Le jeudi 14 mai 2026, jour de l'Ascension, un groupe de huit personnes âgées de 60 à 75 ans a été pris par la mer sur la plage des Blancs-Sablons au Conquet, en Finistère. Trois d'entre elles ont perdu la vie. La sortie de longe-côte s'effectuait sans encadrement par un club, sur une plage non validée par la fédération, par conditions météo défavorables.

Une sortie entre amis confrontée à une mer violente
Vers 10 heures, alors que le groupe pratiquait le longe-côte, des vagues puissantes et resserrées l'ont submergé. Deux personnes — un homme et une femme — sont mortes sur place. Une troisième femme a été transportée à l'hôpital de Brest, où elle est décédée le lendemain d'un arrêt cardiaque. Cinq autres participants ont été blessés, dont certains grièvement.
Les conditions maritimes étaient mauvaises ce jour-là. La houle atteignait 3 mètres, d'origine nord-ouest. Les vents dépassaient 20 nœuds, avec des rafales atteignant 60 à 70 km/h. Il pleuvait. La température de l'eau n'était que de 13°C. Le maire du Conquet, Jean-Luc Milin, a décrit des « rouleaux assez puissants et resserrés ».
Selon Jean-Pierre Bastié, administrateur de la FFRandonnée chargé du longe-côte, les trois victimes avaient « l'habitude de sortir, sans encadrement, sur la plage des Blancs-Sablons ». Le groupe ne pratiquait pas sous la supervision d'un club agréé. La plage des Blancs-Sablons ne faisait pas partie des quelque 350 sites officiellement validés par la FFRandonnée.
Le procureur de Brest, Stéphane Kellenberger, a ouvert une enquête « aux fins de recherche des causes de la mort et de la blessure » pour comprendre les circonstances du drame. Les personnes ont été « a priori prises dans un phénomène maritime de houle, accentué par les conditions climatiques ».

Les cinq règles de sécurité de la FFRandonnée
La FFRandonnée et le ministère des Sports édictent cinq règles essentielles pour le longe-côte. Leur méconnaissance est un facteur récurrent dans les accidents.
1. Pratiquer uniquement sur les sites autorisés. La FFRandonnée valide environ 350 plages en France après vérification de la sécurité. La plage des Blancs-Sablons n'en faisait pas partie.
2. Porter un équipement adapté et complet. La combinaison néoprène et les chaussons aquatiques sont obligatoires. Une bouée de secours, un couteau et un sifflet sont indispensables.
3. Ne jamais partir seul. Il est recommandé de privilégier l'encadrement par un club agréé. Le groupe du Conquet pratiquait sans encadrement fédéral.
4. Vérifier la météo et les marées. Il faut consulter les bulletins météo marins et les coefficients de marée. Il est préférable de partir en mer étale, à basse mer, et d'éviter une mer formée. En cas de courant, la règle est de ne pas lutter, de lever les bras et d'appeler au secours.
5. Connaître ses limites. Il ne faut pas surestimer ses capacités physiques, même pour les pratiquants expérimentés.
La préfecture du Finistère a également rappelé sur X des consignes complémentaires : consulter les coefficients de marée, avoir un téléphone pour joindre le CROSS (numéro 196, qui permet la géolocalisation), et informer un proche ou la capitainerie de sa sortie avant de partir.

Une pratique en plein essor, mais un encadrement inégal
Le longe-côte, inventé il y a une vingtaine d'années par Thomas Wallyn à Dunkerque, connaît un succès rapide. La discipline compte aujourd'hui environ 22 000 licenciés en France, répartis dans 250 à 300 clubs, avec une croissance annuelle d'environ 10 %. Cette expansion dépasse la capacité de l'encadrement officiel.
Le drame du Conquet s'inscrit dans un schéma récurrent. Selon Jean-Pierre Bastié, sur environ 20 accidents graves survenus en dix ans dans le longe-côte, 17 ont eu lieu en dehors du cadre fédéral. La pratique non encadrée concentre la grande majorité des sinistres.
Cinq jours avant la tragédie du Conquet, Sophie Jacquot, 62 ans, multiple championne de France de longe-côte, est décédée d'un arrêt cardiaque juste après avoir remporté la médaille d'or du 400 m lors d'un championnat interzone à Mauguio-Carnon, dans l'Hérault. Cet événement, survenu dans un cadre compétitif officiel avec exigence de certificat médical, montre que le risque cardiaque persiste même lorsqu'une partie des règles de sécurité est respectée.
Le contexte national sur les noyades est préoccupant. L'été 2025 a enregistré 1 418 noyades et 409 décès en France, en hausse de 14 % et 16 % par rapport à l'année précédente, selon Santé publique France. Les adolescents de 13 à 17 ans ont vu les noyades mortelles doubler, passant de 10 décès en 2024 à 21 en 2025.
Thomas Wallyn, l'inventeur du sport, a réagi au drame du Conquet : « Ce drame au Conquet, ça fait mal, je le prends en pleine face. » Il a lui-même vécu des situations effrayantes, comme la perte d'un moniteur dans le brouillard ou le sauvetage d'un participant pris dans des filets de pêche. Son témoignage renforce l'importance de la prudence et de l'encadrement, des principes essentiels également rappelés dans d'autres domaines de pratique sportive à risques, comme lors de la montée des accidents d'avalanche en station (lire notre article sur les risques hors-piste dans les Hautes-Alpes). La sécurité nautique, en France comme à l'étranger, révèle des failles persistantes quand les règles ne sont pas suivies (le drame de Phu Quoc au Vietnam a illustré ces problèmes).