions d’actifs. Mais les réserves s’épuisent.

Sans aide supplémentaire, le déficit des missions de service public pourrait grimper à 2,4 milliards d’euros en 2025. Le rapport des sénateurs Primas, Chaize, Louault et Cardon proposait une compensation par abattement fiscal (jusqu’à 270 millions d’euros) et dotation budgétaire (jusqu’à 730 millions). Une solution qui aurait permis de stabiliser la situation sans toucher aux services. Mais Bercy a dit non.

Le refus de Bercy : pourquoi le gouvernement mise sur les réformes plutôt que sur l’argent

La position du gouvernement est claire : « Une augmentation de la compensation financière visant à compenser intégralement la mission du Service universel postal n’est pas envisageable », annonce Bercy, cité par Acteurs Publics. Le contexte budgétaire est trop contraint, la dette publique trop élevée. Le gouvernement préfère miser sur les réformes plutôt que sur l’argent.

Concrètement, cela signifie trois leviers : la hausse des tarifs (300 millions d’euros attendus), les économies via le passage à J+4 et la mutualisation des tournées (500 millions visés d’ici 2027), et la réduction du réseau de points de contact. La logique est implacable : le service public doit s’adapter au marché et aux contraintes budgétaires, pas l’inverse. Mais cette logique heurte de plein fouet les attentes des citoyens, qui réclament plus de services publics de proximité, pas moins.

Le nouveau facteur : portage de repas, code de la route, médicaments… des diversifications décevantes

Pour survivre, La Poste a tenté de se diversifier. Portage de repas à domicile (15 millions de repas livrés par an), code de la route, portage de médicaments, services de proximité pour les personnes âgées… Les pistes sont nombreuses, mais les résultats décevants. Le rapport note que « le développement des nouveaux services de proximité reste décevant, ne dégageant aujourd’hui ni un chiffre d’affaires, ni une rentabilité suffisants ».

La Poste cherche sa nouvelle raison d’être sans la trouver. Le facteur, autrefois simple distributeur de courrier, pourrait devenir un « assistant de proximité » polyvalent. Mais le modèle économique n’est pas au rendez-vous. Les collectivités locales, qui pourraient financer ces nouveaux services, sont elles-mêmes sous pression budgétaire. La diversification, pour l’instant, reste une promesse plus qu’une réalité.

Mutualisation, J+4, nouvelles missions : les 3 paris radicaux du rapport parlementaire

Le rapport Oberti-Cazeneuve ne se contente pas de décrire le problème. Il propose des solutions, et elles sont radicales. Trois axes principaux se dégagent : le passage à J+4 pour le courrier standard, la mutualisation des boîtes aux lettres (casiers collectifs, boîtes groupées dans les immeubles), et la fermeture des bureaux non rentables couplée au développement des agences communales et relais commerçants.

Est-ce un plan de sauvetage réaliste ou un enterrement déguisé du service public ? Les avis divergent. Pour les députés, c’est la seule façon d’assurer la pérennité d’un service postal qui, sans réforme, disparaîtrait purement et simplement. Pour les syndicats, c’est un démantèlement pur et simple, une privatisation déguisée qui sacrifie les zones rurales et les quartiers populaires sur l’autel de la rentabilité.

J+4 et mutualisation des boîtes : le plan logistique radical pour économiser 500 millions

Le détail des économies visées est édifiant. Le ralentissement du courrier à J+4 permet de supprimer la moitié des tournées quotidiennes, de fermer des centres de tri régionaux et de réduire les effectifs. La mutualisation des boîtes aux lettres (casiers collectifs dans les immeubles, boîtes groupées dans les lotissements) réduit les coûts de collecte. L’objectif est clair : 500 millions d’euros d’économies d’ici 2027.

Concrètement, le facteur ne passera plus tous les jours dans chaque rue. Il pourra regrouper les tournées, optimiser ses itinéraires, et traiter le courrier en lots. Pour les usagers, cela signifie un délai d’acheminement plus long, mais aussi des horaires de collecte plus tardifs. Le service reste universel, mais il devient moins fréquent et moins réactif.

Le rapport Oberti-Cazeneuve : un deal à 730 millions d’euros ?

La proposition politique des députés est un deal. D’un côté, ils acceptent une transformation radicale du service public postal : J+4, mutualisation, fermeture de bureaux. De l’autre, ils réclament un financement pérenne de l’État : abattement fiscal jusqu’à 270 millions d’euros, dotation budgétaire jusqu’à 730 millions. Le tout pour un total d’environ 1 milliard d’euros, soit le montant de la sous-compensation actuelle.

La ministre Amélie de Montchalin, interrogée au Sénat, assure qu’il n’y a « pas de fermeture massive » et que les fermetures sont compensées par des ouvertures. Elle pointe les 3 000 maisons France Services qui fonctionnent comme alternatives. Mais les syndicats crient au démantèlement. Le débat est ouvert, et la décision finale reviendra au Parlement, qui devra trancher entre service public et réalités budgétaires.

La Poste à deux vitesses : une privatisation déguisée ? Ce qui t’attend vraiment

Au terme de ce rapport, une question demeure : que restera-t-il du service public postal ? Le risque est celui d’une La Poste à deux vitesses. D’un côté, un service premium payant : colis rapides, Chronopost, livraisons express pour les entreprises et les e-commerçants. De l’autre, un service public au rabais : courrier lent, bureaux lointains, boîtes aux lettres raréfiées.

Pour la génération 16-25 ans, l’enjeu est concret. Les colis resteront rapides, mais mécaniquement plus chers. Les boîtes jaunes de leur quartier ou de leur rue vont très probablement disparaître. Les bureaux de leur fac, de leur quartier étudiant ou de leur village ferment les uns après les autres. Les contrats étudiants et précaires chez La Poste sont en chute libre. Et France Identité, l’application d’identité numérique dont dépendent de nombreuses démarches, voit son avenir suspendu à la survie de l’institution.

« On veut plus de service public mais on ne peut pas le financer » : le dilemme de la nouvelle présidente

La nouvelle PDG de La Poste, Marie-Ange Debon, arrivée en octobre 2025 après le départ de Philippe Wahl, résume parfaitement le dilemme. « À la fois on veut plus de service public et à la fois on est devant la complexité de le financer », reconnaît-elle, citée par la Banque des Territoires. Elle prend les rênes d’un groupe au bord du gouffre, avec la mission impossible de trancher entre service public et rentabilité.

Le service universel postal est un impératif constitutionnel. La loi impose à La Poste de distribuer le courrier six jours sur sept, partout sur le territoire, au même tarif pour tous. Mais les ressources ne suivent pas. Le dilemme est existentiel : comment maintenir un service public de qualité quand les volumes s’effondrent et que l’État refuse de compenser le déficit ?

Ce qui va vraiment changer pour toi : colis, jobs, prix et présence postale

Faisons la synthèse pratique pour le lecteur de 16-25 ans.

  1. Colis : ils restent rapides, mais mécaniquement plus chers. Les économies réalisées sur le courrier se répercuteront sur les tarifs Colissimo. Ton prochain achat sur Vinted ou Amazon te coûtera un peu plus cher en livraison.

  2. Boîtes : ton quartier ou ta rue va très probablement perdre sa boîte jaune. 6 300 ont déjà disparu en 2025, et le mouvement s’accélère. Pour poster une lettre, il faudra peut-être marcher 20 minutes ou prendre la voiture.

  3. Bureaux : ceux de ta fac, de ton quartier étudiant ou de ton village ferment. 300 par an en moyenne. Pour retirer un recommandé, déposer un dossier ou faire une opération bancaire, il faudra aller plus loin.

  4. Jobs : les contrats étudiants et précaires chez La Poste sont en chute libre. Chaque bureau fermé, c’est une pompe à job en moins pour les 16-25 ans. Les petits boulots de guichetier ou de facteur se raréfient.

  5. Identité numérique : La Poste garde la main sur France Identité, mais son avenir est en suspens. Si l’institution s’effondre, c’est tout un pan de l’administration numérique française qui vacille.

Le rapport choc des députés n’est pas une menace lointaine. C’est une description brutale du présent. Le vrai débat commence maintenant, et il te concerne directement.

Conclusion

Le plan des députés pose une question existentielle : faut-il sacrifier le service public de proximité au nom de la rentabilité ? Pour la génération 16-25 ans, l’enjeu est pratique : des colis plus chers, des guichets qui ferment et une identité numérique fragilisée. La Poste n’est pas un vestige du passé, c’est une infrastructure essentielle du quotidien. Sa transformation, si elle est mal menée, risque de creuser un peu plus les inégalités territoriales et sociales. Le service public postal mérite mieux qu’une agonie silencieuse. Il mérite un débat démocratique à la hauteur des enjeux.

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Questions fréquentes

Pourquoi La Poste passe-t-elle le courrier en J+4 ?

Face à l'effondrement du volume de lettres (de 18 à 5,6 milliards), le service universel coûte trop cher. Le passage à J+4 vise à économiser 500 millions d'euros d'ici 2027 en réduisant les tournées et les centres de tri.

Combien de boîtes aux lettres La Poste supprime-t-elle ?

En 2025, La Poste a supprimé plus de 6 300 boîtes aux lettres jaunes, soit environ 25 par jour. L'objectif est d'atteindre une boîte pour 1 000 habitants d'ici 2030, ce qui éloigne le service dans les zones rurales.

Quel est le déficit annuel du service public postal ?

Le coût des missions de service public de La Poste est de 2 milliards d'euros par an, mais l'État ne compense qu'1 milliard. Ce déséquilibre pourrait creuser le déficit à 2,4 milliards d'euros par an d'ici 2025.

Les colis Amazon seront-ils livrés en J+4 ?

Non, les colis Amazon, Vinted ou Shein ne sont pas concernés par le J+4. Ils restent livrés en 24 à 48 heures via le pôle colis concurrentiel, mais leur tarif pourrait augmenter pour compenser les pertes du courrier.

Combien de bureaux de poste ferment chaque année ?

Environ 300 bureaux ferment par an en moyenne. Depuis 2017, 1 700 bureaux de plein exercice ont disparu, notamment dans les quartiers populaires comme Rouen-Grand Mare, où 11 000 habitants partagent un seul bureau.

Sources

  1. CONTRE-PIED · lemonde.fr
  2. acteurspublics.fr · acteurspublics.fr
  3. assemblee-nationale.fr · assemblee-nationale.fr
  4. banquedesterritoires.fr · banquedesterritoires.fr
  5. boursorama.com · boursorama.com
street-voice
Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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