La ville de Longwy, en Meurthe-et-Moselle, ne supporte plus le déséquilibre. Avec 43 % de ses actifs qui traversent chaque jour la frontière pour travailler au Luxembourg, la commune de 15 600 habitants voit ses services publics saturés sans recevoir de compensation fiscale à la hauteur. Son nouveau maire, Vincent Hamen, élu en mars 2026, a officiellement demandé au Grand-Duché de participer au financement des crèches, du périscolaire et de l’hôpital. Derrière cette requête locale se profile un dossier qui concerne 120 000 travailleurs lorrains et pose une question plus large : jusqu’à quand le Luxembourg pourra-t-il bénéficier de la main-d’œuvre française sans contribuer aux infrastructures qui la rendent possible ?

Longwy tire la sonnette d’alarme : « Nos services publics explosent à cause des frontaliers »
Le maire de Longwy ne mâche pas ses mots. Dans un entretien au Parisien publié le 14 juin 2026, Vincent Hamen résume la situation par une formule cinglante : « On a les coûts sans les avantages. » La ville, située à quelques kilomètres de la frontière luxembourgeoise, subit chaque jour l’afflux de ses propres habitants qui partent travailler ailleurs, tout en devant financer les services qu’ils consomment sur place. Le décalage est devenu intenable.
43 % des actifs travaillent au Luxembourg : le chiffre qui équilibre (et déséquilibre) Longwy
Longwy compte 15 600 habitants. Parmi sa population active, 43 % franchissent la frontière chaque matin, soit environ 2 700 travailleurs quotidiens. Ce chiffre est en hausse constante : le nombre de frontaliers lorrains augmente de 6 % par an et atteint désormais 120 000 personnes. Pour les ménages, l’attrait est évident : les salaires luxembourgeois sont bien supérieurs à ceux pratiqués en France. Mais pour la commune, l’équation est inverse.

Chaque frontalier qui part travailler au Luxembourg utilise les infrastructures de Longwy le soir, le week-end, et pendant les vacances scolaires. Il scolarise ses enfants dans les écoles de la ville, fréquente l’hôpital, utilise les crèches et les centres de loisirs. Pourtant, l’impôt sur le revenu qu’il génère est prélevé au Luxembourg, pas en France. La commune ne perçoit que la taxe foncière et la taxe d’habitation, dont les montants sont plafonnés et ne couvrent pas le coût réel des services rendus.
« Nous sommes dans une situation absurde, explique le maire. Nos habitants créent de la richesse pour le Luxembourg, mais c’est nous qui devons entretenir les écoles, les routes, les équipements sportifs. » Le déséquilibre est chiffrable : selon les projections de la mairie, le manque à gagner pour la commune se chiffre en millions d’euros chaque année.
Périscolaire, crèche, hôpital : les trois services qui craquent sous la pression frontalière
Les effets concrets de ce déséquilibre se mesurent dans trois secteurs précis. Le premier est l’école. Paradoxalement, les effectifs scolaires de Longwy ont baissé de 75 élèves ces dernières années, conséquence du vieillissement démographique et du départ de certaines familles. Mais dans le même temps, la fréquentation du périscolaire a explosé de 30 %. Pourquoi ? Parce que les parents frontaliers partent tôt le matin et rentrent tard le soir. La ville a dû élargir les horaires d’ouverture de ses accueils périscolaires de 7 heures à 19 heures, avec tout ce que cela implique en termes de personnel, de locaux et de budget.
Le deuxième point de tension concerne la petite enfance. Les crèches de Longwy affichent complet avec des listes d’attente qui s’allongent. Les parents frontaliers, qui travaillent souvent dans des horaires décalés, ont besoin de solutions de garde flexibles que la commune peine à financer. Le coût de création d’une place en crèche est estimé entre 15 000 et 20 000 euros par an, une somme que la ville doit assumer seule.

Le troisième secteur sous pression est l’hôpital de Longwy. L’établissement, qui dessert un bassin de vie de près de 100 000 habitants, est saturé. Une partie importante de ses patients sont des travailleurs frontaliers qui se soignent en France parce que le système de santé luxembourgeois, bien que performant, n’est pas toujours adapté à leurs besoins quotidiens. Résultat : l’hôpital doit gérer un afflux constant sans recevoir de compensation pour les soins dispensés à des patients dont les cotisations sociales sont versées au Luxembourg.
Chaynesse Khirouni et le maire de Trèves unis contre le Grand-Duché
La demande de Longwy dépasse désormais le cadre municipal. Chaynesse Khirouni, présidente du département de Meurthe-et-Moselle, a officiellement saisi le gouvernement luxembourgeois pour réclamer une compensation financière. Elle ne porte pas seule cette revendication. Wolfram Leibe, le maire de Trèves, en Allemagne, fait face au même problème et s’est joint à elle.
Ce front commun franco-allemand est inédit. Pour la première fois, des élus des deux côtés de la frontière s’unissent pour demander des comptes au Grand-Duché. « Nous sommes dans le même bateau, a déclaré Chaynesse Khirouni sur Ici Lorraine. Les collectivités françaises et allemandes subissent les mêmes difficultés. Il est temps que le Luxembourg prenne ses responsabilités. »
La présidente du département ne se contente pas de réclamer de l’argent. Elle demande aussi la nomination d’un délégué interministériel aux questions transfrontalières, un poste qui permettrait de coordonner les revendications françaises et de peser dans les négociations avec le Luxembourg. Cette requête a été transmise au gouvernement français, qui n’a pas encore répondu officiellement.
65 % de salaire en plus : le jackpot luxembourgeois qui pèse sur les impôts français
Pour comprendre pourquoi les travailleurs français franchissent la frontière en masse, il suffit d’ouvrir les chiffres de l’INSEE. L’étude publiée en 2025 par l’institut statistique est sans appel : les résidents de Moselle, Meurthe-et-Moselle et Meuse gagnent en moyenne 65 % de plus en travaillant au Luxembourg qu’en France. Cet écart salarial est le moteur principal du flux frontalier, mais il crée aussi le déséquilibre fiscal que les élus dénoncent aujourd’hui.
Infirmière à Longwy, salaire de cadre à Luxembourg : +138 % dans la santé
Les écarts les plus spectaculaires concernent les métiers de la santé. Selon l’INSEE, les employés du secteur sanitaire et social gagnent 103 % de plus au Luxembourg qu’en France. Pour les femmes de 40 à 49 ans titulaires d’un bac+3 ou bac+4, l’écart atteint 138 %. Concrètement, une infirmière gagne 58 590 euros par an au Luxembourg contre 24 590 euros en France. Le témoignage recueilli par Le Monde en 2021 est éloquent : « J’ai eu le sentiment de décrocher le jackpot », confiait alors Céline Meducin, une infirmière passée de 2 000 euros par mois comme préparatrice en pharmacie en France à 4 000 euros net au Luxembourg.
Dans la finance, l’écart est de 94 %. Dans l’industrie manufacturière, il atteint 40 %. Les employés, qui sont souvent des femmes, gagnent proportionnellement plus que les cadres (+92 % contre +55 %), même si en valeur absolue, les salaires masculins restent supérieurs. Ces chiffres expliquent pourquoi le flux frontalier ne tarit pas : pour un habitant de Longwy, travailler au Luxembourg n’est pas un choix, c’est une évidence économique.
Le trou fiscal : l’impôt sur le revenu payé au Luxembourg, les services payés par la France
Le mécanisme qui fonde la revendication des élus est simple à comprendre. Les travailleurs frontaliers paient l’impôt sur le revenu au Luxembourg, via un système de précompte prélevé à la source. En France, ils s’acquittent de la CSG, de la CRDS, de la taxe foncière et de la taxe d’habitation. Mais les collectivités locales – communes, départements, régions – ne reçoivent pas l’impôt sur le revenu, qui est la principale ressource pour financer les écoles, les crèches, les routes et les services sociaux.
Le résultat est un déséquilibre structurel. Le Grand-Duché capte l’impôt sur la valeur créée par les travailleurs frontaliers, tandis que les communes françaises supportent les coûts de leur quotidien : logement, famille, santé, éducation. C’est exactement ce que résume la formule du maire de Longwy : « On a les coûts sans les avantages. »

Le paradoxe qui mine le modèle frontalier
Ce système est présenté comme un « gagnant-gagnant » asymétrique. Le travailleur y gagne : il bénéficie d’un salaire bien plus élevé qu’en France. Le Luxembourg y gagne : il dispose d’une main-d’œuvre qualifiée sans avoir à financer la totalité des coûts de reproduction de cette force de travail (éducation, santé, retraite). Mais les communes françaises y perdent : elles doivent financer des services publics pour une population active dont les revenus sont imposés ailleurs.
C’est ce paradoxe que Vincent Hamen veut briser. Son modèle, il le trouve en Suisse, où un mécanisme de compensation existe depuis plus de cinquante ans.
Genève – Haute-Savoie : le pacte d’or à 380 millions que Longwy veut copier
Depuis 1973, le canton de Genève reverse à la France une partie de la masse salariale des travailleurs frontaliers. Ce mécanisme, appelé Compensation Financière Genevoise (CFG), est le précédent historique que les élus de Meurthe-et-Moselle invoquent aujourd’hui pour obtenir un accord similaire avec le Luxembourg.
3,5 % de la masse salariale : les calculs qui font rêver la Meurthe-et-Moselle
Le principe est simple : chaque année, le canton de Genève verse à la France 3,5 % de la masse salariale brute des travailleurs frontaliers résidant dans les départements de l’Ain et de la Haute-Savoie. En 2024, ce montant a atteint un record de 372 millions de francs suisses, soit environ 380 millions d’euros. Cela représente environ 3 000 euros par frontalier et par an.
Si l’on projette ce ratio sur les 120 000 frontaliers lorrains, la compensation potentielle pour les collectivités françaises serait de l’ordre de 360 millions d’euros par an. C’est ce chiffre que Chaynesse Khirouni a brandi lors de sa saisine officielle du Luxembourg.
« Le modèle genevois prouve que c’est possible, affirme-t-elle. Si la Suisse a accepté ce mécanisme il y a cinquante ans, pourquoi le Luxembourg ne le ferait-il pas ? »
Comment l’argent genevois est redistribué aux communes d’Ain et de Haute-Savoie
Le circuit de la compensation genevoise est rodé. L’argent est versé par le canton à l’État français, qui le redistribue ensuite aux départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, ainsi qu’aux communes concernées. Les fonds servent à financer des infrastructures : routes, transports en commun, écoles, crèches, équipements sportifs et culturels.
Le système est transparent. Chaque année, le canton de Genève publie sur son site officiel le détail de la répartition, commune par commune. Les élus français savent exactement ce qu’ils reçoivent et à quoi cela sert. C’est cette transparence que les maires lorrains réclament aujourd’hui.
Pourquoi Genève paie et pas Luxembourg (encore)
Plusieurs raisons expliquent pourquoi Genève a accepté ce mécanisme et pas Luxembourg. La première est géographique : Genève est un petit canton coincé entre la France et le lac Léman, dépendant à plus de 30 % de main-d’œuvre frontalière. Sans cet accord, les tensions avec les communes françaises auraient rapidement dégénéré.
Le Luxembourg, lui, est un État souverain, plus grand et plus riche. Il n’a jamais été contraint d’accepter un tel mécanisme. Mais la pression monte. Le précédent belge, plus récent, montre que le Grand-Duché peut être amené à négocier.
Belgique – Luxembourg : 48,6 millions reversés, l’autre modèle qui prouve que ça marche
Si Genève est un exemple lointain, la Belgique est un précédent bien plus proche. Depuis plusieurs années, le Luxembourg reverse une compensation financière aux communes wallonnes qui accueillent des travailleurs frontaliers. Cet accord, appelé Fonds Junker/Reynders ou rétrocession fiscale, est le fruit de négociations dans le cadre de l’Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL).
Arlon, Attert, Messancy : les communes belges qui touchent jusqu’à 453 € par habitant
En 2025, le Luxembourg a versé 48,6 millions d’euros à 553 communes wallonnes. La commune d’Arlon, qui compte environ 30 000 habitants, a reçu 9,98 millions d’euros. Le ratio par habitant est encore plus frappant dans les petites communes : Attert a touché 453 euros par habitant, Messancy 367 euros, Arlon 317 euros.
Ces montants ne sont pas symboliques. Ils permettent aux communes belges de financer des infrastructures qu’elles n’auraient pas les moyens d’entretenir autrement. Routes, écoles, crèches, centres culturels : tout est concerné. Pour les élus belges, cet accord est une bouée de sauvetage.
Le Fonds Junker : un accord à 72 millions d’euros en 2031
L’accord UEBL prévoit une augmentation progressive du montant versé. Chaque année, la somme augmente de 2,4 millions d’euros, pour atteindre 72 millions d’euros en 2031. Cette indexation prouve que la négociation est durable et que le Luxembourg s’est engagé sur le long terme.
C’est un argument central pour les élus français. Si le Luxembourg a accepté ce mécanisme avec la Belgique, pourquoi refuserait-il un accord similaire avec la France ? La question est d’autant plus pertinente que le nombre de frontaliers français est bien plus élevé que celui des Belges.
Pourquoi la France n’a-t-elle pas négocié le même accord ?
La réponse tient en partie à une différence institutionnelle. La Belgique a négocié cet accord dans le cadre de l’Union économique belgo-luxembourgeoise, un traité bilatéral qui lie les deux pays depuis 1921. La France ne dispose pas d’un tel cadre avec le Luxembourg.
Mais ce n’est pas une raison pour renoncer, estiment les élus lorrains. Le modèle belge existe, il fonctionne, et il peut être invoqué comme un standard régional. « Si le Luxembourg paie la Belgique, il doit aussi payer la France », résume Chaynesse Khirouni.
Si le Luxembourg paie, est-ce que je vais gagner moins ou payer plus d’impôts ?
C’est la question que se posent les 120 000 travailleurs frontaliers lorrains. La réponse est nuancée, et il est important de dissiper immédiatement les malentendus.
Compensation versée à la commune, pas dans votre poche : ce qui ne changera pas
La compensation financière réclamée par Longwy est un transfert entre États et collectivités. Concrètement, le Luxembourg verserait une somme à la France, qui la redistribuerait aux communes et départements concernés. Le salaire brut mensuel du frontalier ne changerait pas d’un euro. L’impôt luxembourgeois sur le revenu (le précompte) resterait identique. Les cotisations sociales non plus.
Pour le travailleur frontalier, cette compensation est donc invisible sur la fiche de paie. Il ne verra pas la différence sur son compte en banque. L’amélioration est ailleurs.
Une pression fiscale locale allégée ? Comment les communes pourraient utiliser l’argent
Le seul bénéfice direct pour l’habitant est indirect. Si la commune de Longwy reçoit plusieurs millions d’euros par an, elle peut investir dans les crèches, le périscolaire, les transports, les équipements sportifs. Cela peut permettre de stabiliser, voire de réduire, la pression fiscale locale. La taxe foncière, qui augmente fortement en Meurthe-et-Moselle, pourrait être contenue.
L’argent peut aussi servir à améliorer la qualité des services. Des crèches mieux équipées, des horaires périscolaires plus flexibles, des transports en commun plus fréquents : autant d’améliorations qui profiteraient directement aux familles de frontaliers.
C’est également une question de solidarité nationale. Si les communes lorraines sont moins sollicitées, l’État peut réduire ses dotations et réaffecter les économies à d’autres priorités, comme le montre le débat sur les coupes budgétaires annoncées pour 2026. Le lien avec le budget national et l’épreuve de vérité sur les finances publiques est direct : chaque euro non dépensé à Longwy est un euro qui peut être utilisé ailleurs.
Le vrai risque pour le frontalier : la révision de la convention fiscale et le télétravail
La vraie menace pour les frontaliers n’est pas que le Luxembourg paie, mais que les négociations échouent. Si le Grand-Duché refuse toute compensation, la France pourrait utiliser la renégociation de la convention fiscale comme levier.
Plusieurs scénarios sont envisagés : limitation du nombre de jours de télétravail défiscalisés (actuellement 34 jours par an), hausse du précompte luxembourgeois, ou alignement sur le système suisse qui impose une présence quotidienne à la frontière. L’Association des frontaliers (ASTF) suit ce dossier de près et alerte sur les risques d’une escalade.
Le vrai danger pour le frontalier est donc que les négociations échouent et que la France durcisse les règles. La compensation financière, au contraire, serait une solution pacifique qui préserverait les avantages du système actuel tout en corrigeant ses déséquilibres.
Négociations fiscales : le grand marchandage qui s’annonce entre Paris et Luxembourg
Le timing de cette revendication n’est pas un hasard. La convention fiscale franco-luxembourgeoise, qui empêche la double imposition des travailleurs frontaliers, est en cours de révision. C’est l’occasion pour la France de poser la question du financement des services publics.
Le levier de la révision de la convention fiscale
La convention fiscale bilatérale actuelle ne prévoit aucune compensation pour les collectivités françaises. Sa révision est donc l’opportunité idéale pour introduire cette clause. La menace implicite est claire : si aucun accord n’est trouvé, la France pourrait dénoncer certains avantages accordés au Luxembourg, notamment la quotité de télétravail ou les exonérations fiscales.
Le gouvernement français dispose de plusieurs leviers. Il peut conditionner le maintien des avantages fiscaux à l’acceptation d’une compensation financière. Il peut aussi utiliser la renégociation pour obtenir des contreparties en matière de services publics.
Télétravail et jours de présence : la variable clé des discussions
Le sujet qui fâche est le télétravail. Le Luxembourg tient à limiter le nombre de jours de télétravail des frontaliers pour préserver ses recettes fiscales. En effet, lorsque le frontalier travaille depuis son domicile français, l’impôt sur le revenu est prélevé en France, pas au Luxembourg. Le Grand-Duché y perd des recettes.
C’est le point dur des négociations. La France pourrait accepter un quota de jours de télétravail en échange d’une compensation financière. Les deux sujets sont liés : plus le Luxembourg accepte de jours de télétravail, plus il perd de recettes fiscales, et plus il a intérêt à trouver un accord sur la compensation.
Un front commun franco-allemand pour faire plier le Luxembourg ?
La déclaration conjointe de Chaynesse Khirouni et Wolfram Leibe change la donne. Pour la première fois, les maires des deux côtés de la frontière font front commun contre le Luxembourg. Leur force réside dans cette unité : si le Luxembourg refuse de négocier avec la France, il devra aussi faire face à l’Allemagne, qui élève le même type de revendication pour Trèves.
Isoler le Luxembourg diplomatiquement est une stratégie assumée. Les deux élus l’ont dit clairement : « Nous sommes dans le même bateau. » Cette pression conjointe pourrait être décisive dans les mois à venir.
Conclusion : une compensation à 360 millions ou l’implosion du modèle frontalier ?
La demande de Longwy repose sur trois piliers solides. Le premier est le constat chiffré de la saturation des services publics : périscolaire en hausse de 30 %, crèches saturées, hôpital sous pression. Le deuxième est l’existence de précédents concrets : Genève reverse 380 millions d’euros par an à la France depuis 1973, la Belgique reçoit 48,6 millions du Luxembourg. Le troisième est l’opportunité politique offerte par la révision de la convention fiscale et le front commun franco-allemand.
Le scénario le plus probable est que le Luxembourg finisse par accepter une forme de compensation, ne serait-ce que pour éviter une renégociation brutale de la convention fiscale qui menacerait son approvisionnement en main-d’œuvre qualifiée. Le montant pourrait être calqué sur le modèle genevois, soit 3,5 % de la masse salariale, ce qui représenterait entre 300 et 400 millions d’euros par an pour les collectivités lorraines.
Mais la question centrale reste : est-ce que cet argent servira à améliorer concrètement la vie des frontaliers et de leurs familles, ou simplement à colmater les brèches d’un système qui repose sur l’asymétrie fiscale ? La réponse dépendra de la transparence des négociations et de la capacité des élus à faire pression sur le gouvernement français pour que les fonds soient bien redistribués là où ils sont nécessaires. En attendant, les 120 000 travailleurs frontaliers lorrains retiennent leur souffle.