Marine Le Pen peut aujourd'hui faire campagne pour 2027. Elle a été condamnée, puis sa peine d'inéligibilité a été purgée en quinze mois, et son pourvoi en cassation suspend ce qui reste. Tout se jouera début avril 2027.

Pourquoi 5 ans d'inéligibilité immédiate le 31 mars 2025
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné Marine Le Pen le 31 mars 2025 à 4 ans de prison dont 2 ans ferme, 100 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire. Le motif : détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Le préjudice estimé par le tribunal s'élève à 2,9 millions d'euros.
Les faits portent sur la période 2004-2016. Le Parlement européen verse à chaque eurodéputé une enveloppe pour payer ses assistants - 23 000 euros par mois en 2014, 32 072 euros aujourd'hui. Le jugement retient que le Rassemblement national a utilisé cette enveloppe pour faire travailler des assistants au service du parti, pas des élus européens, via des contrats fictifs. Objectif : renflouer un parti alors en difficulté financière.
L'exécution provisoire est le point qui a tout changé. Elle rend l'inéligibilité applicable immédiatement, même en cas d'appel, et aurait empêché une candidature jusqu'en 2030. Le Conseil constitutionnel, saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité, l'a validée le 28 mars 2025 (décision n°2025-1129) mais avec une réserve : le juge doit vérifier que l'atteinte à la liberté de l'électeur et à l'exercice d'un mandat en cours reste proportionnée. C'est ce contrôle de proportionnalité qui alimente depuis deux lectures opposées. Le RN et ses soutiens dénoncent une décision politique qui prive les électeurs de leur choix et parlent de procès en légitimité. Magistrats et constitutionnalistes répondent qu'il s'agit de l'application normale des lois de probité à un détournement avéré.
Comment l'appel du 7 juillet 2026 l'a rendue de nouveau éligible
La cour d'appel de Paris a confirmé la culpabilité le 7 juillet 2026, mais elle a allégé les peines. Marine Le Pen est condamnée à 3 ans de prison dont 1 an ferme aménageable sous bracelet électronique, 100 000 euros d'amende et 45 mois d'inéligibilité dont 30 avec sursis.

La partie ferme de l'inéligibilité est de 15 mois. Elle était déjà purgée au 30 juin 2026 grâce à l'exécution provisoire qui courait depuis le 31 mars 2025. Résultat : au jour de l'arrêt, Marine Le Pen redevient éligible pour la présidentielle prévue les 18 avril et 2 mai 2027. Elle peut débuter la campagne sans bracelet, le temps des voies de recours.
Jugement en appel Marine Le Pen : des faits graves, une peine légère détaille cet équilibre entre faits jugés graves et peine d'inéligibilité en partie avec sursis.
Elle s'est pourvue en cassation dès le 7 juillet. Ce pourvoi suspend l'exécution de la peine. La condamnation ne devient pas définitive tant que la Cour de cassation n'a pas statué. Le premier président de la Cour a indiqué que le dossier serait examiné avant le début de la campagne présidentielle, au plus tard début avril 2027. C'est le calendrier qui fait de la Cour l'arbitre du calendrier électoral. Bracelet électronique ou retrait : l'ultimatum de Marine Le Pen pour 2027 revient sur ce que signifie concrètement l'aménagement sous bracelet.
Tant qu'aucune décision de cassation n'intervient, le statut créé par l'arrêt d'appel reste le statut opératoire. C'est ce qu'il faut comprendre, pas une relaxe ni une validation définitive.
Quel est son statut réel fin août 2026
Les 27 et 28 août 2026, Marine Le Pen a participé comme candidate déclarée à La REF, le forum du Medef organisé à Roland-Garros, aux côtés de six autres candidats à la présidentielle. Sa présence, comme celle des autres prétendants, confirme en temps réel qu'aucune décision de cassation n'est venue à cette date remettre en cause l'éligibilité restaurée le 7 juillet.
Elle fait campagne normalement. Les meetings, les interviews et les débats se déroulent sur cette base juridique : éligible sous pourvoi suspensif, dans l'attente d'une décision qui interviendra avant le premier tour.
Que disent les sondages et que vaut le plan B Bardella
Quelques jours après l'arrêt d'appel, un sondage Elabe la crédite de 34 à 35,5 % au premier tour, soit 3 points de plus qu'en mars. Elle devancerait nettement Édouard Philippe (16,5 à 19 %) et Jean-Luc Mélenchon (14,5 à 16 %). Au second tour, elle l'emporterait dans tous les duels testés : 67,5 % contre 32,5 % face à Mélenchon, 58,5 % contre 41,5 % face à Raphaël Glucksmann, 54 % contre 46 % face à Gabriel Attal et 52 % contre 48 % face à Philippe.

Le RN a préparé un plan B si l'inéligibilité redevenait définitive après cassation. Jordan Bardella, président du parti depuis novembre 2022, est désigné pour prendre le relais. Les sondages de 2026 le créditent de 34 à 38 % au premier tour, au même niveau que Marine Le Pen et devant tous les autres candidats testés. L'écart entre les deux n'est pas significatif dans les intentions de vote actuelles.
Le "tandem" Le Pen-Bardella survivra-t-il à la décision du 7 juillet ? explique pourquoi cette interchangeabilité apparente ne règle pas la question de l'incarnation et de la structure de campagne.
L'enjeu n'est pas seulement le score. Une candidature Le Pen capte un électorat différent de celui de Bardella sur certains segments, et inversement. Mais en termes d'ordre de grandeur, le RN conserve son socle autour d'un tiers des voix, avec ou sans elle, selon les mesures disponibles fin août.
Combien doit payer le RN et peut-il payer
La facture financière est lourde et elle est exécutoire. En appel, le RN a été condamné à 2 millions d'euros d'amende dont 1 million avec sursis, plus la confiscation d'1 million d'euros. Le parti doit aussi verser 3,5 millions d'euros de dommages-intérêts au Parlement européen - 80 000 euros de frais d'avocats, 200 000 euros de préjudice moral, 3,25 millions de préjudice économique. L'exécution provisoire permet au Parlement de recouvrer immédiatement, malgré le pourvoi.
Marine Le Pen et Jordan Bardella ont dénoncé une mise à mort financière. Les chiffres relativisent ce discours. Le RN perçoit environ 15 millions d'euros d'aide publique annuelle grâce à ses résultats électoraux. Le parti a les moyens de rembourser, de manière échelonnée, sans disparaître. La condamnation pèse sur sa trésorerie et ses marges de manoeuvre, elle ne le met pas en faillite.
Le face-à-face qui reste est double. Juridique d'abord : la Cour de cassation ne rejuge pas les faits, elle vérifie le droit. Politique ensuite : si elle casse l'arrêt, un nouveau procès en appel s'ouvrirait après la présidentielle ; si elle le confirme, la partie avec sursis de l'inéligibilité et les peines financières deviendraient définitives. Dans les deux cas, la campagne de 2027 se fait sous incertitude juridique, et c'est cette incertitude, plus que le montant des peines, qui reconfigure la stratégie du RN jusqu'à début avril.