Depuis plusieurs semaines, une formule circule sur les réseaux sociaux français : "il se passe quelque chose". Elle désigne David Lisnard, le maire de Cannes, 57 ans, candidat à la présidentielle de 2027 sous la bannière de son propre mouvement, Nouvelle Énergie. Le hashtag #ilsepassequelquechose, relayé entre second degré et sympathie, a accompagné une forte visibilité en ligne de l'élu. Les enquêtes d'opinion lui accordent, elles, des intentions de vote bien plus réduites. Ce décalage est au coeur de sa candidature.

Une trajectoire ancrée dans les collectivités
David Lisnard est né le 2 février 1969 à Limoges, dans la Haute-Vienne. Diplômé de l'Institut d'études politiques de Bordeaux, promotion 1992, il s'installe à Cannes, où sa famille a des activités commerciales. Après une jeunesse marquée par des emplois multiples et quelques piges pour des revues spécialisées, il entre dans la vie municipale en 2001 comme conseiller municipal et adjoint au maire Bernard Brochand, chargé du développement économique, du tourisme et de l'événementiel. La même année, il préside la SEMEC, société chargée de la gestion du palais des festivals et des congrès.
Sur le plan départemental, il est élu conseiller général des Alpes-Maritimes le 16 mars 2008 dans le canton de Cannes-Est, puis réélu en 2015 dans le nouveau canton de Cannes-2, où sa liste arrive en tête dès le premier tour. Il est aujourd'hui vice-président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, chargé du tourisme.
Candidat à la mairie de Cannes en 2014 dans un contexte de division locale de la droite, il l'emporte au second tour avec 58,97 % des voix et est élu maire par le conseil municipal le 5 avril 2014. Réélu le 15 mars 2020 dès le premier tour avec 88,08 % des suffrages, puis en mars 2026 avec 81,11 %, il est également président de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins depuis 2017.
En novembre 2021, il est élu président de l'Association des maires de France avec 62,3 % des voix face à Philippe Laurent. Ce mandat, qu'il devra remettre en jeu en novembre prochain, lui donne une tribune nationale régulière auprès des élus locaux.
Le départ des Républicains et la candidature
Jusqu'en 2026, David Lisnard cumule les responsabilités : il est vice-président des Républicains et conseiller départemental. Le 31 mars 2026, il annonce son départ du parti et se déclare candidat à l'élection présidentielle de 2027 à la tête de Nouvelle Énergie, mouvement qu'il entend structurer au-delà de sa base cannoise. Des élus locaux ont annoncé le rejoindre au fil des mois, à travers notamment des réunions d'information organisées par des conseillers municipaux dans le sud de la France.
Nouvelle Énergie revendique le dépassement des 40 000 adhésions payantes. Ce chiffre est une annonce du mouvement lui-même et n'a pas été vérifié par un organisme indépendant ; il convient donc de le lire comme une revendication de campagne. Des relais départementaux font état, eux, de quelques centaines d'adhésions locales, comme 380 en Maine-et-Loire ou 350 en Indre-et-Loire, chiffres également avancés par les soutiens du candidat.
Les propositions : ce qui est documenté
Le programme de David Lisnard est libéral sur le plan économique. Les propositions les plus précises ont été exposées dans des interviews et des interventions publiques.
Fiscalité et transmission. Interrogé par BFMTV à l'occasion de la Rencontre des Entrepreneurs de France, il défend l'abolition totale des droits de succession. Sa justification est celle de la propriété privée : "Pourquoi l'État gérerait-il mieux l'argent que ceux qui l'ont gagné ?" Il propose de relever le plafond d'exonération, actuellement de 100 000 euros par enfant tous les 15 ans.
Retraites. Il plaide pour un système de retraite par capitalisation et soutient que l'État-providence tel qu'il a été conçu repose sur trois piliers qui n'existent plus : la démographie, l'immigration maîtrisée et les gains de productivité.
École. Lors d'une intervention sur CNews, il détaille un tronc commun exigeant, la priorité donnée aux mathématiques, à la maîtrise du français et des langues étrangères, une place renforcée pour la philosophie, le sport et l'éducation artistique. Il propose la suppression de la carte scolaire, la liberté de choix pour les familles, l'autonomie des établissements, la liberté de recrutement pour les chefs d'établissement et une meilleure rémunération des enseignants.
Sécurité et ordre public. Il demande un traitement plus ferme des auteurs d'incivilités et critique ce qu'il appelle l'"impuissance publique" face aux injonctions contradictoires adressées aux forces de l'ordre. Maire de Cannes, il avait pris en juillet 2016 un arrêté interdisant les tenues de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse ; la pratique avait été censurée par le Conseil d'État en 2016 dans une affaire comparable et la ville avait été condamnée en 2018 à rembourser une amende.
Institutions. Il demande l'organisation d'une "grande compétition" entre les candidats de la droite et du centre avant le premier tour, afin de comparer "les parcours, les projets, les personnalités, les propositions".
Ces positions relèvent de David Lisnard et de son mouvement ; elles ne sont pas celles de son ancien parti, dont il a quitté les instances en mars 2026.
Le phénomène des réseaux
La visibilité du candidat a progressé nettement à l'automne 2026. Selon le site La Loupe politique, cité par La Dépêche et Le Parisien, il a gagné environ 100 000 abonnés sur Instagram en une semaine, atteignant 354 000 à 363 000 followers - davantage qu'Édouard Philippe (221 000) et Bruno Retailleau (environ 109 000), moins que Gabriel Attal (462 000).
La cote du candidat a également grimpé sur les marchés prédictifs. Le Canard enchaîné rapportait le 2 octobre 2026 que sa probabilité de victoire était passée de 1,4 % à 8 % sur Polymarket et avait "bondi à 12 %" sur Kalshi ; La Dépêche évoquait 13 % début octobre. Ces plateformes, interdites en France, fonctionnent sur des paris d'argent et leurs cotes reflètent la spéculation de quelques parieurs, non une mesure d'opinion. Le journal satirique notait que l'équipe de David Lisnard nie toute implication dans ces mouvements ; le candidat fait de même.
Ce que disent les sondages
Les enquêtes d'opinion donnent une image bien différente. L'enquête Ifop-Fiducial pour Le Figaro, LCI et Sud Radio, réalisée fin septembre, crédite David Lisnard de 3,5 % des intentions de vote, dans une configuration testant plusieurs prétendants déclarés. L'enquête Cluster_17 pour Le Point, publiée le 7 septembre 2026, le place à 4 % dans une hypothèse incluant Édouard Philippe et François Ruffin. La Dépêche, elle, cite un "soutien" de 9 % auprès des Français dans une étude Cluster_17 pour Le Point : il s'agit d'un indicateur de soutien déclaré, distinct des intentions de vote au premier tour, et les deux chiffres ne sont pas directement comparables.
Ces sondages portent sur des configurations hypothétiques, à sept mois du scrutin, et une partie des Français n'a pas encore arrêté son choix.
Une campagne à convertir
Le portrait qui se dégage est celui d'un élu disposant d'un appui territorial réel - la mairie de Cannes, la présidence de l'Association des maires de France, un mandat départemental - et d'une audience en ligne en forte hausse, mais dont la percée dans les intentions de vote reste limitée. Le sociologue Pascal Praud résumait déjà fin août sur Europe 1 ce paradoxe : beaucoup de gens disent apprécier David Lisnard, "mais ça ne décolle pas dans les sondages".
La question qui se posera dans les mois à venir est celle de la conversion : transformer une visibilité numérique en suffrages suppose de sortir de la niche des convaincus et de toucher un électorat plus large. L'organisation de la primaire qu'il réclame, le déroulement de la campagne proprement dite et la cadence des enquêtes fourniront des éléments de réponse. En attendant, la formule "il se passe quelque chose" décrit avec précision une dynamique de visibilité - et ne dit rien, pour l'instant, de l'issue du scrutin.