Dov Alfon a quitté la direction de la rédaction de Libération le 8 avril 2026, après six ans de mandat. Il avait 65 ans et a invoqué le souhait de retourner à l'écriture.

Sous sa direction, les abonnements numériques ont progressé de 444 %, atteignant 110 000 abonnés. L'audience numérique a doublé, à 40 millions de visites mensuelles. En décembre 2024, les équipes avaient critiqué un management perçu comme "vertical" et "interventionniste".
La rédaction choisit Sonia Delesalle-Stolper
Le candidat proposé par l'actionnaire, Nicolas Barré, a retiré sa candidature face à l'opposition de la rédaction. Sonia Delesalle-Stolper a été élue directrice de la rédaction par un vote des salariés à 83,2 % le 7 mai 2026, "conformément aux statuts". Ce résultat montre le pouvoir de veto réel de la rédaction sur le successeur.

Le cadre de propriété pèse sur cette gouvernance. Libération a été transférée en 2020 du groupe Altice (Drahi) au Fonds de dotation pour une presse indépendante (FDPI). Altice, via Denis Olivennes, conserve une forte influence. Daniel Kretinsky (CMI France) a obtenu un siège d'administrateur et renfloué le titre. Le principal financeur actuel est Kretinsky, pas Altice.
Les financements externes soutiennent la diffusion
Libération bénéficie d'aides publiques d'environ 10,4 M€ selon le ministère de la Culture. Daniel Kretinsky a renfloué le quotidien à quatre reprises depuis 2022, pour un total de 59 millions d'euros, dont 17 M€ en décembre. Le titre repose donc sur un mécène actionnaire et sur les subventions, plutôt que sur un équilibre de marché.

La diffusion France Payée certifiée ACPM s'élève à 117 465 exemplaires en 2025 et 122 649 en juin 2026. Ces chiffres restent modestes face aux besoins de trésorerie.
La crainte d'un lissage éditorial
La rédaction et Mediapart craignent un lissage de la ligne éditoriale, notamment avec la candidature de Nicolas Barré perçue comme économiquement libérale. Cette inquiétude illustre la tension entre indépendance rédactionnelle et choix de l'actionnaire.
Le vote à 83,2 % en faveur de Sonia Delesalle-Stolper, conformément aux statuts, marque une résistance rédactionnelle. Le titre reste économiquement fragile, soutenu par les renflouements de Daniel Kretinsky (59 millions d'euros depuis 2022) et par les aides publiques d'environ 10,4 millions d'euros, ce qui souligne la dépendance du quotidien à ses mécènes et à l'État.