Mark Zuckerberg marchant à l'extérieur, entouré par des photographes et des médias.
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Procès Meta addiction : Zuckerberg face aux parents de victimes

Zuckerberg confronté aux parents en deuil : retour sur le procès historique de Meta pour la conception addictive de ses réseaux sociaux.

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L'ambiance était électrique ce matin-là devant le tribunal fédéral de Spring Street, à Los Angeles. Une tension rare, presque palpable, flottait dans l'air californien, lourde de sens et de douleurs accumulées. Ce n'était pas une simple journée d'audience, mais un moment historique opposant la puissance absolue de la Silicon Valley à la vulnérabilité de familles brisées. Au centre de cette tempête, un homme d'apparence banale, dont l'ombre s'étend sur la vie de milliards de personnes : Mark Zuckerberg. Le 18 février 2026, le fondateur de Meta a quitté son bunker de Menlo Park pour affronter le regard glacial de parents en deuil, lors d'un procès qui pourrait redéfinir la responsabilité des géants du numérique.

Mark Zuckerberg marchant à l'extérieur, entouré par des photographes et des médias.
Mark Zuckerberg marchant à l'extérieur, entouré par des photographes et des médias. — (source)

L'homme qui tremblait dans son costume noir

L'entrée de Mark Zuckerberg dans la salle d'audience a tout d'une scène théâtrale, mais dénuée de toute comédie. Habituellement, le PDG de Meta arbore une tenue décontractée, faite de jeans gris, de t-shirts gris et de baskets, une signature vestimentaire qui le distingue des banquiers de Wall Street. Mais ce jour-là, l'homme qui a codé Facebook dans sa chambre d'étudiant a revêtu l'uniforme de l'accusé : un costume sombre impeccable, coupé dans un tissu strict, et une cravate grise qui serrait légèrement son cou. Cette métamorphose n'était pas anecdotique ; elle signalait que la gravité de l'instant avait finalement traversé la bulle dorée de la Tech.

De la silhouette décontractée au costume funèbre

Visage pâle, légèrement émacié, Zuckerberg s'est engouffré dans le tribunal flanqué d'une armada d'avocats en costumes trois pièces et d'agents de sécurité oreillettes. Son allure habituelle, souvent décrite comme robotique ou désinvolte, laissait place à une anxiété visible. Ses boucles châtain, légèrement ébouriffées, trahissaient peut-être une nuit sans sommeil ou simplement le poids d'une attente colossale. Contrairement aux audiences du Congrès où il semblait s'ennuyer ou mâchait des chewing-gums, ici, le corps parlait. Ses regards nerveux allaient du juge au jury, fuyant parfois la galerie publique. Ce costume funèbre, cette posture raidie, c'était l'aveu silencieux que le monde de la start-up cool était terminé pour laisser place à la réalité glaciale d'un procès pour dommages corporels. Mark Zuckerberg

Portrait de Mark Zuckerberg en costume cravate.
Mark Zuckerberg et son groupe sortant d'un bâtiment officiel. — (source)

Une foule en attente depuis l'aube

À l'extérieur, la scène prenait des allures de happening culturel. Dès l'aube, la place devant le tribunal de Spring Street s'était remplie. Des centaines de personnes, des curieux aux militants en passant par des familles venues soutenir les plaignants, faisaient la queue. Les files s'étiraient sur des dizaines de mètres, contournant le pâté de maisons. L'accès à la galerie du tribunal était si convoité qu'une loterie avait été mise en place : seuls les chanceux tirés au sort pouvaient assister à l'audience. On n'était plus simplement dans une procédure judiciaire, mais devant un événement sociétal majeur, un moment de catharsis collective où une société entière venait chercher des réponses auprès de celui qui a façonné sa manière de communiquer.

Mark Zuckerberg et son groupe sortant d'un bâtiment officiel.
Une femme tenant une photo encadrée devant l'entrée du palais de justice des États-Unis. — (source)

Pourquoi ce procès est inédit dans l'histoire de la Tech

Ce qui se jouait là dépassait le cadre des traditionnelles audiences au Capitole. Ce procès n'était pas une audition politique où les sénateurs posaient des questions pour la caméra. C'était une véritable bataille juridique avec enjeu civil : les actions collectives JCCP 5255 en Californie du Sud et la procédure fédérale MDL 3047, baptisée « Addiction des adolescents aux réseaux sociaux ayant conduit à des dommages corporels ». Pour la première fois, un dirigeant de cette envergure devait répondre de ses choix de conception devant un jury populaire. Le verdict de ce procès, actuellement en délibération, pourrait être examiné dans le détail dans notre analyse sur le verdict historique attendu à Los Angeles. Ici, pas de clauses de non-responsabilité faciles : l'accusation pointe directement la conception des produits, au cœur de l'algorithme.

Annalee, Kaley et les autres : les visages derrière l'accusation

Derrière les termes juridiques complexes comme « dol » ou « faute », ce sont des vies humaines qui se trouvent sur le bloc du témoin. Le bureau des accusés n'était pas peuplé de fonctionnaires en col blanc, mais de parents épuisés, le regard vide, portant le deuil de leurs enfants. Et puis il y avait Kaley, une jeune femme de vingt ans, venue raconter comment son enfance avait été volée pixel après pixel. Ces visages transformaient l'abstraction statistique des « dommages collatéraux » en une réalité crue et insupportable.

Lori Schott : « Si nous avions été ici il y a 10 ans, elle serait encore en vie »

Lori Schott s'est avancée vers la barre avec une dignité poignante. Sa fille, Annalee, s'est suicidée en 2020 à l'âge de 18 ans. Pour Lori, le lien est direct et sans appel : les algorithmes ont nourri la dépression de sa fille jusqu'à la rupture. Son témoignage a résonné dans le silence de la salle : « Je suis réconfortée par le fait qu'il est là seul, avec seulement ses avocats et un jury. Il n'a ni ses lobbyistes ni sa machine de RP. » Cette phrase résume toute l'asymétrie du procès : d'un côté, des milliards de dollars et des équipes de relations publiques, de l'autre, des parents armés seulement de leur douleur. Lori l'a affirmé avec force : « C'était une addiction par conception, les métriques étaient plus importantes que les gens. »

Une femme tenant une photo encadrée devant l'entrée du palais de justice des États-Unis.
Le patron de Facebook s'exprimant lors d'une audition au Congrès sur la protection des enfants. — (source)

Kaley G.M. : une vie exposée sur Instagram depuis l'âge de 9 ans

Kaley G.M., originaire de Chico en Californie, incarne la première génération à avoir grandi avec un smartphone greffé à la main. Elle a ouvert son compte YouTube à 6 ans, et Instagram à 11 ans. Aujourd'hui âgée de 20 ans, elle porte les stigmates invisibles de cette exposition précoce : dépression sévère, troubles du comportement alimentaire, automutilation et des pensées suicidaires qui la hantent encore. L'avocat des plaignants, Mark Lanier, a utilisé une stratégie visuelle dévastatrice. Il a déroulé devant le tribunal une immense affiche en vinyle de six mètres de long. C'était une frise chronologique, une mosaïque de centaines de photos que Kaley avait publiées sur Instagram, de l'âge de 9 ans à aujourd'hui. On y voyait son visage changer, mûrir, mais aussi son regard s'éteindre peu à peu sous le poids des filtres et des attentes.

L'échange de regards qui n'a jamais eu lieu

Le moment le plus glaissant de l'audience a peut-être été ce non-événement. Kaley G.M. était assise dans la galerie, à quelques mètres seulement de Zuckerberg, directement dans son champ de vision. Alors que l'avocat Lanier détaillait la souffrance de la jeune femme, tous les yeux dans la salle se tournaient vers le banc des accusés pour voir la réaction du PDG. Il n'y en a pas eu. Zuckerberg n'a jamais tourné la tête vers Kaley. Il a fixé ses notes, le juge ou l'avocat, mais jamais celle qui incarnait la « victime type » de son business model. Lanier n'a pas manqué de souligner ce détail, accusant le dirigeant d'éviter délibérément le visage humain de la tragédie qu'on lui reprochait. Ce refus de regarder cristallisait l'accusation d'indifférence morale.

« Instagram est une drogue » : les emails internes qui accablent Meta

Si les témoignages émotionnels ont frappé les cœurs, ce sont les documents projetés sur les écrans plats du tribunal qui ont frappé les esprits. L'accusation ne s'est pas contentée de pleurer ; elle a apporté les preuves que Meta savait. Des milliers de pages de courriels internes, de mémos et de présentations PowerPoint ont été sortis des tiroirs pour montrer que l'addiction n'était pas un bug, mais une fonctionnalité.

« Nous sommes essentiellement des dealers » : la conversation qui fait tache

Parmi les pièces à conviction, une capture d'écran d'une conversation interne datée de 2020 a particulièrement retenu l'attention. Dans cet échange, un employé de Meta lâche, effrayé par l'effet du produit : « Oh my Gosh y'all IG is a drug » (Mon Dieu, Instagram est une drogue). La réponse d'un collègue, teintée d'un cynisme désinvolte, est encore plus accablante : « Lol, I mean, all social media. We're basically pushers » (Mdr, je veux dire, tous les réseaux sociaux. Nous sommes essentiellement des dealers). Ces mots, prononcés par ceux qui construisent l'outil, révèlent une conscience aiguë du pouvoir toxique de leur propre création. Ils contredisent frontalement la communication officielle de l'entreprise qui prône le « bien-être » des utilisateurs.

Le patron de Facebook s'exprimant lors d'une audition au Congrès sur la protection des enfants.
Mark Zuckerberg sur scène lors de la conférence Facebook F8 2017 à San José. — Anthony Quintano from Westminster, United States / CC BY 2.0 / (source)

Cibler les « tweens » : le memo de 2018 qui change tout

Plus inquiétant encore est un mémo stratégique de 2018 affiché en grand format au tribunal. Le document énonce avec une froideur clinique la stratégie de croissance : « If we want to win big with teens, we must bring them in as tweens. We have definitively established tweens as the highest retention age group in the US. » Traduction : si nous voulons gagner gros avec les adolescents, nous devons les capter quand ils sont des « tweens ». Le terme désigne les enfants de 9 à 12 ans, une tranche d'âge officiellement interdite d'inscription sur les plateformes de Meta. Il ne s'agit pas d'une fuite de données, mais d'une directive de conquête commerciale visant délibérément des enfants de primaire.

4 millions d'utilisateurs de moins de 13 ans : le chiffre qui tue

Cette stratégie avait des résultats concrets, comme le prouve un autre document interne estimant qu'environ 4 millions d'utilisateurs d'Instagram avaient moins de 13 ans. Cela représentait, à l'époque, environ 30 % de tous les enfants américains de 10 à 12 ans. L'arrogance de la direction est palpable dans des échanges de 2017, où des employés se plaignaient de l'insistance de Zuckerberg lui-même pour « viser les moins de 13 ans ». Dans un mail, un employé désabusé réagit : « Ouais, c'était dégoûtant la dernière fois qu'il en a parlé. » Ces documents brisent l'argument de la défense selon lequel Meta ferait de son mieux pour respecter les règles : la violation de l'âge légal était au cœur du modèle économique.

L'anatomie de l'addiction : algorithmes, défilement infini et dopamine

Pour le juré moyen, et encore plus pour un jeune de 16 à 25 ans, comprendre comment une application « rend accro » est essentiel. Le procès a permis de lever le capot sur la machine algorithmique. Ce n'est pas de la magie, c'est de l'ingénierie comportementale appliquée à des cerveaux en développement.

Le « pour vous » qui montre ce dont on ne peut détourner le regard

Les procureurs ont expliqué avec précision le mécanisme accusé. Contrairement à une télévision qui diffuse un programme fixe, les réseaux sociaux utilisent des algorithmes de recommandation qui apprennent de chaque clic. Le problème, selon Arturo Béjar, ancien responsable de la sécurité des enfants chez Meta, est que ces systèmes sont programmés pour montrer aux utilisateurs « non pas ce qu'ils veulent voir, mais ce dont ils ne peuvent détourner le regard ». C'est la différence entre un choix et une stimulation réflexe. Si un adolescent s'arrête sur une image anxiogène ou sur un contenu prônant l'anorexie, l'algorithme comprend que cela retient son attention et va lui en servir d'autres, créant une spirale infernale.

46 minutes par jour : l'objectif chiffré de l'addiction

L'addiction n'est pas un concept flou pour les ingénieurs de Meta, c'est un objectif chiffré. Un document interne daté de 2022, détaillant les « jalons » de l'entreprise, a été projeté au tribunal. Il fixait l'objectif de temps passé sur Instagram pour un utilisateur actif quotidien à 40 minutes en 2023. L'objectif pour 2026 ? 46 minutes par jour. Ces chiffres prouvent que la priorité absolue n'est pas la santé mentale, mais l'engagement. Chaque minute supplémentaire passée par un utilisateur sur l'application est une minute de publicité vendue. Pour atteindre ces quotas, les concepteurs n'hésitent pas à exploiter les failles de la psychologie humaine.

Les mécanismes concrets visés par le procès

L'accusation a passé en revue les fonctionnalités qui rendent les applications « irrésistibles ». Le défilement infini d'abord, qui supprime toute pause naturelle, empêchant le cerveau de prendre une décision pour arrêter. La lecture automatique des vidéos, qui capture l'attention avant même qu'on ne l'ait décidée. Les likes et les filtres de beauté sur Instagram, qui créent une validation sociale artificielle et une distorsion de l'image de soi. Et enfin, les paramètres par défaut, souvent intrusifs, et la messagerie privée qui expose les enfants au harcèlement sans que les parents puissent surveiller. Chaque détail de l'interface a été pensé pour maximiser le temps d'écran, pas pour protéger l'utilisateur.

« Je ne vois pas pourquoi c'est si compliqué » : Zuckerberg face à ses contradictions

Face à cette avalanche de preuves, la défense de Mark Zuckerberg a semblé vaciller. Le patron de Meta a tenté de se présenter comme un visionnaire bienveillant, mais ses réponses ont souvent trahi un décalage saisissant avec la réalité vécue par les familles.

L'échange sur la vérification de l'âge qui a choqué le tribunal

Le moment le plus malheureux pour Zuckerberg est survenu quand l'avocat Lanier a questionné la vérification de l'âge. Meta prétend que les enfants de moins de 13 ans ne sont pas les bienvenus, mais ne fait que demander à l'utilisateur de déclarer sa naissance lors de l'inscription. Lanier a lancé : « Vous vous attendez à ce qu'un enfant de 9 ans lise toutes les mentions légales ? C'est votre base pour jurer sous serment que les enfants de moins de 13 ans ne sont pas autorisés ? » La réponse de Zuckerberg a été un chef-d'œuvre de déconnexion : « Je ne vois pas pourquoi c'est si compliqué. » Dans la salle, le silence a été lourd de sens. Pour des millions de parents, la raison pour laquelle c'est « compliqué » est évidente : les enfants mentent pour accéder à ce qui leur est interdit, et l'entreprise le sait parfaitement mais ne fait rien pour l'empêcher techniquement.

Mark Zuckerberg sur scène lors de la conférence Facebook F8 2017 à San José.
Portrait de Mark Zuckerberg en costume cravate. — (source)

« Je suis très mauvais pour ce type de témoignage »

Zuckerberg a reconnu sa propre maladresse lors de l'audience. « Je suis très mauvais pour ce type de témoignage, » a-t-il admis, tentant de minimiser les dégâts. Sa ligne de défense restait celle qu'il martèle depuis des années : « Je me concentre sur la construction d'une communauté durable. Je n'essaie pas de maximiser le temps que les gens passent [sur Instagram]. » Il a soutenu que si les gens ne sont pas heureux, ils finiront par partir. Cette vision théorique s'effondre pourtant face aux documents internes montrant que les ingénieurs sont précisément payés pour maximiser ce temps passé, sans se soucier du bonheur réel des utilisateurs, mais de leur « rétention ».

La défense juridique des géants de la Tech

Juridiquement, Meta se cache derrière le « bouclier » de la Section 230 du Communications Decency Act. Ce texte américain protège les plateformes de la responsabilité pour le contenu publié par les utilisateurs : en gros, ce ne sont pas les propriétaires du site qui sont responsables de ce que les gens écrivent dessus. C'est un argument puissant qui a protégé la Tech pendant des années. Cependant, la stratégie des procureurs ici est brillante : ils n'attaquent pas le contenu, mais la conception. Ils soutiennent que les algorithmes eux-mêmes sont des produits défectueux et dangereux. Si le jury retient cette qualification, la protection de la Section 230 pourrait s'envoler, ouvrant la voie à des responsabilités civiles historiques.

De Los Angeles à Paris : ce que ce procès change pour les utilisateurs français

Si le procès se tient à Los Angeles, ses répercussions se feront sentir jusqu'en France et dans toute l'Europe. Les législateurs européens observent ce procès avec une attention particulière, car un verdict aux États-Unis pourrait donner un souffle nouveau aux régulations locales et influencer la jurisprudence mondiale.

La loi française de janvier 2026 : interdiction pour les moins de 15 ans

En France, le vent tourne déjà. L'Assemblée nationale a adopté en première lecture le 26 janvier 2026 une proposition de loi historique : l'interdiction de l'accès aux services de réseaux sociaux en ligne aux mineurs de moins de quinze ans. Cette loi, dont l'entrée en vigueur est prévue pour le 1er septembre 2026, représente un tournant majeur dans la protection des mineurs sur internet. Elle impose aux plateformes une vérification de l'âge stricte, mettant fin au système de l'autodéclaration. De plus, les fournisseurs de réseaux sociaux sont désormais réputés exercer une activité d'édition pour les contenus mis en avant par leurs algorithmes destinés aux mineurs. En clair, ils ne sont plus de simples hébergeurs neutres, mais des éditeurs responsables de ce qu'ils montrent aux enfants.

L'effet d'entraînement potentiel en Europe

Ce procès américain arrive à point nommé pour soutenir les initiatives européennes. Le DSA (Digital Services Act) de l'Union européenne cherche déjà à réguler les algorithmes et les contenus illicites, mais les lobbies de la Tech freinent des quatre fers. Un verdict condamnant Meta aux États-Unis serait un précédent juridique considérable. Il prouverait que le modèle économique basé sur l'addiction n'est pas seulement immoral, mais illégal. Cela pourrait forcer la main des régulateurs européens pour durcir encore les contrôles, la transparence des algorithmes et les sanctions financières contre les plateformes récalcitrantes.

Ce qui pourrait changer concrètement pour les 16-25 ans

Pour les jeunes Français âgés de 16 à 25 ans, principaux utilisateurs de ces plateformes, les changements pourraient être radicaux. Au-delà de l'interdiction pour les moins de 15 ans, on pourrait assister à la généralisation de la vérification de l'âge par carte d'identité numérique, une perspective qui soulève des débats sur la protection des données personnelles. Les fonctionnalités addictives pourraient être bridées par défaut : suppression du défilement infini, limitation des notifications nocturnes, et suppression des likes publics pour les mineurs. L'expérience utilisateur telle que nous la connaissons, conçue pour capter l'attention à tout prix, pourrait être contrainte d'évoluer vers un modèle plus respectueux de la santé mentale.

Le « moment Big Tobacco » des réseaux sociaux est-il arrivé ?

Alors que le procès touche à sa fin et que les jurés ont commencé leurs délibérations le vendredi 13 mars, une question hante les observateurs : assistons-nous au « moment Big Tobacco » de l'industrie technologique ? Comme dans les années 1990 lorsque l'industrie du tabac a été jugée pour avoir dissimulé les dangers du cancer et la dépendance à la nicotine, les documents internes révélant la conscience du danger de Meta semblent sceller le destin des réseaux sociaux.

Les jurés ont commencé leurs délibérations le 13 mars

Le procès a duré six semaines intenses. Les plaidoiries finales ont été percutantes, l'avocat Mark Lanier accusant Meta et Google d'« avoir créé l'addiction des cerveaux des enfants ». Les jurés, désormais retirés pour délibérer, doivent décider si les preuves sont suffisantes pour établir une responsabilité civile. Leur verdict sera déterminant. S'ils condamnent Meta, cela signifiera que la justice reconnaît officiellement qu'un algorithme peut être un produit dangereux. C'est un changement de paradigme juridique monumental. Mark Zuckerberg au tribunal : les coulisses du procès de l'addiction

Mark Zuckerberg arrivant au tribunal civil de Los Angeles.
Mark Zuckerberg arrivant au tribunal civil de Los Angeles. — (source)

Le parallèle avec l'industrie du tabac

L'analogie avec le tabac est omniprésente. Dans les années 90, les documents internes des fabricants de cigarettes avaient montré qu'ils savaient que la nicotine créait une dépendance mortelle et qu'ils ciblaient les jeunes pour remplacer les clients mourants. Aujourd'hui, les emails de Meta sur les « tweens » et l'addiction résonnent de manière effrayante avec cette histoire. Les mécanismes sont identiques : nier le danger en public tout en maximisant la dépendance en interne. Si ce parallèle est avéré par la justice, l'industrie de la Tech pourrait faire face à des années de procès et de régulations draconiennes, semblables à celles qui ont frappé l'industrie du tabac.

Ce que ce procès nous apprend sur notre rapport aux écrans

Au-delà de l'aspect financier ou judiciaire, ce procès nous force à un examen de conscience collectif. Pour la génération née avec Instagram, c'est la première fois que les rouages invisibles de leur quotidien sont exposés au grand jour. Ils comprennent que leur « ennui », leur anxiété ou leurs troubles de l'image de soi ne sont pas seulement des failles personnelles, mais sont en partie exacerbés par des machines conçues pour les manipuler. Ce procès nous apprend que notre relation aux écrans n'est pas neutre. Elle est le fruit d'une ingénierie de l'attention extrêmement sophistiquée qui a mis le profit avant la santé humaine.

Conclusion

Le silence retombé sur le tribunal de Los Angeles ne marque pas la fin de l'histoire, mais le début d'une nouvelle ère pour les réseaux sociaux. Que le verdict soit favorable ou non aux plaignants, le tapis a été retiré sous les pieds de l'industrie de la Tech. Les parents en deuil ont fait ce que des années de rapports confidentiels n'avaient pas réussi à faire : ils ont mis un visage humain sur les statistiques. Ce procès pourrait bien être le point de bascule, le fameux « moment Big Tobacco », où la responsabilité morale devient une responsabilité juridique incompressible. Pour les utilisateurs français, et particulièrement pour les jeunes de 16 à 25 ans, ce message est clair : les outils qu'ils utilisent tous les jours ne sont pas des services innocents, mais des produits puissants qui demandent d'être repensés, régulés et utilisés avec une conscience critique aiguisée. L'époque du Far West numérique touche peut-être à sa fin, remplacée par une nécessité impérieuse de protection et d'éthique.

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Questions fréquentes

Pourquoi Zuckerberg porte-t-il un costume ?

Mark Zuckerberg a troqué son habituel style décontracté pour un costume sombre et une cravate grise afin de marquer la gravité inédite du procès pour dommages corporels qu'il affronte à Los Angeles.

Que révèlent les emails internes de Meta ?

Des documents internes montrent que Meta ciblait délibérément les enfants de 9 à 12 ans, et que des employés comparaient Instagram à une drogue et eux-mêmes à des dealers.

Quelle est la loi française pour les mineurs ?

L'Assemblée nationale a adopté en janvier 2026 une loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec une vérification stricte de l'âge prévue pour septembre 2026.

Comment les algorithmes rendent-ils accros ?

Ils sont conçus pour maximiser le temps d'attention en montrant aux utilisateurs ce dont ils ne peuvent détourner le regard, fixant des objectifs précis comme 46 minutes d'utilisation quotidienne.

Quelle défense utilise Zuckerberg ?

Meta se protège juridiquement derrière la Section 230 qui exonère les plateformes de responsabilité sur le contenu utilisateur, bien que l'accusation cible la conception dangereuse des produits.

Sources

  1. Zuckerberg grilled about Meta's strategy to target 'teens' and 'tweens' · npr.org
  2. assemblee-nationale.fr · assemblee-nationale.fr
  3. bfmtv.com · bfmtv.com
  4. It's Time to Pass the Kids Online Safety Act | Institute for Family Studies · ifstudies.org
  5. la-croix.com · la-croix.com
match-day
Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond. Si tu veux juste les résultats, y'a L'Équipe. Si tu veux comprendre ce que le sport dit de nous, reste ici.

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