À trois semaines du scrutin crucial, la campagne municipale à Lyon vibre à un rythme effréné, marquée par des sonneries de cloches parfois discordantes. Alors que le sondage exclusif Elabe-Berger Levrault pour Le Figaro et BFMTV couronne Jean-Michel Aulas favori incontestable, l'actualité récente vient égratigner son image de gestionnaire avisé. Entre une popularité sportive intacte et des erreurs de terrain qui interrogent, la bataille pour la mairie de Lyon se transforme en un duel fascinant entre charisme et compétence technique. Plongeons au cœur d'une campagne où l'enjeu dépasse le simple clivage gauche-droite pour toucher à l'identité même de la capitale des Gaules.
Le triomphe continu de Jean-Michel Aulas dans les sondages
Les chiffres sont sans appel pour l'ancien président de l'Olympique Lyonnais. Selon l'étude Elabe-Berger Levrault publiée ce 23 février 2026, Jean-Michel Aulas truste la tête des intentions de vote avec 43 % des suffrages exprimés au premier tour. Une avance confortable qui le place largement devant le maire sortant, Grégory Doucet, crédité de 29 % dans ce même sondage. Ce n'est pas une surprise, mais la confirmation d'une tendance lourde observée depuis le début de la campagne : l'électeur lyonnais semble séduit par le profil « hors système » de l'homme d'affaires.
Plus inquiétant pour ses adversaires, JMA dépasse largement le cadre de son socle électoral traditionnel. Il réussit la prouesse de rassembler sur son nom non seulement les droites et le centre, mais aussi une partie significative de l'électorat écologiste sortant et même une frange du Rassemblement national. Cette capacité à capter des voix au-delà des clivages classiques constitue sa force principale. Dans le détail des chiffres fournis par l'institut de sondage, on constate qu'il récupérerait 80 % des voix de la droite et du centre de 2020, mais séduit aussi 22 % des électeurs de Grégory Doucet. Ce séisme politique laisse la gauche sortante dans une position défensive, cherchant désespérément un angle d'attaque pour enrayer cette hémorragie.
Les scénarios du second tour confirment cette domination. En cas de duel face au maire sortant écologiste, l'ancien patron de l'OL l'emporterait avec 57 % des voix. Même en cas de triangulaire avec la candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi, maintenue au second tour, Aulas caracole en tête avec 55 % des intentions. Ces résultats projettent une victoire qui semble s'écrire d'avance, donnant au candidat l'allure d'un président en exercice plutôt que celle d'un simple prétendant. La dynamique est telle que le principal adversaire d'Aulas n'est plus Doucet ou Belouassa-Cherifi, mais l'abstention ou une erreur majeure qui pourrait précipiter sa chute.
La solidité du bloc central et de droite
L'union de la droite et du centre autour du candidat a porté ses fruits. En rassemblant Les Républicains, Renaissance, Horizons, le MoDem et l'UDI, Jean-Michel Aulas a bâti une machine de guerre électorale difficile à contrer. Ce front large lui permet de présenter un visage de rassembleur, capable de transcender les petites querelles partisanes qui lassent souvent les Français. L'électorat modéré y voit une garantie de stabilité et de gestion pragmatique, à l'opposé du « bordel » souvent décrié dans la mandature sortante.
Cette union se traduit par des reports de voix quasi naturels. D'après les données disponibles, la quasi-totalité de l'électorat de droite se reconnaît dans le candidat. C'est un atout majeur dans un contexte où la gauche, éclatée entre plusieurs listes, peine à fédérer. La capacité d'Aulas à apparaître comme le candidat de l'ordre et de l'économie dynamique résonne particulièrement dans une période où les préoccupations sécuritaires et économiques pèsent lourd dans le choix des électeurs.
Le paradoxe du succès malgré les maladresses
Il est fascinant d'observer que malgré des déclarations maladroites et une maîtrise parfois approximative des dossiers techniques, la courbe de popularité de Jean-Michel Aulas ne fléchit pas. Cela suggère que pour une large partie de l'électorat, la perception de l'homme et de son parcours pèse plus lourd que la précision de son programme. Le « capital sympathie » accumulé durant ses années au club de football agit comme un bouclier contre les attaques, même les plus justifiées sur le fond.
Ce phénomène de « résilience médiatique » intrigue les analystes politiques. Habituellement, une erreur sur le prix d'un ticket de métro ou des hésitations sur le nom d'un ministre peuvent être fatales à une campagne. Pourtant, Aulas semble bénéficier d'une forme de grâce que lui accordent les Lyonnais, peut-être par dégoût de la politique traditionnelle ou par affection pour une figure identitaire de la ville. Le lien émotionnel qu'il a créé avec les supporters se mue en un lien civique, transformant l'acte de vote en un acte de soutien envers une personnalité plutôt qu'envers un programme politique.
La bourde du ticket de métro : un détail ou un symptôme ?
L'actualité récente a pourtant mis en lumière les faiblesses du candidat sur les dossiers concrets. Invité sur France Inter le 17 février 2026, Jean-Michel Aulas a commis une erreur significative sur le prix de l'abonnement mensuel des transports TCL. Interrogé sur ce sujet, il a estimé le coût à « 50 euros », se trompant largement par rapport au tarif réel qui s'élève à 74,10 euros pour un abonnement complet sans réduction. Pire, confronté à son erreur, il a tenté de justifier son chiffre en évoquant des réductions, tout en se trompant également sur le prix du ticket unitaire, qu'il a situé aux alentours de 1,80 euro contre 2,10 euros réellement.
Cette méconnaissance du quotidien des usagers des transports a fait bondir ses adversaires et a nourri les réseaux sociaux de moqueries. Pour un candidat qui veut incarner le changement et la proximité, ne pas connaître le coût du trajet domicile-travail de millions de Lyonnais est un faux pas symbolique fort. Cela renvoie l'image d'un dirigeant déconnecté des réalités du terrain, confortant les critiques sur son origine sociale et son mode de vie. Ironiquement, cette erreur survient alors qu'il propose la gratuité des transports pour les revenus inférieurs à 2 500 euros nets, une mesure phare de son programme qui nécessite justement une maîtrise parfaite du système actuel.
L'impact sur l'électorat jeune
Pour les jeunes électeurs, particulièrement sensibles au pouvoir d'achat et à la mobilité, cette bourde pourrait avoir un écho plus dur. Les 18-25 ans, qui bénéficient déjà de tarifs réduits autour de 25 euros, sont les premiers utilisateurs des transports en commun pour leurs études ou leurs premiers jobs. L'impression que le candidat ne connaît pas la valeur exacte de ce service essentiel peut créer un fossé entre eux et lui. C'est un argument que la gauche sortante tente de creuser, opposant la « technocratie » d'un chef d'entreprise à l'expérience du terrain de Grégory Doucet.
Pourtant, l'impact réel de cette erreur reste à mesurer. Si les réseaux sociaux s'en sont emparés avec virulence, il est possible que l'émotion retombe aussi vite qu'elle est montée. La question qui se pose est de savoir si les jeunes Lyonnais privilégieront cette compétence technique ou s'ils seront sensibles à l'attrait de la personnalité « winner » de JMA. Dans une ville où le football est religion, la culture de la performance et de la réussite personnelle prime souvent sur la minutie administrative.
La stratégie de dédramatisation de l'équipe Aulas
Face à cette polémique, l'entourage de Jean-Michel Aulas a choisi la carte de l'humour et de la proximité, minimisant l'importance de l'erreur. L'argument avancé est que le candidat n'est pas un technicien de la ville, mais un manager qui saura s'entourer des bonnes compétences. Le message implicite est que l'électeur ne vote pas pour un expert en tarification TCL, mais pour un capitaine qui donnera la direction. Cette stratégie du « visionnaire » contre le « technocrate » pourrait bien payer si elle est habilement menée jusqu'au bout de la campagne.
Il faut noter que cette erreur survient dans un contexte où le thème des transports est central. Entre l'abandon du projet de TEOL (Tram Express de l'Ouest Lyonnais) ou la promesse d'une nouvelle ligne de métro E, Aulas a des positions fortes qui balayent peut-être, aux yeux de l'électeur, ce manque de précision sur les tarifs actuels. L'électeur peut penser qu'un homme capable de gérer un club de football aux budgets astronomiques saura gérer le budget d'une ville, même s'il ne connaît pas le prix du ticket de bus par cœur.
Grégory Doucet et la difficulté de faire campagne face à un monument
En face, Grégory Doucet bataille pour exister face à ce mastodonte médiatique. Le maire sortant écologiste, malgré un bilan à défendre et une progression récente dans les sondages (passant à 30 % dans certaines enquêtes), peine à faire entendre sa voix. Son profil de gestionnaire sérieux, certes compétent mais moins « people », souffre de la comparaison avec l'omniprésence médiatique de son adversaire. La campagne est devenue un référendum pour ou contre Aulas, laissant peu de place au projet de Doucet.
Lors du débat télévisé du 24 février sur BFMTV, on a vu un Grégory Doucet à l'attaque, tentant de déstabiliser le favori sur ses faiblesses programmatiques. Il a notamment dénoncé ce qu'il qualifie de « récupération politique indécente » de la part d'Aulas suite à la mort tragique du militant Quentin Deranque. Cette tentative de montrer l'ancien patron de l'OL comme un opportuniste sans morale est une stratégie risquée mais nécessaire pour tenter de fissurer son marbre. La gauche sortante essaie de capitaliser sur les valeurs humanistes pour contrer le discours sécuritaire de la droite.
Le ciblage des classes populaires et de la jeunesse
Les chiffres du sondage Elabe montrent cependant que Doucet conserve une base solide chez les jeunes et les CSP+. Il est en tête chez les 18-34 ans, une tranche d'âge cruciale pour l'avenir de la ville. Cet appui se construit sur des sujets comme l'écologie, le logement étudiant ou la vie nocturne, domaines où la gauche dispose généralement d'un capital de confiance plus important. Le défi pour Doucet est de transformer cette sympathie intellectuelle en une mobilisation électorale massive le jour du vote, alors que les jeunes sont historiquement plus abstentionnistes.
Les propositions sur la modération des loyers ou la transition écologique résonnent particulièrement chez les étudiants et les jeunes actifs lyonnais. Pour eux, le modèle Aulas, symbole d'un capitalisme triomphant et urbain, peut faire peur s'il signifie une gentrification accrue de la ville. Le combat de Doucet est donc de faire entendre que la ville de demain ne peut pas se résumer à une gestion business, mais doit préserver une dimension sociale et humaine. Cependant, son image de « prof », sérieuse et parfois un peu scolaire, peine à rivaliser avec l'énergie communicative de l'ancien président de l'OL.
Les alliances fragiles de la gauche
Autre écueil pour le maire sortant : la recomposition de la gauche. La montée de la France insoumise (LFI), symbolisée par Anaïs Belouassa-Cherifi, crépite sur son flanc gauche. Bien que la candidate insoumise soit créditée de seulement 10 % des intentions, sa présence au second tour est possible et pourrait diviser l'électorat de gauche. L'ambiance du débat a montré des tensions fortes, Doucet posant des conditions fermes pour toute alliance, notamment sur le refus du désarmement de la police municipale, une ligne rouge pour le candidat écologiste face aux revendications de l'ultragauche.
La gauche lyonnaise se retrouve dans la position inconfortable de devoir s'allier pour espérer battre Aulas, tout en devant clarifier ses divergences programmatiques. Les déclarations d'Anaïs Belouassa-Cherifi, affirmant que sa priorité absolue est qu'Aulas ne devienne pas maire, ouvrent la voie à un désistement républicain au second tour. C'est l'arme ultime de la gauche, mais elle repose sur un calcul risqué : mobiliser les électeurs de LFI pour un candidat écologiste qui ne leur correspond pas totalement idéologiquement.
L'insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi et la troisième voie
Au cœur de cette dynamique à gauche, Anaïs Belouassa-Cherifi tient un rôle trouble mais stratégique. Candidate LFI, elle navigue entre la volonté d'exister politiquement pour son courant et l'impératif de barrer la route à la droite. Sa performance dans les sondages, avec 10 % d'intentions de vote selon Elabe, est suffisante pour lui assurer une présence potentielle au second tour, lui donnant un rôle de faiseur de roi. Le message qu'elle porte est clair : une rupture avec le système capitaliste incarné par Aulas, mais aussi une critique radicale de la gestion « too little, too late » de Grégory Doucet.
Son discours s'adresse particulièrement à une jeunesse en colère, déçue par les promesses non tenues de la gauche gouvernementale. Durant le débat, elle a pris position sur des questions sociétales brûlantes, tentant de défendre l'action de la Jeune Garde, un groupuscule d'ultragauche pourtant dans le collimateur de l'enquête sur la mort de Quentin Deranque. Cette posture défensive, teintée de radicalité, lui permet de se distinguer nettement de la gauche plurielle de Doucet, proposant une alternative plus hardie pour les électeurs lassés des compromis.
La stratégie du « Front républicain » à gauche
Malgré les divergences idéologiques profondes, notamment sur la sécurité et la police municipale, la candidate LFI a indiqué qu'elle était prête à « tout mettre en œuvre » pour empêcher l'élection de Jean-Michel Aulas. Cette déclaration, faite lors du débat télévisé, sonne comme un appel au rassemblement. La stratégie est simple : utiliser le premier tour pour peser idéologiquement, puis se désister ou fusionner au second pour faire barrage au candidat de droite. C'est un classique de la politique française, mais qui demande une grande discipline militante pour fonctionner.
Cette dynamique de front anti-Aulas pourrait bénéficier à Grégory Doucet, à condition qu'il rassure sur son volontarisme en matière de sécurité et d'ordre public. La gauche doit gérer un équilibre précaire : attirer les électeurs radicaux de LFI sans effrayer le centre-gauche qui reste sensible à la sécurité, un thème où Aulas excelle. La candidate LFI joue donc un rôle d'aiguillon, forçant Doucet à se durcir sur certains sujets pour ne pas perdre sa base, risquant par là même de se décaler de l'électorat modéré indispensable à la victoire.
La sécurité, thème central d'une campagne polarisée
Impossible d'évoquer cette campagne sans aborder le sujet épineux de la sécurité. La mort tragique de Quentin Deranque a plongé la ville dans une période de tension intense et a changé la nature de la campagne. Les débats se sont cristallisés sur ce drame, chacun des candidats tentant d'en tirer des leçons politiques à son avantage. Pour Jean-Michel Aulas, c'est l'occasion de marteler sa volonté de « remettre de l'ordre » dans une ville qu'il juge délaissée par le pouvoir sortant.
Le candidat a proposé des mesures très dures, allant jusqu'à doubler le nombre de caméras de vidéoprotection, passant de 571 à 1 200 unités, et à augmenter drastiquement les effectifs de la police municipale. Il a également pointé du doigt l'absence de caméras dans le 4ᵉ arrondissement lors d'un échange vif avec Grégory Doucet, illustrant sa stratégie de la « ville sous haute surveillance ». Ce discours séduit un électorat lassé par l'insécurité réelle ou ressentie, en particulier chez les seniors et les commerçants, comme le confirment les intentions de vote dans ces catégories.
La réponse de la gauche sortante
Grégory Doucet se trouve sur la défensive sur ce terrain, tentant de concilier l'humanisme de sa gauche et l'exigence de calme public. Il critique l'approche « sécuritaire » d'Aulas qu'il juge démagogique et inefficace sur le long terme, rappelant que la sécurité passe aussi par la prévention et l'éducation. Pourtant, face à la multiplication des faits divers et à l'impact médiatique de la mort de Quentin, ce message de fond a du mal à percer le bruit des alarmes.
La gauche tente également de dénoncer l'instrumentalisation politique de la violence par Aulas. L'épisode du portrait de Quentin Deranque sur les grilles de l'Hôtel de Ville a été l'occasion pour Doucet d'accuser son adversaire de faire de la récupération politique « indécente ». C'est un combat difficile, car sur le terrain de l'émotion et du symbolique, le candidat de droite semble prendre l'avantage en s'affichant comme le protecteur des Lyonnais face au chaos.
Le débat télévisé : un moment de vérité pour les candidats
Le débat télévisé du 24 février sur BFMTV a constitué un moment crucial dans cette campagne. Première confrontation directe entre les quatre principaux candidats, cet échange a révélé les lignes de fracture et les stratégies de chacun. Les observateurs ont noté que les échanges se sont souvent concentrés sur des affrontements personnels et des questions de sécurité, au détriment des projets de fond pour la ville. Cette dynamique a particulièrement profité à Jean-Michel Aulas, qui a pu se présenter comme le candidat du rassemblement et de l'action, face à une gauche divisée.
Le format du débat a mis en lumière les forces et faiblesses de chaque protagoniste. Aulas, novice en politique à 76 ans, était celui qui avait le plus à perdre mais a su jouer de son statut d'homme d'affaires « hors système ». Il s'est présenté comme un candidat de la société civile, affranchi des querelles partisanes, même si ses adversaires l'ont régulièrement déstabilisé sur ses connaissances techniques. Grégory Doucet, quant à lui, a tenté d'incarner la compétence et le sérieux du gestionnaire, mais a parfois paru en retrait face à l'énergie de son adversaire.
Les alliances potentielles au second tour
L'un des moments forts du débat a été la clarification des positions sur les alliances possibles au second tour. Interrogé sur une éventuelle fusion avec la liste LFI, Grégory Doucet a répondu pour la première fois clairement « oui », mais « à certaines conditions ». Il a notamment exigé qu'aucun membre de l'équipe d'Anaïs Belouassa-Cherifi ne soit « impliqué dans des violences » et a fermement refusé le désarmement de la police municipale, une proposition phare du programme insoumis.
De son côté, la candidate LFI a affirmé que sa « priorité absolue » était que « Jean-Michel Aulas ne devienne pas le prochain maire de Lyon ». Elle s'est déclarée prête à discuter d'un « désistement » ou d'une « fusion sur la base du programme ». Ces déclarations ouvrent la voie à un front républicain à gauche, mais les conditions posées par Doucet montrent que cette alliance ne se fera pas sans heurts. Le maire sortant doit en effet ménager son électorat centriste tout en essayant de récupérer les voix de l'ultragauche.
Les propositions concrètes des candidats pour Lyon
Au-delà des polémiques et des stratégies électorales, les Lyonnais attendent des propositions concrètes pour leur ville. Chaque candidat a détaillé son programme, avec des priorités parfois radicalement différentes. Jean-Michel Aulas a présenté cinq axes principaux : la culture, la sécurité, la solidarité, les services publics et le développement économique. Ses propositions phares incluent la gratuité des transports pour les revenus inférieurs à 2 500 euros nets par mois, la création d'une nouvelle ligne de métro E, et un plan massif de sécurité avec le doublement des caméras de vidéoprotection et l'augmentation des effectifs de police municipale à 500 agents.
Grégory Doucet, de son côté, mise sur la continuité de sa politique écologiste, avec un accent sur la transition énergétique, la modération des loyers et l'amélioration des services publics. Il défend son bilan en matière de végétalisation de la ville et de développement des transports doux, tout en promettant de renforcer la sécurité par des moyens plus ciblés et préventifs. La candidate LFI, Anaïs Belouassa-Cherifi, propose quant à elle des mesures plus radicales comme le désarmement de la police municipale, la création de logements sociaux en grand nombre et une politique de gratuité étendue aux services essentiels.
L'enjeu des transports et de la mobilité
Les transports représentent un enjeu majeur pour les Lyonnais, comme l'a malheureusement illustré la bourde d'Aulas sur le prix des abonnements TCL. Le candidat de droite propose d'abandonner le projet de TEOL (Tram Express de l'Ouest Lyonnais) pour privilégier une nouvelle ligne de métro, jugée plus efficace. Il promet également la gratuité partielle pour les ménages modestes, une mesure populaire mais dont le financement reste flou.
Grégory Doucet défend quant à lui le développement des transports en commun et des mobilités douces, avec un accent sur l'intermodalité et la réduction de la place de la voiture en centre-ville. Son bilan en la matière est mitigé, avec des projets parfois contestés mais une réelle avancée dans le développement du réseau cyclable. La question des transports cristallise ainsi deux visions de la ville : l'une orientée vers l'efficacité et le développement économique, l'autre vers la transition écologique et la qualité de vie.
L'analyse des sondages : une victoire annoncée mais pas acquise
Les différents sondages publiés ces dernières semaines convergent tous vers une victoire de Jean-Michel Aulas, mais avec des marges variables qui laissent place à l'incertitude. L'enquête Elabe-Berger Levrault pour Le Figaro et BFMTV le crédite de 43 % au premier tour, devant Grégory Doucet à 29 %. Un autre sondage OpinionWay pour LyonMag et Radio Espace lui attribue même 47 % des intentions de vote, confirmant sa position de favori. Ces chiffres impressionnants cachent cependant des réalités plus nuancées.
Premièrement, les sondages ont été réalisés pour la plupart avant la mort de Quentin Deranque, un événement qui a profondément bouleversé la campagne et pourrait modifier les équilibres. Deuxièmement, la mobilisation des électeurs reste incertaine, notamment chez les jeunes qui constituent le principal réservoir de voix de Doucet. Enfin, la possibilité d'une triangulaire au second tour avec le maintien d'Anaïs Belouassa-Cherifi complique les projections, même si Aulas reste donné vainqueur dans ce scénario avec 55 % des voix.
Le profil des électeurs de chaque candidat
L'analyse détaillée des intentions de vote révèle des clivages générationnels et sociaux marqués. Jean-Michel Aulas séduit particulièrement les seniors (66 % des votes chez les 55-64 ans selon certains sondages), les personnes inactives et les CSP-. Son électorat est majoritairement masculin et se concentre dans les arrondissements périphériques et les communes limitrophes. À l'inverse, Grégory Doucet domine chez les jeunes (45 % chez les moins de 40 ans) et les CSP+, avec une forte implantation dans les arrondissements centraux et universitaires.
Ces différences reflètent deux visions de la ville qui s'affrontent : une Lyon business, tournée vers le développement économique et la sécurité, contre une Lyon solidaire, écologique et inclusive. Le choix des Lyonnais le 15 mars prochain ne se résumera donc pas à une simple préférence personnelle entre deux candidats, mais à une orientation fondamentale pour l'avenir de leur ville.
Les derniers jours de campagne : ce qui peut tout changer
À moins de trois semaines du premier tour, la campagne entre dans sa phase décisive. Plusieurs facteurs pourraient encore influencer le résultat final. D'abord, la capacité de Jean-Michel Aulas à éviter de nouvelles bourdes comme celle sur les tarifs TCL. Son équipe de campagne travaille à le préparer aux sujets techniques, mais le candidat devra faire preuve d'une discipline de fer pour ne pas offrir d'ouvertures à ses adversaires.
Ensuite, la mobilisation de l'électorat jeune sera déterminante. Grégory Doucet a besoin d'une participation massive des 18-34 ans pour espérer créer la surprise. Ses équipes multiplient les actions de terrain dans les universités et les quartiers jeunes, mais le défi reste immense face à la popularité quasi mythique de l'ancien président de l'OL. Enfin, la question des alliances au second tour pourrait redistribuer les cartes. Si la gauche parvient à s'unir derrière un seul candidat, elle pourrait rendre la compétition plus serrée.
L'impact de l'affaire Quentin Deranque
La mort tragique du militant nationaliste a introduit une variable imprévue dans cette campagne. Elle a remis la sécurité au cœur du débat, un thème qui avantage traditionnellement la droite. Jean-Michel Aulas a su habilement capitaliser sur ce drame pour renforcer son discours sécuritaire, tandis que Grégory Doucet a tenté de recentrer le débat sur les causes sociales de la violence. L'émotion suscitée par cet événement pourrait influencer les derniers indécis, particulièrement sensibles aux questions d'ordre public.
Les derniers meetings, les ultimes débats et la communication de dernière minute seront déterminants. Dans une campagne où l'image et la communication jouent un rôle prépondérant, la moindre maladresse peut avoir des conséquences disproportionnées. Les équipes des candidats travaillent donc à peaufiner leurs messages et à préparer leurs arguments pour les dernières semaines, sachant que tout peut encore basculer.
Conclusion : une ville à la croisée des chemins
Alors que nous approchons du premier tour des municipales à Lyon, prévu le 15 mars, la ville semble suspendue au verdict d'une élection exceptionnelle. Jean-Michel Aulas, malgré ses erreurs de casting sur le prix des tickets de métro ou sa méconnaissance de certains dossiers techniques, reste le grand favori. Son image de « winner », son énergie et sa capacité à rassembler au-delà des clivages traditionnels font de lui un adversaire redoutable pour Grégory Doucet. L'électorat jeune, partagé entre la séduction de la personnalité Aulas et la prudence programmatique de la gauche, pourrait bien avoir le dernier mot dans cette élection.
La présence d'une troisième voie à gauche, incarnée par Anaïs Belouassa-Cherifi, ajoute une complexité supplémentaire à l'équation. Le second tour promet d'être un moment de vérité, où les alliances et les désistements joueront un rôle crucial. Peu importe les sondages, la bataille pour Lyon ne fait que commencer et les dernières semaines risquent d'être intenses. Entre gestion technique et charisme visionnaire, sécurité et écologie, les Lyonnais devront choisir l'identité qu'ils souhaitent donner à leur ville pour les six prochaines années. Pour les plus jeunes, c'est aussi un choix de société : une ville business ou une ville solidaire ? La réponse se trouve dans les urnes.