Portrait en noir et blanc d'Alexandre Yazdi, CEO de Voodoo, avec des lunettes et une chemise noire, sur fond de collage urbain et de formes géométriques bleues.
Actualités

Le patron de Voodoo rachète Konbini et Le Gorafi : le gaming mobile va-t-il dicter l’info jeune ?

Alexandre Yazdi, PDG de Voodoo, rachète Konbini et Le Gorafi. Entre data mining, ad tech et indépendance éditoriale menacée, ce rapprochement inédit entre gaming et médias jeunes interroge…

As-tu aimé cet article ?

Alexandre Yazdi, le PDG et co-fondateur du géant français du jeu mobile Voodoo, a officialisé le 12 mai 2026 le rachat de DC Company, la holding qui possède Konbini, Le Gorafi, Herstory et C’est Qui La Boss. Ce rapprochement entre l’éditeur de jeux à 778 millions de dollars de revenus et des médias destinés aux 15-35 ans soulève une question centrale : que devient l’indépendance éditoriale quand une machine à data et à monétisation prend les commandes ? Plongeons dans les coulisses de cette opération qui bouscule le paysage médiatique français. 

Portrait en noir et blanc d'Alexandre Yazdi, CEO de Voodoo, avec des lunettes et une chemise noire, sur fond de collage urbain et de formes géométriques bleues.
Portrait en noir et blanc d'Alexandre Yazdi, CEO de Voodoo, avec des lunettes et une chemise noire, sur fond de collage urbain et de formes géométriques bleues. — (source)

Le deal du 12 mai 2026 : comment un patron de jeux mobiles est devenu le patron de Konbini et du Gorafi

L’opération s’est conclue après deux mois de négociations exclusives entamées en mars 2026. Alexandre Yazdi, déjà actionnaire de longue date de DC Company, a racheté la totalité du capital de la holding fondée par Geoffrey La Rocca en 2020. Le montant de la transaction n’a pas été divulgué, mais le contexte est celui d’un secteur médiatique en crise où les valorisations des pure players ont chuté.

DC Company possède quatre marques : Konbini (média pop culture et société fondé en 2008), Le Gorafi (média parodique créé en 2012), Herstory (média féministe) et C’est Qui La Boss (média dédié à l’entrepreneuriat féminin). L’ensemble revendique 8 milliards de vues en 2025, toutes plateformes confondues.

Geoffrey La Rocca conserve la direction opérationnelle du développement des marques, aux côtés d’Alexandre Yazdi. Le communiqué commun parle de « construire le leader indépendant du média digital ». Une formule qui sonne comme une promesse, mais qui mérite d’être examinée à l’aune des pratiques de Voodoo.

Alexandre Yazdi et Geoffrey La Rocca, les deux architectes d’un rapprochement inédit

Alexandre Yazdi est un personnage discret dans le paysage médiatique français. Co-fondateur de Voodoo en 2013 avec Laurent Ritter, il a bâti l’un des plus gros éditeurs de jeux mobiles au monde sans jamais chercher la lumière. Son entreprise, basée à Paris, génère des centaines de millions de dollars de revenus grâce à des jeux hyper-casual comme Helix Jump ou Paper.io.

Geoffrey La Rocca, lui, vient de l’ad tech. Ancien directeur général de Teads, le géant français de la publicité programmatique racheté par Altice, il a fondé DC Company en 2020 avec l’ambition de créer un groupe de médias digitaux indépendant. Il a racheté Le Gorafi en novembre 2021, puis Konbini en début d’année 2024 au groupe Perrodo.

Les deux hommes se connaissaient déjà. Yazdi était entré au capital de DC Company dès les premiers tours de table. Leur déclaration commune insiste sur la complémentarité des expertises : l’ingénierie produit et tech de Voodoo d’un côté, le savoir-faire dans le développement des marques médias de La Rocca de l’autre.

Pourquoi Yazdi agit en 2026 : BeReal digéré et cash-flow record chez Voodoo

Voodoo a réalisé 778 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2025, en croissance de 16 % sur un an. L’acquisition de BeReal en 2024 pour 500 millions d’euros est désormais intégrée : l’application de photos authentiques compte 40 millions d’utilisateurs mensuels et a généré 30 millions d’euros de revenus en 2025. La cible de rentabilité est fixée à 2027.

Le marché du jeu mobile, évalué à plus de 100 milliards de dollars selon Newzoo, entre dans une phase de consolidation. Les gros acteurs rachètent les petits studios et diversifient leurs actifs. Voodoo, avec sa trésorerie confortable, peut se permettre d’acquérir des médias numériques à bas prix. Le secteur traverse une crise profonde : BuzzFeed, l’ancienne star des médias digitaux, a été racheté à prix cassé par Byron Allen après avoir flirté avec la faillite.

Le timing est celui d’un acteur en pleine force de frappe, qui a digéré sa dernière grosse acquisition et cherche de nouveaux terrains de croissance.

Voodoo, la machine à cash qui veut devenir un média : les vrais chiffres derrière l’ambition

Voodoo n’est pas un éditeur de jeux classique. C’est une usine à data et à tests. L’entreprise teste plus de 2000 prototypes de jeux par an, avec plus de 200 partenaires de développement, pour ne lancer que 4 jeux. Ce ratio de 0,2 % illustre une philosophie industrielle où l’optimisation prime sur la création.

Le pivot de l’hyper-casual vers le casual gaming est désormais acté. En 2025, les jeux casual ont généré 653 millions de dollars, soit 90 % du revenu gaming de Voodoo. Les jeux hyper-casual, ces mini-jeux simples à monétisation publicitaire agressive, ne représentent plus que 10 % des revenus. Ce changement de modèle permet des durées d’engagement plus longues et des achats intégrés plus fréquents.

Comprendre cette culture d’entreprise est indispensable pour imaginer ce que Voodoo attend de Konbini et du Gorafi. L’éditeur ne va pas transformer les rédactions en studios de jeux, mais il va probablement appliquer ses méthodes d’optimisation et de test au contenu éditorial.

778 millions de dollars de revenus en 2025 : le modèle économique implacable de Voodoo

Les chiffres-clés de Voodoo méritent qu’on s’y attarde. 778 millions de dollars de revenus, c’est plus que la plupart des groupes de presse français réunis. La monétisation repose sur trois piliers : les publicités interstitielles (les pubs qui s’affichent entre deux parties), les achats intégrés (skins, bonus, passes) et les données utilisateur revendues à des annonceurs.

Voodoo possède aussi Wizz, une application de rencontre pour jeunes avec 3 millions d’utilisateurs quotidiens. Et BeReal, qui continue de croître. L’ambition n’est pas de faire du jeu, mais de contrôler l’attention et les données des 15-35 ans. Posséder des médias comme Konbini et Le Gorafi, c’est ajouter une couche supplémentaire à ce dispositif : celle de l’éditorial.

De l’hyper-casual à l’information : l’appétit de données d’Alexandre Yazdi

Le lien stratégique entre jeu mobile et média jeune est évident. Voodoo maîtrise le ciblage publicitaire et l’engagement utilisateur mieux que quiconque. Posséder Konbini et Le Gorafi, c’est posséder un tuyau direct vers la génération Z. C’est aussi sécuriser des données first-party à une époque où le tracking tiers se meurt sous les coups des restrictions iOS et des navigateurs.

Les jeux Voodoo collectent des milliers de signaux comportementaux par session : temps passé, moments de la journée où l’utilisateur joue, types de publicités qui génèrent le plus de clics, achats intégrés. Ces données, croisées avec les audiences de Konbini et du Gorafi, permettent un ciblage publicitaire d’une précision inédite. La stratégie de Netflix dans le jeu mobile, qui mise sur l'Asie et les enfants pour son nouveau pari mobile, montre que les géants de la tech voient dans le mobile un vecteur de croissance majeur. Voodoo applique cette même logique aux médias.

Konbini et le Gorafi sont-ils vraiment en difficulté ? L’état des lieux avant le rachat

Le récit médiatique parle souvent de « rachat de sauvetage » pour ce type d’opération. La réalité est plus nuancée. Konbini est profitable depuis 2024, avec des revenus stables en 2025. Le Gorafi vient de lancer une édition papier. Pourquoi vendre alors ?

La réponse tient en deux mots : limites structurelles. Les pure players médiatiques français, même rentables, sont confrontés à une dépendance croissante aux plateformes (YouTube, TikTok, Instagram) qui dictent leurs algorithmes et leurs règles de monétisation. Les marges sont faibles, la croissance est capée. L’offre de Voodoo apporte des moyens et une sécurité financière, mais à quel prix ?

Konbini : 4,8 milliards de vues en 2025, des comptes dans le vert, mais une dépendance aux plateformes

Konbini affiche des chiffres d’audience impressionnants. 4,8 milliards de vues sur son contenu original en 2025. YouTube en hausse de 72 % par rapport à 2024, TikTok en progression de 20 %. La rentabilité est acquise depuis deux ans. Le média cible les 15-35 ans avec des formats courts sur la pop culture, la société, la musique et les tendances.

Mais le fonds de commerce repose sur la viralité et les algorithmes. Un modèle fragile, comme l’ont montré les déboires de BuzzFeed et Vice. Le passage sous pavillon Voodoo sécurise les moyens pour aller chercher des formats plus longs et plus premiums. La question est de savoir si le ton éditorial va s’en trouver modifié. Konbini a construit sa marque sur une certaine liberté de ton et une proximité avec sa communauté. Voodoo, avec sa culture de l’optimisation, pourrait être tenté de standardiser cette voix.

Le Gorafi : 110 millions de vues par mois et un pari sur le papier pour s’affranchir des algorithmes

Le Gorafi emploie 12 à 13 salariés, dont une équipe de rédacteurs et un community manager. Le média parodique revendique 4 millions de followers sur les réseaux sociaux et 110 millions de vues par mois. Son modèle économique repose sur la publicité en ligne, la vente de livres annuels et des collaborations de marque.

Le 31 mars 2026, Le Gorafi a lancé une édition papier : un magazine mensuel de 16 pages vendu 6,99 euros le numéro ou 71,88 euros par an. La volonté affichée est de « s’affranchir des algorithmes » et des modérations de plateforme qui ne comprennent pas le second degré. Une manière de sécuriser une partie de son audience face aux risques de déréférencement ou de shadow ban.

Voodoo apporte-t-il les moyens de ce développement ou au contraire le papier va-t-il être sacrifié sur l’autel de la data ? La réponse dépendra de la stratégie que Yazdi et La Rocca vont adopter. Le papier coûte cher à produire et à distribuer. Dans une logique de rentabilité à tout prix, il pourrait être le premier à sauter.

L’indépendance éditoriale en question : le Gorafi, Konbini et le spectre du A/B testing

Le cœur du sujet, c’est l’indépendance éditoriale. Les craintes des internautes et des observateurs sont légitimes. Alexandre Yazdi promet un « leader indépendant », mais la culture d’entreprise de Voodoo est fondée sur l’optimisation, la data et la monétisation. Peut-on concilier les deux ?

Les précédents dans l’industrie ne sont pas rassurants. BuzzFeed a racheté HuffPost en 2020 et s’est brûlé les ailes. Vice s’est déclaré en faillite en 2023 après avoir levé des centaines de millions. La promesse d’indépendance des géants de la tech envers les médias a rarement tenu sur la durée.

« Le Gorafi vendu à des pigeons » : des inquiétudes récurrentes, de DC Company à Voodoo

Quand DC Company a racheté Le Gorafi en novembre 2021, Vincent Flibustier, fondateur de Nordpresse (un autre média parodique), avait lancé une phrase restée célèbre : « Le Gorafi a été vendu à des pigeons qui croient pouvoir faire des fortunes avec des articles sponsorisés. » Aujourd’hui, le même sentiment d’inquiétude resurgit, mais cette fois pour Konbini, racheté par DC Company début 2024, et désormais sous la coupe de Voodoo.

Peut-on faire de la satire et de la pop culture sous la coupe d’un géant du gaming ? La question est ouverte. Le Gorafi a construit sa crédibilité sur une liberté de ton totale, capable de se moquer de tout le monde, y compris de ses propres actionnaires. Konbini, de son côté, a su traiter des sujets de société sensibles (racisme, féminisme, LGBTQ+) avec une approche pop et accessible.

Un laboratoire A/B testing pour articles de presse ?

Le point le plus spécifique de cette acquisition concerne la méthode Voodoo. L’ADN de l’entreprise, c’est le test. Titres, visuels, game design. 2000 prototypes testés pour 4 jeux lancés. Est-ce que les papiers de Konbini seront soumis au même régime ?

Imaginez un article sur Konbini dont le titre serait testé en version A et version B auprès de 10 000 utilisateurs avant d’être publié. Imaginez des visuels optimisés par algorithme pour maximiser le taux de clic. Imaginez des sujets choisis non pas par les rédacteurs, mais par une data scientist qui analyse les tendances de recherche.

Le risque est de dénaturer la voix éditoriale au profit du « click ». La frontière entre optimisation éditoriale et perte d’âme est mince. Voodoo devra prouver qu’il sait respecter le travail des journalistes et des créateurs de contenu, sans les réduire à des variables d’optimisation.

Les précédents BuzzFeed et Vice : quand la tech promet l’indépendance avant de faire défaut

L’histoire des médias digitaux est pavée de bonnes intentions. BuzzFeed rachète HuffPost en 2020 avec la promesse de créer un géant du média digital. Deux ans plus tard, le groupe est exsangue, licencie massivement et vend ses actifs à prix cassé. Vice, valorisé 5,7 milliards de dollars en 2017, se déclare en faillite en 2023 après avoir brûlé des centaines de millions.

Le rachat de BuzzFeed par Byron Allen en mai 2026, au lendemain de l’annonce de Voodoo, illustre la tendance : les médias digitaux sont des actifs sous-évalués que des acteurs extérieurs au secteur rachètent pour leurs audiences et leurs données.

Voodoo est-il un « chevalier blanc » ou un « prédateur » ? La réponse dépendra de la capacité de Yazdi à laisser les rédactions travailler en indépendance. L’argent « frais » du jeu mobile peut sauver des médias à court terme, mais à condition que la logique industrielle ne prenne pas le pas sur la mission éditoriale.

L’arme secrète de Voodoo : data mining et publicité native nouvelle génération

Au-delà des discours sur l’indépendance, la synergie business la plus évidente entre Voodoo et DC Company se trouve dans la régie publicitaire et le data marketing. Geoffrey La Rocca, ancien directeur général de Teads, sait vendre de l’inventaire. Voodoo a les données. Konbini et Gorafi ont l’audience. Le mariage parfait pour l’ad tech. 

Logo de Konbini représentant un 'K' stylisé aux formes géométriques bleues, rouges et jaunes, surmontant le nom de la marque en texte noir.
Logo de Konbini représentant un 'K' stylisé aux formes géométriques bleues, rouges et jaunes, surmontant le nom de la marque en texte noir. — (source)

Geoffrey La Rocca (ex-Teads) aux manettes : l’ad tech comme vrai ciment du deal

La Rocca était directeur général de Teads, le géant français de la publicité programmatique racheté par Altice pour 285 millions d’euros en 2017. Il connaît parfaitement les leviers de monétisation : enchères en temps réel, ciblage comportemental, publicités natives, vidéo in-read.

Son rôle chez DC Company était déjà de monétiser l’audience des marques. Avec Voodoo, il a accès au plus gros catalogue de données jeunes de France. Les données de jeu (temps passé, types de jeux préférés, moments de connexion) peuvent être croisées avec les données de lecture (articles lus, vidéos regardées, temps passé sur chaque format) pour créer des profils publicitaires d’une précision inédite.

Le cercle vertueux (ou vicieux) : quand les jeux Voodoo paient pour l’info Konbini

Les possibilités de cross-promotion sont immenses. Imaginez une publicité pour un jeu Voodoo intégrée dans un article Konbini sur les meilleurs jeux mobiles de l’année. Imaginez des données de jeu utilisées pour cibler les abonnés Gorafi avec des offres personnalisées. Imaginez des jeux Voodoo qui intègrent du contenu Konbini (quiz, articles interactifs) pour augmenter l’engagement.

Le risque pour le lecteur : une confusion entre l’éditorial et le commercial. La tentation d’utiliser les rédactions comme force de frappe publicitaire native est réelle. Voodoo devra mettre en place des garde-fous pour que les marques ne dictent pas le contenu. Mais dans une entreprise où la data et la monétisation sont les deux piliers, ces garde-fous risquent d’être fragiles.

Le futur de la culture jeune : ce qui va concrètement changer pour vous sur Konbini et le Gorafi

Concrètement, qu’est-ce qui va changer pour le lecteur ? Est-ce que le contenu va se transformer dans le fil d’actualité ? Est-ce que vous allez voir plus de jeux mobiles ? La réponse est oui, probablement.

Plus de gaming, moins de politique ? La bascule éditoriale attendue

Logiquement, Voodoo va demander plus de couverture sur son secteur. Konbini pourrait devenir un hub de pop culture plus orienté gaming et moins sur les sujets politiques ou sociétaux. Les articles sur les jeux mobiles, les tendances gaming, les interviews de développeurs pourraient se multiplier.

Le Gorafi, de son côté, pourrait satiriser les jeux mobiles, les pratiques des éditeurs, les mécaniques de monétisation agressive. Mais jusqu’où peut-il aller sans se frotter à son nouveau patron ? La question des choix éditoriaux stratégiques est centrale. Si Voodoo impose une ligne éditoriale favorable au gaming, la crédibilité du Gorafi en prendra un coup.

Le test ultime : le Gorafi pourra-t-il se moquer de son nouveau patron ?

La crédibilité du média parodique repose sur sa liberté de ton. Un article ironique sur « Voodoo rachète tout » ou « Alexandre Yazdi veut interdire le papier » sera-t-il autorisé, encouragé, ou supprimé ?

Ce sera le premier indicateur visible de l’indépendance réelle promise par Yazdi. Si Le Gorafi peut se moquer de son nouveau propriétaire, c’est que la promesse est tenue. Si les articles critiques disparaissent ou sont édulcorés, c’est que la logique industrielle a pris le dessus.

Les lecteurs du Gorafi sont avertis. Ils savent reconnaître une censure déguisée. Le média parodique a construit sa réputation sur une absence de tabous. Perdre cette réputation serait perdre son âme, et probablement son audience.

Conclusion : le rachat de Konbini et du Gorafi par Voodoo, un signal pour toute une industrie

Le paradoxe est frappant. D’un côté, l’argent du gaming mobile sauve des médias jeunes qui peinent à trouver un modèle économique viable. De l’autre, cette même logique industrielle menace l’indépendance éditoriale qui fait la valeur de ces marques.

La promesse d’indépendance d’Alexandre Yazdi face à la culture du test et de la data est au cœur de l’équation. Le lecteur est en droit d’être sceptique, mais doit surveiller les faits : le ton des articles, la présence de publicités natives, le choix des sujets, la capacité du Gorafi à satiriser son nouveau patron.

Ce mariage entre Voodoo, Konbini et Le Gorafi pourrait soit créer un nouveau modèle pour les médias natifs du web, soit signer leur alignement définitif sur les logiques de l’économie de l’attention la plus brutale. L’enjeu n’est pas la survie des marques, mais la préservation de leur indépendance face à une culture d’entreprise fondée sur l’optimisation des données. Les prochains mois diront si la méthode Voodoo peut s’imposer dans les médias sans les dénaturer.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Pourquoi Voodoo rachète Konbini et Le Gorafi ?

Alexandre Yazdi, PDG de Voodoo, a racheté DC Company (maison mère de Konbini et du Gorafi) le 12 mai 2026. L'objectif est de contrôler l'attention et les données des 15-35 ans, en ajoutant une couche éditoriale à son empire du jeu mobile. Voodoo dispose d'une trésorerie confortable (778 millions de dollars de revenus en 2025) et voit dans ces médias un moyen de sécuriser des données first-party et de diversifier ses actifs.

Konbini est-il en difficulté financière ?

Non, Konbini est profitable depuis 2024 avec des revenus stables en 2025 et 4,8 milliards de vues en 2025. Cependant, le média est dépendant des plateformes comme YouTube et TikTok, ce qui limite sa croissance et ses marges. Le rachat par Voodoo apporte une sécurité financière face à ces limites structurelles.

Le Gorafi pourra-t-il se moquer de Voodoo ?

C'est le test ultime de l'indépendance éditoriale promise par Alexandre Yazdi. La crédibilité du Gorafi repose sur sa liberté de ton et son absence de tabous. Si les articles critiques envers Voodoo ou son patron disparaissent, le média parodique perdrait son âme et risquerait de perdre son audience.

Quel est le lien entre jeu mobile et médias jeunes ?

Voodoo maîtrise le ciblage publicitaire et collecte des milliers de signaux comportementaux par session de jeu. En possédant Konbini et Le Gorafi, Voodoo peut croiser ces données avec les audiences des médias pour créer un ciblage publicitaire d'une précision inédite, à une époque où le tracking tiers se meurt.

Le Gorafi a-t-il une version papier ?

Oui, Le Gorafi a lancé une édition papier le 31 mars 2026, un magazine mensuel de 16 pages vendu 6,99 euros. L'objectif est de s'affranchir des algorithmes et des modérations de plateforme qui ne comprennent pas le second degré, mais ce format coûte cher et pourrait être sacrifié dans une logique de rentabilité.

Sources

  1. 20minutes.fr · 20minutes.fr
  2. afjv.com · afjv.com
  3. e-marketing.fr · e-marketing.fr
  4. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  5. lefigaro.fr · lefigaro.fr
campus-echo
Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

74 articles 0 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires