L'opération d'appendicite, présentée comme de routine, a viré au drame. L'enquête et le procès ont établi une série d'erreurs médicales qui ont coûté la vie à Corentin Jeras, en novembre 2014. Le 2 juin 2026, le tribunal correctionnel de Reims a condamné les deux chirurgiens pour homicide involontaire.

Un diagnostic erroné à l'origine du drame
Corentin Jeras, 11 ans, est admis le 31 octobre 2014 à la clinique Claude-Bernard de Metz pour des douleurs abdominales. Un scanner est réalisé. Le radiologue conclut à l'absence d'appendicite et préconise des antibiotiques. Pourtant, le diagnostic posé par l'équipe médicale est une appendicite aiguë. L'enfant est opéré le 1er novembre 2014.
Une expertise réalisée en 2016 déterminera que Corentin ne souffrait pas d'appendicite, mais d'une colopathie fonctionnelle, un syndrome de l'intestin irritable. L'intervention chirurgicale était donc inutile. Corentin sera transféré au CHU de Nancy et décèdera le 2 novembre 2014.
Les gestes chirurgicaux contestés et la chaîne de responsabilités
Au cours de l'intervention, des erreurs techniques majeures sont commises. Le premier chirurgien, le Dr Salah Benlahrir, blesse gravement l'enfant dès le début de l'opération. En introduisant le trocart, un instrument chirurgical, il « percuté l'aorte de bout en bout et touché le foie ». La technique est jugée « maladroite » par les juges. S'il appelle un second chirurgien en renfort, il refuse l'aide du chirurgien vasculaire de garde, pourtant présent dans l'établissement.
Le Dr Pierre-Noël Chipponi, le second chirurgien, tente ensuite de sauver l'enfant. Il opère plus de trois heures de sutures pour réparer les lésions vasculaires, sans être spécialiste dans ce domaine. L'équipe soignante lui demande à sept reprises de faire appel au chirurgien vasculaire. À chaque fois, il refuse.
Le Dr Benlahrir a déclaré au procès : « C'est un accident. J'ai ma part de responsabilité » et « Je fais des appendicites tous les jours, depuis trente ans, environ 200 par an ». Il a présenté des regrets, affirmant penser à Corentin « chaque jour ».
Au tribunal : accusations, défense et verdict
Le père de Corentin, lui-même médecin, a décrit l'intervention comme un « massacre » commis par « la cupidité et l'orgueil ». La mère a insisté sur les faits : « Mon fils s'est vidé de son sang sous les yeux de toute une équipe ».
La défense a présenté les chirurgiens comme des « boucs émissaires ». Les avocats ont argué que le personnel du bloc opératoire et le chirurgien vasculaire de garde — présent mais resté inactif — portaient aussi une part de responsabilité.

Le 2 juin 2026, le tribunal a rendu son verdict. Le Dr Salah Benlahrir a été condamné à 30 mois de prison avec sursis, 15 000 euros d'amende et une interdiction définitive d'exercer en France. Le Dr Pierre-Noël Chipponi a écopé de 24 mois de prison avec sursis, 8 000 euros d'amende et une interdiction d'exercer de cinq ans. Les chirurgiens devront verser solidairement 100 000 euros à chacun des parents de Corentin. La famille réclamait un million d'euros d'indemnisation.
Au-delà du procès : questions systémiques et mémoire
L'affaire a mis en lumière des problèmes plus larges. Les parents ont dénoncé l'absence de matériel pédiatrique adapté à la clinique lors de l'opération. Ils ont également révélé que des signalements sur les compétences du Dr Benlahhir avaient été effectués par un collectif de patients avant le drame.
La procédure judiciaire a été longue et complexe. Les parents souhaitaient poursuivre également la clinique, l'Ordre des médecins et d'autres intervenants. La Cour de cassation a définitivement écarté ces poursuites en août 2025, ne laissant que les deux chirurgiens poursuivis.
Pour la famille Jeras, le combat continue. « On le mène pour la mémoire de notre fils », a déclaré le père. Cette affaire laisse des questions ouvertes sur la répartition des responsabilités au sein des blocs opératoires et sur les systèmes d'alerte concernant les compétences des praticiens.