PSG : « On vend la France à la découpe » selon Mariani
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PSG : « On vend la France à la découpe » selon Mariani

Alors que Thierry Mariani dénonce une vente « à la découpe », la bataille pour le Parc des Princes divise la capitale entre patrimoine et ambition sportive.

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Alors que l'actualité sportive est habituellement dominée par les transferts et les résultats sur le terrain, c'est une bataille politique et immobilière qui s'invite aujourd'hui au premier plan. À quelques mois des élections municipales de 2026, le dossier brûlant de la vente du Parc des Princes rebondit avec une virulence inédite. Au cœur de cette tempête, Thierry Mariani, candidat soutenu par le Rassemblement National, a lancé une offensive spectaculaire, transformant la gestion du stade en un sujet de souveraineté nationale. Sa déclaration fracassante vient secouer un paysage politique déjà fragilisé par les hésitations de la mairie de Paris et les exigences financières du PSG. Ce conflit dépasse désormais largement le simple cadre du football pour devenir le symbole d'une lutte d'influence entre une capitale française et des investisseurs étrangers puissants.

Match amical PSG-Celtic Glasgow au Parc des Princes.
Match amical PSG-Celtic Glasgow au Parc des Princes. — Zakarie Faibis / CC BY-SA 4.0 / (source)

2026 : Thierry Mariani et la « qatarisation » de Paris comme cheval de bataille

L'entrée de Thierry Mariani dans la campagne pour la mairie de Paris s'est faite avec bruit, portée par une rhétorique martiale et protectionniste. En choisissant d'attaquer frontalement le projet de vente du Parc des Princes, le candidat ne cherche pas seulement à défendre un stade, mais à capter un électorat inquiet de la perte de contrôle des actifs stratégiques de la capitale. Cette stratégie permet à Mariani de tracer une ligne de démarcation nette avec ses concurrents, en se posant en seul rempart face à une financiarisation extrême de la ville. Le Parc des Princes devient ainsi l'arrière-plan parfait pour illustrer son récit d'une France qui se démantèlerait pièce par pièce, une théorie qui trouve un écho particulier dans le contexte actuel de cessions d'actifs nationaux.

Une phrase choc pour lancer la campagne des municipales

L'expression n'a pas été choisie au hasard. En affirmant « On vend la France à la découpe », Thierry Mariani utilise une formule choc qui résonne comme un avertissement patriotique. Ce candidat, jusque-là discret sur la scène parisienne, prend le contre-pied total de la majorité sortante et d'une partie de l'opposition. Jusqu'ici, personne n'avait osé employer des termes aussi durs pour qualifier les négociations entre la mairie et Qatar Sports Investments. Mariani positionne ce sujet comme le fer de lance de son programme, insinuant que céder le stade serait le premier pas vers une mainmise totale du Qatar sur les espaces publics parisiens. En se posant en défenseur intransigeant du patrimoine, il espère séduire non seulement les électeurs de droite, mais aussi tous ceux qui s'inquiètent de voir des biens publics tomber dans l'escarcelle de fonds souverains étrangers. C'est une manière de politiser radicalement un dossier qui, jusqu'alors, restait confiné aux cercles financiers et sportifs.

Le contraste politique avec Rachida Dati et Emmanuel Grégoire

Pour comprendre la portée de la déclaration de Mariani, il faut la mettre en perspective avec les positions de ses rivaux. Le paysage politique municipal offre un spectre très divergent sur la question. À droite, Rachida Dati, la candidate LR, a affiché une position pragmatique et favorable à la vente, allant même jusqu'à proposer un projet de « village PSG » autour du stade, imaginant une valorisation économique accrue du secteur. À gauche, Emmanuel Grégoire, successeur désigné d'Anne Hidalgo, se montre plus réservé mais n'écarte pas une cession sous conditions strictes. En se déclarant catégoriquement opposé à la vente, Mariani isole son positionnement, créant une tension politique palpable. Il accuse implicitement ses concurrents d'être les complices d'un abandon de souveraineté, transformant chaque meeting électoral en un débat sur l'identité de Paris face aux puissances de l'argent. Cette triangulation politique autour d'un stade de football est inédite et souligne à quel point le PSG est devenu un enjeu majeur de pouvoir dans la capitale.

Thierry Mariani en studio pour Le Parisien.
Thierry Mariani en studio pour Le Parisien. — (source)

38 millions contre 500 millions : l'équation financière qui bloque la vente

Au-delà de la posture politique, le blocage de la vente repose sur un fossé financier abyssal que les discours peinent à combler. L'impasse n'est pas seulement idéologique, elle est avant tout comptable. D'un côté, une offre d'achat jugée dérisoire par la ville, de l'autre, un projet d'agrandissement pharaonique que le club refuse de financer sans garanties propriétaires. C'est ce duel des chiffres qui paralyse les négociations et nourrit les accusations de mauvaise foi de part et d'autre. L'analyse détaillée de ces montants permet de comprendre pourquoi la discussion piétine depuis des mois, malgré la pression médiatique et l'approche de l'échéance électorale.

Une offre de 38 millions jugée « indécente » par Anne Hidalgo

Lorsque l'on regarde les chiffres noir sur blanc, la réaction de la maire de Paris prend tout son sens. L'offre actuelle formulée par le PSG pour racheter les murs du Parc des Princes tourne autour de 38 millions d'euros, parfois évoquée à 40 millions selon les communications de la Ville. Pour un bien immobilier situé dans l'un des quartiers les plus chers du monde, Anne Hidalgo a qualifié ce montant de « ridicule » et d'« indécent ». La comparaison avec les valeurs vénales dans le secteur de la porte de Saint-Cloud rend cette offre presque dérisoire aux yeux des services municipaux. La Ville souligne par ailleurs qu'elle a assuré seule la charge des gros œuvres structurels ces dernières années, tandis que le club a investi environ 75 à 80 millions d'euros en rénovations intérieures depuis 2011. Pour la Mairie, vendre à ce prix reviendrait à brader un patrimoine public qui, s'il n'est pas rentable en l'état, possède une valeur foncière intrinsèque bien supérieure à l'enchère qatarienne. C'est ce déséquilibre majeur qui justifie le refus catégorique de l'exécutif parisien.

Le projet d'agrandissement à 500 millions : la condition sine qua non

À l'autre bout de l'équation se trouve l'ambition sportive et financière de Qatar Sports Investments. Le propriétaire du PSG ne veut pas racheter le stade pour le simple plaisir de posséder du béton ; il veut transformer l'enceinte en une arène de classe mondiale capable de rivaliser avec les plus grands stades européens. Le projet prévoit une extension massive de la capacité d'accueil, passant de 48 000 à environ 60 000 places, avec la construction d'une coque couvrant l'ensemble des tribunes pour offrir un confort optimal. Ces travaux colossaux sont estimés à 500 millions d'euros. La position de QSI est claire et sans appel : un tel investissement ne peut être engagé que si le club devient pleinement propriétaire du terrain. Logique immobilière oblige, aucun investisseur rationnel ne dépenserait une demi-milliard d'euros pour améliorer un bien dont il serait seulement locataire. C'est cette impasse technique — le club ne veut pas rénover sans acheter, la Ville ne veut pas vendre à ce prix — qui constitue le nœud gordien du conflit.

Thierry Mariani refuse la vente du Parc des Princes au PSG.
Thierry Mariani refuse la vente du Parc des Princes au PSG. — (source)

Anne Hidalgo et le « Non » définitif : le Parc est-il vraiment un patrimoine invendable ?

Face à l'offensive du PSG et aux manœuvres politiques des candidats, la Mairie de Paris campe sur une position de principe qui vise à sanctuariser le stade. Le refus d'Anne Hidalgo ne se nourrit pas seulement de l'insuffisance de l'offre financière, mais s'enracine dans une conception du patrimoine urbain. Pour la maire socialiste, le Parc des Princes n'est pas un simple actif financier à monétiser, mais un espace public appartenant aux Parisiens. Cette vision transforme le conflit en un bras de fer symbolique entre la gestion municipale et la toute-puissance des fonds souverains, rappelant que la capitale a, par le passé, déjà dû faire face à des pressions similaires sur d'autres infrastructures majeures.

« Le patrimoine des Parisiennes et des Parisiens »

L'argumentaire d'Anne Hidalgo repose sur une défense farouche de la chose publique. En répétant inlassablement que « Non, on ne vendra pas le Parc des Princes », elle mobilise le sentiment d'appartenance des habitants à leur ville. Le stade, selon elle, ne doit pas devenir un actif privé, verrouillé et contrôlé par une entité étrangère, aussi riche soit-elle. Cette position a été actée formellement par un vote du Conseil de Paris, où une majorité a approuvé le maintien de la propriété publique (64 voix pour, 86 abstentions, illustrant le malaise de certains élus de la majorité sans pour autant rejeter le principe). En sacralisant le statut du stade, Hidalgo espère faire barrage aux pressions politiques internes qui visent à assouplir sa position. Elle transforme le stade en un lieu de mémoire collective, argumentant que sa vocation première est d'accueillir le public parisien pour des événements populaires, et non de servir de levier financier exclusif à un club de football privé.

Souveraineté municipale contre fonds souverains

Le conflit dépasse la simple gestion municipale pour toucher à la souveraineté économique locale. La résistance de la Ville face à Qatar Sports Investments (QSI) s'inscrit dans une ligne plus large de défense des biens publics contre les appétits des fonds souverains. En refusant de céder, Anne Hidalgo envoie un signal politique : Paris n'est pas à vendre. Cette posture, bien que risquée sur le plan sportif, résonne avec une partie de l'électorat de gauche et des écologistes qui craignent une « marchandisation » excessive de la ville. C'est ce même électorat qui s'inquiète de voir des investisseurs étrangers prendre le contrôle de pans entiers de l'économie locale, du logement aux infrastructures de transport. Le Parc des Princes devient ainsi le symbole d'une résistance, peut-être désespérée, d'une municipalité face à une puissance financière capable de racheter des nations entières. Le refus de vendre est autant un message envoyé aux Parisiens qu'une mise en garde à d'autres investisseurs étrangers : la capitale a des limites.

Thierry Mariani en réunion publique vendredi à Aix-les-Bains
Thierry Mariani en réunion publique vendredi à Aix-les-Bains — (source)

Massy, Poissy ou exil : quand Nasser Al-Khelaïfi tient la capitale en otage

Face au mur érigé par la Mairie, la réponse du PSG a été rapide et brutale : la menace de départ. Nasser Al-Khelaïfi, le président du club, ne mâche pas ses mots et utilise tous les leviers à sa disposition pour faire fléchir la position municipale. Le ton change subitement ; ce n'est plus une négociation commerciale, mais un chantage au déménagement qui prend en otage les supporters et l'avenir du football de haut niveau à Paris. Cette stratégie de la terre brûlée vise à dramatiser l'enjeu pour forcer les élus à reconsidérer leur veto, sous peine de voir le club quitter son berceau historique pour une banlieue plus docile.

L'ultimatum de novembre 2024 : « La ville ne nous laisse pas le choix »

Les déclarations de Nasser Al-Khelaïfi se sont durcies au fil des mois, culminant lors d'une interview en novembre 2024. Dans un style qui lui est propre, mêlant défiance et autorité, le dirigeant qatarien a lancé : « La ville ne nous laisse pas le choix ». Selon lui, il est impossible de continuer à évoluer dans un stade vétuste et trop petit, sans perspective de rénovation, surtout lorsque les plus grandes d'Europe se modernisent à tour de bras. L'ultimatum est clair : si la vente n'est pas possible, le départ deviendra inévitable. « On ne peut pas rester dans ces conditions (…), s'ils ne veulent pas accepter notre offre, on part », avait-il déjà averti quelques mois plus tôt. Ce n'est plus une simple tactique de négociation ; le PSG a mis en place des études de faisabilité concrètes pour examiner les différentes solutions alternatives, montrant que l'hypothèse du déménagement est passée du stade de menace à celui de plan stratégique.

Thierry Mariani — Wikipédia
Thierry Mariani — Wikipédia — (source)

Les projets de stade à Massy et Poissy concrétisent la menace

Cette menace s'est matérialisée par l'identification de sites de repli potentiels en grande banlieue. Le PSG a étudié avec attention deux localisations principales : Massy, dans l'Essonne, et Poissy, dans les Yvelines. Ces deux sites offriraient la possibilité de construire un stade neuf, taillé sur mesure pour les exigences du club, sans être soumis aux contraintes réglementaires et politiques de la Ville de Paris. Les études avancent rapidement, et le club pourrait trancher « à horizon 2025 ». Parallèlement, l'option du Stade de France, bien que coûteuse (évalué autour de 647 millions d'euros), reste dans la carte comme un moyen de faire pression sur l'État propriétaire. Ces scénarios, autrefois impensables, sont désormais sur la table, créant une psychose réelle chez les supporters attachés à l'histoire du Parc. Le message est limpide : le PSG est prêt à tout pour obtenir son agrandissement, même à délocaliser son centre névralgique.

« Parce qu'on est arabes ? » : quand le PSG joue la carte de la victimisation

Dans cette bataille médiatique, Nasser Al-Khelaïfi n'hésite pas à utiliser la carte de la discrimination pour défendre ses intérêts. Lorsque des élus, comme David Belliard (EELV), ont exprimé des réticences à voir le stade tomber dans les mains d'un État étranger, le président du PSG a réagi vigoureusement. « Parce qu'on est du Qatar ? Parce qu'on est arabes ? Ce n'est pas bien », a-t-il lancé, suggérant que les critiques à l'égard de l'achat cacheraient une forme de racisme ou d'islamophobie. Ce procès en intention, bien que controversé, permet de brouiller les pistes en déplaçant le débat du terrain financier et juridique vers celui de la morale politique. En accusant ses adversaires d'attiser les préjugés, Al-Khelaïfi tente de mettre la Mairie et ses alliés sur la défensive, les contraignant à justifier leur refus non pas par des arguments patrimoniaux, mais par des dénégations d'accusations graves. C'est une manœuvre habile qui polarise encore davantage l'opinion publique.

Thierry Mariani violemment mis en cause lors du premier débat
Thierry Mariani violemment mis en cause lors du premier débat — (source)

« Died under QSI » : la génération de supporters qui refuse de voir le PSG quitter son antre

Au milieu de ce bras de fer entre milliardaires et politiques, ce sont les supporters qui se retrouvent pris en étau. La base du club, les habitués des virages, vit cette situation avec une mélancolie grandissante et une colère sourde. Pour eux, le Parc des Princes n'est pas un simple actif immobilier, c'est le sanctuaire de leur passion, le lieu de mémoire de leurs joies et de leurs peines. La menace d'un déménagement réveille des traumatismes anciens et cristallise un rejet profond de la gestion actuelle du club, perçue comme froide et cupide. C'est une génération de supporters qui refuse d'assister, impuissante, à la disparition de l'âme de leur club.

Le message du Collectif Ultras Paris (CUP) : « Le Parc c'est le PSG »

Le Collectif Ultras Paris (CUP), la principale organisation de supporters du club, a fait entendre une voix forte et claire dans ce débat. Dans un communiqué poignant, ils ont affirmé : « Notre position : le PSG c'est le Parc des princes et le Parc des princes c'est le PSG ». Pour les ultras, il n'y a aucune dissociation possible entre l'histoire du club et son enceinte. Lier son destin à un nouveau stade en banlieue, aussi moderne soit-il, serait une trahison de l'histoire du PSG. « Nous n'envisageons pas être la génération de supporters qui aura vu le club quitter son antre de toujours », ont-ils souligné, rappelant que le Parc est le creuset de l'identité parisienne du club. Cette position crée un paradoxe douloureux : pour défendre leur stade, ils doivent s'opposer au départ, ce qui, dans la logique actuelle du club, revient indirectement à soutenir le statut quo ou une vente, deux options qu'ils rejettent pourtant par principe s'ils profitent de cette crise pour fustiger la direction qatarienne.

Une banderole assassine : « Died under QSI »

L'une des images les plus marquantes de ce conflit est sans doute l'apparition d'une banderole aux abords du stade, brandie par des supporters en colère. Cette banderole, résumant toute l'amertume du peuple du PSG, affirmait : « PSG was born in Saint-Germain, grew up at the Parc des Princes, died under QSI and will be buried at the Stade de France ». Ce message, assassin et désespéré, résume parfaitement le sentiment de dépossession des fans. Il accuse ouvertement QSI d'avoir tué l'essence du club tout en refusant catégoriquement une nouvelle vie dans le Stade de France, vu comme un cimetière pour l'âme parisienne. C'est une condamnation sans appel de la politique du club : l'enrichissement n'a pas apporté le bonheur aux tribunes, et l'argent du Qatar est perçu comme un agent toxique qui a fini par corrompre le lien sacré entre l'équipe et son public.

Scène nocturne au Parc des Princes avec bannière supporters.
Scène nocturne au Parc des Princes avec bannière supporters. — (source)

Le sentiment de dépossession des jeunes Parisiens

Au-delà des ultras, c'est l'ensemble du jeune public parisien qui s'interroge sur son avenir supporter. Si le Parc des Princes devient la propriété privée d'un État étranger, qu'adviendra-t-il de la culture populaire qui gravite autour du stade ? Les prix des places, déjà élevés, risquent d'exploser pour rentabiliser l'investissement de 500 millions, transformant le stade en une enclave de luxe fermée aux classes populaires. La vente symboliserait la fin définitive d'une certaine ère du football à Paris, celle où un gamin de la rue pouvait aller voir son idole pour le prix de quelques économies. C'est ce sentiment d'exclusion qui nourrit l'inquiétude. La bataille du Parc des Princes devient alors une bataille de classe : le football populaire contre le sport-business déconnecté des réalités locales.

Le bail emphytéotique de 2043 : une épée de Damoclès juridique

Pour comprendre pourquoi la situation n'a pas encore dégénéré en rupture immédiate, il faut plonger dans les arcanes juridiques qui lient le club et la ville. Loin des déclarations tonitruantes, un document juridique encadre la relation : le bail emphytéotique. Ce contrat, signé pour une longue durée, agit à la fois comme une sécurité pour le club et comme une prison dorée. Il explique pourquoi, malgré les menaces de départ, le PSG est encore techniquement obligé de négocier avec la Mairie. C'est ce cadre rigide qui donne au conflit son allure de partie d'échecs lente, où chaque coup prend des mois à se matérialiser.

2,5 millions d'euros par an : le loyer symbolique d'un bail de trente ans

Les chiffres du bail actuel sont éloquents pour comprendre l'exaspération de la Mairie. Le PSG loue le Parc des Princes à la Ville de Paris pour la somme symbolique d'environ 2,5 millions d'euros par an. Au regard des standards internationaux, où les grands clubs louent leurs stades pour des sommes dix ou vingt fois supérieures, c'est une aubaine financière pour QSI. En contrepartie, ce bail emphytéotique a été signé pour une durée de trente ans, courant théoriquement jusqu'en 2043. Cela signifie que, juridiquement, le PSG est chez lui pour encore longtemps, qu'il soit propriétaire ou non. Pour la Ville, ce loyer dérisoire est une aubaine qui justifie qu'elle refuse de vendre les murs à bas prix ; pour le club, c'est un droit d'usage qui ne suffit pas à justifier d'investir des centaines de millions dans une propriété qui ne sera jamais la sienne.

Pourquoi le statut de locataire bloque les travaux de 500 millions

C'est ici que se situe le nœud technique du problème. En droit immobilier, et particulièrement en matière de baux commerciaux, il est rarement rationnel pour un locataire d'effectuer des travaux d'amélioration structurelle majeurs sur un bien dont il n'est pas propriétaire. Même si le bail court jusqu'en 2043, QSI considère que sans propriété, ces 500 millions d'euros investis dans l'agrandissement ne créeraient pas de valeur pour ses actifs, mais valoriseraient uniquement le patrimoine foncier de la Ville de Paris. C'est ce blocage technique qui nourrit toute la crise politique. Le club demande une sécurisation juridique par la propriété pour se lancer dans les travaux, tandis que la Ville s'accroche à sa propriété pour éviter la braderie. Aucun des deux acteurs ne semble prêt à céder sur ce principe de droit, laissant le stade dans une sorte d'attente statique qui préjudicie à terme à la compétitivité du club et au confort des spectateurs.

Thierry Mariani sauve finalement sa place sur la liste RN
Thierry Mariani sauve finalement sa place sur la liste RN — (source)

Conclusion : Parc des Princes, le symbole d'une France en vente ?

Au terme de cette analyse, une question centrale demeure : Thierry Mariani a-t-il raison de s'alarmer ? La polémique autour du Parc des Princes dépasse la simple anecdote sportive pour devenir un révélateur des tensions qui traversent la société française. La vente potentielle du stade au Qatar est-elle une opération économique banale ou l'ultime symptôme d'un pays qui se délesterait de ses joyaux ? Alors que la campagne pour les municipales de 2026 s'annonce déjà particulièrement virulente sur ce sujet, l'avenir de l'enceinte historique du PSG reste suspendu au fil du rasoir.

Un débat qui dépasse le football

Si la formule de Thierry Mariani relève sans doute de la surenchère électorale, elle touche un point sensible de l'opinion publique. Le dossier du Parc des Princes cristallise les inquiétudes d'une partie de la population concernant la mondialisation et l'influence des capitaux étrangers, que ce soit dans la technologie, l'énergie ou le sport. La critique de la « qatarisation » de Paris, portée par l'extrême droite mais qui échoit aussi à certaines franges de la gauche, soulève la question de la maîtrise de la ville par ses habitants. Le Parc des Princes n'est qu'un exemple, s'il fallait encore en donner un, de la difficulté croissante pour les pouvoirs publics à faire face à des acteurs privés disposant de moyens financiers illimités. Le débat est donc moins sportif que sociétal : quelle place laissons-nous à l'intérêt général face aux intérêts privés ?

2026 : l'élection qui décidera du sort du stade

L'issue de cette saga dépendra désormais des urnes. Le calendrier politique est clair : les élections municipales de mars 2026 seront un referendum implicite sur le sort du stade. Rachida Dati a promis de vendre et de réveiller le quartier avec un projet urbain ambitieux. Anne Hidalgo et son successeur campent sur un refus catégorique, protégeant le patrimoine au risque du départ du club. Thierry Mariani, de son côté, tente de surfer sur ce refus pour capter les voix des mécontents. Le PSG, patient mais déterminé, pourrait trancher avant même le vote si les options de Massy ou Poissy se concrétisent davantage. Jusqu'où le club ira-t-il dans sa menace de départ ? C'est toute l'incertitude qui plane aujourd'hui sur le Parc des Princes, laissé dans l'attente d'un destin qui se décidera moins dans les bureaux de la Direction des Sports que dans les isoloirs des Parisiens.

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cine-addict
Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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