Salariés de la presse écrite confrontés à la crise économique, illustrant l'impact des plans sociaux.
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Presse écrite en France : pourquoi les géants du web détruisent l'emploi

Les revenus publicitaires de la presse écrite en France ont été divisés par deux en treize ans, principalement captés par les plateformes numériques, entraînant des plans sociaux récurrents.

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Les plans sociaux récents dans la presse écrite française ne sont pas des accidents conjoncturels. Ils sont le symptôme d'un basculement économique structurel : les recettes publicitaires, pilier financier historique des journaux, sont de plus en plus captées par les plateformes numériques.

Salariés de la presse écrite confrontés à la crise économique, illustrant l'impact des plans sociaux.
Salariés de la presse écrite confrontés à la crise économique, illustrant l'impact des plans sociaux. - (source)

Une hémorragie des revenus publicitaires

Le coeur du problème est une chute libre des revenus publicitaires de la presse. Ces recettes, une source essentielle de financement, ont été divisées par deux en treize ans. Selon des données sénatoriales, elles sont passées de 3,1 milliards d'euros en 2012 à 1,6 milliard d'euros en 2025. La baisse s'est même accélérée récemment, avec une chute de 6,4 % en 2025 à elle seule.

La course en tête des plateformes mondiales

Cette érosion coïncide directement avec l'ascension des acteurs numériques, principalement des plateformes extra-européennes. Leur emprise sur le marché publicitaire français est en expansion constante. Quatre d'entre elles captent déjà 36 % du marché en 2022, et les projections estiment qu'elles en détiendront 45 % d'ici 2030. À l'inverse, la part de la presse ne cesse de diminuer. Les revenus publicitaires totaux du pays sont de plus en plus dirigés vers ces plateformes, au détriment des médias d'information.

Le droit voisin : un rempart partiellement percé

Pour tenter de rééquilibrer la situation, le législateur a instauré le droit voisin de la presse, un mécanisme imposant aux plateformes de rémunérer les éditeurs pour la reprise de leurs contenus. Son application révèle cependant un décalage entre l'ambition législative et la réalité des transferts financiers.

Manifestation à Paris pour la défense des métiers de la presse le 18 juin 2026, en réponse aux plans sociaux.
Manifestation à Paris pour la défense des métiers de la presse le 18 juin 2026, en réponse aux plans sociaux. - (source)

La Société des droits voisins de la presse (DVP), qui représente 55 % du marché des éditeurs, a collecté 56 millions d'euros sur trois ans. Ces montants, qui n'incluent pas ceux perçus par de grands groupes comme Le Monde via des accords directs, restent modestes face à l'ampleur de la fuite des revenus publicitaires.

La résistance de certaines plateformes est frontale. Meta, après avoir signé un accord avec l'APIG en 2021, a réduit drastiquement ses propositions après la suppression de son service Facebook News, les montants passant d'environ 20 millions d'euros à 4 millions d'euros. Les poursuites judiciaires, comme la condamnation début 2026 de X à payer 170 000 euros à l'AFP, illustrent les difficultés pour faire valoir ce droit.

Un écosystème fragilisé et reconfiguré

Les plans sociaux successifs dans la presse écrite - du Journal La Croix à Bayard et à d'autres rédactions - sont la conséquence directe de ce déséquilibre économique persistant. Le droit voisin a permis une compensation partielle et des recettes nouvelles, mais il n'a pas inversé le mouvement de fond : la valeur publicitaire continue de se concentrer au sein d'un nombre restreint de plateformes mondiales.

Journalistes et salariés de la presse manifestant dans la rue pour se faire entendre lors d'un carnage social.
Journalistes et salariés de la presse manifestant dans la rue pour se faire entendre lors d'un carnage social. - (source)

Cet écosystème est ainsi reconfiguré, laissant la presse écrite dans une situation de fragilité financière structurelle, où les mesures correctives peinent à compenser la perte massive et continue de ses revenus traditionnels.

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Questions fréquentes

Pourquoi la presse écrite française perd-elle des emplois ?

Les recettes publicitaires, pilier financier historique des journaux, sont de plus en plus captées par les plateformes numériques extra-européennes, provoquant une chute structurelle des revenus.

De combien ont baissé les revenus publicitaires de la presse ?

Les revenus publicitaires de la presse sont passés de 3,1 milliards d'euros en 2012 à 1,6 milliard d'euros en 2025, soit une division par deux en treize ans. En 2025, ils ont chuté de 6,4 %.

Quel est le droit voisin de la presse ?

C'est un mécanisme imposant aux plateformes de rémunérer les éditeurs pour la reprise de leurs contenus. La DVP, qui représente 55 % du marché des éditeurs, a collecté 56 millions d'euros sur trois ans.

Combien le marché publicitaire des plateformes peut-il atteindre d'ici 2030 ?

Quatre plateformes extra-européennes captaient déjà 36 % du marché publicitaire français en 2022, et les projections estiment qu'elles en détiendront 45 % d'ici 2030.

Comment Meta a-t-elle réagi au droit voisin de la presse ?

Après avoir signé un accord avec l'APIG en 2021, Meta a réduit ses propositions d'environ 20 millions d'euros à 4 millions d'euros, après la suppression de son service Facebook News.

Sources

  1. Plans de licenciements dans la presse : « Il est temps qu'on se mobilise tous ensemble » · acrimed.org
  2. Droits voisins : l’Autorité de la concurrence prononce des mesures conservatoires et enjoint Meta de négocier de bonne foi avec les éditeurs et agences de presse · autoritedelaconcurrence.fr
  3. Suppressions d'emplois, encadrement de l'IA, concentration des médias : pourquoi la presse se met en grève · basta.media
  4. Publicité digitale en France : les tendances du 1er semestre 2025 · blogdumoderateur.com
  5. Mediapart écrit au Monde et à Télérama | Le Club · blogs.mediapart.fr
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Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

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