
Dans beaucoup d'esprits, « grande chaîne de télévision française » se traduit par TF1. Or cette chaîne est loin d'être la seule sur le marché ou d'avoir le monopole. En effet, sa principale concurrente se trouve être M6. Cette jeune station hertzienne arrive en seconde place dans la course à l'audimat. Ainsi, entre les deux, une sorte de « mini-guerre » s'est instaurée. Qui obtiendra la plus importante audience ce soir ? Qui va recevoir la vedette en vogue ? Tous les sujets sont prétextes à la compétition. On constate même que cette rivalité peut parfois se faire aux dépens du téléspectateur.
M6 et TF1 : une rivalité historique qui s'intensifie
Adversaires déclarés depuis plusieurs années, M6 et TF1 se disputent la moindre part de marché. On pourrait craindre que l'argent soit leur seule motivation. Chaque concept trouvé par l'un est médiocrement copié par l'autre ; sur le long terme, les deux chaînes deviennent identiques.
Deux domaines en revanche échappent à cette règle et ne sont pas source de conflits : le sport et les informations nationales. Il est vrai que les émissions sportives et les actualités ne sont pas la priorité de M6. Du moins, elles ne l'étaient pas jusqu'ici. Car « la jeune généraliste des 15-24 ans » (d'après Nicolas de Tavernost) s'intéresserait au sport de haut niveau. Depuis février 2003, celle-ci veut jouer dans la cour des grands avec le football.
Et oui, la chaîne qui diffusait La Petite Maison dans la prairie en boucle a gravi des échelons. Parallèlement à cette nouveauté, ses informations resteront un résumé de six minutes.
Pourquoi TF1 et M6 copient leurs programmes
Donc, mises à part le journal télévisé, M6 et TF1 se calquent sur tous les plans. L'exemple le plus récent : la première chaîne s'est inventée productrice de nouveaux talents avec Stars Academy. Ce qui n'est pas sans rappeler Pop Stars ou Graine de Stars sur M6. L'arrivée des jeux Qui veut gagner des millions et Le Maillon faible sur la Une a immédiatement trouvé son équivalent chez M6. Dans Mission : un million, on retrouvait cette ambiance sombre, ces questions en rafale et un animateur très sérieux (ici Alexandre Delpérier). Seulement la règle devait être trop complexe pour une émission de détente. La programmation n'a pas dépassé trois semaines de diffusion.

Ces exemples d'imitation sont malheureusement une généralité.
Télé-réalité : l'arme majeure dans la guerre des audiences
Les reality shows font désormais la loi sur le petit écran, pour la plus grande joie des deux chaînes. Tantôt aux Caraïbes, tantôt en Thaïlande ou même en pleine banlieue parisienne, chacune des émissions est un franc succès.
Mais où cette « télé-poubelle », télé de tous les débordements, va-t-elle s'arrêter ?
Il est vrai que la concurrence a toujours existé entre ces chaînes privées, mais depuis deux ans, elle s'est accentuée avec le fameux Loft Story. Grâce à ce sommet de l'indiscrétion et du vulgaire, M6 a su dépasser toutes les limites, jusqu'à user de la provocation pour atteindre la pole position. Dès le premier soir, on a pu comptabiliser une montée de l'audience de 96 % par rapport aux films initialement prévus le jeudi.
Ainsi, les jeunes sont revenus sur cette chaîne ; avant cela, on avait constaté une baisse de 10 % dans cette tranche d'âge. Après ce phénomène, TF1 a décidé de récupérer son taux d'audience. Elle a donc inventé d'autres types d'émissions du même genre :
- Star Academy : aventure d'une quinzaine de personnes vivant dans un château et suivant des cours avec des professionnels dans le but de devenir artiste ;
- Koh-Lanta : dix « Robinson Crusoé » sur une île déserte, filmés et coupés du monde extérieur.
Samedi 6 juillet, TF1 a diffusé la saga de « l'île de la tentation ». M6 a enchaîné aussitôt, à partir du jeudi 11 juillet, avec Opération Séduction.
Les raisons du succès économique de la télé-réalité
Cet enthousiasme des chaînes privées ne doit rien au hasard : ces émissions ne coûtent pas beaucoup plus cher qu'une autre mais rapportent beaucoup plus. De plus, ce type de programme est un produit multimédia (télévision, téléphone, Internet, SMS, presse, disques...). Chaque support entraîne des recettes qui s'ajoutent à celles de la publicité télévisée, dont les tarifs sont en hausse.
Pour ces deux chaînes, la télé-réalité n'a plus rien d'évènementiel comparé à ses débuts. À l'antenne, elle est devenue un produit banal. Cependant, avec ces émissions, ces chaînes ont su se redonner une image jeune. D'après le vice-président de M6, ce genre d'émissions a apporté « une forme d'innovation à la télé » et « une image de modernité » pour le directeur des programmes de TF1. Aussi, les téléspectateurs sont surtout des téléspectatrices (elles représentent 62 % des adeptes).
Quel avenir pour la télé-réalité sur M6 et TF1 ?
Télé-réalité : produit infatigable ? Pas si sûr. Loft Story 2 n'a pas eu le succès attendu ; les jeunes ont été choqués par la « vulgarité » de la nouvelle émission. Mais les deux chaînes n'ont pas dit leur dernier mot.
TF1 reste incontestablement la chaîne la plus regardée de France. Elle rassemble en moyenne 33,7 % des téléspectateurs contre 19,5 % pour M6. La différence peut paraître très importante. Cependant, que ce soit M6, France 2, France 3, toutes ces chaînes restent nettement en retrait dans la bataille de l'audimat par rapport à la Une.
M6 a développé et adopté ses programmes à la jeune génération. Alors que TF1, à l'origine, s'intéresse davantage aux enfants et aux seniors. Il suffirait donc qu'elles s'accordent pour que cette rivalité, qui tourne au dérisoire, cesse. TF6 traduirait-il le début d'une entente ?