L'abbaye de Saint-Gall, exemple d'architecture baroque bénédictine.
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Puy-de-Dôme : le père supérieur d'une abbaye enlevé et molesté, la piste d'un règlement de comptes entre Bénédictins privilégiée

Enlevé, molesté et abandonné à 200 km de son abbaye, le père Placide, supérieur de l'abbaye Notre-Dame de Bellaigue dans le Puy-de-Dôme, est victime d’un violent conflit interne.

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Dans la nuit du 23 au 24 juin 2026, l'abbaye Notre-Dame de Bellaigue, perdue dans la campagne du Puy-de-Dôme, a vécu un drame qui dépasse l'entendement. Le père Placide, supérieur de cette communauté bénédictine depuis quinze ans, a été enlevé, molesté, puis abandonné blessé à près de 200 kilomètres de son monastère. Derrière cette affaire, les enquêteurs privilégient une piste qui mêle rivalités de pouvoir, fractures théologiques et violence dans l'un des lieux les plus sacrés de la chrétienté traditionaliste. Onze moines dissidents auraient tenté de prendre le contrôle de l'abbaye cette nuit-là, transformant un conflit interne en une affaire criminelle qui secoue l'Église et l'opinion publique. 

L'abbaye de Saint-Gall, exemple d'architecture baroque bénédictine.
L'abbaye de Saint-Gall, exemple d'architecture baroque bénédictine. — (source)

La nuit de disparition du père Placide

L'abbaye Notre-Dame de Bellaigue est un monde à part. Nichée à l'écart du hameau de Virlet, entre Montluçon et Clermont-Ferrand, elle vit au rythme immuable des offices, des prières et du travail manuel. Rien, dans ce décor de pierres séculaires et de silence monacal, ne laissait présager le chaos qui allait s'abattre sur la communauté dans la nuit du 23 au 24 juin. 

Deux moines bénédictins marchant dans un couloir de pierre de l'abbaye.
Deux moines bénédictins marchant dans un couloir de pierre de l'abbaye. — (source)

Les matines sans le père

À 5 heures du matin, lorsque les moines se rassemblent dans la chapelle pour l'office des matines, une absence frappe les esprits : celle du père Placide. Dans une communauté où chaque geste est réglé comme du papier à musique, où la ponctualité est une vertu cardinale, le supérieur ne manque jamais la première prière de la journée. Son silence dans le cloître, l'absence de ses pas feutrés dans le couloir menant à la chapelle, tout cela crée un malaise immédiat.

« Quand on a vu que le père n'arrivait pas, on s'est regardés sans rien dire », confie un familier de l'abbaye à La Montagne, qui a révélé l'affaire. La stupeur laisse place à l'inquiétude. Les moines terminent l'office dans une tension palpable, puis se précipitent vers la cellule du supérieur.

Une cellule aseptisée et un mail de minuit

Ce qu'ils découvrent glace le sang. La cellule du père Placide est vide. Méticuleusement vide. Les affaires personnelles ont disparu, le lit est fait, le sol a été lavé. Rien ne traîne, rien n'indique un départ précipité. C'est une pièce aseptisée, comme si quelqu'un avait voulu effacer toute trace de vie. 

Des moines bénédictins en prière dans une chapelle.
Des moines bénédictins en prière dans une chapelle. — (source)

Dans la foulée, un autre choc : un courriel envoyé depuis la messagerie officielle du père Placide, expédié en pleine nuit, annonce sa démission. Le ton est froid, mécanique. Aucune émotion, aucune explication sur les motifs de ce départ brutal.

Mais plusieurs incohérences sautent aux yeux des moines les plus lucides. Un homme qui démissionne en pleine nuit, qui prend le temps de nettoyer sa cellule de fond en comble avant de partir ? Un mail sans chaleur, sans adresse personnelle, sans un mot pour ses frères ? « Ça ne lui ressemblait pas », résume une source proche de l'enquête. Les doutes s'installent, et avec eux, la certitude que quelque chose de grave s'est produit.

L'alerte aux forces de l'ordre

La communauté, d'ordinaire repliée sur elle-même, prend une décision rare : appeler les gendarmes. Dans l'heure qui suit, les premiers militaires arrivent à l'abbaye. L'enquête commence, sans que personne ne mesure encore l'ampleur de ce qui va suivre. Les moines sont interrogés, la cellule est placée sous scellés, les relevés d'empreintes débutent. La vie monastique, si réglée, si protégée du monde extérieur, vole en éclats sous le regard des enquêteurs.

Les 48 heures qui ont fait basculer l'enquête

Ce qui commence comme une disparition inquiétante prend très vite une tournure criminelle. Les gendarmes de Riom, saisis de l'affaire, déploient des moyens considérables pour retrouver le père Placide. Les premières heures sont décisives.

Des moyens colossaux pour retrouver un moine

Trente-cinq militaires, un hélicoptère, une équipe cynophile et des techniciens en investigation criminelle : le dispositif déployé pour retrouver un moine disparu est impressionnant. Pourquoi un tel déploiement ? Parce que l'enjeu dépasse le simple fait divers. Une communauté religieuse, un supérieur enlevé, une affaire qui risque de faire la une des médias nationaux : l'État ne peut pas se permettre de laisser planer le mystère. 

Vue aérienne de l'abbaye bénédictine de Randol, dans le Puy-de-Dôme.
Vue aérienne de l'abbaye bénédictine de Randol, dans le Puy-de-Dôme. — (source)

Le coût de cette enquête, financé par le contribuable, interroge. Mais dans l'urgence, la priorité est de retrouver le père Placide vivant. Les équipes ratissent les environs de l'abbaye, interrogent les riverains, vérifient les caméras de surveillance des villages alentour. Rien. Le supérieur s'est volatilisé.

Le signal téléphonique comme seul témoin

C'est la géolocalisation du téléphone portable du père Placide qui va tout changer. Dans la nuit du 23 au 24 juin, le signal trace une route erratique : Montluçon dans l'Allier, puis Bourges dans le Cher, puis direction Limoges en Haute-Vienne. Un trajet de près de 200 kilomètres, parcouru en pleine nuit, sans logique apparente.

La thèse de la fugue s'effondre. Un homme qui veut disparaître ne laisse pas son téléphone allumé, ne trace pas une route aussi longue sans but. Les enquêteurs comprennent que le père Placide a été déplacé de force, conduit d'un point à un autre par ses ravisseurs. La piste criminelle se confirme.

La découverte du supérieur et la naissance de la thèse du putsch

Le 26 juin, deux jours après sa disparition, le père Placide est retrouvé près de Limoges, en Haute-Vienne. Il est vivant, mais blessé. Des traces de coups sur le corps, un état de choc évident. Il est pris en charge par les secours, puis entendu par les enquêteurs.

C'est là que l'affaire prend une dimension inattendue. Le père Placide raconte avoir été enlevé par un groupe d'hommes, molesté, puis abandonné. Et dans les heures qui suivent, une information explosive fuit : onze moines dissidents se seraient présentés à l'abbaye dans la nuit de la disparition pour proposer une nouvelle organisation et prendre le contrôle du monastère.

La thèse du putsch interne est née. Une affaire de pouvoir, de rivalités et de violence au sein d'une communauté censée incarner la paix et la prière.

Le récit d'une tentative de prise de contrôle

Comment expliquer qu'un groupe de religieux en arrive à enlever et à molester leur propre supérieur ? Les enquêteurs explorent les tensions qui couvaient depuis des mois, voire des années, au sein de l'abbaye Notre-Dame de Bellaigue.

Quinze ans de pouvoir absolu sur une communauté fragile

Le père Placide dirigeait l'abbaye depuis quinze ans. Une longévité rare dans un monde monastique où les mandats sont souvent renouvelés, mais rarement aussi longs. Pendant cette période, il a exercé un pouvoir sans partage sur une communauté d'une vingtaine de moines, coupée du monde et repliée sur elle-même. 

L'abbaye Notre-Dame de Randol, dans le Puy-de-Dôme.
L'abbaye Notre-Dame de Randol, dans le Puy-de-Dôme. — Bivouacker / CC BY-SA 3.0 / (source)

Ce pouvoir absolu, dans un lieu isolé, a pu nourrir des frustrations, des jalousies, des contestations. Certains moines estimaient-ils que le père Placide n'était pas à la hauteur ? D'autres voulaient-ils imposer une ligne plus radicale ? Les sources divergent, mais toutes convergent vers un constat : les tensions étaient vives et anciennes.

Le groupe des onze dissidents

Selon les informations de Tribune Chrétienne, le groupe de onze moines dissidents aurait débarqué à l'abbaye dans la nuit du 23 au 24 juin, bien décidé à prendre le contrôle. Leur profil reste flou : s'agit-il de jeunes moines récemment entrés dans les ordres, ou d'anciens membres de la communauté partis depuis longtemps ? Leur objectif, en revanche, est clair : chasser le père Placide et imposer leur propre vision de la vie monastique.

Les onze hommes auraient agi de manière coordonnée, avec une organisation qui suggère une préparation minutieuse. L'enlèvement, le nettoyage de la cellule, l'envoi du mail de démission : tout semble avoir été planifié pour faire croire à un départ volontaire. Mais le plan a échoué, notamment parce que les moines restés à l'abbaye ont rapidement douté de la version officielle.

Le missel de 1962 comme étendard de la révolte

Au-delà des rivalités personnelles, ce conflit plonge ses racines dans des divergences théologiques. L'abbaye Notre-Dame de Bellaigue est un bastion du traditionalisme catholique. Elle utilise le missel romain de 1962, célèbre les offices en latin, et entretient des liens étroits avec la mouvance dite « de résistance » de Richard Williamson, un évêque excommunié connu pour ses positions négationnistes.

Les dissidents estimaient-ils que le père Placide n'était pas assez « pur » dans l'application de la règle ? Voulaient-ils durcir encore la ligne traditionaliste, ou au contraire revenir à une pratique plus modérée ? Les enquêteurs explorent cette piste idéologique, qui pourrait expliquer la violence du passage à l'acte. Dans une communauté où chaque geste liturgique est chargé de sens, où la moindre déviation est perçue comme une trahison, les tensions peuvent vite dégénérer.

Bellaigue : de la splendeur cistercienne à la dérive traditionaliste

Pour comprendre le drame, il faut remonter le fil de l'histoire. L'abbaye Notre-Dame de Bellaigue n'a pas toujours été ce lieu de tensions et de violences. Elle porte en elle les stigmates d'un passé millénaire et d'une renaissance mouvementée. 

Vue extérieure de l'abbaye Saint-Pierre de Mozac, dans le Puy-de-Dôme.
Vue extérieure de l'abbaye Saint-Pierre de Mozac, dans le Puy-de-Dôme. — (source)

Mille ans d'histoire

Fondée comme prieuré en 950, devenue abbaye cistercienne en 1137, Notre-Dame de Bellaigue a traversé les siècles avec la discrétion des lieux de prière. La Révolution française l'a frappée de plein fouet : les moines sont chassés, les bâtiments tombent en ruine, l'abbaye est vendue comme bien national. Pendant près de deux cents ans, elle sombre dans l'oubli, habitée seulement par le souvenir de ceux qui y ont prié.

Au début des années 2000, un projet de renaissance voit le jour. Quatre moines bénédictins venus du Brésil, proches de la Fraternité Saint-Pie X, s'installent en octobre 2000 pour refonder la communauté. Le père Ange Araújo Ferreira da Costa devient le premier prieur de cette nouvelle ère. Un choc de cultures, entre la tradition brésilienne et l'austérité auvergnate, entre la ferveur des nouveaux arrivants et la mémoire des anciens occupants.

La refondation brésilienne de 2000

Ces quatre moines brésiliens arrivent avec leur propre vision de la vie monastique, imprégnée de la rigueur traditionaliste de la Fraternité Saint-Pie X. Ils apportent avec eux une dévotion intense, une liturgie scrupuleusement respectée, et une volonté de restaurer l'abbaye dans sa splendeur d'antan.

Mais cette renaissance a un prix. La communauté reste petite, isolée, coupée des autres monastères français. Les liens avec le diocèse de Clermont sont distants. L'abbaye vit en autarcie, spirituellement et matériellement. Un terreau fertile pour les dérives, quand l'autorité du supérieur n'est contrebalancée par aucun regard extérieur.

L'ombre de Richard Williamson

La proximité de l'abbaye avec le mouvement dit « de résistance » de Richard Williamson est un élément clé pour comprendre le drame. Williamson, évêque excommunié par le Vatican en 1988 après son ordination par Mgr Lefebvre, est une figure controversée. Ses positions négationnistes sur la Shoah l'ont rendu infréquentable pour la majorité des catholiques, mais il conserve une poignée de fidèles parmi les traditionalistes les plus radicaux.

L'abbaye Notre-Dame de Bellaigue fait partie de cette mouvance marginale, ni tout à fait dans la Fraternité Saint-Pie X officielle, ni complètement en rupture avec Rome. Un positionnement inconfortable, qui a pu favoriser un contrôle social étouffant et une méfiance envers tout ce qui vient de l'extérieur. Dans ce contexte, les conflits internes prennent une dimension quasi théologique : chaque désaccord devient une question de foi, chaque opposition une trahison. 

Façade de l'église abbatiale de Bellaigue, dans le Puy-de-Dôme.
Façade de l'église abbatiale de Bellaigue, dans le Puy-de-Dôme. — (source)

L'enquête au jour le jour

L'affaire de Bellaigue n'est pas une simple disparition. C'est un puzzle dont chaque pièce révèle un peu plus la violence d'un conflit qui couvait depuis des années. Entre les auditions des moines, les analyses de la cellule vidée et les vérifications des trajets, les enquêteurs reconstituent les heures qui ont précédé et suivi l'enlèvement du père Placide.

Les auditions des vingt moines

L'abbaye Notre-Dame de Bellaigue, située dans la campagne du Puy-de-Dôme, au cœur de l'Auvergne

La vingtaine de moines de l'abbaye a été entendue par les gendarmes de Riom dans les jours qui ont suivi la découverte du supérieur. Chaque audition dure plusieurs heures, dans une atmosphère que les enquêteurs décrivent comme « pesante et méfiante ». Les religieux, habitués au silence et à la prière, se retrouvent face à des questions précises sur leurs relations, leurs rivalités, leurs déplacements.

Les contradictions ne tardent pas à apparaître. Certains moines affirment n'avoir rien vu, rien entendu dans la nuit du 23 au 24 juin. D'autres évoquent des bruits suspects, des pas dans le couloir, une porte qui claque. Les versions divergent sur l'heure à laquelle chacun s'est couché, sur les allées et venues dans le cloître. Les enquêteurs passent au crible les emplois du temps, les téléphones portables, les ordinateurs. Mais dans une communauté où la vie est réglée comme du papier à musique, où chaque geste est censé être connu de tous, ces contradictions sont autant de failles dans le récit collectif.

Les preuves techniques d'un crime organisé

Les techniciens en investigation criminelle ont passé la cellule du père Placide au peigne fin. Les relevés d'empreintes, les prélèvements ADN, les analyses des produits de nettoyage : tout est examiné. Le résultat est troublant : la cellule a été nettoyée avec un soin quasi professionnel, comme si les agresseurs avaient voulu effacer toute trace de leur passage. Aucune empreinte exploitable, aucun cheveu, aucune fibre suspecte. Un travail de nettoyage qui suggère une préparation minutieuse et une connaissance des techniques de base de la criminalistique.

Le mail de démission, envoyé depuis la messagerie officielle du père Placide à minuit passé, est lui aussi analysé. Les enquêteurs vérifient l'adresse IP d'envoi, l'heure exacte, le contenu. Le ton est froid, mécanique, sans aucune marque d'émotion. Aucune formule personnelle, aucun mot doux pour les frères laissés derrière. Les experts en linguistique notent des tournures de phrases inhabituelles pour un homme qui écrit habituellement dans un style plus littéraire et plus chaleureux. Le mail, selon eux, a très probablement été rédigé par quelqu'un d'autre, ou sous la contrainte.

Une route sans logique apparente

La géolocalisation du téléphone du père Placide reste la pièce maîtresse de l'enquête. Le signal trace un itinéraire précis : Montluçon dans l'Allier, puis Bourges dans le Cher, puis direction Limoges en Haute-Vienne. Un trajet de près de 200 kilomètres, parcouru en pleine nuit, sans logique apparente.

Les enquêteurs explorent plusieurs hypothèses. Ce trajet pourrait être le signe d'une errance, d'un groupe qui ne savait pas où aller, ou au contraire d'un plan précis pour brouiller les pistes. Pourquoi Montluçon, pourquoi Bourges, pourquoi Limoges ? Y a-t-il des complices dans ces villes, des lieux de repli, des contacts ? Les vérifications sont en cours, mais pour l'instant, aucune piste solide n'a émergé. Ce qui est certain, c'est que le père Placide a été déplacé de force, conduit d'un point à un autre par ses ravisseurs, et que ces ravisseurs ont agi avec une détermination qui suggère une organisation bien rodée.

Quelles sanctions pour les moines putschistes ?

L'affaire de Bellaigue pose une question inédite : comment la justice française et l'Église catholique vont-elles traiter des religieux accusés d'enlèvement et de violences ?

Ce que risquent les onze devant la justice française

Le parquet de Riom a ouvert une enquête pour enlèvement et séquestration. Les peines maximales prévues par le code pénal français peuvent aller jusqu'à trente ans de réclusion criminelle, notamment si les violences ayant accompagné la séquestration sont établies.

Mais pour l'instant, aucun des onze moines n'a été placé en garde à vue. Ils ont été entendus librement, dans le cadre d'auditions qui n'ont pas débouché sur une mise en examen. Une situation qui interroge : pourquoi une telle mansuétude ? Les enquêteurs manquent-ils de preuves suffisantes pour passer à l'étape supérieure ? Ou bien la qualité de religieux joue-t-elle en leur faveur ?

La question de la détention provisoire se pose également. Des moines enfermés dans une prison de droit commun, cela semble presque inconcevable. Pourtant, si les charges s'alourdissent, le tribunal pourrait ordonner leur incarcération. Un procès hors norme se profile, qui promet de mêler droit pénal, droit canonique et considérations médiatiques.

L'excommunication automatique de l'Église

Du côté de l'Église, la sanction est quasi automatique. Pour un clerc, la violence physique est une faute grave qui entraîne une excommunication dite « latae sententiae », c'est-à-dire encourue de plein droit dès la commission de l'acte. Pas besoin de procès canonique : le coupable est excommunié par le fait même de son geste.

Mais dans une communauté qui défie déjà l'autorité romaine, qui se considère comme la gardienne de la « vraie » tradition, cette sanction a-t-elle un sens ? Les moines dissidents, déjà en marge de l'Église officielle, risquent de ne pas reconnaître l'autorité du Vatican pour les frapper. Le dilemme est cornélien pour Rome : réprimer fermement pour donner un exemple, ou ménager un groupe déjà marginalisé pour ne pas l'enfoncer davantage dans la radicalisation.

L'avenir de l'abbaye en question

Au-delà des sanctions individuelles, c'est l'avenir de l'abbaye elle-même qui est en jeu. Avec un supérieur kidnappé, onze moines mis en cause, une vingtaine de religieux auditionnés, la communauté peut-elle survivre ? La menace d'une dissolution plane, ou d'une mise sous tutelle par l'évêque de Clermont.

Le coût humain est immense. Des hommes qui ont consacré leur vie à Dieu se retrouvent divisés, suspects les uns aux yeux des autres. La confiance, pilier de la vie communautaire, est brisée. Et le coût financier n'est pas négligeable : les frais d'avocats, les expertises, les éventuels dommages et intérêts pourraient mettre à genoux une abbaye déjà fragile.

Le miroir des dérives des communautés fermées

Au-delà du fait divers, l'affaire de Bellaigue interroge sur les mécanismes qui peuvent transformer une communauté spirituelle en un terreau de violence.

Quand l'isolement nourrit la violence

L'isolement géographique et dogmatique de l'abbaye a créé les conditions d'une dérive. L'absence de regards extérieurs, l'autorité absolue du supérieur, la soumission exigée par la règle de saint Benoît : tous ces éléments, poussés à l'extrême, peuvent transformer une communauté en une poudrière.

Les parallèles avec d'autres affaires de dérives sectaires dans des communautés religieuses sont frappants. Que ce soit dans des monastères, des couvents ou des mouvements charismatiques, le schéma est souvent le même : un leader autoritaire, une idéologie rigide, une coupure du monde, et des tensions qui finissent par exploser.

Le coût du silence

Dans les semaines qui ont précédé l'enlèvement, des signaux faibles ont probablement été émis. Des forums, des blogs, des archives locales évoquent des tensions connues, des rumeurs de conflit. Mais la culture du secret propre au monde monastique a empêché que ces signaux soient pris au sérieux.

L'omerta, cette loi du silence qui règne dans les communautés fermées, a protégé les agresseurs. Personne n'a osé parler, personne n'a alerté les autorités ecclésiastiques ou civiles. Le conflit a pourri en silence jusqu'à l'explosion violente du 23 juin.

Peut-on réformer le cloître sans le tuer ?

L'affaire de Bellaigue pose une question vertigineuse à l'Église : comment garantir la liberté et la sécurité des moines tout en préservant la rigueur de la vie monastique ? La tentation serait de renforcer les contrôles, d'imposer des visites canoniques plus fréquentes, d'exiger plus de transparence de la part des communautés.

Mais ce remède pourrait tuer le patient. Le cloître, par définition, est un lieu fermé, protégé du monde, où la prière et le silence sont les maîtres mots. Ouvrir les portes toutes grandes, c'est risquer de briser ce qui fait la beauté et la force de la vie monastique. Le défi est immense : trouver un équilibre entre la nécessaire protection des individus et le respect de l'autonomie des communautés.

Conclusion

L'affaire du père Placide n'est pas un simple fait divers. C'est le symptôme d'une fragilité plus profonde, celle d'une institution millénaire confrontée à ses propres démons. Comment des hommes consacrés à la prière, à la pauvreté et à l'obéissance en viennent-ils à la violence, à l'enlèvement, à la trahison ? La réponse est à chercher dans la nature même du pouvoir absolu, dans l'isolement dogmatique, dans la culture du silence qui étouffe les conflits jusqu'à ce qu'ils explosent.

Le coût humain de cette affaire est immense : un supérieur traumatisé, onze moines mis en cause, une communauté brisée. Le coût pour l'Église est tout aussi lourd : un nouveau scandale qui ternit l'image de la vie monastique, une démonstration éclatante des dérives possibles quand l'autorité n'est pas contrebalancée par des regards extérieurs.

L'abbaye Notre-Dame de Bellaigue, après avoir traversé mille ans d'histoire, après avoir été relevée de ses ruines par des moines venus du Brésil, pourrait ne pas survivre à cette fracture. Et avec elle, c'est un morceau de l'histoire du catholicisme traditionaliste qui s'effondre. Reste à savoir si l'Église saura tirer les leçons de ce drame pour éviter que d'autres communautés ne connaissent le même destin.

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Questions fréquentes

Qui a enlevé le père Placide à l'abbaye de Bellaigue ?

Onze moines dissidents auraient enlevé et molesté le père Placide, supérieur de l'abbaye Notre-Dame de Bellaigue, dans la nuit du 23 au 24 juin 2026. Les enquêteurs privilégient la piste d'une tentative de putsch interne pour prendre le contrôle du monastère.

Pourquoi le père Placide a-t-il été enlevé ?

L'enlèvement du père Placide serait lié à un règlement de comptes entre bénédictins, avec des rivalités de pouvoir et des fractures théologiques. Les onze moines dissidents voulaient chasser le supérieur et imposer leur propre vision de la vie monastique, notamment sur la liturgie traditionaliste.

Où le père Placide a-t-il été retrouvé après son enlèvement ?

Le père Placide a été retrouvé vivant mais blessé près de Limoges, en Haute-Vienne, à près de 200 kilomètres de son abbaye. Il avait été déplacé de force par ses ravisseurs, qui ont suivi un trajet passant par Montluçon et Bourges.

Quelles sanctions risquent les moines putschistes ?

Devant la justice française, les onze moines risquent jusqu'à trente ans de réclusion pour enlèvement et séquestration. Du côté de l'Église, ils encourent une excommunication automatique pour violence physique, même si la communauté est déjà en marge de l'autorité romaine.

Sources

  1. actu.fr · actu.fr
  2. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  3. info.fr · info.fr
  4. Puy-de-Dôme : le père supérieur d'une abbaye enlevé et molesté, la piste d’un règlement de comptes entre Bénédictins privilégiée · lefigaro.fr
  5. leparisien.fr · leparisien.fr
geo-decoder
Théo Aubot @geo-decoder

Passionné de géopolitique depuis le lycée, je dévore les cartes, les atlas et les analyses internationales. Étudiant en relations internationales à Lyon, je rêve de comprendre pourquoi le monde tourne comme il tourne. Je collectionne les vieux numéros de revues géopolitiques.

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