Façade d'une école privée moderne avec des vitres teintées et un logo clinquant, rue animée d'une grande ville, ciel gris, plan moyen
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Scandale des écoles privées : argent public, dérives et apprentissage en crise

Enquête sur les dérives de l'enseignement privé : showcases de rappeurs, cartes Pokémon à 534 000 € et fraude aux visas. Plongée dans un scandale qui ébranle l'alternance.

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Le scandale des écoles privées : Pokémon, rap et visas financés par l'argent public

L'alternance, présentée comme la voie royale vers l'emploi des jeunes, a généré 16,8 milliards d'euros de financement public en 2022. Mais derrière ce chiffre vertigineux se cache une réalité bien moins reluisante : des écoles privées qui dépensent l'argent des contribuables en showcases de rappeurs, en cartes Pokémon à collectionner et en mariages somptueux, pendant que leurs étudiants se retrouvent sans diplôme. L'enquête du Figaro publiée ce 17 mai 2026, intitulée « Achats démesurés, fraude aux visas étudiants et concerts de rap : quand l'argent public finance les dérives de l'apprentissage », met en lumière un système qui tourne à plein régime depuis la libéralisation de 2018. Entre la liquidation de Digital College, les 90 millions d'euros de dettes du groupe Collège de Paris et les 3 000 étudiants laissés sur le carreau, plongeons dans les coulisses d'un scandale qui ébranle l'enseignement supérieur privé français.

Façade d'une école privée moderne avec des vitres teintées et un logo clinquant, rue animée d'une grande ville, ciel gris, plan moyen
Façade d'une école privée moderne avec des vitres teintées et un logo clinquant, rue animée d'une grande ville, ciel gris, plan moyen

Comment 16,8 milliards d'euros ont transformé l'apprentissage en machine à cash

Pour comprendre l'ampleur du désastre, il faut remonter à la réforme « Liberté de choisir son avenir professionnel » de 2018. Cette loi, pensée pour dynamiser l'apprentissage et lutter contre le chômage des jeunes, a libéralisé l'ouverture des centres de formation d'apprentis (CFA). L'objectif était louable : permettre à davantage d'étudiants d'accéder à une formation en alternance, reconnue comme le meilleur tremplin vers l'emploi.

Mais le résultat a dépassé toutes les prévisions, y compris les plus pessimistes. Le nombre de CFA est passé de moins de 1 000 en 2018 à environ 3 800 aujourd'hui, selon le rapport du Sénat. Dans le même temps, la part de l'enseignement privé dans le supérieur est passée de 15 % dans les années 2000 à plus de 26 % en 2024. Le secteur privé lucratif représente désormais au moins 226 000 étudiants selon le ministère, et jusqu'à 400 000 selon le Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres). Soit une multiplication par quatre en vingt ans.

2018-2024 : l'essor fulgurant des écoles privées (de 15 % à 26 % des inscrits)

Cette explosion n'est pas le fruit du hasard. La réforme de 2018 a supprimé l'agrément préalable pour ouvrir un CFA, remplacé par une simple déclaration d'activité. Les barrières à l'entrée se sont effondrées, et avec elles, les garde-fous qui permettaient de filtrer les projets sérieux des entreprises opportunistes.

Les grands groupes privés comme Collège de Paris ou Ionis ont surfé sur cette vague. Leur modèle économique est simple : recruter massivement des étudiants, facturer des frais de scolarité élevés (souvent entre 6 000 et 9 000 euros par an), et empocher les subventions publiques liées à chaque contrat d'apprentissage. Un ancien salarié d'un grand groupe privé confiait au Figaro en janvier 2026 : « On en vient à ne plus parler d'étudiants, mais de clients. »

Le problème, c'est que la qualité pédagogique n'a pas suivi. Les témoignages d'étudiants et d'anciens salariés décrivent des cours bâclés, des intervenants absents, et une pression constante pour recruter toujours plus. La logique de rentabilité a pris le pas sur la mission éducative.

16,8 milliards : le jackpot qui attire les entrepreneurs du business scolaire

Le chiffre est donné par la Cour des comptes : 16,8 milliards d'euros de financement public pour l'apprentissage en 2022. C'est ce montant colossal qui attire les entrepreneurs peu scrupuleux. Car avec un tel pactole à distribuer, et des contrôles quasi inexistants, le jeu en vaut la chandelle.

La réalité des contrôles est édifiante. En 2023, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a inspecté 80 établissements d'enseignement supérieur privé. Résultat : un établissement sur trois a été épinglé pour pratiques commerciales trompeuses, et plus de la moitié présentaient des anomalies réglementaires. Ces chiffres, révélés par Franceinfo, montrent que la fraude est systémique, pas accidentelle.

Le terreau était donc fertile pour que des dérives bien plus graves puissent prospérer. Et le cas Digital College en est l'illustration la plus criante.

Niska, cartes Pokémon et mariage à 50 000 € : les dépenses hallucinantes de Digital College

C'est l'histoire qui a fait le tour des réseaux sociaux et déclenché l'enquête du Figaro. Digital College, une école de commerce et de marketing digital fondée par Ridouan Abagri, promettait monts et merveilles à ses étudiants : locaux flambant neufs, décoration manga, voyages à Shanghai et Dubaï, et des partenariats avec des entreprises comme EDF ou BNP Paribas. Son slogan : « On ne recrute pas l'élite, on la forme. »

Sauf que derrière cette vitrine clinquante, les pratiques étaient tout autres. Les révélations de Mediapart en avril 2025, puis celles du Figaro ce 17 mai 2026, décrivent un système où l'argent public servait à financer le train de vie du fondateur et des opérations de communication extravagantes.

Le kick-off qui a ruiné la rentrée : comment l'argent des alternants a payé les rappeurs

La rentrée 2023 de Digital College restera dans les annales. Pour attirer les jeunes sur Parcoursup et les convaincre de s'inscrire, l'école avait organisé un « kick-off » dantesque : un showcase privé avec le rappeur Niska, mais aussi Franglish et le groupe Triangle des Bermudes. Des artistes dont les cachets se chiffrent en dizaines de milliers d'euros.

Scène de concert avec un rappeur sur scène, micro à la main, projecteurs colorés, foule de jeunes étudiants levant les bras, ambiance nocturne
Scène de concert avec un rappeur sur scène, micro à la main, projecteurs colorés, foule de jeunes étudiants levant les bras, ambiance nocturne

Pour les étudiants présents, le spectacle était impressionnant. Mais en coulisses, la facture était salée. L'argent dépensé pour ces artistes aurait dû servir à financer les cours, le matériel pédagogique, ou le suivi des apprentis. Au lieu de cela, il partait en fumée dans des opérations de communication destinées à recruter toujours plus d'étudiants, vus comme des « clients » par la direction.

Le Parisien rapporte que ce « kick-off » n'était que la partie émergée de l'iceberg. Les budgets marketing étaient pharaoniques, pendant que les professeurs voyaient leurs salaires impayés et que les cours devenaient « catastrophiques », selon les mots de Manon, une étudiante de 2e année.

Les 534 000 € de cartes Pokémon : l'obsession qui a coulé l'école

L'anecdote la plus virale de l'affaire concerne la passion de Ridouan Abagri pour les cartes Pokémon. Selon Mediapart, le fondateur de Digital College a utilisé la carte bancaire de l'école pour acheter pour plus de 534 000 euros de cartes Pokémon à collectionner. Une somme qui dépasse le budget annuel de certains départements entiers dans les CFA publics.

Mais ce n'est pas tout. L'enquête révèle également que 49 331,60 euros ont été dépensés pour le mariage du fondateur. Des frais de traiteur, de location de salle, de décoration florale — autant de dépenses qui n'avaient strictement rien à voir avec la formation des étudiants.

Le contraste est saisissant. Pendant que Ridouan Abagri accumulait les cartes Pokémon rares et organisait un mariage princier, l'école accumulait les dettes. Les professeurs ne venaient plus depuis janvier 2026, faute d'être payés. Les cours étaient remplacés par des séances de « développement personnel » sans contenu pédagogique. Et les étudiants, eux, voyaient leur année s'effondrer.

La liquidation judiciaire a été prononcée le 27 avril 2026, avec une fermeture effective au 31 mai. 3 000 étudiants se retrouvent sans école, sans diplôme, et souvent avec un contrat d'apprentissage qui tombe à l'eau.

Derrière Digital, le système Collège de Paris : 30 écoles, 90 millions de dettes et un trafic de visas

Digital College n'est que la partie émergée de l'iceberg. Derrière cette école se cache une nébuleuse bien plus vaste : le groupe Collège de Paris, fondé par Olivier de Lagarde. Ce mastodonte de l'enseignement privé compte une trentaine d'écoles, 18 000 étudiants, dont 4 000 étudiants étrangers, et 35 000 adultes en formation continue.

Mais l'empire vacille. Placé en procédure de sauvegarde le 31 décembre 2025, puis en redressement judiciaire, le groupe affiche une dette astronomique de 90 millions d'euros. Les remboursements ont doublé entre 2022 et 2024, signe d'une croissance incontrôlée et d'une gestion pour le moins hasardeuse.

Une holding à la dérive : enquête sur Olivier de Lagarde et son empire

L'enquête de L'Express, publiée en février 2026, dévoile les coulisses de cet empire fragile. Le groupe Collège de Paris a surfé sur la réforme de 2018 pour grandir à toute vitesse, rachetant des écoles les unes après les autres sans toujours vérifier leur solidité financière ou la qualité de leurs formations.

Les soupçons sont nombreux. L'IGF (Inspection générale des finances), l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) et l'IGESR (Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche) enquêtent sur le groupe depuis mai 2025. Leur rapport a été transmis au procureur, ce qui laisse présager des suites judiciaires.

Le modèle économique du groupe repose sur un équilibre précaire : recruter massivement pour rentabiliser les investissements, mais sans avoir les moyens humains et pédagogiques d'assurer un suivi de qualité. Résultat : des étudiants qui se retrouvent avec des diplômes sans valeur sur le marché du travail, et des dettes qui s'accumulent.

Le spectre du visa business : quand l'école privée sert de porte d'entrée en France

L'affaire prend une dimension encore plus grave avec les soupçons de trafic de visas qui pèsent sur le groupe. Les 4 000 étudiants étrangers du Collège de Paris sont au cœur d'une enquête pour blanchiment d'argent et trafic de visas. L'Express révèle que des sommes importantes auraient transité par des circuits opaques, et que certains étudiants étrangers auraient obtenu des visas étudiants sans suivre réellement les cours.

Ce n'est pas la première fois qu'une telle affaire éclate. En décembre 2015, Sud Ouest révélait qu'une école de commerce parisienne servait de façade à une filière d'immigration chinoise. Entre 500 et 1 000 ressortissants chinois avaient obtenu des papiers grâce à des frais d'inscription fictifs de 3 000 à 5 000 euros par personne. Au moins 1 million d'euros avait été blanchi.

Le schéma se répète. Des écoles privées, souvent peu regardantes, attirent des étudiants étrangers en leur promettant un visa et une formation de qualité. Mais une fois le visa obtenu, les cours sont inexistants ou de piètre qualité. L'école empoche les frais d'inscription, et l'étudiant se retrouve sans véritable formation, souvent dans une situation administrative précaire.

« Catastrophique », « volée » : Manon, Sarah et les 3 000 laissés-pour-compte de la fermeture

Derrière les chiffres et les enquêtes, il y a des visages. Des jeunes qui ont cru en une école, qui ont signé un contrat d'apprentissage, et qui se retrouvent aujourd'hui sans rien. Le Parisien a recueilli les témoignages d'étudiants de Digital College, et le tableau est glaçant.

Le jour où la spé start-up a disparu : récit d'une année gâchée

Manon est en 2e année à Digital College. Elle a choisi cette école pour sa spécialité « start-up et e-commerce », qui correspondait parfaitement à son projet professionnel. Mais en cours d'année, sans préavis, la spécialité a été supprimée. Du jour au lendemain, les cours ont été remplacés par des séances de « développement personnel » sans aucun lien avec le programme initial.

« J'ai l'impression d'avoir été volée », confie-t-elle au Parisien. « On nous a promis des cours de qualité, des intervenants professionnels, un réseau. On s'est retrouvés avec des profs fantômes et des séances de motivation bidon. »

Son témoignage reflète celui de nombreux étudiants. Beaucoup ont choisi Digital College pour son image moderne, ses promesses de voyages à l'étranger, ses partenariats avec de grandes entreprises. Mais ces promesses se sont révélées être des leurres.

Profs fantômes et salaires impayés : les derniers mois d'une école à la dérive

Sarah, une autre étudiante, raconte que les professeurs ne venaient plus depuis janvier 2026. Sans être remplacés. Les cours étaient annulés les uns après les autres, sans explication. Les étudiants se retrouvaient seuls dans des salles vides, à attendre un enseignant qui ne viendrait jamais.

Sur LinkedIn, un groupe s'est monté : « Collège de Paris, payez-nous ». Il compte 66 membres, tous des intervenants ou des formateurs à qui l'école doit de l'argent. Eric, l'un d'eux, attend encore 4 500 euros de salaire impayé. D'autres réclament jusqu'à 15 000 euros.

Ces témoignages montrent que la dérive était connue de tous, mais que personne n'a agi à temps. La direction continuait à recruter de nouveaux étudiants, à promettre des formations de qualité, pendant que les caisses se vidaient et que les enseignants n'étaient plus payés.

Un précédent qui fait froid dans le dos : Campus Academy et les 130 oubliés d'Aix

Le cas de Digital College n'est malheureusement pas isolé. En janvier 2024, Franceinfo révélait la fermeture de Campus Academy à Aix-en-Provence, une école du réseau Michel Ohayon. 130 étudiants s'étaient retrouvés sans diplôme, avec des frais de scolarité déjà payés (6 800 à 9 000 euros par an).

Le schéma était le même : des promesses mirifiques, des locaux flambant neufs, des partenariats prestigieux. Mais derrière la façade, une gestion catastrophique et des dettes abyssales.

Ces affaires à répétition montrent que le problème est systémique. Ce ne sont pas des accidents isolés, mais la conséquence logique d'un système où l'argent public coule à flots sans contrôle suffisant. Et tant que les garde-fous ne seront pas renforcés, d'autres écoles suivront le même chemin.

« Bachelor reconnu », « 95 % d'insertion » : les 5 signes qui doivent te mettre la puce à l'oreille

Face à ces dérives, comment faire le tri entre une vraie formation de qualité et une pompe à fric déguisée ? Voici les signes qui doivent éveiller votre méfiance.

L'appât du hors Parcoursup : pourquoi une sélection trop facile cache souvent un piège

Les écoles privées peu scrupuleuses ont une stratégie marketing bien rodée : « Tu es pris sans dossier », « Pas de concours », « Inscription toute l'année ». Ces promesses sont faites pour attirer les jeunes en difficulté sur Parcoursup, ceux qui n'ont pas eu les formations de leur choix et qui cherchent une solution de repli.

Le Monde a mené un test en janvier 2025 dans un salon d'orientation. Des journalistes se sont présentés comme des lycéens en recherche d'école. Résultat : une seule école sur quatre a été transparente sur la reconnaissance de ses diplômes. Les autres ont menti ou ont noyé le poisson.

Si une école vous met la pression pour signer vite, sans vous laisser le temps de vérifier ses accréditations, c'est un signal d'alarme. Les bonnes formations n'ont pas besoin de recourir à ces méthodes agressives.

RNCP, Visa, Grade : le grand flou des certifications

Le flou autour des certifications est l'un des principaux pièges tendus aux étudiants. Beaucoup d'écoles appellent leur formation « Bachelor », un terme qui n'a aucune valeur juridique en France. Un Bachelor n'est pas un grade licence, contrairement à ce que laissent entendre certaines publicités.

De même, le terme « Mastère » est souvent utilisé pour faire croire à un diplôme équivalent au master universitaire. Mais un Mastère n'est pas reconnu par l'État, sauf s'il est inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

Pour vérifier, une seule méthode fiable : allez sur le site de France Compétences et tapez le nom de l'école et de la formation. Si le diplôme n'apparaît pas dans le RNCP, méfiez-vous. Il peut s'agir d'une formation sans aucune valeur sur le marché du travail.

Locaux de luxe, profs absents : l'éternelle promesse des écoles bling-bling

Digital College avait tout pour plaire : des locaux flambant neufs, une décoration manga tendance, des promesses de voyages à Shanghai et Dubaï. Mais derrière cette vitrine clinquante, les professeurs étaient absents et les cours bâclés.

Un ancien salarié d'un grand groupe privé expliquait au Figaro en janvier 2026 que les budgets étaient mis dans le marketing et les locaux, pas dans la qualité pédagogique ou le suivi des intervenants. « On en vient à ne plus parler d'étudiants, mais de clients », résumait-il.

Avant de signer, posez des questions simples : « Qui sont vos formateurs ? », « Quel est leur parcours ? », « Combien d'heures de cours par semaine ? », « Quel est le taux d'insertion réel de vos diplômés ? ». Si l'école ne sait pas répondre clairement, c'est un red flag.

Ton école ferme ou est visée par une enquête : les 3 réflexes à avoir (et les erreurs à éviter)

Si vous êtes étudiant dans une école qui ferme ou qui est visée par une enquête, ne paniquez pas. Mais agissez vite. Voici les trois réflexes à avoir.

Ne pas paniquer, mais agir vite : le bon réflexe pour ses papiers

Le premier geste à faire est de contacter votre rectorat ou votre région (qui finance les CFA). Il faut récupérer une preuve de votre suivi de formation et de vos notes. Ces documents seront indispensables pour faire valoir vos droits.

Ensuite, signalez votre situation à France Travail (anciennement Pôle emploi). Vous pourrez ainsi bénéficier d'un accompagnement pour retrouver une formation ou un emploi.

Dans le cas de Digital College, les étudiants ont été contactés par d'autres écoles du groupe Collège de Paris pour une « relocation ». Mais attention : vérifiez bien les accréditations de l'école qui vous propose de vous reprendre. Certaines pourraient être dans la même situation que celle que vous venez de quitter.

La reprise de formation : tes droits si ton contrat d'apprentissage tombe à l'eau

Si votre CFA ferme, votre contrat d'apprentissage est automatiquement rompu. Mais vous conservez certains droits. Vous pouvez notamment demander à être reclassé dans un autre CFA, ou à bénéficier d'une indemnisation.

Rapprochez-vous d'un syndicat étudiant (UNEF, FAGE) ou d'un avocat spécialisé. Des actions collectives se montent sur les réseaux sociaux, comme le groupe LinkedIn « Collège de Paris, payez-nous ». Mutualiser les informations entre étudiants permet de gagner en efficacité.

Se faire entendre : pourquoi les groupes WhatsApp et les signalements aux médias sont efficaces

Les dérives des écoles privées ne sont mises au jour que parce que des étudiants ont eu le courage de parler. Les groupes WhatsApp et Discord entre étudiants permettent de partager les informations et de coordonner les actions.

N'hésitez pas à contacter les journalistes d'investigation. Mediapart, Le Figaro, Le Parisien — ces médias ont montré qu'ils prenaient ces affaires au sérieux. Votre témoignage peut aider à dénoncer des pratiques frauduleuses et à protéger d'autres étudiants.

Le grand ménage de 2027 : comment le Sénat compte mettre fin à la pompe à fric de l'apprentissage

Face à l'ampleur du scandale, le Sénat prépare une proposition de loi pour mieux encadrer l'enseignement supérieur privé à but lucratif. L'objectif est de recréer des garde-fous supprimés par la loi de 2018.

Ce que prévoit la proposition de loi : agrément, contrôle, plafonnement des frais

La proposition de loi, dont l'exposé des motifs est disponible sur le site du Sénat, prévoit plusieurs mesures clés. D'abord, la création d'un agrément obligatoire pour les CFA privés. Fini la simple déclaration d'activité : les écoles devront prouver leur sérieux avant d'ouvrir.

Ensuite, le renforcement des contrôles, à la fois financiers et pédagogiques. Les inspections deviendront régulières, et non plus exceptionnelles. Enfin, le plafonnement des frais de scolarité pris en charge par l'argent public. L'idée est d'éviter que des écoles facturent des sommes exorbitantes pour des formations de piètre qualité.

Le nerf de la guerre : 16,8 milliards, faut-il couper le robinet ?

La question centrale est celle du financement. Sans argent public, pas de dérives. Mais l'apprentissage reste le meilleur antidote au chômage des jeunes, et personne ne propose de supprimer ce financement.

Le débat porte donc sur la manière de flécher ces 16,8 milliards d'euros vers les formations qui offrent un vrai taux d'insertion, et non vers celles qui brillent par leurs showcases de rappeurs. Le rapport des inspections (IGF, Igas, IGESR), transmis au procureur, devrait fournir des pistes concrètes pour réformer le système.

Conclusion : ton alternance vaut plus qu'un concert de rap. Sois le gardien de ton parcours

L'affaire Digital College et les dérives du groupe Collège de Paris ne doivent pas jeter l'opprobre sur tout l'enseignement privé. De nombreuses écoles privées sérieuses offrent des formations de qualité et préparent efficacement leurs étudiants à l'emploi. Mais ce scandale rappelle une vérité brutale : l'alternance n'est pas un business, c'est un contrat social.

Les 16,8 milliards d'euros que l'État consacre à l'apprentissage sont l'argent des contribuables. Ils doivent servir à former des jeunes, pas à financer des cartes Pokémon ou des concerts de rappeurs. Et tant que les contrôles ne seront pas renforcés, c'est aux étudiants d'être vigilants.

Avant de signer pour une formation, posez les bonnes questions. Vérifiez les accréditations. Exigez la transparence. Si votre école promet des paillettes plutôt que des compétences, méfiez-vous. Votre vigilance est votre meilleur diplôme.

L'alternance reste une voie royale pour des milliers de jeunes chaque année. Mais elle ne fonctionne que si chacun respecte sa part du contrat : l'État finance, l'école forme, et l'étudiant apprend. Quand l'une des parties trahit sa mission, c'est tout le système qui vacille. À vous, maintenant, d'être les gardiens de votre parcours.

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Questions fréquentes

Quelles sont les dérives de l'argent public dans les écoles privées ?

Selon une enquête du Figaro, des écoles privées comme Digital College ont utilisé l'argent public pour financer des showcases de rappeurs, des cartes Pokémon à 534 000 euros et un mariage à 50 000 euros, pendant que les étudiants se retrouvaient sans diplôme.

Comment repérer une école privée peu fiable ?

Méfiez-vous des écoles qui recrutent hors Parcoursup sans sélection, affichent des taux d'insertion gonflés ou des partenariats prestigieux sans preuve. Vérifiez toujours la certification RNCP sur le site de France Compétences pour éviter les formations sans valeur.

Que faire si son école privée ferme ?

Contactez votre rectorat ou votre région pour récupérer une preuve de suivi, signalez-vous à France Travail, et renseignez-vous auprès d'un syndicat étudiant ou d'un avocat pour le reclassement ou l'indemnisation.

Quel est le montant du financement public de l'apprentissage en 2022 ?

La Cour des comptes a chiffré le financement public de l'apprentissage à 16,8 milliards d'euros en 2022, un montant qui attire des entrepreneurs peu scrupuleux en raison du manque de contrôles.

Sources

  1. senat.fr · senat.fr
  2. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  3. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  4. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  5. lemonde.fr · lemonde.fr
society-lens
Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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