Des policiers devant un immeuble parisien bouclé par un ruban de police.
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Féminicide à Paris : une femme de 25 ans retrouvée noyée dans sa baignoire, son conjoint en fuite

Jeudi 7 mai 2026, Céline, 25 ans, est retrouvée noyée dans sa baignoire à Paris. Son conjoint s'enfuit par les toits. Retour sur un féminicide qui relance le débat sur la protection des femmes.

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Jeudi 7 mai 2026, vers 19h30, un drame s'est noué dans un studio du 7e arrondissement de Paris. Une jeune femme de 25 ans, prénommée Céline, a été retrouvée sans vie dans sa baignoire par les policiers, la tête maintenue sous l'eau. Son conjoint, un quadragénaire, s'est échappé par la fenêtre avant de traverser les toits et de ressortir par un autre appartement. Au lendemain des faits, il est toujours activement recherché par les forces de l'ordre, tandis que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour meurtre par conjoint.

Des policiers devant un immeuble parisien bouclé par un ruban de police.
Des policiers devant un immeuble parisien bouclé par un ruban de police. — (source)

Ce fait divers, par sa violence et les circonstances spectaculaires de la fuite, relance une fois de plus la question des féminicides en France. Selon le décompte du collectif #NousToutes, 47 femmes ont déjà été tuées depuis le 1er janvier 2026. Ce chiffre interroge sur l'efficacité des dispositifs de protection et sur les signaux d'alerte qui passent inaperçus avant l'irréparable.

Le déroulement de l'intervention : des cris aux toits de Paris

L'appel du voisin et la découverte macabre

Tout commence vers 19h30, rue de Buenos Aires, une artère calme du 7e arrondissement offrant une vue dégagée sur la tour Eiffel. Un voisin, alerté par des cris de femme provenant d'un studio voisin, compose le 17. Les policiers arrivent rapidement sur place, sonnent à la porte, mais personne ne répond. Entendant du bruit à l'intérieur, ils contactent le magistrat du parquet de permanence, qui autorise à forcer le verrou.

À l'intérieur, la scène est terrible. Céline, 25 ans, est allongée dans sa baignoire, habillée, la tête immergée dans l'eau. Les policiers la sortent immédiatement et entreprennent des massages cardiaques, relayés par les pompiers puis par le Samu. Malgré leurs efforts, le décès est constaté à 21h20. L'autopsie, qui doit être réalisée dans les prochains jours, devra déterminer les causes exactes de la mort, mais la thèse de la noyade forcée est privilégiée.

Une fuite par les toits digne d'un film d'action

Pendant que les secours s'affairent autour de Céline, son conjoint n'a pas perdu une minute. Les policiers, en pénétrant dans le studio, constatent que la fenêtre est grande ouverte. Le quadragénaire s'est glissé à l'extérieur, a grimpé sur la corniche, puis a traversé les toits de l'immeuble avant de pénétrer dans un autre appartement par une fenêtre laissée ouverte. Il a ensuite pris la fuite par la cage d'escalier de l'immeuble voisin.

Un policier en tenue d'intervention, de dos.
Un policier en tenue d'intervention, de dos. — (source)

Un appel a été lancé sur les ondes police pour tenter de le localiser, mais sans succès. Au vendredi 8 mai au matin, il était toujours en fuite. Aucun mandat d'arrêt ni identité n'ont été communiqués publiquement à ce stade. Le parquet a indiqué que « toute information supplémentaire pourrait nuire à l'enquête en cours ». Une situation qui laisse les proches de la victime et les habitants du quartier dans l'angoisse.

Céline, 25 ans : qui était cette jeune femme ?

Une vie ordinaire brisée

Selon les informations recueillies par Le Parisien, Céline vivait seule dans ce studio du 7e arrondissement, un logement modeste dans un quartier pourtant huppé. Ses voisins la décrivent comme une jeune femme discrète, souriante, qui travaillait dans le secteur de la restauration. « C'était quelqu'un d'exceptionnel », confie l'un d'eux, encore sous le choc. Elle était en couple avec un homme d'une quarantaine d'années, dont l'identité n'a pas encore été révélée.

Immeuble du 7e arrondissement de Paris abritant le Lycée Léonard de Vinci.
Immeuble du 7e arrondissement de Paris abritant le Lycée Léonard de Vinci. — (source)

Le contraste est frappant entre la banalité de cette vie et la violence du drame. Rue de Buenos Aires, les touristes déambulent habituellement pour prendre des photos de la tour Eiffel. Ce jeudi soir, ce sont les gyrophares des véhicules de secours qui ont éclairé la façade.

Des signaux d'alerte ignorés ?

La question que tout le monde se pose est celle des antécédents. Y avait-il des violences conjugales dans ce couple ? Une plainte avait-elle été déposée ? Pour l'heure, le parquet reste muet. Mais les associations de lutte contre les violences faites aux femmes rappellent que, dans la grande majorité des féminicides, des signes précurseurs existent. « Très souvent, l'entourage savait, ou du moins soupçonnait quelque chose », explique une porte-parole du collectif #NousToutes. « Mais les victimes n'osent pas toujours parler, par peur, par honte, ou parce qu'elles ne se rendent pas compte du danger. »

Le profil de Céline – jeune, active, vivant seule – est malheureusement classique. Les statistiques montrent que les femmes âgées de 20 à 29 ans sont les plus exposées aux violences conjugales. Et le domicile reste le lieu le plus dangereux : 80 % des féminicides ont lieu au sein du logement de la victime.

Féminicides en France : le bilan de 2026

47 mortes en 127 jours

Au 8 mai 2026, le collectif #NousToutes dénombrait 47 féminicides depuis le début de l'année. Le collectif Féminicides par compagnons ou ex recense, lui, 34 mortes au 127e jour de l'année. Si la thèse du féminicide se confirme pour Céline, ce serait le 48e féminicide de l'année. Soit un rythme d'environ une femme tuée tous les deux jours et demi.

Un véhicule de police parisien avec gyrophare.
Un véhicule de police parisien avec gyrophare. — (source)

Ces chiffres sont stables par rapport aux années précédentes, malgré les multiples campagnes de sensibilisation et les dispositifs mis en place. En 2024, 118 féminicides avaient été recensés. En 2025, le chiffre était de 122. Une hécatombe silencieuse qui continue, année après année, sans que les politiques publiques ne parviennent à inverser la tendance.

Le profil des victimes et des auteurs

Les études montrent que les féminicides touchent toutes les catégories sociales, mais avec des facteurs de risque identifiés : séparation récente, antécédents de violences, jalousie maladive, emprise psychologique. L'auteur est le plus souvent le conjoint ou l'ex-conjoint. Dans le cas de Céline, le suspect est son compagnon, un homme plus âgé qu'elle d'une quinzaine d'années. Un écart d'âge qui, selon certaines associations, peut être un facteur de déséquilibre dans la relation.

La fuite par les toits est plus rare. Elle témoigne d'une détermination froide et d'une connaissance des lieux qui suggère que l'auteur avait préparé son échappatoire. « Ce n'est pas le geste d'un homme paniqué qui s'enfuit au hasard », analyse un ancien enquêteur. « C'est quelqu'un qui a gardé son sang-froid et qui connaissait les issues. »

Les dispositifs de protection : pourquoi ils ne suffisent pas

Bracelet anti-rapprochement et téléphone grave danger

Face à l'ampleur des violences conjugales, l'État a mis en place plusieurs outils. Le bracelet anti-rapprochement (BAR) est un dispositif de surveillance électronique qui permet de géolocaliser à la fois la personne protégée et l'auteur des violences. Si ce dernier pénètre dans le périmètre d'interdiction, la victime est prévenue et les forces de l'ordre peuvent intervenir. Le BAR peut être prononcé au civil (avec consentement) ou au pénal, dans le cadre d'un contrôle judiciaire ou après condamnation. Le site du ministère de la Justice détaille les conditions d'obtention et le fonctionnement de ce dispositif.

Le téléphone grave danger (TGD) est un autre outil : un téléphone portable dédié, avec une touche d'alerte directe vers un service d'assistance. Selon une enquête du Parisien publiée le 29 avril 2026, parmi les victimes de féminicides en 2024 qui avaient signalé des violences à la police, seules quatre bénéficiaient d'un tel dispositif. Un chiffre qui en dit long sur le fossé entre les annonces et la réalité du terrain.

Des associations débordées

Le centre d'information des droits des femmes et des familles (CIDFF) de Paris accompagne plus de 4 000 femmes par an. Mais les moyens manquent cruellement. Une responsable du CIDFF confiait récemment au Parisien : « J'ai des dossiers en attente, mais pas de disponibilité pour des rendez-vous. » Les délais d'obtention d'une ordonnance de protection peuvent atteindre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pendant lesquels les victimes restent exposées.

Le 3919, numéro national d'écoute et d'orientation des femmes victimes de violences, est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement et anonymement. Mais il ne peut pas remplacer une prise en charge judiciaire et sociale rapide. « Appeler le 3919, c'est un premier pas, mais ce n'est pas une protection », rappelle une militante de #NousToutes.

Le quartier sous le choc : entre tourisme et tragédie

La rue de Buenos Aires, un décor trompeur

Le 7e arrondissement de Paris est l'un des plus huppés de la capitale. La rue de Buenos Aires, avec ses immeubles haussmanniens et sa vue imprenable sur la tour Eiffel, attire les touristes et les familles aisées. Mais derrière les façades cossues, la précarité existe aussi. Céline vivait dans un studio, probablement au loyer modeste pour le quartier, un logement typique des jeunes actifs qui travaillent dans la restauration ou les services.

Immeuble au 1 bis rue de Buenos-Aires, Paris 7e, où le drame s'est déroulé.
Immeuble au 1 bis rue de Buenos-Aires, Paris 7e, où le drame s'est déroulé. — Celette / CC BY-SA 4.0 / (source)

Le contraste entre la carte postale et le drame est violent. « On ne se sent plus en sécurité », confie une voisine, encore sous le choc. « On entendait parfois des disputes, mais on n'imaginait pas que ça irait jusque-là. » Un sentiment partagé par de nombreux habitants, qui réalisent que la violence domestique n'épargne aucun quartier.

Les réactions des associations

Plusieurs associations de lutte contre les violences conjugales ont réagi à ce nouveau drame. Le collectif #NousToutes a rappelé que « chaque féminicide est un échec collectif » et a appelé à un renforcement des moyens alloués à la protection des victimes. « Il faut des bracelets anti-rapprochement pour toutes les femmes qui en font la demande, et il faut les poser dans les 48 heures, pas dans les six mois », a déclaré une porte-parole.

L'Inter Orga Féminicides (IOF), lancée en janvier 2023 et qui regroupe plusieurs associations dont Acceptess-T et La Fédération, a également dénoncé le manque de réactivité des pouvoirs publics. « On continue à compter les mortes, mais rien ne change », a-t-elle écrit dans un communiqué.

Enquête et poursuites : que risque le suspect ?

Les chefs d'accusation possibles

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour meurtre par conjoint. Si le suspect est arrêté et reconnu coupable, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. La circonstance aggravante de violences conjugales alourdit la peine, tout comme le fait que le crime ait été commis avec préméditation (meurtre) ou non (homicide). L'autopsie permettra de déterminer si Céline a été maintenue sous l'eau volontairement ou si elle a été assommée avant.

La tour Eiffel, à proximité du lieu où le corps a été découvert.
La tour Eiffel, à proximité du lieu où le corps a été découvert. — (source)

La fuite du suspect complique l'enquête, mais ne la rend pas impossible. Les policiers exploitent les images de vidéosurveillance du quartier, les témoignages des voisins et les données téléphoniques. Un mandat d'arrêt européen pourrait être émis si l'homme a quitté le territoire français.

L'absence de mandat d'arrêt public

Pour l'instant, aucune identité ni photo du suspect n'a été diffusée. Une décision qui peut surprendre, mais qui s'explique par la volonté de ne pas compromettre l'enquête. « Si on donne trop d'informations, on risque de faire fuir le suspect ou de nuire aux investigations en cours », explique une source proche du dossier. Mais cette discrétion suscite aussi des critiques : certains estiment que la diffusion d'un avis de recherche pourrait permettre une interpellation plus rapide.

En attendant, le quartier reste sous tension. Les habitants craignent que le suspect ne soit encore dans les parages, ou qu'il ne revienne sur les lieux du crime. Une peur légitime, qui rappelle que la fuite d'un conjoint violent n'est jamais une fin en soi.

Comment protéger une femme en danger ?

Les recours concrets

Pour une jeune femme qui se sent en danger dans son couple, plusieurs options existent. La première est de contacter le 3919, numéro national d'écoute et d'orientation, accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement et anonymement. Des professionnelles formées écoutent, informent et orientent vers les structures adaptées.

La seconde est de déposer une plainte au commissariat ou à la gendarmerie. Même si la procédure peut être longue et éprouvante, elle est indispensable pour enclencher une protection judiciaire. En cas d'urgence, il est possible de demander une ordonnance de protection au juge aux affaires familiales, qui peut prononcer l'éviction du conjoint violent du domicile.

Les dispositifs d'urgence

Le téléphone grave danger (TGD) et le bracelet anti-rapprochement (BAR) sont des outils efficaces, mais leur obtention est conditionnée à une évaluation par un juge. En attendant, des associations comme le CIDFF proposent un accompagnement psychologique et juridique, ainsi qu'un hébergement d'urgence dans certains cas.

Le site du ministère de la Justice détaille les conditions d'obtention du BAR : il peut être prononcé au civil (avec l'accord de l'auteur) ou au pénal, dans le cadre d'un contrôle judiciaire. Si l'auteur pénètre dans le périmètre interdit, la victime est prévenue et les forces de l'ordre interviennent. Mais encore faut-il que le dispositif soit demandé et accordé dans des délais raisonnables.

Conclusion : un drame qui interroge notre société

Le meurtre de Céline, 25 ans, retrouvée morte dans sa baignoire à Paris, est un énième féminicide qui vient s'ajouter à une liste déjà trop longue. La fuite spectaculaire de son conjoint par les toits ajoute une dimension presque romanesque à ce drame sordide, mais elle ne doit pas occulter l'essentiel : une jeune femme a été tuée par celui qui était censé l'aimer.

Ce fait divers rappelle que les violences conjugales ne sont pas une fatalité, mais qu'elles exigent une réponse politique et judiciaire à la hauteur. Les dispositifs existent, mais ils sont trop souvent inefficaces, trop longs à mettre en place, trop peu accessibles. Chaque année, des centaines de femmes meurent sous les coups de leur conjoint, et des milliers d'autres vivent dans la peur.

Pour celles qui se reconnaîtraient dans cette situation, le 3919 est une bouée de sauvetage. Mais il ne suffit pas. C'est toute la société qui doit se mobiliser pour que les signaux d'alerte ne soient plus ignorés, pour que les plaintes soient prises au sérieux, et pour que les femmes puissent vivre sans craindre pour leur vie.

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Questions fréquentes

Combien de féminicides en France en 2026 ?

Au 8 mai 2026, le collectif #NousToutes dénombrait 47 féminicides depuis le début de l'année. Si celui de Céline est confirmé, ce serait le 48e, soit environ une femme tuée tous les deux jours et demi.

Comment le conjoint de Céline a-t-il fui ?

Le quadragénaire s'est échappé par la fenêtre du studio, a grimpé sur la corniche, traversé les toits de l'immeuble, puis pénétré dans un autre appartement par une fenêtre ouverte avant de fuir par la cage d'escalier voisine.

Quels dispositifs protègent les femmes victimes de violences ?

Deux dispositifs existent : le bracelet anti-rapprochement (BAR) qui géolocalise l'auteur et la victime, et le téléphone grave danger (TGD) avec une touche d'alerte directe. Cependant, leur obtention est longue et peu de victimes en bénéficient réellement.

Que risque le suspect du féminicide de Paris ?

Le parquet a ouvert une enquête pour meurtre par conjoint. Si le suspect est arrêté et reconnu coupable, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité, avec une circonstance aggravante de violences conjugales.

Sources

  1. lefigaro.fr · lefigaro.fr
  2. List of unusual deaths in the 21st century - Wikipedia · en.wikipedia.org
  3. estrepublicain.fr · estrepublicain.fr
  4. ANGÈLE MÉRAUD · gutenberg.org
  5. justice.gouv.fr · justice.gouv.fr
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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