Sébastien Delogu présente 400 mesures et 13 priorités pour une "révolution citoyenne".
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Municipales à Marseille : la gauche éclate-t-elle sur fond de trahison ?

À quelques mois du scrutin, le départ du PRG éclate la majorité Payan. Entre menaces de scission écologiste et duel serré face au RN, la gauche marseillaise risque l'implosion.

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À quelques semaines seulement du scrutin crucial du 15 mars 2026, la campagne municipale à Marseille vient de subir un séisme politique dont l'ampleur pourrait bien redessiner la carte électorale de la cité phocéenne. Le Parti Radical de Gauche (PRG) a claqué la porte du « Printemps marseillais », la coalition hétéroclite et historique qui portait jusqu'ici le maire sortant Benoît Payan. Cette rupture brutale, survenue à la suite d'accusations graves de « rapprochements » avec La France Insoumise (LFI) et de dérives autoritaires, fait voler en éclats l'apparente unité de la gauche à un moment critique. Alors que les sondages prédisent un duel au couteau avec le Rassemblement National, cette déflagration interne menace de précipiter la ville vers une bipolarisation dangereuse. Au-delà des querelles d'appareils, c'est l'avenir politique de la deuxième ville de France qui se joue désormais dans l'incertitude.

Sébastien Delogu présente 400 mesures et 13 priorités pour une « révolution citoyenne ».
Sébastien Delogu présente 400 mesures et 13 priorités pour une "révolution citoyenne". — (source)

Pourquoi le PRG a-t-il claqué la porte du Printemps marseillais ?

L'annonce est tombée comme un couperet dans un climat déjà saturé de tensions. Dans un communiqué cinglant rendu public lundi 23 février, le Parti Radical de Gauche a officialisé son retrait de la majorité sortante, transformant ce qui devait être une campagne de rassemblement en une guerre ouverte entre anciens alliés. Il ne s'agit pas d'un simple désaccord tactique sur quelques places éligibles, mais bien d'une rupture définitive de nature idéologique et méthodologique. Le PRG justifie ce départ soudain par l'observation de « rapprochements entre le Printemps marseillais et La France Insoumise », des rapprochements qui se seraient opérés « sans aucune concertation » avec les partenaires de la coalition. Selon les responsables radicaux, des militants connus pour leur appartenance à LFI auraient récemment rejoint les rangs de Payan, et surtout, des négociations en vue du second tour avec le candidat insoumis Sébastien Delogu auraient été engagées dans le dos des alliés historiques. Cette décision tombe alors que le dépôt des listes en préfecture est imminent, laissant peu de temps à la majorité sortante pour colmater les brèches. L'entourage de Benoît Payan a réagi en niant en bloc ces accusations, qualifiant les propos du PRG de « délire », mais le mal politique semble irréversible. L'heure est désormais à la psychose au sein du camp progressiste, comme le révèlent les dernières estimations des sondages sur les municipales 2026 qui montrent une gauche fragilisée par ces divisions internes.

Les mots-crise d'Hugo Roche Poggi : « une coalition fanée »

La virulence du propos vient d'Hugo Roche Poggi, président local du PRG, qui n'a pas mâché ses mots pour décrire son désaveu. Invité sur les antennes, il a asséné un diagnostic sévère en affirmant haut et fort : « Je ne peux plus participer à une coalition fanée ». Cette expression forte ne marque pas simplement un constat de fatigue, mais dénonce une usure profonde, une putréfaction des promesses initiales de 2020. Pour Roche Poggi, l'organisation du Printemps marseillais n'est tout simplement plus « à la hauteur de la promesse ». Il dépeint un rassemblement qui a trahi son âme, passant d'une coalition large et citoyenne à un appareil politique fermé et véreux. Sa critique va au-delà du simple désaccord sur LFI ; elle attaque la légitimité même du fonctionnement du pouvoir actuel. En déclarant « Je pense que Benoît Payan est prisonnier de sa tour, je pense que c'est une petite équipe autour de lui qui décide », le responsable du PRG pointe une dérive monarchique et un isolement du maire. Cette image du « prisonnier de sa tour » est particulièrement percutante : elle suggère que Benoît Payan n'est plus le maire de tous les Marseillais, mais un otage d'une garde rapprochée qui dicte sa stratégie en vase clos. Cette critique rejoint d'ailleurs celle formulée par la droite, à travers son porte-parole Romain Simmarano, qui a parlé de « mini-tyrannie » pour qualifier les méthodes de la majorité sortante, offrant ainsi une convergence inattendue entre les bords politiques sur la question du style de gouvernance.

Benoît Payan et le Printemps Marseillais présentent les grandes lignes de leur programme.
Benoît Payan et le Printemps Marseillais présentent les grandes lignes de leur programme. — (source)

L'accusation qui tue : des négociations secrètes avec Delogu

Au cœur de cette rupture se trouve une accusation qui agit comme une véritable bombe à retardement : l'alliance tactique avec l'ennemi juré. Le PRG affirme en effet que des candidats modérés, dont le seul point commun était « leur refus de tout lien avec LFI », ont été purement et simplement évincés de la liste en cours de constitution. Pire encore, le parti évoque des « négociations à venir pour le second tour » avec la liste menée par le député insoumis Sébastien Delogu. C'est ici que le bât blesse irrémédiablement pour les radicaux de gauche. Le Printemps marseillais était né en 2020 sur le refus explicite de toute compromission avec la « ligne mélenchoniste » et ses méthodes jugées parfois extrêmes. En acceptant aujourd'hui, même dans l'ombre, de discuter d'un désistement ou d'une fusion des listes face au RN, Benoît Payan commettrait l'irréparable aux yeux de ses alliés radicaux. Pour le PRG, « aucune collusion avec les extrêmes n'est acceptable », plaçant implicitement La France Insoumise dans cette catégorie infréquentable. Cette accusation touche au cœur du pacte moral qui liait la coalition. Elle révèle un profond désaccord stratégique : faut-il, au nom du barrage républicain, accepter de s'allier avec celui que l'on a combattu pendant six ans ? C'est un pari risqué que le PRG refuse de faire, préférant claquer la porte et préserver son intégrité idéologique, quitte à sacrifier l'unité de la gauche sur l'autel du principe.

Benoît Payan - Métropole Aix-Marseille-Provence.
Benoît Payan - Métropole Aix-Marseille-Provence. — (source)

« Prisonnier de sa tour » : la dérive autoritaire dénoncée par les ex-alliés

Si la question du rapprochement avec LFI a servi de détonateur à la crise, la rupture du PRG révèle un malaise beaucoup plus profond touchant au fonctionnement interne de la majorité sortante. Le départ des radicaux n'est pas seulement une réaction épidermique à une possible alliance insoumise ; il est l'aboutissement d'un sentiment croissant d'étouffement et d'exclusion ressenti par de nombreux partenaires de la coalition. Le PRG ne parle pas seulement de divergence politique, mais de « violence politique » et de « menaces » exercées à l'encontre de ceux qui oseraient s'élever contre la ligne imposée par la mairie. On passe ici de la conjoncture électorale immédiate à une critique structurelle de la gouvernance de Benoît Payan. Les alliés historiques se retrouvent réduits au silence, consultés tardivement ou pas du tout, et contraints d'accepter des décisions prises dans un cercle restreint autour du maire. Cette « verticalité » dénoncée tranche violemment avec l'idéal de démocratie participative qui avait présidé à la naissance du Printemps marseillais. C'est ce climat de suspicion qui a conduit à des situations ubuesques, comme l'éviction récente de l'adjointe écologiste Christine Juste, venant parfaire le tableau d'une campagne sous haute tension.

Une campagne sous cloche : le mur du silence autour des listes

L'un des griefs majeurs formulés par Hugo Roche Poggi concerne l'opacité totale entourant la confection des listes électorales. Comment un parti allié peut-il faire campagne s'il ne sait même pas qui sont les candidats censés porter sa couleur ? C'est la question désabusée que posent les radicaux, soulignant que « nulle information sur la composition de la liste » ne leur a été fournie. Ce blackout informationnel n'est pas anodin ; il traduit une volonté centralisatrice de contrôler la candidature de bout en bout. Le PRG soupçonne l'équipe de Payan de vouloir « créer une liste de bons petits soldats aux ordres d'une petite équipe ». En d'autres termes, l'objectif ne serait plus de construire un projet commun, mais d'assurer l'obéissance sans faille à une unique direction. Cette absence de concertation a créé un mur de défiance : les partenaires ne se sentent plus considérés comme des alliés politiques, mais comme des éléments de décor destinés à légitimer une décision prise en haut lieu. Pour des formations politiques comme le PRG, qui ont une histoire et un ancrage local, être traités comme de simples variables d'ajustement est inacceptable. Cette méthode en vase clos isole le maire sortant et le rend aveugle aux réalités de son propre camp, accélérant ainsi les départs et les rancœurs.

Portrait de Benoît Payan, de l'ombre à la lumière.
Portrait de Benoît Payan, de l'ombre à la lumière. — (source)

La chasse aux sorcières interne : menaces et exclusions

L'atmosphère au sein du Printemps marseillais a dégénéré au point de ressembler, selon les mots mêmes des dissidents, à une « chasse aux sorcières ». Le PRG affirme avoir subi des « menaces politiques » et dénonce une dérive vers un autoritarisme qui ne dit pas son nom. Cette violence symbolique vise à museler toute critique interne et à imposer une discipline de fer à l'approche du scrutin. L'épisode de l'adjointe Christine Juste, suspendue de son parti puis évincée de la liste, est l'illustration parfaite de cette violence purificatrice. On assiste à une tentative de « nettoyer » la coalition de toute voix dissonante, de tout élu qui pourrait contester la ligne « Payan 100 % ». Le climat est devenu tel que la simple expression d'une divergence de vue est perçue comme un acte de trahison. Hugo Roche Poggi a même déclaré craindre de « reconnaître les méthodes de la France insoumise » dans le fonctionnement actuel du Printemps marseillais, une ironie cruelle alors que la rupture a été provoquée par la crainte de voir LFI entrer dans le jeu. Cette culture du rejet et de l'exclusion prépare le terrain à un éclatement encore plus vaste, laissant entrevoir la possibilité que d'autres figures historiques de la gauche marseillaise choisissent, elles aussi, de se retirer ou de tenter l'aventure dissidente.

L'affaire Christine Juste et le malaise des écologistes

Si la rupture du PRG constituait un premier avertissement sérieux, l'affaire Christine Juste a agi comme le catalyseur d'une crise sans précédent au sein de la majorité municipale. Christine Juste, sixième adjointe au maire chargée de l'environnement et figure marquante des écologistes, a brutalement été suspendue de son parti et rayée de la liste de Benoît Payan pour le scrutin de mars. Ce coup de force ne doit rien au hasard : il est la conséquence directe de propos tenus lors d'une réunion interne, mais aussi de tensions souterraines qui couvaient depuis des mois. Cet incident dépasse largement le cadre d'une simple faute individuelle ; il met à nu la violence des luttes de pouvoir à l'œuvre au cœur de la coalition et la difficulté pour les écologistes de se positionner face à une hégémonie socialiste en pleine reconquête. Le cas de Christine Juste sert de révélateur aux fractures qui traversent le « Printemps marseillais » : entre la fidélité à un projet collectif et la volonté de préserver une identité politique propre. Son éviction fragilise encore un peu plus le pacte de 2020 et laisse craindre l'émergence d'une liste dissidente verte qui signerait l'arrêt de mort de la majorité actuelle.

« Durant la Seconde Guerre mondiale… » : la sortie qui a tout précipité

Le déclencheur immédiat de l'affaire tient en une phrase historique et indélicate. Le 7 février dernier, Christine Juste, en compagnie de 60 autres élus écologistes de la région PACA, avait organisé une opération de tractage pour présenter le bilan de son parti. Une initiative menée sans l'aval de la direction du Printemps marseillais, ce qui a immédiatement déclenché des réactions en interne. Lors d'une réunion ultérieure, alors que cet acte de « désobéissance » lui était reproché, l'élue verte aurait perdu son sang-froid. Elle aurait alors lancé à l'encontre de celui qu'elle soupçonnait d'avoir dénoncé cette action : « Durant la Seconde Guerre mondiale, ça n’aurait pas dérangé cette personne de dénoncer son voisin juif. » Des propos d'une violence inouïe, assimilant une dénonciation interne de tractage à la délation antisémite de l'Occupation. Christine Juste a reconnu avoir tenu ces propos, ce qui a immédiatement justifié sa suspension par le parti Écologiste et son éviction par l'équipe de campagne. Si la faute est indéniable et la sanction justifiée, l'ampleur de la réaction traduit aussi un niveau de haine et de défiance rare au sein du camp progressiste. Le recours à des comparaisons aussi extrêmes montre que les mots manquent pour exprimer la colère ressentie face à ce qui est perçu comme une trahison collective par certains écologistes en rupture de ban.

Benoît Payan assure que le candidat LFI fait campagne contre lui.
Benoît Payan assure que le candidat LFI fait campagne contre lui. — (source)

Une liste verte qui saigne : vers une dissidence écologiste ?

Les conséquences politiques de cet incident pourraient se révéler bien plus lourdes qu'une simple sanction disciplinaire. Selon les informations recueillies par Ouest-France, Christine Juste ne se taira pas. Elle affirme que sa décision de l'évincer de la liste avait été prise bien avant ses propos malheureux, dès juin 2025, en représailles à une lettre interne critique signée par treize personnalités écologistes, dont elle-même. Cette lettre affirmait notamment que l'élection de 2020 avait été « volée » à Michèle Rubirola et dénonçait la prise de pouvoir de Benoît Payan. Aujourd'hui, l'ancienne adjointe dénonce une « purge » au sein de la coalition et laisse entendre qu'elle pourrait bien préparer une liste dissidente. « Ce n’est plus le Printemps, c’est la Sibérie », a-t-elle lâché pour résumer son sentiment d'exclusion. Une telle scission serait catastrophique pour le maire sortant. Elle diviserait le vote écologiste, essentiel pour espérer l'emporter au second tour, et renforcerait l'image d'une gauche ingouvernable. Si Christine Juste parvient à rassembler les mécontents, les déçus et les purgés du Printemps marseillais sous une nouvelle bannière, le camp progressiste pourrait se présenter en ordre dispersé face à un Rassemblement National unifié et déterminé. Ce scénario de division absolue est devenu la hantise numéro un des stratèges de la gauche marseillaise à l'approche du premier tour.

Le paradoxe du Printemps Marseillais face à LFI

Pour comprendre pourquoi la perspective d'une alliance avec La France Insoumise provoque une telle crise, il faut revenir aux origines du Printemps marseillais. La coalition a été forgée en 2020 sur un principe fondateur : l'union large de la gauche et des écologistes, mais sans Jean-Luc Mélenchon ni ses troupes. À l'époque, LFI avait refusé de joindre cette alliance, préférant présenter sa propre liste, et certains insoumis avaient même dû quitter leur mouvement pour participer à l'aventure du Printemps. Le pacte était donc clair : faire battre la droite en s'affranchissant des lignes idéologiques jugées trop radicales ou clivantes. Six ans plus tard, ce paysage a changé du tout au tout. Sébastien Delogu, le chef de file local de LFI, s'est imposé comme une figure politique incontournable, crédité de plus de 12 % des intentions de vote dans les sondages récents. Pour Benoît Payan, confronté à la montée du RN, Delogu n'est plus un paria, mais un partenaire potentiel pour le second tour. Ce retournement de situation crée un paradoxe insupportable pour les composantes modérées de la majorité : pour battre l'extrême droite, faudrait-il accepter de s'allier avec l'extrême gauche ?

2020 vs 2026 : le retournement de veste inacceptable pour le PRG

L'évolution du discours de Benoît Payan est perçue comme une trahison par ceux qui ont cru à la promesse originelle de 2020. En 2020, le Printemps marseillais se construisait contre l'idée d'une union avec les partis situés aux « extrémités de l'échiquier politique », pour reprendre les termes du PRG. C'était une rupture nette avec le clivage gauche/droite classique, proposant une alternative progressiste modérée. Aujourd'hui, les rumeurs de négociations et la venue de militants LFI sur la liste Payan sonnent comme un désaveu de cette promesse. Pour le PRG et d'autres alliés centristes, ce « retournement de veste » est inacceptable car il brouille l'identité même du rassemblement. Comment reprocher à l'électorat modéré de ne pas faire confiance à un camp qui semble prêt à s'allier avec celui qu'il combattait hier ? Les radicaux de gauche refusent d'être les complices de ce qu'ils considèrent comme un opportunisme politique dangereux. En claquant la porte, ils envoient un message clair : pour eux, certaines lignes rouges ne doivent pas être franchies, même au nom de la realpolitik électorale. C'est un choix de courage politique qui, s'il est honorable, risque de précipiter la gauche dans une impasse stratégique en la divisant davantage face à son adversaire principal.

Candidat à sa réélection, Benoît Payan dénonce le « Marseille bashing ».
Candidat à sa réélection, Benoît Payan dénonce le « Marseille bashing ». — (source)

La stratégie du « moindre mal » ou le pari dangereux de Payan ?

Face à l'urgence de la menace du Rassemblement National, Benoît Payan semble avoir fait le choix pragmatique de la fusion. Sa position est ambivalente : il critique publiquement les méthodes de LFI tout en laissant entendre que la porte reste ouverte pour le second tour. Il a d'ailleurs récemment mis la pression sur son rival insoumis en déclarant : « Sébastien Delogu devra prendre ses responsabilités au second tour face au risque d'une victoire du Rassemblement national. » Ce dernier a d'ailleurs réaffirmé son propre credo : « Moi, face au Rassemblement national, j'ai toujours eu la même attitude : je me suis retiré, je préfère ne pas être élu qu'être élu avec la honte. » C'est un véritable jeu de dupes qui s'installe. Payan mise sur le fait que la peur d'une victoire du RN forcera Delogu à se retirer en sa faveur, lui permettant de récupérer le vote insoumis sans avoir à pactiser officiellement. C'est une stratégie du « moindre mal », qui considère que n'importe quelle gauche est préférable à l'extrême droite. Le PRG, en refusant de participer à ce marchandage, dénonce une logique qui finit par banaliser des alliances contraires aux valeurs de la gauche républicaine. C'est un pari extrêmement dangereux : si Delogu refuse de se retirer ou si la fusion tourne au vinaigre, l'électorat de gauche risque de se sentir trahi et de s'abstenir, laissant la voie libre au candidat d'extrême droite Franck Allisio.

Le scénario cauchemar d'un duel serré face au RN

Ces querelles internes auraient pu être tolérées dans un contexte de confort électoral, mais elles interviennent au pire moment possible : celui d'une course au coude-à-coude avec le Rassemblement National. Les derniers sondages publiés par Opinionway et Elabe sonnent comme un véritable signal d'alarme pour la gauche marseillaise. L'étude Opinionway crédite Benoît Payan et le candidat RN Franck Allisio à égalité parfaite, chacun récoltant 34 % des intentions de vote au premier tour. Un autre sondage Elabe, tout aussi préoccupant, place le maire sortant à 31 % et le candidat d'extrême droite à 29 %. Dans les deux cas, l'écart est inférieur à la marge d'erreur, ce qui signifie que le résultat du premier tour est totalement incertain. Ce duel serré à Marseille place chaque voix au centre d'un enjeu capital. Dans ce contexte hyper-serré, la défection du PRG et les menaces de dissidence écologiste ne sont pas des détails anecdotiques : ce sont des faits politiques majeurs qui pourraient suffire à faire basculer la ville à droite. Chaque point de pourcentage perdu par la majorité sortante à cause de ses divisions internes est un point gagné par le camp adverse. La mécanique électorale est impitoyable, et la gauche semble en train de se suicider à coups de communiqués vengeurs.

L'effet de division : le cadeau au candidat Franck Allisio

L'analyse purement mécanique des suffrages fait froid dans le dos. Si la liste du Printemps marseillais perd ne serait-ce que 2 ou 3 % des voix à cause du départ du PRG et du mécontentement écologiste, l'impact pourrait être décisif. Dans une configuration où Payan et Allisio sont à 34 %, une baisse de quelques points pourrait faire passer le candidat RN en tête au premier tour. Finir second derrière le Rassemblement National serait un désastre psychologique et symbolique pour la gauche, offrant une dynamique considérable à l'extrême droite pour le second tour. Le candidat RN, Franck Allisio, n'a pas besoin d'une campagne active pour gagner ; il lui suffit de regarder la gauche se déchirer. Les attaques du PRG contre Payan, les menaces de liste dissidente d'EELV, sont autant de cadeaux empoisonnés offerts à l'adversaire. C'est l'illustration parfaite de la division qui profite à l'ennemi commun. Les électeurs modérés qui ne se reconnaîtront plus dans une gauche enlisée dans ses querelles internes risquent fort de se détourner de l'urne ou de reporter leurs voix sur une droite classique en chute libre, mais le résultat net reste le même : un affaiblissement mortel du camp progressiste.

Benoît Payan impliqué dans une polémique sur un rapprochement avec LFI.
Benoît Payan impliqué dans une polémique sur un rapprochement avec LFI. — (source)

L'effondrement de Martine Vassal et la bipolarisation du scrutin

L'autre donnée essentielle de ces sondages est l'effondrement de la droite républicaine incarnée par Martine Vassal, créditée de seulement 14 % (Opinionway) ou 21 % (Elabe). Cette chute vertigineuse, accentuée par sa gaffe historique sur le triptyque « Travail, famille, patrie » – un scandale qui a embrasé la campagne –, transforme la géographie électorale de la ville. Le scrutin n'est plus triangulaire (Gauche vs Droite vs RN), mais strictement bipolaire (Gauche divisée vs RN). Dans ce nouveau paysage, l'argument du « barrage républicain » devient central mais paradoxal. Pour barrer la route à l'extrême droite, il faut une gauche forte et unie. Or, c'est précisément ce que le Printemps marseillais n'arrive plus à être. L'effondrement de la droite classique signifie qu'il n'y a plus de « troisième voie » républicaine capable de sauver les meubles en cas d'échec de la gauche au premier tour. C'est donc l'impasse. La gauche doit choisir entre se sacrifier sur l'autel de ses divergences idéologiques ou s'unir dans l'urgence pour éviter le pire. En l'état actuel des choses, c'est la division qui l'emporte, et le risque de victoire du RN n'a jamais été aussi élevé depuis des décennies.

Ce que la guerre des gauches risque de coûter aux Marseillais

Pendant que les dirigeants politiques se livrent une guerre sans merci dans les médias et les couloirs de la mairie, qu'en est-il des préoccupations réelles des habitants de Marseille ? Les querelles entre le PRG et LFI, les calculs de second tour et les accusations de trahison semblent appartenir à un monde parallèle, lointain et déconnecté du quotidien. Une enquête de terrain menée par le média local Maritima a permis de dresser une liste des priorités concrètes des Marseillais, et elle est sans appel : sécurité, propreté, transports et vitalité du centre-ville. Ce sont des problèmes tangibles, immédiats, qui touchent à la qualité de vie de chaque famille. La comparaison des programmes des candidats sur ces sujets révèle tout ce qui est en jeu – et tout ce qui risque d'être perdu – si la gauche préfère se battre pour des places de liste plutôt que pour la ville.

À la Timone, les rats ne votent pas à gauche ou à droite

Le témoignage de ce riverain du quartier de la Timone résume l'exaspération montante : « Moi j'attends d'abord la rue. Un peu de nettoyage ! J'habite à côté de la Timone… à chaque mètre que tu fais, il y a des rats partout. Ça, déjà, pour moi, c'est un truc qui doit changer. » Ce cri du cœur met en lumière une réalité que les querelles politiques occultent : la saleté et les nuisibles ne font pas de distinction entre les étiquettes politiques. La propreté est un service public de base qui fait cruellement défaut dans de nombreux quartiers. Sur la sécurité, le sentiment d'insécurité est tout aussi palpable, notamment pour les femmes. Une jeune Marseillaise confie : « C'est la sécurité, et surtout la sécurité en tant que femme. C'est vrai que je ne suis pas hyper rassurée quand je sors sur Marseille, surtout la nuit. » Face à cette angoisse, les réponses des candidats divergent radicalement. Benoît Payan propose une réponse sécuritaire classique : doubler les effectifs de la police municipale (passant de 400 à 800 agents) et installer 500 caméras de vidéoprotection supplémentaires. De son côté, Sébastien Delogu (LFI) privilégie le concept de « tranquillité publique », refuse l'armement létal pour les policiers municipaux et s'oppose aux opérations spectaculaires type « Place nette XXL » qu'il juge stigmatisantes. Deux visions opposées, certes, mais qui ont le mérite d'exister, contrairement au silence assourdissant de la gauche unie sur le terrain.

Les promesses pour la jeunesse noyées dans les brouillards idéologiques

Les programmes des candidats regorgent de mesures pour la jeunesse, illustrant l'importance stratégique de cet électorat, mais ces propositions risquent d'être les victimes collatérales des divisions actuelles. Sébastien Delogu mise sur un social très offensif avec des transports gratuits pour les moins de 26 ans, des distributeurs gratuits de protections menstruelles dans les lieux publics, ou encore un revenu municipal garanti pour les personnes sous le seuil de pauvreté. Benoît Payan répond par des mesures ciblées comme la gratuité de la cantine pour 15 000 enfants supplémentaires, un « kit de rentrée » de 150 euros par écolier, et la gratuité des transports pour les jeunes et les demandeurs d'emploi. Ce sont des propositions concrètes qui pourraient changer la vie de milliers de familles marseillaises. Mais quel crédit accorder à ces promesses lorsque les forces qui devraient les porter sont en train de s'autodétruire ? Comment croire à la mise en œuvre d'une politique sociale ambitieuse et cohérente si la majorité municipale est éclatée entre des clans ennemis ? Le risque est que ces mesures, débattues dans le vide des studios, ne restent que des lettres mortes, incapables de voir le jour faute d'une équipe municipale soudée pour les défendre et les mettre en œuvre.

Le tunnel Prado-Carénage : l'arme de distraction massive ?

Face à l'ampleur des défis et à la crispation du climat politique, Benoît Payan a sorti une carte de son arsenal : la proposition de baisser le coût de la traversée des tunnels Prado-Carénage et Prado-Sud à 1 euro pour les abonnés, contre plus de 12 euros aujourd'hui. C'est une mesure de forte portée symbolique, destinée à soulager le portefeuille des automobilistes et à signaler une prise en compte des difficultés des périphéries. Mais cette proposition est aussi un missile politique dirigé contre la Métropole Aix-Marseille-Provence, présidée par Martine Vassal. Payan accuse la Métropole d'avoir « abandonné Marseille » : « Les Marseillais paient le plus d'impôts à la métropole mais l'argent va nettoyer les rues de Gémenos et Cassis. » Cette attaque vise à détourner la colère des habitants vers un ennemi extérieur, la Métropole, et à redorer le blason d'un maire qui se bat pour sa ville. Toutefois, on peut se demander si cette annonce spectaculaire n'est pas une « arme de distraction massive », destinée à faire oublier les crises internes et la menace du RN. Elle montre en tout cas que dans ce scrutin, chaque mesure est aussi calculée pour son impact politique immédiat que pour son utilité publique.

Hôtel de Ville, Marseille, August 2018.
Hôtel de Ville, Marseille, August 2018. — Celuici / CC BY-SA 3.0 / (source)

Conclusion : La gauche marseillaise face à son miroir brisé

Le retrait fracassant du Parti Radical de Gauche de la coalition Benoît Payan est bien plus qu'une péripétie électorale supplémentaire ; c'est le symptôme d'une maladie profonde qui ronge le corps politique marseillais. La gauche se regarde aujourd'hui dans un miroir brisé, reflétant une multitude de visages ennemis : un maire sortant accusé de dérive autoritaire et de calculs obscurs, des alliés historiques prêts à tout sacrifier pour préserver leur pureté idéologique, et des écologistes au bord de la rupture. Ce tableau de désolation arrive au pire moment, alors que le Rassemblement National n'a jamais été aussi proche de conquérir la mairie de la deuxième ville de France. Les sondages sont formels : l'écart est infime, et la division est l'arme absolue de l'extrême droite.

Pourtant, pour les habitants qui attendent une rue propre, une sécurité apaisée et un avenir pour leurs enfants, ces querelles d'appareils sonnent comme une insulte. L'enjeu du 15 mars 2026 dépasse largement les ambitions personnelles ou les tactiques de second tour. Il s'agit de savoir si Marseille sera dirigée par une gauche capable de surmonter ses divisions pour agir, ou si elle sombrera dans le chaos d'une majorité éclatée, livrant par défaut les clés de la ville à une idéologie qu'elle prétend combattre. La gauche marseillaise est désormais à l'heure du choix : continuer à se déchirer et risquer de tout perdre, ou trouver en elle les ressources pour se recomposer, même imparfaitement, face au danger qui la guette. Il lui reste quelques semaines pour tenter de recoller les morceaux de ce miroir brisé avant qu'il ne soit trop tard.

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Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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