Le ferry MV Barima en train de chavirer, avec des opérations de sauvetage en cours
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MV Barima : le ferry aux 116 passagers coule au large du Guyana

Le ferry MV Barima, transportant 116 passagers, a coulé au large du Guyana, faisant 53 rescapés et des dizaines de disparus.

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Un ferry transportant 116 passagers a chaviré dans la nuit du 18 au 19 juillet 2026 au large des côtes du Guyana. Le MV Barima, un navire de 86 ans, effectuait la liaison entre Georgetown et Port Kaituma lorsqu’il a envoyé un signal de détresse à 23h01. Les opérations de sauvetage, menées par la Guyana Defence Force et des moyens privés, ont permis d’extraire 53 personnes des eaux de l’Essequibo. Le drame relance les questions sur la sécurité des transports maritimes dans les régions isolées d’Amérique du Sud et, par ricochet, dans les Outre-mer français. 

Le ferry MV Barima en train de chavirer, avec des opérations de sauvetage en cours
Le ferry MV Barima en train de chavirer, avec des opérations de sauvetage en cours — (source)

Le naufrage du MV Barima : ce qu’il s’est passé

Le 18 juillet 2026 restera une date noire pour le Guyana. Le MV Barima, ferry public assurant la desserte du nord-ouest du pays, a chaviré près d’Iron Punt, dans la zone de Pomeroon, sur la côte d’Essequibo. Le drame s’est produit à environ 100 kilomètres de Georgetown, la capitale, dans des conditions de nuit noire qui ont considérablement compliqué les secours.

Pourquoi la confusion entre le Guyana et la Guyane française est un piège médiatique

La dépêche de l’AFP, reprise par de nombreux médias internationaux, a semé la confusion en utilisant le terme « Guyane ». Or le drame concerne le Guyana, pays anglophone indépendant d’Amérique du Sud, frontalier du Venezuela à l’ouest et du Suriname à l’est. La Guyane française, département d’outre-mer français, se trouve plus à l’est, séparée du Guyana par le Suriname. Les deux territoires n’ont aucune frontière commune. 

Vue aérienne d'un fleuve guyanais traversant la forêt tropicale, avec un petit bateau en navigation.
Vue aérienne d'un fleuve guyanais traversant la forêt tropicale, avec un petit bateau en navigation. — (source)

Cette confusion géographique n’est pas anodine. Le Guyana est le seul pays anglophone du continent sud-américain, membre du Commonwealth, tandis que la Guyane française est un territoire européen administré par Paris. Aucune autorité française n’est impliquée dans cet incident : le gouvernement guyanais, via sa Guyana Defence Force (GDF), mène seul les opérations. Les rédactions françaises qui ont repris la dépêche AFP sans vérification ont involontairement créé un flou que cet article vise à dissiper.

23h01, le 18 juillet 2026 : dernier appel du MV Barima au large d’Iron Punt

Le MV Barima avait quitté Georgetown à 15h00 locales (19h00 GMT) le samedi 18 juillet, direction Port Kaituma, dans la région de Barima-Waini. Ce trajet vers le nord-ouest du pays dure habituellement plusieurs heures, le ferry longeant la côte atlantique avant de remonter l’embouchure de l’Essequibo. 

Le ferry MV Barima en navigation sur une rivière guyanaise, entouré de mangroves
Le ferry MV Barima en navigation sur une rivière guyanaise, entouré de mangroves — (source)

À 23h01 locales (03h01 GMT dimanche), un appel de détresse est émis. Le navire chavire rapidement près d’Iron Punt, dans la zone de Pomeroon. Le ministre des Travaux publics Juan Edghill confirme l’incident via un Facebook Live à 3h15 du matin, annonçant que 8 personnes ont été « récupérées vivantes ». Un autre ferry est dépêché sur zone pour servir de base médicale d’urgence. Le chavirage a été brutal. Les 116 passagers et l’équipage se sont retrouvés dans une eau noire, avec un courant puissant et une visibilité quasi nulle. La fenêtre de survie, dans ces conditions, est extrêmement courte.

MV Barima : le portrait d’un navire de 1939 devenu artère vitale du Guyana

Comprendre le drame, c’est d’abord comprendre le navire. Le MV Barima n’était pas un ferry ordinaire. C’était une pièce d’histoire maritime, un vestige de l’époque coloniale britannique maintenu en service par nécessité économique.

Un navire construit en 1939 : 86 ans de service et une collision en 2009

Mis à l’eau en 1939, le MV Barima mesurait 40 mètres de long. Il était équipé de 250 gilets de sauvetage, 2 radeaux rigides et 6 radeaux gonflables — une capacité théorique de sauvetage qui, dans les faits, a été mise à rude épreuve. Le navire avait déjà été impliqué dans un grave incident en 2009 : une collision avec un bateau de pêche qui avait coulé, dont l’équipage avait été secouru. 

La passerelle du ferry 'MV BARIMA' avec ses bouées de sauvetage et ses bancs en bois.
La passerelle du ferry 'MV BARIMA' avec ses bouées de sauvetage et ses bancs en bois. — (source)

En 2022, le MV Barima avait repris du service après des réparations budgétées à 124,5 millions de dollars guyanais (environ 595 000 dollars US). Ces travaux comprenaient une réhabilitation des sièges, l’ajout d’une grue de chargement et une augmentation de la capacité d’accueil. Mais le navire restait qualifié d’« âgé » par la presse locale. La question se pose : peut-on vraiment remettre à niveau un navire de 86 ans avec un budget aussi modeste ?

Pannes et réparations : les signes avant-coureurs ignorés

Les sources locales indiquent que le MV Barima avait subi une inspection avant de redémarrer ses opérations sur la ligne du Nord-Ouest. Pourtant, des problèmes moteur se sont déclarés le jour même du trajet, pendant la navigation en direction de Region One. Le navire avait déjà été immobilisé auparavant pour des pannes mécaniques à répétition.

Cette situation soulève plusieurs questions. Le budget alloué aux réparations en 2022 était-il suffisant pour un navire de cet âge ? Les pièces de rechange pour un ferry construit en 1939 sont-elles encore disponibles ? Surtout, la pression du trafic passager pour desservir l’intérieur du pays a-t-elle poussé au départ malgré l’état du moteur ? Dans une région où les alternatives de transport sont quasi inexistantes, la tentation de prendre des risques est grande.

Opération de sauvetage : comment 53 passagers ont été extraits des eaux de l’Essequibo

Le sauvetage des naufragés du MV Barima a été une course contre la montre menée dans des conditions extrêmes. Entre les annonces officielles et la réalité du terrain, le bilan a évolué au fil des heures.

8, puis 53 rescapés : l’évolution du bilan et la psychose des familles

À 3h15 du matin, Juan Edghill annonce 8 rescapés « retrieved alive » sur Facebook Live. Le chiffre est glaçant pour les 116 passagers et leur équipage. Puis, au fil des heures, le Premier ministre Mark Phillips confirme que 53 personnes ont été secourues, incluant passagers et équipage. 

Opération de sauvetage en mer : un petit bateau avec deux occupants près d'un grand navire
Opération de sauvetage en mer : un petit bateau avec deux occupants près d'un grand navire — (source)

Mais le bilan officiel des morts n’est pas encore communiqué. Combien de personnes sont encore portées disparues ? Les familles, à Georgetown comme à Port Kaituma, vivent une attente insoutenable, privées de nouvelles fiables. La psychose s’installe dans ce petit pays où le ferry est un moyen de transport quotidien pour des centaines de personnes.

Les défis d’un sauvetage dans la nuit : GDF, Roraima Airways et les fusées de détresse

Les opérations de secours ont mobilisé la Guyana Defence Force (GDF), avec son Air Corps et ses Garde-côtes. Le Brigadier Omar Khan a déclaré : « Une matinée difficile. Les équipes aériennes et marines ont été mobilisées. » La société privée Roraima Airways a joué un rôle crucial en envoyant un avion de reconnaissance qui a obtenu les coordonnées du navire et les a transmises à la GDF.

La localisation a été possible grâce à un signal ELT (balise de localisation électronique) et aux fusées de détresse tirées par les naufragés. Mais le sauvetage a été techniquement difficile : nuit d’encre, courant puissant de l’Essequibo, isolement de la zone d’Iron Punt. Les équipes de secours ont dû composer avec une visibilité quasi nulle et des eaux traîtresses. Les défis de cette opération rappellent ceux rencontrés lors du sauvetage de six bateaux de croisière dans le détroit d'Ormuz, où la coordination entre moyens publics et privés avait été déterminante.

Enquête sur le naufrage : inspections, pannes et vide réglementaire

Le naufrage du MV Barima n’est pas un accident isolé. Il s’inscrit dans un contexte de défaillances systémiques du transport maritime dans la région. L’enquête, qui débute à peine, devra répondre à des questions essentielles.

Inspection de routine et pannes à répétition : les failles techniques du MV Barima

Le navire a été inspecté avant de reprendre du service sur cette ligne. Mais qu’a révélé cette inspection ? Les pannes moteur étaient un problème connu et documenté. Le carnet d’entretien d’un navire de 86 ans est-il à jour ? Y a-t-il eu des avertissements ignorés par l’armateur ou par l’autorité portuaire ?

La vétusté du MV Barima n’était un secret pour personne. Les réparations de 2022, bien que budgétées à près de 600 000 dollars, n’ont probablement pas suffi à remettre le navire aux normes de sécurité modernes. Le coût d’entretien d’un tel bâtiment, année après année, devient prohibitif. Mais le remplacer coûte encore plus cher.

Les trois hypothèses des enquêteurs : avarie, surcharge, erreur humaine

Les enquêteurs travaillent sur trois pistes principales. La première est l’avarie mécanique : le moteur, la barre ou une voie d’eau auraient pu provoquer le chavirage. La deuxième est la surcharge : avec 116 passagers, l’équipage et le chargement, le navire, équipé d’une grue de chargement depuis 2022, était-il dans les limites de sa capacité ? La troisième est l’erreur humaine de navigation ou de manœuvre, dans des conditions météorologiques peut-être défavorables.

Qui est le régulateur maritime au Guyana ? Existe-t-il un organisme indépendant capable de contrôler les navires de l’État, ou le régulateur est-il lié à l’armateur public ? Ces questions sont cruciales pour comprendre comment un navire de 86 ans a pu transporter autant de vies sans filet de sécurité moderne.

Guyane française : des drames similaires sur le Maroni et le Mahury interrogent la sécurité

Le drame du MV Barima trouve un écho douloureux en Guyane française, où les accidents maritimes se multiplient en 2026. La similitude des défis — isolement, vétusté des flottes, dépendance au transport fluvial — interroge directement les autorités françaises.

Chavirage du Mahury, pirogue du Maroni : les précédents de 2026

Les communiqués de la préfecture de Guyane dressent un bilan tragique. Le 11 juillet 2026, une vedette de plaisance a chaviré à l’embouchure du Mahury : 1 mort, 3 rescapés. En juin 2026, une pirogue a chaviré sur le Maroni, faisant 3 morts dont un enfant. Un autre accident de pirogue entre Albina et Saint-Laurent-du-Maroni a causé 3 morts et 4 disparus. 

Le Guyana, pays côtier du nord-est de l’Amérique du Sud, frontalier du Venezuela et du Suriname, où le naufrage du MV Barima s’est produit

Ces drames, moins médiatisés que celui du MV Barima, révèlent la même fragilité des transports dans les zones isolées. Les pirogues motorisées, souvent surchargées et mal entretenues, sont le seul moyen de transport pour des milliers de personnes vivant le long des fleuves frontaliers.

Pirogues et ferries : la sécurité des transports en commun en zone isolée

La Guyane française partage avec le Guyana une dépendance quasi totale au transport fluvial et maritime pour relier ses communes. Les investissements nécessaires pour remplacer les flottes vieillissantes — vedettes, pirogues motorisées — et entretenir les infrastructures portuaires sont colossaux. L’absence d’offre alternative de transport terrestre rend la situation encore plus critique.

Qui paie pour la sécurité ? L’État, la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), les passagers ? Les arbitrages budgétaires dans ces territoires sont douloureux. Entre le coût d’un ferry neuf et celui de l’entretien d’un vieux navire, la tentation est grande de prolonger la durée de vie des équipements existants. Mais chaque année de service supplémentaire augmente les risques. En Méditerranée, l’arrivée de ferries modernes comme le Cors'express montre qu’il existe des alternatives, mais à des coûts que les petites économies insulaires ou amazoniennes peinent à supporter.

Leçons d’une tragédie : hommage aux victimes et questions aux autorités

Le naufrage du MV Barima n’est pas un fait divers. C’est le symptôme d’un problème structurel qui touche les régions isolées d’Amérique du Sud et des Outre-mer.

Le MV Barima transportait 116 passagers et un équipage. 53 ont été secourus. Les autres sont portés disparus ou morts. Derrière ces chiffres, il y a des familles, des communautés entières privées de leurs proches. Ce drame révèle un problème systémique de maintenance, de contrôle et de financement dans les régions reculées.

Comment se fait-il qu’un navire de 86 ans transporte autant de vies sans filet de sécurité moderne ? La question doit être posée aux autorités guyanaises, mais aussi françaises, car les mêmes causes produisent les mêmes effets : pirogues surchargées sur le Maroni, vedettes vétustes sur le Mahury, absence de contrôles efficaces.

Le gouvernement guyanais va-t-il radier les navires de cet âge et investir dans des ferries neufs ? Le coût de remplacement est-il trop élevé pour le budget de l’État ? La France va-t-elle renforcer les contrôles et les normes de sécurité pour les pirogues et les ferries en Guyane, ou l’éloignement géographique et les contraintes budgétaires limiteront-ils l’action publique ?

Même en Europe, les incidents maritimes existent, comme le confinement du paquebot Ambition à Bordeaux, mais avec des normes de sécurité infiniment plus strictes et des moyens de secours plus proches. Dans l’Amazonie guyanaise, la réalité est tout autre : des fleuves sans balisage, des embarcations sans contrôle, des secours à des heures de distance. Le drame du MV Barima doit servir d’électrochoc.

Conclusion

Le naufrage du MV Barima est une tragédie humaine qui met en lumière les défaillances systémiques du transport maritime dans les régions isolées. Vétusté des navires, contrôles défaillants, dépendance économique à des liaisons vitales : les mêmes causes produisent les mêmes effets, du Guyana à la Guyane française. Les 116 passagers du MV Barima étaient des citoyens ordinaires, voyageant sur un ferry qui était leur seul lien avec le reste du pays. Leur drame doit interpeller les autorités, au-delà des frontières, sur la nécessité d’investir dans des transports sûrs, dignes et modernes pour les populations isolées. Il ne s’agit pas seulement de remplacer des navires : il s’agit de garantir que plus jamais des vies ne soient confiées à des épaves.

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Questions fréquentes

Combien de rescapés du naufrage du MV Barima ?

53 personnes ont été secourues sur les 116 passagers et membres d'équipage du MV Barima. Le bilan officiel des morts n'a pas encore été communiqué.

Où a coulé le ferry MV Barima ?

Le MV Barima a chaviré près d'Iron Punt, dans la zone de Pomeroon, sur la côte d'Essequibo au Guyana. Le drame s'est produit à environ 100 kilomètres de Georgetown, la capitale.

Quel âge avait le ferry MV Barima ?

Construit en 1939, le MV Barima avait 86 ans au moment du naufrage. Il avait déjà été impliqué dans une collision en 2009 et avait subi des réparations en 2022.

Quelles sont les causes du naufrage du MV Barima ?

Les enquêteurs travaillent sur trois hypothèses : une avarie mécanique, une surcharge du navire ou une erreur humaine de navigation. Des pannes moteur avaient été signalées le jour même du trajet.

Quel lien entre le naufrage du MV Barima et la Guyane française ?

Le drame concerne le Guyana, pays anglophone, et non la Guyane française. Cependant, des accidents similaires (pirogues sur le Maroni, chavirage du Mahury) ont eu lieu en Guyane française en 2026.

Sources

  1. demerarawaves.com · demerarawaves.com
  2. bbc.com · bbc.com
  3. deccanchronicle.com · deccanchronicle.com
  4. demerarawaves.com · demerarawaves.com
  5. guyane.gouv.fr · guyane.gouv.fr
geo-decoder
Théo Aubot @geo-decoder

Passionné de géopolitique depuis le lycée, je dévore les cartes, les atlas et les analyses internationales. Étudiant en relations internationales à Lyon, je rêve de comprendre pourquoi le monde tourne comme il tourne. Je collectionne les vieux numéros de revues géopolitiques.

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