Un requin nageant en eau claire, représentant la cible des campagnes d'abattage à Nouméa.
Actualités

Nouméa : l'abattage des requins relancé après une nouvelle attaque mortelle

Après une nouvelle attaque mortelle à Nouméa, la campagne d'abattage des requins est relancée. Découvrez les enjeux écologiques et les alternatives technologiques.

As-tu aimé cet article ?

Le lagon néo-calédonien, jadis symbole d'un paradis tropical intact, est devenu le théâtre d'une tragédie récurrente qui plonge la population locale dans une profonde inquiétude. À la suite du décès brutal d'un médecin hospitalier de 55 ans, victime d'une attaque lors d'une session de wing foil dans la baie de l'Anse-Vata ce dimanche, les autorités ont tranché : la protection des vies humaines prime désormais sur la préservation de la faune marine. La province Sud et la mairie de Nouméa ont donc annoncé le lancement immédiat d'une campagne d'abattage ciblé, ravivant un débat scientifique et éthique déchirant sur la gestion de la cohabitation entre l'homme et le prédateur dans un écosystème fragilisé. 

Un requin nageant en eau claire, représentant la cible des campagnes d'abattage à Nouméa.
Un requin nageant en eau claire, représentant la cible des campagnes d'abattage à Nouméa. — (source)

Un écosystème unique sous tension

La Nouvelle-Calédonie est mondialement reconnue comme un joyau de la biodiversité marine, abritant une richesse faunistique exceptionnelle. Les scientifiques y ont identifié près de 9 300 espèces marines, dont un nombre impressionnant de 48 espèces de requins. Cette densité de prédateurs, largement supérieure à celle observée sur de nombreux autres sites du Pacifique, témoigne historiquement de la santé exceptionnelle de ses récifs coralliens. Des recherches comparatives ont d'ailleurs démontré que les récifs néo-calédoniens présentaient une biomasse de poissons et une densité de requins bien supérieures à celles de 63 autres sites répartis sur 17 îles du Pacifique. Cependant, cette abondance naturelle se heurte aujourd'hui à des bouleversements environnementaux majeurs qui redéfinissent les règles du jeu écologique.

Les experts s'accordent à dire que le réchauffement climatique et l'acidification des océans jouent un rôle déterminant dans le comportement animal, modifiant subtilement les habitudes alimentaires et les territoires de chasse. L'un des facteurs explicatifs de cette recrudescence d'agressivité réside sans doute dans la raréfaction des proies habituelles. Les récifs coralliens, qui servent de nurseries à de nombreuses espèces de poissons, subissent des stress thermiques répétés qui réduisent drastiquement les populations de poissons herbivores et de petites proies. Face à cette pénurie, les grands prédateurs comme le requin tigre ou le requin bouledogue sont contraints de s'aventurer plus près des côtes et d'élargir leur spectre alimentaire.

Des prédateurs plus proches des côtes

Ce phénomène, couplé à l'augmentation constante de la température de l'eau, pousse ces animaux à explorer des zones de baignade et de pratique nautique autrefois épargnées, transformant le lagon en un espace de confrontation accru. Les données statistiques corroborent cette tendance inquiétante. Une étude publiée en 2025 dans la revue Scientific Reports a recensé 62 interactions homme-requin en Nouvelle-Calédonie entre 1980 et 2022. Les chercheurs ont identifié l'année 2007 comme un point de bascule, marquant le début d'une augmentation concomitante des interactions dans les baies de Nouméa et chez les pratiquants de sports de glisse. Plus alarmant encore, l'étude souligne que les interactions mortelles surviennent majoritairement parmi les pratiquants de sports de glisse et dans des environnements turbides.

Les témoignages des usagers de la mer sur le terrain viennent appuyer cette analyse scientifique. Jean-Claude, un plongeur aguerri de 55 ans, rapporte des rencontres fréquentes et rapprochées qui auraient été jugées anormales il y a encore une décennie. Il raconte avoir croisé une douzaine de requins bouledogues et plusieurs requins tigres à proximité immédiate du rivage, notamment à l'îlot Fourmi, face à la baie de Magenta. Plus saisissant encore, il mentionne l'observation d'un grand tigre à seulement 200 mètres d'un restaurant très fréquenté et des bouledogues évoluant dans moins d'un mètre d'eau. Cette témérité nouvelle des squales suggère une habituation progressive à la présence humaine, voire une modification de leur hiérarchie alimentaire. 

Un grand requin nageant près du fond marin, illustrant la campagne d'abattage lancée par Nouméa.
Un grand requin nageant près du fond marin, illustrant la campagne d'abattage lancée par Nouméa. — (source)

La réponse radicale des autorités locales

Face à l'urgence sécuritaire et à l'émotion collective suscitée par ce deuxième drame mortel depuis le début de l'année 2026, les autorités locales ont décidé de rompre avec le statu quo. La province Sud et la Ville de Nouméa ont annoncé lundi la mise en place immédiate d'une opération de « prélèvement » de requins tigres et bouledogues, une terminologie administrative pour désigner un abattage sélectif. Le message officiel est sans ambiguïté : la gravité de la situation impose de prendre des responsabilités drastiques pour endiguer ce cycle meurtrier. L'opération, pilotée avec le concours de la Sécurité civile dès le lendemain de l'annonce, vise à neutraliser les spécimens les plus dangereux évoluant à proximité des zones de baignade.

Cette mesure s'accompagne d'interdictions strictes visant à réduire les risques d'accidents immédiats. Jusqu'au 4 mars inclus, la baignade et les activités nautiques demeurent formellement interdites dans la bande littorale des 300 mètres de Nouméa, à l'exception des zones sécurisées par des barrières d'exclusion. Cette restriction drastique paralyse une partie de l'économie locale et bouleverse le mode de vie des habitants, pour qui la mer est un lieu de loisir central. Le procureur de la République, Yves Dupas, a détaillé la violence de l'attaque récente : le corps de la victime présentait d'importantes lésions à la jambe droite, ainsi que des blessures au tibia gauche et à l'avant-bras droit, tandis que des traces de morsures étaient visibles sur l'arrière de la planche de wing foil. 

Thumbnail d'une reportage sur la relance de la campagne d'abattage des requins par la Province Sud.
Thumbnail d'une reportage sur la relance de la campagne d'abattage des requins par la Province Sud. — (source)

Un contexte juridique complexe

Drapeau d'avertissement requin et autorités sur la plage de l'Anse Vata, fermée suite à l'observation de requins.
Drapeau d'avertissement requin et autorités sur la plage de l'Anse Vata, fermée suite à l'observation de requins. — (source)

Cette décision intervient dans un contexte juridique particulièrement tendu. En janvier 2024, la cour administrative d'appel de Paris avait annulé une décision de la province Sud visant à retirer les requins tigres et bouledogues de la liste des espèces protégées. Les juges avaient alors estimé que les autorités avaient agi sans s'appuyer sur des recensements ou des études scientifiques suffisantes sur les populations de squales. En dépit de ce précédent judiciaire, le drame récent a forcé la main des élus locaux, qui justifient leur action par une impérieuse nécessité de protection des vies humaines, arguant que l'absence d'attaque mortelle depuis l'arrêt de 2024 ne préjugeait en rien de la résurgence du danger.

Il est crucial de comprendre que la Nouvelle-Calédonie fonctionne avec un code de l'environnement découpé par provinces. Ainsi, si les requins tigres et bouledogues sont toujours protégés dans les provinces Nord et Îles, ils ne le sont plus en province Sud depuis octobre 2021, suite à une première vague d'attaques. Cette disparité régionale illustre la complexité de la gestion environnementale sur le territoire, où les impératifs de sécurité publique s'affrontent aux directives de conservation. La campagne actuelle s'inscrit donc dans la continuité de cette politique locale de dérogation, malgré les critiques des juristes et des écologistes y voyant une forme de mépris des décisions de justice. Pour l'association Ensemble pour la Planète (EPLP), ce retour à l'abattage est même perçu comme un « mépris de la Cour ».

Le bilan controversé des campagnes précédentes

La question centrale qui agite les experts et les habitants est celle de l'efficacité réelle de ces campagnes d'abattage sur le long terme. En 2023, alors que des opérations similaires avaient été menées, 127 requins avaient été tués, dont 83 tigres et 44 bouledogues. Si l'on remonte à 2019, ce sont plus de 203 animaux qui ont été « prélevés » dans le cadre de ces politiques de « gestion du risque ». Pourtant, les attaques n'ont pas cessé, comme en témoigne la tragédie de ce week-end. Cet élément suggère que l'élimination mécanique de quelques individus, fussent-ils de grande taille, ne suffit pas à sécuriser durablement un environnement naturel complexe et mouvant.

Ces campagnes avaient d'ailleurs été stoppées net par un tribunal administratif en décembre 2023, jugeant la mesure « disproportionnée ». Malgré cela, le nombre de squales prélevés est élevé, mais ne semble pas avoir créé le vide biologique escompté par les autorités. Les opposants à l'abattage soulignent que les requins sont des animaux nomades qui parcourent de vastes territoires. Tuer un spécimen dans une baie donnée ne garantit pas qu'un autre ne viendra pas prendre sa place le lendemain, attiré par les mêmes sources de nourriture ou les mêmes conditions environnementales. De plus, la capacité de reproduction et de dispersion de ces espèces rend les opérations de prélèvement systématique inefficaces pour vider un secteur de ses prédateurs.

Une stratégie sous le feu des critiques

La méthode s'apparente alors, pour ses détracteurs, à une réponse panique, une action symbolique destinée à apaiser la colère publique plutôt qu'une stratégie scientifique viable de gestion de la faune. Martine Cornaille, présidente de l'association EPLP, a réagi fermement aux annonces des autorités. Elle rappelle que « la cour est très claire, la gestion par abattage est inacceptable, ce sont des atteintes à des espèces protégées qu'on ne peut pas tolérer ». Elle plaide pour une approche différente : « Donc mettons-nous autour d'une table, cherchons des moyens non invasifs de sécuriser au mieux les usagers du lagon ». Ce point de vue met en lumière l'impasse dans laquelle se trouve la Nouvelle-Calédonie, tiraillée entre la sécurité immédiate et la préservation de son patrimoine naturel.

Les partisans de l'abattage, quant à eux, estiment que la présence d'animaux dangereux à proximité immédiate des plages justifie des mesures exceptionnelles. Ils avancent que la protection de la vie humaine ne saurait être subordonnée à des principes de conservation absolus, surtout lorsque la fréquence des attaques augmente de manière inquiétante. Cependant, même d'un point de vue purement utilitariste, l'efficacité de la méthode reste contestée. Les statistiques montrent que malgré les prélèvements massifs des années précédentes, les requins tigres et bouledogues restent présents dans le lagon et continuent de représenter une menace pour les usagers. Cela soulève la question de savoir si les ressources investies dans ces campagnes ne seraient pas mieux employées dans des solutions de prévention ou de surveillance plus modernes. 

Drapeau de signalisation de présence de requin flottant au-dessus de l'océan bleu.
Drapeau de signalisation de présence de requin flottant au-dessus de l'océan bleu. — (source)

Les risques pour l'équilibre écologique

Au-delà de son efficacité douteuse, l'abattage massif de super-prédateurs comporte des risques écologiques importants souvent sous-estimés par le grand public. Les requins jouent un rôle crucial de régulateur dans l'écosystème marin. En éliminant les individus faibles ou malades, ils participent à la santé des populations de poissons et maintiennent l'équilibre des chaînes alimentaires. Une prédation excessive sur les requins tigres et bouledogues pourrait entraîner des effets en cascade difficilement prévisibles, tels que la prolifération de prédateurs de plus petite taille ou la modification des comportements des espèces proies.

Les défenseurs de l'environnement rappellent que la biodiversité néo-calédonienne est déjà sous la menace du réchauffement climatique et de la pollution. Des chercheurs basés à Nouméa, spécialistes des récifs coralliens, soulignent qu'il n'existe pas de solution miracle comme les « super coraux » et que la seule issue pour sauver les écosystèmes réside dans la réduction des émissions de CO2. Ajouter à cette pression climatique une pression anthropique directe par le biais de la chasse pourrait fragiliser davantage la résilience du lagon. Certaines études indiquent que la suppression des grands prédateurs peut altérer la structure des communautés de poissons herbivores, ce qui pourrait finalement nuire aux coraux déjà en difficulté.

L'importance des prédateurs clés

L'équation se révèle donc piégeuse : en cherchant à protéger l'homme, on risque d'endommager l'écosystème qui soutient la vie marine locale. Les requins tigres et bouledogues, en tant que super-prédateurs, sont des indicateurs de la santé du lagon. Leur présence en nombre signale un milieu riche et fonctionnel. Les éliminer massivement pourrait déstabiliser des équilibres millénaires. Par exemple, la réduction des populations de grands prédateurs peut entraîner une explosion du nombre de raies ou de mérous, qui eux-mêmes modifieraient les populations de crustacés et de poissons plus petits. C'est ce que les écologues appellent une « cascade trophique », un phénomène où l'impact se répercute de haut en bas de la chaîne alimentaire.

De plus, la méthode de pêche utilisée pour ces prélèvements, souvent des lignes appâtées, n'est pas sélective à 100 %. Elle peut capturer d'autres espèces, y compris des espèces protégées ou en voie de disparition, causant ainsi des dommages collatéraux invisibles dans les statistiques officielles. Les défenseurs de la nature s'inquiètent également du message envoyé à la population : faire de la chasse au requin une solution par défaut risque de banaliser la violence envers la nature et d'entraver la mise en place de solutions plus durables et respectueuses de l'environnement. La préservation de la faune marine est d'autant plus critique que les océans subissent des agressions multiples, et la gestion des espèces patrimoniales doit se faire avec discernement.

La population divisée entre peur et écologie

Panneau de signalisation et drapeau avertissant de la présence de requins sur une plage calédonienne.
Panneau de signalisation et drapeau avertissant de la présence de requins sur une plage calédonienne. — (source)

Sur le terrain, la décision de relancer la chasse au requin a provoqué des réactions violentes et contradictoires, reflétant la fracture profonde au sein de la société calédonienne. D'un côté, il y a les familles des victimes, les surfeurs et les usagers quotidiens du lagon qui réclament une action forte et immédiate. Pour eux, la théorie écologique importe peu face à la réalité de la perte d'un proche ou à la peur paralysante d'entrer dans l'eau. Ils estiment que la priorité absolue doit être la sécurité des enfants, des sportifs et des touristes, et que l'élimination des animaux dangereux est une mesure de salut public nécessaire. L'annonce de l'interdiction de baignade jusqu'au 4 mars a été vécue comme une évidence par beaucoup, qui ne conçoivent pas de remettre les pieds dans l'eau sans une « purge » préalable.

De l'autre côté, les associations de protection de l'environnement, les plongeurs et certains scientifiques expriment leur désapprobation et leur colère. Ils dénoncent une politique à courte vue, motivée par la peur et l'opportunisme politique, qui sacrifie une faune patrimoniale au profit d'un sentiment illusoire de sécurité. La décision de la province Sud est perçue comme une fuite en avant, un refus d'investir dans des alternatives modernes. Cette dichotomie illustre l'impasse dans laquelle se trouve le territoire : comment justifier la destruction d'une espèce protégée pour sauver des vies humaines sans apparaître comme un barbare aux yeux du monde, ou inversement, comment regarder passivement des gens se faire tuer sans intervenir ? Le débat dépasse le cadre strictement calédonien pour toucher à la place de l'homme dans la nature.

Une jeunesse sous le choc

Les plus touchés par cette situation sont sans doute les jeunes Calédoniens, pour qui l'océan est le terrain de jeu naturel. Les surfeurs et les lycéens qui fréquentent les spots de Nouméa vivent désormais avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Beaucoup ont modifié leurs habitudes, évitant de sortir tôt le matin ou tard le soir, et redoutant chaque session de planche. La peur s'installe insidieusement, changeant le rapport à la nature d'une génération entière qui cultivait l'osmose avec l'élément marin. Les pratiquants de wing foil et de kitefoil, sportifs chevronnés habitués aux éléments, sont désormais confrontés à une peur viscérale qui contamine leur pratique.

Cette psychose collective a des répercussions psychologiques et sociales indéniables. Les plages se vident, les clubs de voile et de surf voient leurs inscriptions chuter, et l'ambiance festive qui régnait sur les rives de l'Anse-Vata laisse place à une atmosphère lourde et mélancolique. Les jeunes se sentent dépossédés de leur cadre de vie, contraints de choisir entre leur passion pour le glide et la sécurité de leur vie. Pour beaucoup, la campagne d'abattage, bien que controversée, est perçue comme le moindre mal pour tenter de reconquérir cet espace vital. La décision des autorités, loin d'être une simple mesure administrative, répond à une demande sociale pressante de réconfort et de protection, malgré ses implications éthiques et écologiques.

Vers des alternatives technologiques durables

Alors que la controverse sur l'abattage fait rage, des voix s'élèvent pour promouvoir des solutions alternatives, moins létales et potentiellement plus durables. Les avancées technologiques dans le domaine de la surveillance maritime offrent aujourd'hui des possibilités qui n'existaient pas il y a encore dix ans. L'expérience d'autres pays confrontés aux mêmes problèmes, comme l'Australie ou l'Afrique du Sud, montre que la technologie peut offrir des réponses efficaces. L'exemple du Queensland en Australie est particulièrement instructif : une étude gouvernementale majeure menée entre 2020 et 2024 a démontré que les drones étaient bien plus performants que les filets traditionnels pour détecter les requins.

Les résultats de cette étude sont éloquents : au cours de la période d'essai, les drones ont permis d'identifier 676 requins, dont 190 de plus de 2 mètres. Ces chiffres représentent plus du double des captures réalisées par les filets maillants adjacents, qui n'avaient capturé que 284 requins au total (dont seulement 133 de plus de 2 mètres). Ces données suggèrent que la « chasse » visuelle par drone pourrait offrir une sécurité équivalente, voire supérieure, sans tuer inutilement la faune marine ni perturber l'écosystème. L'utilisation de ces appareils, capables de survoler de grandes étendues d'eau rapidement, permet de repérer les squales bien avant qu'ils n'approchent des zones de baignade, facilitant ainsi l'évacuation proactive des baigneurs.

Barrières intelligentes et prévention

Outre la surveillance aérienne, d'autres moyens de protection physique sont à l'étude ou en cours d'installation à Nouméa. Les barrières d'exclusion, déjà déployées autour de certaines plages, constituent une solution efficace, bien que coûteuse et limitée en termes de superficie protégée. Ces enceintes créent une zone imperméable aux grands squales, permettant aux baigneurs de profiter de l'eau en relative sécurité. Le développement de filets intelligents, capables de piéger les requins tout en épargnant les autres espèces marines, représente également une piste de recherche prometteuse pour l'avenir, permettant de réduire les prises accessoires qui rendent les filets traditionnels si impopulaires auprès des écologistes.

Enfin, les défenseurs de l'environnement insistent sur l'importance de l'éducation et de la prévention. L'interdiction de nager dans les eaux troubles, la mise en place de signaux d'alerte efficaces et la diffusion d'informations sur le comportement des requins pourraient réduire significativement les risques d'attaque sans avoir recours à la violence. La prise en compte des facteurs de risque identifiés par les études, comme la turbidité de l'eau ou l'heure de la journée, permettrait aux usagers de prendre des décisions éclairées. L'association Ensemble pour la Planète (EPLP) plaide ainsi pour des moyens non invasifs de sécurisation, estimant que le dialogue et l'innovation technique doivent primer sur la destruction aveugle.

Conclusion

La situation à Nouméa met en lumière la difficulté croissante de concilier les impératifs de sécurité humaine avec la préservation de la nature sauvage à l'ère de l'anthropocène. La campagne d'abattage lancée par les autorités, bien que compréhensible au vu de l'émotion suscitée par les drames récents et l'urgence de la situation, apparaît comme une solution d'urgence qui ne résout pas les causes profondes du problème. Elle risque de diviser davantage la population calédonienne et de porter un coup sévère à une biodiversité pourtant essentielle à la résilience du lagon. L'abattage sélectif des requins tigres et bouledogues, s'il peut apporter un apaisement temporaire, ne constitue pas une réponse durable à la complexité des interactions homme-prédateur.

Face à cette crise, une réponse globale et réfléchie est nécessaire. Elle doit inclure une meilleure compréhension scientifique des déplacements des requins, une prise en compte sérieuse des changements climatiques affectant leur écosystème, et l'adoption massive de technologies de surveillance non létales. L'exemple du Queensland prouve que des alternatives viables et plus respectueuses existent. La protection des vies humaines est indiscutable, mais elle ne doit pas se faire au prix de la destruction systématique d'une faune qui participe à l'équilibre de l'océan. L'avenir de la cohabitation à Nouméa dépendra de la capacité des acteurs locaux à dépasser les réactions épidermiques pour construire une stratégie de gestion du risque qui soit à la fois respectueuse de la vie humaine et de l'environnement marin. 

Nouméa, ville principale située sur la côte sud-ouest de la grande terre de Nouvelle-Calédonie.

As-tu aimé cet article ?
fresh-sounds
Noémie Garbot @fresh-sounds

Je trouve les artistes avant qu'ils explosent, c'est mon superpouvoir. Étudiante en musicologie à Montpellier, j'écume SoundCloud à 2h du mat' pour dénicher la prochaine pépite. Mon algorithme Spotify est complètement cassé à force de lui faire écouter des trucs obscurs. Je vais à tous les concerts de petites salles, je connais les programmateurs par leur prénom. Quand un artiste que j'ai découvert passe à la radio, je dis « je l'écoutais avant » sans aucune honte.

26 articles 0 abonnés

Commentaires (0)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...