Vue en gros plan d'une pile de manuels scolaires sur un bureau d'enseignant, lumière naturelle venant d'une fenêtre, atmosphère studieuse
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Manuels scolaires Bolloré : pourquoi des enseignants appellent au boycott

Alors que la rentrée 2026 approche, un appel au boycott des manuels du groupe Bolloré se lance pour dénoncer le financement de médias d'extrême droite par l'école. Découvrez les enjeux de cette mobilisation.

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Dans les salles des professeurs et lors des conseils pédagogiques, une conversation inédite s'engage alors que la période de commandes pour la rentrée 2026 bat son plein. Au-delà de la pertinence des contenus ou de l'ergonomie des supports, un critère politico-économique émerge soudainement dans le choix des équipements scolaires : l'origine éditoriale des ouvrages. Un collectif baptisé « ÉducNat contre Bolloré » traverse la France pour alerter sur un lien jugé inquiétant entre l'argent public investi dans l'éducation et le financement d'un empire médiatique d'extrême droite. L'enjeu dépasse la simple consommation : il s'agit de comprendre comment chaque manuel acheté pourrait, in fine, nourrir une machine idéologique qui travaille à droite de l'échiquier politique.

Vue en gros plan d'une pile de manuels scolaires sur un bureau d'enseignant, lumière naturelle venant d'une fenêtre, atmosphère studieuse
Vue en gros plan d'une pile de manuels scolaires sur un bureau d'enseignant, lumière naturelle venant d'une fenêtre, atmosphère studieuse

La réunion de La Rochelle : une mobilisation qui s'organise

Le 3 mars 2026, dans une salle associative de La Rochelle, une vingtaine de personnes se sont pressées pour écouter les représentants du collectif « ÉducNat contre Bolloré ». Parmi eux, des enseignants, des parents d'élèves et des syndicalistes, tous réunis par une préoccupation commune : comment l'école peut-elle, sans le vouloir, devenir une source de revenus pour des médias qui combattent parfois les valeurs qu'elle enseigne ? Cette réunion n'est pas un événement isolé, mais l'une des étapes d'une tournée nationale initiée en 2025 et qui s'intensifie au moment crucial où les établissements scolaires finalisent leurs listes d'achats. L'atmosphère y était à la fois déterminée et inquiète, marquant la prise de conscience d'un pouvoir détenu par les enseignants, celui de « faire la caisse » ou non.

Le déclic financier

Michel Busse, enseignant retraité et membre actif du collectif, a résumé la situation par une formule qui fait la boucle sur les réseaux sociaux : « Quand on achète des produits de la maison d'édition de Vincent Bolloré et de ses satellites, on finance son projet politique d'extrême droite et ses médias, comme CNews. » Cette phrase résonne particulièrement dans le contexte actuel de concentration des médias, où les frontières entre l'édition littéraire, la presse d'information et les chaînes d'information continue sont de plus en plus poreuses. Pour ce collectif, il ne s'agit plus de soutenir la culture française, mais de participer, même indirectement, au financement d'un discours politique radicalisé.

De l'acte administratif au choix politique

Cette mobilisation tombe à point nommé. En effet, entre janvier et avril de chaque année, les professeurs documentalistes, les chefs d'établissement et les gestionnaires s'attellent à la lourde tâche de sélectionner les manuels qui accompagneront les élèves. Ces commandes, qui se chiffrent en centaines de millions d'euros à l'échelle nationale, sont souvent perçues comme des tâches administratives techniques, guidées par la qualité pédagogique. Or, le collectif tente de transformer cette procédure routinière en un véritable acte politique citoyen. L'objectif est d'inviter les équipes éducatives à regarder qui se cache derrière les logos historiques bien connus, comme Larousse ou Hachette, et à considérer l'impact de leur « pouvoir de marché » face à une oligarchie médiatique en plein essor.

De Hatier à Larousse : cartographie de l'empire scolaire Bolloré

Pour comprendre la portée du boycott appelé par « ÉducNat contre Bolloré », il est essentiel de déconstruire le paysage éditorial français. Longtemps, les enseignants ont eu le choix entre une myriade d'éditeurs scolaires aux identités bien trempées. Mais la donne a changé avec l'acquisition par le groupe Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré, du groupe Lagardère, propriétaire d'Hachette Livre. Cette opération a permis à l'homme d'affaires breton de mettre la main sur un pôle éditorial colossal, dominant largement le marché scolaire français. La difficulté pour les enseignants réside dans le fait que ces marques, centenaires pour certaines, continuent d'exercer un pouvoir de séduction lié à leur héritage pédagogique, masquant leur nouvelle appartenance à un conglomérat industriel aux objectifs diversifiés.

Hachette, Armand Colin, Foucher : les marques sous influence

La liste des éditeurs désormais sous l'aile de Vivendi/Bolloré est impressionnante et couvre quasiment toutes les matières et tous les niveaux. On y trouve des noms familiers aux oreilles de tout professeur : Armand Colin, réputé pour ses manuels d'histoire et de géographie ; Dunod pour le supérieur ; Edicef pour la documentation française ; Foucher pour les professionnels et les techniques ; mais surtout les géants Hachette Éducation, Hatier, et les dictionnaires Larousse. Cette concentration signifie que lorsqu'une équipe pédagogique choisit un manuel de l'une de ces marques, elle achète en réalité à un même maître d'œuvre. Le collectif « Désarmons Bolloré » fournit d'ailleurs des listes précises pour aider les enseignants à identifier ces « satellites » et à naviguer dans cet écosystème opaque, où le sigle de l'éditeur ne révèle plus forcément son actionnariat.

Le chiffre qui divise : 74 % ou « plus de la moitié » ?

La puissance réelle de cet empire sur les bancs de l'école fait l'objet de débats chiffrés. Il y a quelques années, le chiffre de 74 % de parts de marché des manuels scolaires détenus par Bolloré a circulé avec force, alimentant l'urgence de la mobilisation. Cependant, des vérifications menées par la presse, notamment Libération, ont tempéré ce chiffre. Il apparaît que pour satisfaire les autorités de la concurrence, le milliardaire a dû se séparer de certaines filiales éditoriales, réduisant légèrement cette emprise. Désormais, les syndicats comme le SNUipp 17 parlent prudemment de « plus de la moitié » du marché. Qu'il s'agisse de 51 % ou de 70 %, la réalité reste identique : une position quasi monopolistique qui inquiète quant à la pluralité des approches pédagogiques et, surtout, qui assure à l'actionnaire principal une manne financière considérable et régulière grâce aux crédits de l'Éducation nationale.

L'argent public qui nourrit CNews et Europe 1

Si la concentration éditoriale est un problème économique, la crainte exprimée par le collectif « ÉducNat contre Bolloré » touche avant tout à la circulation de l'argent. Les manuels scolaires représentent un marché juteux, estimé à plusieurs centaines de millions d'euros par an, intégralement financé par les deniers publics via les collectivités territoriales et l'État. Or, selon l'analyse de SUD Éducation 93, cette manne constitue une « rente quasi garantie » pour les éditeurs, renouvelée à chaque réforme des programmes. L'argument central des opposants est le suivant : ces bénéfices réalisés grâce à l'école ne sont pas nécessairement réinvestis dans le livre scolaire ; ils servent, par le jeu de la consolidation des comptes au sein du groupe Vivendi, à soutenir des activités médiatiques déficitaires mais stratégiques sur le plan idéologique.

Une « rente garantie » aux profits politiques

Le modèle économique décrit par les syndicalistes implique un cross-financement : les profits stables et sûrs générés par la vente de manuels aux collèges et lycées permettent d'équilibrer les comptes de médias qui, ailleurs, perdent de l'argent. CNews, par exemple, a longtemps fonctionné à perte avant de devenir une vitrine politique. En achetant un manuel Hatier ou Larousse, un établissement public participerait donc, mécaniquement, à ce financement croisé. C'est ce mécanisme que dénoncent les enseignants mobilisés : ils refusent que les impôts destinés à l'instruction de leurs élèves servent indirectement à alimenter une matrice de propagande. SUD Éducation 93 ne mâche pas ses mots en affirmant que l'école est devenue un instrument de rentabilité pour financer le « radicalisme d'extrême droite » porté par les autres chaînes du groupe.

De I-Télé à CNews : le modèle Fox News à la française

Pour comprendre où va cet argent, il suffit d'observer l'histoire récente des médias détenus par Vincent Bolloré. Après la prise de contrôle de Canal+ et du groupe audiovisuel, la chaîne d'information en continu I-Télé a été métamorphosée en CNews. Le processus a été brutal : remplacement des équipes dirigeantes, licenciements, et changement de ligne éditoriale pour s'aligner sur le modèle conservateur américain de Fox News. En parallèle, les stations de radio et la presse écrite ont subi des virages idéologiques similaires. La nomination de Geoffroy Lejeune, ex-directeur de Valeurs Actuelles, à la tête du Journal du Dimanche, a provoqué une grève historique de quarante jours, marquant la résistance du journalisme traditionnel à cette mainmise. Ces transformations, coûteuses en termes de ressources humaines et financières, sont rendues possibles par la solidité des autres piliers du groupe, dont l'édition scolaire est un des joyaux.

Janvier 2026 : le rappel des manuels « Objectif Bac » qui alerte

Les craintes concernant l'influence idéologique sur les contenus ont trouvé une résonance concrète et brutale en janvier 2026. Ce n'était plus une spéculation sur une éventuelle dérive future, mais un fait avéré qui a secoué la communauté éducative. Le groupe Hachette a été contraint de procéder au rappel immédiat de trois manuels parascolaires de la collection « Objectif Bac ». La raison ? Une formulation à propos des événements du 7 octobre en Israël qui a soulevé une vague d'indignation nationale, y compris au sein de la communauté juive et des associations de lutte contre le racisme. Cet incident, bien que rapidement traité par l'éditeur, agit comme un révélateur des dysfonctionnements internes et des risques de dérapage éditorial dans un empire concentré.

« 1 200 colons juifs » : la formulation qui a scandalisée

Dans les paragraphes concernés de ces ouvrages destinés aux lycéens préparant le baccalauréat, le texte qualifiait les victimes des attaques du Hamas du 7 octobre de « 1 200 colons juifs ». Plus choquant encore, les auteurs ne qualifiaient pas les actions du Hamas d'actes terroristes, utilisant une terminologie qui semblait légitimer la violence. La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) a réagi fermement en dénonçant « une forme inacceptable de légitimation du terrorisme ». Pour une maison d'édition scolaire, dont le rôle est de transmettre des connaissances vérifiées et des valeurs républicaines, une telle erreur est une faute professionnelle grave. Elle pose la question de la fiabilité des processus de validation et de relecture interne qui ont laissé passer ce texte avant l'impression et la diffusion en librairie.

Ce que cet incident révèle du contrôle éditorial

Au-delà de la faute sémantique, cet incident jette une lumière crue sur les restructurations internes menées depuis l'arrivée de Vincent Bolloré. SUD Éducation 93 a documenté les bouleversements au sein des équipes d'Hachette : déménagements forcés des services, division par trois des espaces de stockage des livres, et réductions drastiques des effectifs. Ces conditions de travail difficiles, couplées à une chasse aux coûts systématique, ont conduit à une fuite de nombreux auteurs et relecteurs expérimentés. On peut légitimement craindre que l'indépendance éditoriale, autrefois garantie par des comités de lecture rigoureux et pluriels, se soit érodée sous la pression de nouveaux objectifs de rentabilité à court terme. Si un manuel de bac peut contenir une telle aberration, qu'en est-il de la subtilité du traitement de l'histoire coloniale, des questions de genre ou des faits religieux dans les autres ouvrages ?

« Un formatage des esprits dès le plus jeune âge » : les craintes concrètes

L'inquiétude des enseignants ne se limite pas aux erreurs factuelles flagrantes comme celle de la collection « Objectif Bac ». Elle est plus sourde et touche à la nature même de la transmission des savoirs. Les membres du collectif craignent une influence idéologique diffuse, qui ne se manifesterait pas par des slogans grossiers, mais par un choix orienté des textes étudiés, des exemples utilisés ou des omissions récurrentes. C'est ce que certains appellent le « soft power » éditorial : la capacité à façonner la pensée critique des élèves par une présentation biaisée mais apparemment neutre des informations. Le risque est grand de voir les manuels devenir des vecteurs de conformisme intellectuel, alignés sur la vision du monde portée par les médias du même groupe.

Pas seulement l'histoire : la méfiance s'étend au français

Si l'on pense spontanément aux manuels d'histoire comme terrain privilégié des instrumentalisations idéologiques, la vigilance s'étend en réalité à toutes les disciplines. Christophe Métayer, professeur de physique-chimie intervenu lors des réunions du collectif, a souligné une réalité souvent négligée : « On pense souvent aux manuels d'histoire… Mais dans les manuels de français, des textes soigneusement choisis pourraient aussi avoir un effet sur la manière de réfléchir des élèves. » Le choix de telle ou telle œuvre littéraire, la présentation des auteurs, ou les extraits sélectionnés pour illustrer la grammaire ou l'argumentation sont autant d'opportunités pour insuffler une vision morale ou politique. Un glissement progressif vers une littérature plus traditionnaliste ou l'exclusion d'auteurs contemporains « dérangeants » pourrait se faire sans bruit, affectant la culture commune des futurs citoyens.

La quote de SUD Éducation 93 sur le pluralisme

Le syndicat SUD Éducation 93 résume parfaitement cet enjeu démocratique dans une de ses tribunes : « Si leur contenu dépend d'un seul empire médiatique et idéologique, on prend le risque d'un formatage des esprits dès le plus jeune âge, au détriment de la diversité pédagogique et du pluralisme des approches. » Cette mise en garde fait écho à l'expérience malheureuse de la Région Île-de-France, où la plateforme numérique Pearltrees, choisie pour diffuser des manuels scolaires, avait été épinglée pour suggérer des vidéos négationnistes lors de recherches sur l'histoire contemporaine. Ces exemples montrent que la technologie et l'édition ne sont pas neutres, et que la mainmise par un groupe aux convictions tranchées représente une menace pour la pensée libre à l'école.

Boycotter, oui, mais avec quels manuels alternatifs ?

Face à cette situation, l'appel au boycott se heurte à une réalité pragmatique : les enseignants doivent fournir des outils de qualité à leurs élèves pour la rentrée prochaine. Refuser les éditeurs du groupe Bolloré ne suffit pas ; il faut encore proposer des solutions viables. Heureusement, l'édition scolaire indépendante existe et résiste, bien que sa visibilité soit moindre face aux mastodontes publicitaires des grands groupes. Le collectif ÉducNat contre Bolloré et ses partenaires travaillent activement à la création de passerelles entre les enseignants et ces éditeurs de taille plus modeste, mais souvent plus audacieux et plus attachés aux valeurs du service public de l'éducation.

« Demandez conseil à votre libraire indépendant »

La première ressource recommandée par les militants est le réseau de librairies indépendantes. Contrairement aux grandes surfaces culturelles qui disposent souvent de rayonnages dominés par les productions des majors, les libraires indépendants connaissent parfaitement le catalogue des petits éditeurs et peuvent conseiller des manuels de qualité équivalente, voire supérieure, sur le plan pédagogique. Des initiatives comme l'ouvrage collectif « Déborder Bolloré », coédité par 128 éditeurs indépendants en 2025, illustrent la vitalité de ce secteur. Ce recueil, accompagné d'une plateforme en ligne, vise à documenter les alternatives existantes et à prouver qu'une autre organisation du livre est possible, loin de la logique de profit à tout prix.

L'exemple oublié de SUDEL : quand les instituteurs éditaient leurs manuels

Pour encourager les enseignants à croire en leur pouvoir de changement, les syndicats rappellent un pan méconnu de l'histoire de l'éducation : l'édition syndicale. De 1931 à 1977, le Syndicat national des instituteurs (SNI) possédait sa propre maison d'édition, la SUDEL. Dirigée par des syndicalistes et des pédagogues, cette structure a publié de nombreux ouvrages, dont le célèbre « Livre des instituteurs » de Joseph Soleil, qui a été un outil de référence pendant des décennies. Ce modèle d'édition autogérée prouve que les enseignants sont capables de produire leurs propres outils, adaptés à leurs méthodes et à leurs valeurs émancipatrices. SUD Éducation 93 et d'autres organisations appellent à s'inspirer de cet héritage pour imaginer, à l'ère du numérique, des coopératives éditoriales nouvelles qui rompraient avec la dépendance aux milliardaires idéologues.

L'école, nouveau champ de bataille idéologique de Bolloré ?

En élargissant le regard, on constate que la tentative de pénétration du monde scolaire par Vincent Bolloré s'inscrit dans une stratégie globale de conquête des sphères d'influence. Après les médias, la publicité et la distribution, l'école apparaît comme le dernier bastion à tomber pour asseoir une hégémonie culturelle et politique à long terme. La passivité des pouvoirs publics face à cette concentration inquiète d'autant plus qu'elle s'accompagne parfois de répressions symboliques envers ceux qui osent élever la voix. L'enjeu dépasse la simple gestion des manuels : il touche à la souveraineté intellectuelle de la nation et à la capacité de l'école à rester un sanctuaire républicain.

Pap Ndiaye, le ministre qui a dit tout haut ce que d'autres pensent tout bas

L'ampleur du sujet a été illustrée de manière éclatante par le sort de Pap Ndiaye. Lorsqu'il était ministre de l'Éducation nationale, ce dernier avait publiquement exprimé son inquiétude concernant la prise de contrôle de Hachette par Vincent Bolloré. Il avait affirmé sans ambages que le milliardaire avait transformé ses médias en « bouches du radicalisme d'extrême droite ». Une déclaration de lucidité qui lui a sans doute coûté son poste. Quelques mois plus tard, Pap Ndiaye était limogé du gouvernement et exilé vers un poste administratif à Bruxelles, loin de la scène médiatique française. Ce « rappel à l'ordre » envoyé aux cadres de l'État suggère que l'indépendance de l'école face aux puissances médiatiques et financières n'est pas une priorité pour le pouvoir exécutif actuel.

L'appel des syndicats : « préserver l'école et nos enfants »

Face à ce silence institutionnel, la société civile s'organise. Un ensemble de syndicats et d'associations, incluant la FSU-SNUipp, SUD Éducation et des mouvements citoyens, a lancé un appel vibrant pour « réagir contre la mainmise de Bolloré et des autres milliardaires idéologues ». Leur texte met en garde contre une « entreprise d'endoctrinement multiforme au service d'un projet d'extrême droite ». L'école est vue comme le dernier rempart contre la normalisation des idées complotistes et xénophobes véhiculées par certaines chaînes de télévision. Pour ces organisations, boycotter les manuels Bolloré n'est pas une simple action consumériste, c'est un acte de résistance nécessaire pour préserver l'esprit critique des élèves et garantir que l'école reste un lieu d'émancipation, et non le relais des ambitions d'un seul homme.

Conclusion : et si chaque commande de manuel était un acte politique ?

Alors que la période de commande touche à sa fin pour la rentrée 2026, l'appel lancé par le collectif « ÉducNat contre Bolloré » résonne comme une invitation à la responsabilisation. Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur les enseignants qui utiliseraient encore des manuels Hachette ou Hatier, souvent par méconnaissance de l'actionnariat, mais de prendre conscience du poids de nos choix collectifs. Chaque ligne budgétaire validée dans un conseil d'administration est un vote pour un certain modèle de société.

Le défi est de taille, mais les alternatives existent pour ceux qui cherchent à les utiliser. En se tournant vers les éditeurs indépendants, en réinventant des formes de mutualisation des ressources, ou simplement en exigeant plus de transparence sur les flux financiers, la communauté éducative peut reprendre le contrôle. L'histoire nous montre que l'école a toujours été un terrain de luttes pour défendre les valeurs de la République ; aujourd'hui, cette lutte passe aussi par la vigilance sur les ouvrages qui s'empilent dans les cartables. Comme le rappelle si justement le collectif : ne laissons pas Bolloré envahir les manuels scolaires et les cerveaux de nos enfants.

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Questions fréquentes

Pourquoi boycotter les manuels Bolloré ?

Le collectif « ÉducNat contre Bolloré » appelle à boycotter ces manuels car l'argent public utilisé pour les acheter finance indirectement un empire médiatique d'extrême droite. Les profits de l'édition servent à soutenir des médias comme CNews, qui véhiculent une idéologie opposée aux valeurs de l'école.

Quels éditeurs possèdent les manuels ?

Le groupe Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré, possède de nombreux éditeurs via Hachette Livre. On trouve notamment Hachette Éducation, Hatier, Larousse, Armand Colin, Foucher et Dunod.

Quel incident a touché les manuels Bac ?

En janvier 2026, Hachette a rappelé trois manuels « Objectif Bac » suite à une polémique sur une formulation qualifiant les victimes du 7 octobre de « 1 200 colons juifs ». Ce texte, ne qualifiant pas les actes de terrorisme, a été jugé inacceptable par la Licra.

Quelles sont les alternatives éditoriales ?

Les enseignants sont invités à se tourner vers les éditeurs indépendants et les librairies indépendantes. Des initiatives comme l'ouvrage collectif « Déborder Bolloré » mettent en avant ces alternatives pour éviter la logique de profit du groupe Bolloré.

Sources

  1. Déborder Bolloré 17/12/2025 · p-node.org
  2. 17.snuipp.fr · 17.snuipp.fr
  3. 93.snuipp.fr · 93.snuipp.fr
  4. desarmerbollore.net · desarmerbollore.net
  5. francebleu.fr · francebleu.fr
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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