Un maire peut-il être obligé d'accrocher le portrait du président de la République dans sa mairie ? Non. Aucun texte ne le lui impose. L'affichage relève d'un usage ancré dans la tradition républicaine, et l'administration elle-même le rattache à la coutume plutôt qu'au droit. Le récent bras de fer de Saint-Denis le confirme.

Aucune loi ne l'exige
Sous la Ve République, l'affichage du portrait présidentiel dans les hôtels de ville est une tradition, sans obligation légale. Ni le Code général des collectivités territoriales, qui organise le fonctionnement des communes, ni aucun autre texte ne le rendent obligatoire.
La preuve la plus nette vient d'un préfet. Dans un courrier daté du mardi 5 mai et rapporté par Le Parisien, le préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles, écrit au maire de Saint-Denis que l'accrochage du portrait du président "ne relève d'aucune obligation légale" et qu'il constitue un usage de la tradition républicaine. L'autorité qui réclame le retour du portrait reconnaît donc, noir sur blanc, qu'aucune loi ne l'impose.
Une coutume installée dès la IIIe République
La tradition a une origine identifiable. Selon la documentation officielle (DILA), Adolphe Thiers, président de 1871 à 1873, fut le premier à instaurer un affichage systématique du portrait officiel du président dans les mairies et les lieux publics. La pratique s'est ensuite diffusée dans les communes, sans jamais être inscrite dans la loi.
En 2023, un amendement voté mais jamais appliqué
La question est pourtant revenue devant le Parlement. Lors de l'examen en première lecture du 10 mai 2023, un amendement adopté a rendu obligatoire "l'affichage du portrait officiel du président de la République" dans les mairies, comme le relève l'Association des maires de France. Le même texte prévoyait des obligations de pavoisement qui, en l'état, ne devaient s'appliquer qu'aux communes de plus de 1 500 habitants : plus de deux tiers des communes (environ 26 000) auraient été dispensées. Un premier amendement avait porté le seuil à 3 500 habitants, avant qu'un second ne le ramène à 1 500.
L'issue était incertaine. L'AMF notait alors : "Il reste à voir le sort que le Sénat réservera à ce texte." Le texte n'est jamais arrivé au Sénat et la mesure n'est jamais entrée en vigueur. L'amendement a par ailleurs suscité des critiques sur la personnalisation du pouvoir.
Une proposition de loi dédiée au portrait
Avant cela, une initiative parlementaire avait déjà ciblé le sujet. Une proposition de loi n° 3861, déposée le 9 février sous la XVe législature, visait à rendre obligatoire l'affichage du portrait du président de la République dans les mairies. Déposer un texte ne crée pas une obligation : aucune règle de ce type n'est aujourd'hui en vigueur.
Saint-Denis : un retrait, une demande préfectorale
Le débat a ressurgi au printemps 2026. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a indiqué avoir décroché le portrait d'Emmanuel Macron de sa mairie. Le préfet lui a demandé, dans ce même courrier, de "renouer avec l'usage républicain" en remettant le portrait en place. Le maire assume son choix : "Notre démarche s'inscrit dans une parfaite légalité et nous l'assumons pleinement."
Il est en effet dans son droit. Selon une analyse juridique citée par TF1 Info, lorsque le portrait du président trône seul dans le bureau du maire, il peut être retiré sans que cela constitue une atteinte au principe de neutralité.

Un choix politique et symbolique
Un maire qui décroche le portrait n'enfreint donc aucune loi, même si un préfet peut lui demander de le remettre au nom de l'usage. La décision relève d'un choix politique et symbolique, pas d'une contrainte juridique.