Ça pique. Ça brûle. Et pourtant, on y retourne. Le cyclisme, c’est souvent une question d’amour de la vitesse, mais quand la route s’élève, ça devient une question de caractère. Vous connaissez ce moment où le pourcentage s’affiche sur votre compteur et que votre cœur monte en flèche ? C’est là que le Hillclimbing entre en scène. Pour le néophyte, c’est juste de la souffrance inutile. Pour l’initié, c’est l’art pur de la performance, une confrontation directe entre la gravité et la puissance humaine.
Dans cet article, on va plonger dans les entrailles de cette discipline très spécifique, qui est à la fois une compétition à part entière et une compétence fondamentale pour tout cycliste qui se respecte. On ne va pas juste vous dire de “mettre plus de braquet”. On va décortiquer la technique, la physique, l’entraînement et même cette culture britannique bizarre qui consiste à courir après des prix en liquide en Octobre. Accrochez votre casque, remplissez vos bidons, c’est parti pour une ascension.
Qu’est-ce que le Hillclimbing vraiment ?
Le Hillclimbing, ou course de côte en français, c’est bien plus qu’une simple route en pente. À la base, c’est une compétence indispensable : si vous savez grimper, vous roulez mieux à plat, vous êtes plus endurant et vous gérez mieux votre effort global. Mais pris comme événement sportif, le Hillclimbing se transforme en une épreuve chronométrée redoutablement efficace.
Loin du peloton chaotique des courses sur route classique, ici, pas de déraillements tactiques, pas de “drafting” (s’abriter derrière un autre), pas de collusion entre équipes. C’est vous, votre machine, et la route qui monte. C’est une forme de purification du sport cycliste où le seul adversaire qui compte est le chronomètre.
Une épreuve de pure souffrance
Contrairement à une course classique où vous pouvez vous reposer dans le roulage, le Hillclimbing exige une intensité constante. Dès le premier coup de pédale, vous êtes dans le rouge. C’est un test de seuil anaérobie et de puissance aérobie maximale. On parle souvent d’efforts soutenus qui peuvent durer de quelques minutes à plus d’une heure selon la longueur de la montée.
C’est cette intensité qui rend la discipline si fascinante. Il n’y a pas de place pour l’erreur. Si vous partez trop fort, vous explosez en plein milieu et la fin devient un calvaire. Si vous partez trop doucement, vous ne rattraperez jamais le temps perdu. C’est une gestion d’énergie fine, précise, comme on réglerait les paramètres d’un synthétiseur pour obtenir le son parfait sans distorsion inutile.
Contre-la-montre ou course en ligne
Le format le plus courant pour les compétitions de côte est le contre-la-montre individuel. Les coureurs s’élancent à intervalles réguliers, souvent une minute ou trente secondes d’écart. L’isolement est total. Vous ne voyez que l’asphalte qui défile sous vos roues.
Cependant, il existe aussi des courses de côte en format “Road Race”, où tout le monde part en même temps. Là, la dynamique change : il faut gérer les attaques, suivre les bons roues, et souvent, c’est le coureur le plus fort physiquement qui s’échappe dans le dernier kilomètre. Dans certains cas, surtout dans le monde du Gravel, les courses de côte peuvent se dérouler sur des chemins non goudronnés, ajoutant une dimension technique d’adhérence et de choix de trajectoire à l’effort pur.
La tradition britannique du Hill Climb

Si le cyclisme est mondial, la culture du Hill Climb a une saveur très particulière en Grande-Bretagne. Là-bas, ce n’est pas juste une discipline parmi d’autres, c’est une véritable institution, un rite de passage pour tout cycliste amateur ou semi-pro qui se respecte. C’est un peu comme le festival de Glastonbury, mais en version transpirante et sans boue (sauf s’il pleut).
Cette tradition ancrée dans le calendrier cycliste britannique transforme souvent les événements en véritables fêtes populaires, loin de la prétention parfois associée au cyclisme de route.
La saison d’octobre et ses spécificités
En Grande-Bretagne, la saison des courses de côte a lieu à une période très précise de l’année : en Octobre. Pourquoi ? Parce que c’est la fin de saison. Après avoir passé des mois à courir sur les routes plates ou vallonnées, à faire des critériums ou des épreuves par étapes, les cyclistes veulent clore l’année en apothéose. C’est le moment de voir ce qu’il reste dans les jambes après une saison de rodage.
C’est une période étrange, où l’automne commence à colorer les paysages et où l’air se rafraîchit. Les clubs cyclistes locaux s’organisent pour promouvoir ces événements, souvent sur des routes historiques ou emblématiques de leur région. C’est l’occasion de se mesurer aux légendes locales sur des tracés qui n’ont pas changé depuis des décennies.
Des courses courtes mais intenses
Ce qui caractérise ces événements britanniques, c’est la durée des efforts. Contrairement aux grands cols des Alpes ou des Pyrénées qui peuvent prendre des heures à gravir, les côtes britanniques utilisées pour les compétitions sont généralement des montées courtes et brutales.
On parle ici d’ascensions qui prennent généralement entre trois et cinq minutes à compléter pour les meilleurs. C’est court, très court. Mais c’est suffisant pour voir un homme fort pleurer. C’est un sprint prolongé, un sprint d’enfer où chaque seconde compte. Ces efforts de haute intensité attirent énormément de spectateurs, y compris des locaux qui ne sont pas forcément cyclistes eux-mêmes, mais qui viennent voir la souffrance sur les visages et encourager les coureurs. Souvent, de petits prix en argent sont mis en jeu, juste de quoi payer sa pinte au club après la course, histoire de garder l’esprit communautaire.
La physique et la technique du grimpeur
Pour maîtriser le Hillclimbing, il ne suffit pas d’avoir de grosses cuisses. Il faut comprendre comment votre corps interagit avec le vélo et comment exploiter les lois de la physique à votre avantage. C’est là que le côté “ingénieur” du cyclisme prend le dessus. On ajuste, on teste, on optimise.
La relation entre la puissance que vous développez et le poids que vousdevez emporter est la clé de voûte de la performance en montée. C’est le fameux ratio puissance/poids, souvent exprimé en watts par kilogramme (W/kg). Si vous pesez lourd mais que vous avez une puissance moteur de fou, vous passerez peut-être. Mais si vous êtes léger et puissant, c’est le Saint Graal. C’est pour cette raison que les grimpeurs sont souvent des silhouettes filiformes : chaque gramme de superflu, que ce soit sur le cadre ou sur les hanches, est un adversaire direct contre la gravité.
Cependant, la technique pure ne s’arrête pas à la physique Newtonienne. La façon dont vous assiégez dans la selle ou dansez sur les pédales change radicalement la donne.
Assis ou debout : le débat éternel
La question que tout le monde se pose en voyant le pourcentage grimper sur son GPS : “Dois-je me lever ?” Techniquement, rester assis est plus efficace sur le plan énergétique pour la plupart des gens. Vous utilisez la selle pour soutenir votre poids et libérer vos jambes pour ne faire que de la force. C’est comme régler un compresseur sur un seuil bas mais constant : ça dure plus longtemps sans surchauffer.
Se lever, c’est engager plus de muscles, notamment les bras et le tronc, pour balancer le vélo d’un côté à l’autre. Cela permet de débloquer une puissance instantanée plus élevée, parfaite pour les portions les plus raides ou pour changer de rythme. Mais ça consomme beaucoup plus d’oxygène. La clé, c’est de mixer les deux. On reste assis pour le gros de l’effort, pour économiser les “joules”, et on se debout par intermittence pour faire travailler différents groupes musculaires et soulager les lombaires, un peu comme on change de patch sonore quand l’oreille se fatigue.
La gestion du braquet et de la cadence
Ici, on entre dans le domaine de la mécanique pure. Avoir un développement adapté est crucial. Si vous pédalez en moulinette à 40 tours par minute, vous risquez de tacher vos genoux à vie et de faire bloquer votre fluidité de mouvement. À l’inverse, si vous essayez de tourner les jambes à 120 tours par minute sur une pente à 12%, vous allez exploser cardio trop vite.
Il faut trouver la cadence optimale, souvent autour de 70-80 tours par minute pour les grimpeurs confirmés. Cela nécessite un plateau adapté. Dans les compétitions de Hillclimbing, on voit souvent des dérailleurs arrière avec des dents énormes (30, 32, voire 34 dents) et des plateaux compacts à l’avant. Ce n’est pas une question de faiblesse, c’est une question de maintien de la puissance nominale. Si le moteur cale, le son s’arrête. Si le moteur tourne bien, le son est pur et continu.
L’entraînement spécifique pour le Hillclimbing

Vous ne devenez pas grimpeur en roulant juste sur les platanes. Il faut structurer son entraînement comme on structurerait un morceau de musique : des phases d’apprentissage, des répétitions, et une montée en puissance. Le corps humain est une machine incroyablement adaptable, mais il a besoin de stimuli précis pour développer les filières énergétiques nécessaires à l’ascension.
Les intervalles : la base de la construction
Pour préparer une course de côte type “National Classics Series” ou une montée plus longue, rien ne remplace les séances d’intervalles. L’idée est simple mais cruelle : on répète des efforts intenses entrecoupés de temps de récupération.
Pour les côtes courtes de type britannique (3-5 minutes), on travaille ce qu’on appelle la puissance anaérobie. On va monter une côte à fond pendant 3 minutes, redescendre doucement, et recommencer. On fait ça cinq ou six fois. C’est l’entraînement le plus efficace pour augmenter votre seuil de tolérance à la douleur. C’est comme pousser un amplificateur à saturation : au début, ça grésille, puis on apprend à maîtriser la distorsion.
Pour les côtes plus longues (20 minutes et plus), on travaille au seuil aérobie. L’objectif est de tenir un effort juste en dessous du point de rupture le plus longtemps possible. C’est moins brutal que les intervalles courts, mais mentalement plus difficile. C’est là qu’on apprend à connaître son corps, à sentir la fatigue arriver et à gérer la réserve de carburant.
Le renforcement musculaire hors vélo
Le cyclisme est un sport porté, ce qui est génial pour les articulations, mais cela signifie qu’on ne développe pas autant la densité osseuse ou la force brute que dans d’autres sports. Pour grimper fort, il faut avoir des jambes solides, capables de tirer sur la pédale avec une force maximale.
Le travail en salle de musculation, notamment les squats ou les fentes, est indispensable. Cela permet de recruter plus de fibres musculaires rapides. Pensez à votre corps comme à un ensemble de haut-parleurs : si l’ampli (le cœur et les poumons) est puissant mais que les enceintes (les muscles) sont faibles, le son rendu sera mou. Le renforcement permet d’augmenter la “puissance de sortie” sans augmenter nécessairement le volume musculaire (l’hypertrophie), ce qui est parfait pour garder un poids plume.
Le matériel : optimiser la machine pour la hauteur
Dans le milieu du Hillclimbing, l’obsession du poids est une vraie pathologie. On ne parle pas en kilos, mais en grammes. Chaque vis, chaque accessoire est analysé sous la loupe. Pourquoi ? Parce que lors d’une ascension à 10% de pente, le poids de la machine joue un rôle bien plus important que sur le plat. L’aérodynamisme, si crucial sur les épreuves contre-la-montre sur le plat, passe au second plan si vous roulez à 15 km/h.
L’obsession du gramme
Les vélos de grimpeurs sont souvent des chefs-d’œuvre d’ingénierie légère. Cadres en fibre de carbone haute modulation avec moins de couches de tissu pour gagner du poids, potence en carbone, pédales en titane, pneus supérieurs légers… On voit même des compétiteurs scier les bouts de leurs câbles ou utiliser de la colle au lieu des vis pour fixer certains accessoires !
Cependant, il y a une limite à ne pas franchir : la sécurité. Un vélo trop léger peut devenir dangereusement instable ou fragile, surtout si le coureur a beaucoup de puissance. C’est l’éternel compromis entre résistance mécanique et légèreté, un peu comme choisir un microphone : vous voulez le plus sensible possible sans qu’il ne saute au premier souffle d’air.
Les roues et les pneus
Le choix des roues est critique. Pour le plat, on prendrait des roues hautes et très aérodynamiques, souvent lourdes à cause des profils profonds. Pour le Hillclimbing, on opte pour des roues basses (30mm ou moins), extrêmement légères. L’inertie est l’ennemi. Moins vous avez de masse à faire tourner au démarrage ou lors des variations de rythme, plus c’est facile.
Côté pneus, le compromis se situe entre résistance au roulement et accroche. Une montée sèche sur goudron permettra des pneus très fins et légers (23 ou 25mm) à haute pression. Mais si la course inclut des sections de gravier ou une route défoncée, comme c’est parfois le cas dans certaines courses modernes, il faudra privilégier le volume et l’adhérence (28mm ou plus), quitte à perdre un peu de poids pur.
L’approche ludique et virtuelle : quand la côte devient un jeu

Le monde moderne offre des alternatives intéressantes pour ceux qui veulent découvrir le Hillclimbing sans se confronter immédiatement au froid et à la pluie d’Octobre. Les jeux vidéo et simulations ont pris une place immense, permettant de s’entraîner ou de s’amuser avec la même mécanique physique.
Hill Climb Racing et ses dérivés
Il existe une catégorie entière de jeux d’arcade, comme “Mountain Bike Hill Climb Race”, qui transposent cette mécanique en divertissement pur. Certes, regarder un petit personnage en 2D sur un VTT traverser des collines n’a pas la même grandeur que de gravir l’Alpe d’Huez en vrai, mais la mécanique de base est là : gérer l’accélération pour ne pas se retourner.
Ces jeux, bien que simplistes, enseignent une leçon importante : la gestion de l’inertie et la distribution du poids. Si vous accélérez trop brutalement dans une montée raide, vous basculez en arrière. Si vous ralentissez trop, vous perdez de l’élan. C’est une initiation ludique aux concepts de physique qui régissent le vrai cyclisme. Et soyons honnête, après une longue journée de travail, faire une course de côte sur son canapé avec une manette, c’est une forme de récupération active très acceptable.
L’entraînement virtuel (Zwift, etc.)
Pour ceux qui cherchent une expérience plus proche de la réalité, les plateformes d’entraînement virtuel regorgent de parcours de montée. L’avantage, c’est la répétition parfaite. Vous pouvez faire la même “montée” virtuelle dix fois de suite pour tester votre rythme cardiaque exact, sans avoir à redescendre (ce qui, dans la vraie vie, est la partie qui use les freins et refroidit les muscles).