Vue aérienne du siège du groupe CMA Media.
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CMA Media veut vendre les neuf chaînes BFM locales : 20 millions d’économies en jeu

CMA Media veut vendre les neuf chaînes BFM locales pour réaliser 20 millions d’économies, menaçant 150 journalistes et laissant les territoires face à un désert médiatique.

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Le 24 juin 2026, CMA Media, propriété du groupe CMA CGM de Rodolphe Saadé, a annoncé son intention de céder les neuf chaînes de télévision locales de BFM. La directrice générale Claire Léost a chiffré le plan d’économies à 20 millions d’euros, soit 5 % des coûts totaux du groupe. Les syndicats SNJ et CGT ont immédiatement déclenché une grève, tandis que le sort de 150 journalistes reste suspendu à la recherche d’un repreneur. Cette décision brutale révèle les failles d’un modèle économique que même les investissements récents n’ont pas réussi à sauver. 

Vue aérienne du siège du groupe CMA Media.
Vue aérienne du siège du groupe CMA Media. — (source)

La décision choc du 24 juin : 20 millions d’euros d’économies chez CMA Media

L’annonce est tombée par un communiqué à l’AFP, mercredi 24 juin 2026. CMA Media, qui détient BFM-TV, RMC, La Tribune et Brut, veut se séparer de ses neuf chaînes locales pour réaliser 20 millions d’euros d’économies. Ce montant représente une coupe de 5 % dans les coûts du groupe. La directrice générale Claire Léost a justifié cette décision par l’absence de modèle économique viable pour ces antennes de proximité.

Les neuf chaînes concernées sont BFM Lyon, Marseille Provence, Grand Lille, Grand Littoral, Dici (Alpes du Sud et Haute-Provence), Toulon Var, Nice Côte d’Azur, Alsace et Normandie. Une dixième, BFM Paris Île-de-France, avait déjà fermé en mars 2025. Le Figaro confirme que « plus d’une centaine de salariés » sont concernés, tandis que Phrases.media précise le chiffre de 150 journalistes.

Les syndicats ont réagi dans l’heure. Le SNJ et la CGT ont dénoncé une décision « brutale et incompréhensible », rappelant que la direction avait assuré que les chaînes locales restaient une priorité. La grève a été enclenchée mercredi à 17 heures, initialement jusqu’à jeudi soir, puis prolongée jusqu’à dimanche selon Le Figaro.

L’aveu de faillite du modèle : « Nous ne trouvons pas le modèle économique »

Claire Léost n’a pas mâché ses mots. « Nous avons tout essayé, mais ni nous, ni Altice n’avons trouvé de modèle économique pour ces chaînes locales, malgré nos investissements », a-t-elle déclaré au Figaro. La publicité locale « a complètement migré vers les plateformes », un mouvement irréversible selon elle. Les collectivités locales, autre source de financement, réduisent aussi leurs investissements.

Le paradoxe est frappant. CMA Media avait pourtant investi récemment dans ces chaînes. Le Figaro cite l’exemple du nouveau plateau BFM Marseille, construit dans le quartier Grand Central, un projet immobilier et technique coûteux. Mais ces investissements n’ont pas suffi à inverser la tendance face à la chute des recettes publicitaires locales. 

Les logos des chaînes locales BFM lors d'une conférence de presse.
Les logos des chaînes locales BFM lors d'une conférence de presse. — (source)

Un plan d’économies de 20 millions : le sport et les créateurs de contenu en priorité

L’argent économisé ne va pas dormir dans les caisses. CMA Media réoriente ses investissements vers trois axes : la plateforme RMC+, dont le lancement est prévu en septembre 2026, le rachat de RMC Sport (encore détenue par Altice), et la création de CMA Studio, une branche de production audiovisuelle destinée aux plateformes et aux réseaux sociaux.

Le groupe fait un pari clair : le digital et le sport plutôt que la télévision linéaire locale. « Nous avons besoin de réduire nos coûts sur nos métiers traditionnels pour investir dans les nouveaux segments comme le sport, les créateurs de contenu, les réseaux sociaux », a précisé Claire Léost à l’AFP. Une stratégie qui tourne le dos à l’info de proximité pour miser sur des contenus plus rentables à l’échelle nationale.

150 journalistes en grève : « Nous sommes tombés de haut »

« Nous avions entendu des rumeurs, mais nous sommes tombés de haut », confie Thomas Bernabe, délégué SNJ-CGT à BFM Marseille-Provence, dans Phrases.media. Le sentiment d’abandon est général dans les rédactions locales. Loïc Guerringue, rédacteur en chef de BFM D’ici (Alpes), exprime sa stupeur : « Personne ne s’attendait à la cession totale. CMA Média se désinvestit alors qu’on pensait qu’elle nous ferait grandir. C’est un sentiment d’abandon. » 

Rodolphe Saadé, le discret patron de CMA CGM, propriétaire du groupe CMA Media.
Rodolphe Saadé, le discret patron de CMA CGM, propriétaire du groupe CMA Media. — (source)

La grève, massive, a paralysé les neuf chaînes. Les journalistes dénoncent une décision prise sans concertation, dans un contexte où les audiences locales étaient pourtant en progression. Le mouvement, prolongé jusqu’à dimanche, témoigne d’une colère profonde dans des rédactions qui voyaient leur travail reconnu par le public, mais pas par leur direction.

Les 9 visages de l’info locale : de BFM Lyon à BFM Normandie

Derrière les chiffres et les plans d’économies, il y a neuf territoires, neuf rédactions, neuf communautés d’auditeurs. Les BFM locales couvrent des zones très différentes : des métropoles dynamiques comme Lyon ou Marseille, des régions industrielles comme le Nord, des territoires périphériques comme les Alpes du Sud ou la Normandie.

Chaque chaîne a son histoire, ses programmes, ses journalistes qui connaissent les élus locaux, les associations, les commerçants. BFM Lyon, par exemple, est implantée dans la capitale des Gaules depuis le rachat de TLM en 2019. BFM Normandie, elle, couvre une région où l’information locale est particulièrement suivie après la fermeture de plusieurs titres de presse écrite.

1 Lyonnais sur 4, 1 Varois sur 3 : des audiences locales impressionnantes en berne

Les chiffres d’audience publiés par BFM TV pour la période septembre-décembre 2023 donnent le vertige. Au total, 6 millions de téléspectateurs regardent chaque mois les chaînes BFM locales, une hausse de 5 % sur un an. Le digital explose littéralement : +71 % de visites sur les sites et applications.

Le détail par chaîne est éloquent. BFM Grand Lille touche 900 000 personnes, soit 1 habitant sur 4 de la région. BFM Marseille Provence atteint 516 000 téléspectateurs, 1 Provençal sur 3. BFM Lyon compte 440 000 fidèles, BFM Toulon Var 313 000 (1 Varois sur 3), BFM Normandie 485 000 (1 Normand sur 4). Même BFM Grand Littoral, qui couvre une zone moins dense, rassemble 480 000 personnes.

Ces audiences prouvent que le besoin d’information locale existe. Les gens regardent, consultent, partagent. Mais ce capital d’audience ne se transforme pas en revenus suffisants face à la captation de la publicité par Google, Meta et TikTok. 

Évolution des parts d'audience de BFM TV, CNews, LCI et franceinfo entre 2007 et 2025.
Évolution des parts d'audience de BFM TV, CNews, LCI et franceinfo entre 2007 et 2025. — Marcel Roblin / CC BY-SA 4.0 / (source)

De TLM à Azur TV : les anciennes chaînes locales avalées par le mastodonte BFM

Le réseau BFM Locales s’est constitué par acquisitions successives entre 2019 et 2022. Alain Weill, alors patron d’Altice Media, a racheté des chaînes existantes : Télé Lyon Métropole (TLM) devenue BFM Lyon, Grand Lille TV et Grand Littoral TV (groupe SECOM), D!CI (Alpes du Sud et Haute-Provence), Azur TV (Côte d’Azur) devenue BFM Nice Côte d’Azur, Alsace 20 rebaptisée BFM Alsace, et La Chaîne normande devenue BFM Normandie.

Chacune de ces chaînes avait sa propre identité, ses codes, son public. TLM, par exemple, était une institution lyonnaise depuis 1989. D!CI avait construit une relation forte avec les habitants des Alpes du Sud, une zone souvent délaissée par les médias nationaux. En les absorbant sous la marque BFM, le groupe a gagné en visibilité nationale mais a peut-être perdu l’ancrage local qui faisait leur force.

Aujourd’hui, ce patrimoine médiatique est remis en cause. Les fréquences TNT attribuées à ces chaînes pourraient être libérées si aucun repreneur ne se manifeste. Un gâchis industriel et culturel pour les territoires concernés.

Trafic, faits divers et sorties : ce que tu perds si la chaîne de ta ville ferme

Concrètement, que perdrait un habitant de Marseille ou de Lille si BFM locale fermait ? Les flashs trafic aux heures de pointe, qui permettent d’éviter les bouchons sur l’A7 ou le périphérique lillois. Les alertes météo en direct quand un épisode cévenol menace le Var. Les reportages sur les festivals locaux, le Festival de la Côte d’Azur, la Braderie de Lille, les Nuits de Fourvière à Lyon.

Les BFM locales diffusent aussi des émissions consacrées à la jeunesse, aux associations, à la vie culturelle. Elles couvrent les conseils municipaux, les décisions d’urbanisme, les projets de transport. C’est l’info du quotidien, celle qui ne fait pas les gros titres nationaux mais qui compte pour les habitants.

Sans ces chaînes, qui suivra le chantier du métro à Marseille ? Qui interrogera le maire sur la fermeture d’une école ? Les réseaux sociaux peuvent relayer l’info, mais ils ne produisent pas de reportages de terrain. La disparition des BFM locales créerait un vide médiatique local difficile à combler.

Le naufrage économique : dettes d’Altice, pub envolée, Wéo déjà morte

Pourquoi ce modèle s’est-il cassé ? La réponse tient en trois facteurs : l’effondrement de la publicité locale, l’héritage toxique de Patrick Drahi, et un précédent inquiétant avec la fermeture de Wéo en janvier 2026.

La télévision locale vit de deux sources de revenus principales : la publicité locale (concessionnaires auto, promoteurs immobiliers, cinémas, commerces) et les subventions des collectivités territoriales. Les deux sont en chute libre. La pub locale a migré vers les plateformes numériques, où les annonceurs peuvent cibler précisément leur clientèle à moindre coût. Les collectivités, contraintes budgétairement, réduisent leurs investissements dans les médias.

La pub locale a migré dans ton smartphone : le modèle économique s’effondre

« La publicité locale a complètement migré vers les plateformes », résume Claire Léost dans Le Monde. Le constat est implacable. Les annonceurs locaux — concessionnaires automobiles, promoteurs immobiliers, salles de cinéma, commerces de proximité — ont massivement quitté la télévision pour Facebook, Instagram et Google.

Pourquoi ? Parce que ces plateformes offrent un ciblage beaucoup plus précis. Un concessionnaire peut toucher uniquement les habitants de sa ville, âgés de 25 à 50 ans, intéressés par l’automobile. À la télévision locale, il paie pour un public large dont une partie ne l’intéresse pas. La régie publicitaire des BFM locales n’attire plus.

Résultat : les recettes publicitaires des chaînes locales s’effondrent, tandis que leurs coûts de diffusion (fréquences TNT, locaux, salaires) restent stables. L’équation économique ne tient plus. 

Opérateur en régie audio pour BFM TV.
Opérateur en régie audio pour BFM TV. — (source)

L’héritage empoisonné de Patrick Drahi : la dette de 24 milliards qui a tout déclenché

Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à 2024. Patrick Drahi, propriétaire d’Altice via sa holding personnelle, croule sous une dette de 24 milliards d’euros. Contraint de vendre, il cède BFM-TV et RMC à CMA CGM pour 1,55 milliard d’euros, une transaction finalisée le 2 juillet 2024.

Rodolphe Saadé, l’armateur qui rachète le groupe, n’a pas la culture média d’Alain Weill. Son objectif est clair : rentabiliser l’investissement. Les chaînes locales, déficitaires, deviennent rapidement une variable d’ajustement. Là où Altice avait une vision industrielle du média local (construire un réseau national), CMA CGM cherche des économies rapides.

Le poids de la dette d’Altice a donc eu un effet domino. La vente forcée a placé les médias entre les mains d’un actionnaire dont le cœur de métier est le transport maritime, pas l’information locale. Les conséquences se font sentir deux ans plus tard.

Wéo (Hauts-de-France) fermée en janvier 2026 : le signe avant-coureur

Wéo, la chaîne locale des Hauts-de-France, a fermé ses portes en janvier 2026. Mêmes causes, mêmes effets : publicité locale en berne, coûts de diffusion trop élevés, absence de modèle économique viable. Sa disparition a été un avertissement pour tout le secteur.

Les syndicats des BFM locales l’ont bien compris. « Après avoir assuré que la pérennité des locales était une priorité, désormais c’est une fermeture qui se profile si aucun repreneur n’est trouvé », alertent le SNJ et la CGT dans un communiqué relayé par BFM TV. Wéo a montré que les chaînes locales ne sont pas à l’abri d’une extinction pure et simple.

« Un sentiment d’abandon » : la colère et le désarroi des 150 salariés

Au-delà des chiffres et des plans stratégiques, il y a des femmes et des hommes qui perdent leur emploi ou voient leur avenir professionnel basculer. Les témoignages recueillis par Phrases.media et Le Figaro dessinent le portrait d’une profession blessée.

Les journalistes des BFM locales ne sont pas des novices. Beaucoup ont passé des années à construire une relation de confiance avec leur public. Ils connaissent les dossiers locaux sur le bout des doigts, ont tissé des liens avec les sources, les élus, les associations. Leur travail est reconnu par les audiences, mais pas par la direction.

« Nous sommes tombés de haut » : le témoignage des rédactions locales

« Nous avions entendu des rumeurs, mais nous sommes tombés de haut », confie Thomas Bernabe, délégué SNJ-CGT à BFM Marseille-Provence. Le choc est d’autant plus violent que la direction avait récemment investi dans les locaux marseillais. « On nous a fait croire qu’on était une priorité », ajoute-t-il.

Loïc Guerringue, rédacteur en chef de BFM D’ici, exprime le même sentiment d’abandon : « CMA Média se désinvestit alors qu’on pensait qu’elle nous ferait grandir. » La grève, massive et prolongée, est une réponse à cette trahison perçue. Les journalistes ne demandent pas seulement le maintien de leur emploi : ils défendent une conception de l’information de proximité.

Le paradoxe : audiences en hausse (+5 %) et digital qui explose (+71 %)

Le plus dur à avaler pour les salariés, c’est le décalage entre les performances de leurs chaînes et la décision de les vendre. Les audiences sont en hausse de 5 % sur un an. Le digital progresse de 71 %. Les BFM locales ne sont pas en perte de vitesse : elles gagnent des téléspectateurs et des visiteurs. 

Régie de production de BFM TV.
Régie de production de BFM TV. — (source)

Mais cette popularité ne se transforme pas en revenus. La pub locale, captée par les géants du numérique, ne revient pas vers les chaînes. Les collectivités réduisent leurs subventions. Le modèle économique est cassé, pas l’audience. Un paradoxe qui rend la pilule encore plus amère pour les équipes.

Scénarios pour l’avenir : repreneur local ou extinction d’ici fin 2026 ?

Que va-t-il se passer maintenant ? Claire Léost affirme avoir « plusieurs marques d’intérêt » pour les neuf chaînes. L’objectif est de trouver une solution d’ici la fin de l’année 2026. Mais les modalités restent floues, et le spectre de la fermeture plane.

La fédération Locales.tv, qui regroupe 46 télévisions locales, a demandé une mission d’urgence à l’Arcom, le régulateur des médias. Elle s’inquiète de l’effet domino que pourrait avoir la disparition des BFM locales sur l’ensemble du secteur. Si le plus grand réseau de chaînes locales s’effondre, c’est tout un écosystème qui vacille.

Des « groupes locaux » sur les rangs : pure players et héritiers de la télé régionale

Qui pourrait racheter ces chaînes ? Claire Léost évoque des « groupes probablement plutôt locaux ». Plusieurs profils sont envisageables. Les groupes de presse régionale comme Ebra (Le Dauphiné Libéré, Le Progrès, etc.) pourraient être intéressés par des synergies avec leurs titres. Des fonds d’investissement spécialisés dans les médias pourraient aussi se manifester.

Autre piste : des pure players locaux, nés sur internet, qui voudraient étendre leur présence à la télévision. L’idée serait de revenir à des chaînes plus modestes, sans la grille nationale BFM, recentrées sur l’info locale. Mais qui a les moyens et la volonté de reprendre neuf chaînes, avec leurs coûts de diffusion et leurs effectifs ?

Le temps presse. Si aucun repreneur ne se manifeste d’ici la fin de l’année, les chaînes pourraient être contraintes de cesser leur diffusion. Les fréquences TNT seraient alors libérées, et les territoires concernés perdraient leur dernier média télévisé local.

Le spectre de la fermeture : si aucun acheteur ne se manifeste

Le scénario noir est celui de l’extinction pure et simple. Si les marques d’intérêt n’aboutissent pas, les neuf BFM locales pourraient fermer leurs portes d’ici janvier 2027. Que deviendraient les fréquences TNT ? Elles pourraient être réattribuées par l’Arcom à d’autres chaînes, ou tout simplement disparaître.

Le risque est celui d’un « désert médiatique » local. Dans certaines zones, comme les Alpes du Sud ou le Littoral normand, les BFM locales sont les seules chaînes à couvrir l’actualité de proximité. Sans elles, les habitants n’auraient plus que les réseaux sociaux et la presse écrite (quand elle existe encore) pour s’informer sur leur ville.

La fédération Locales.tv a interpellé l’Arcom en urgence. « L’avenir des télévisions locales est en jeu », alerte-t-elle. Le régulateur pourrait imposer des conditions à la cession, ou faciliter la reprise par des acteurs locaux. Mais son pouvoir est limité face à une décision économique d’un actionnaire privé.

« Moi, l’actu locale, je la prends sur TikTok » : la génération Z face au vide médiatique

Cette question des BFM locales concerne directement les jeunes, même s’ils ne regardent pas ces chaînes. Une étude du Labo Société Numérique, publiée en 2025, montre que 53 % des 15-30 ans s’informent principalement sur les réseaux sociaux. Instagram, TikTok et YouTube sont leurs sources d’information privilégiées.

Mais est-ce que les réseaux sociaux peuvent vraiment remplacer le journalisme de terrain local ? La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît.

53 % des 15-30 ans s’informent sur les réseaux sociaux : la télé locale est-elle dépassée ?

L’étude du Labo Société Numérique est claire : 7 jeunes sur 10 suivent régulièrement l’actualité, mais majoritairement via Instagram, TikTok et YouTube. La télévision linéaire recule massivement chez les moins de 30 ans. L’info locale est consommée en stories Snapchat ou en lives Twitch.

Pour un jeune de 20 ans, regarder BFM Marseille ou BFM Lyon est un geste presque étranger. L’information lui arrive par flux, notifications, algorithmes. Il ne zappe pas entre les chaînes, il scroll. Dans cette logique, la fermeture des BFM locales peut sembler anecdotique.

Mais ce serait une erreur de croire que les réseaux sociaux remplacent tout. Ils informent vite, mais ils ne font pas de journalisme de proximité.

Réseaux sociaux vs reportage de terrain : qui couvre le conseil municipal ou le concert de ta ville ?

Les réseaux sociaux excellent dans la diffusion d’informations brèves et virales. Mais ils ne produisent pas de reportages de terrain. Qui va passer trois heures au conseil municipal pour suivre un débat sur le PLU ? Qui va interviewer les artistes locaux lors d’un festival ? Qui va enquêter sur un projet d’urbanisme contesté ?

BFM locale assurait cette couverture. Ses journalistes étaient présents sur le terrain, connaissaient les acteurs locaux, pouvaient prendre le temps d’expliquer des dossiers complexes. Les réseaux sociaux, par nature, privilégient l’instantané et le spectaculaire. Ils ne remplacent pas un travail d’enquête et de proximité.

Sans BFM locale, qui couvrira l’inauguration de la nouvelle salle de concert à Toulon ? Qui suivra le chantier du tramway à Nice ? Qui interviewera le maire sur la fermeture d’une piscine municipale ? La réponse est simple : personne, ou presque.

Twitch, YouTube et CMA Studio : une alternative crédible ou un cache-misère ?

CMA Media mise sur les créateurs de contenu et CMA Studio pour remplacer la télévision linéaire. Le groupe s’associe avec des youtubeurs, des streameurs Twitch, des influenceurs. Brut, média social devenu chaîne télé, est un autre modèle qui a fait ses preuves.

Mais ces nouveaux formats peuvent-ils réellement combler le vide laissé par une rédaction locale professionnelle ? La différence est de taille. Un créateur de contenu produit ce qui marche sur les algorithmes : des vidéos courtes, spectaculaires, souvent dépolitisées. Un journaliste local suit l’actualité, enquête, interroge, prend position.

Les deux modèles ne sont pas interchangeables. Le digital peut compléter, enrichir, diversifier l’offre d’information. Il ne peut pas remplacer le travail de terrain. CMA Studio et les créateurs de contenu sont un pari économique, pas une réponse au besoin d’information locale.

Conclusion – L’info locale en sursis, entre désert médiatique et avenir numérique

Le paradoxe est saisissant. Les BFM locales ont des audiences stables ou en hausse (6 millions de téléspectateurs), un digital en pleine explosion (+71 % de visites), mais le modèle économique s’est effondré avec la migration de la pub locale vers les plateformes. CMA Media fait le choix du sport, des créateurs et des réseaux sociaux, abandonnant l’info de proximité à son sort.

Pour les jeunes, c’est une question concrète : qui va couvrir l’actualité de leur ville demain ? Les réseaux sociaux ne remplacent pas un journaliste local qui suit le conseil municipal ou l’inauguration d’une salle de concert. La vente des BFM locales n’est pas qu’une affaire de gros sous : c’est un enjeu de diversité de l’information de proximité et de démocratie locale.

Les 150 journalistes en grève le savent bien. Leur combat dépasse leur propre sort. Il s’agit de savoir si, dans quelques années, les habitants de Marseille, Lille, Lyon ou Nice auront encore accès à une information locale de qualité, produite par des professionnels. La réponse dépendra des repreneurs qui se manifesteront d’ici la fin de l’année. Et si personne ne se présente, ce sera un désert médiatique de plus sur la carte de France.

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Questions fréquentes

Quelles chaînes BFM locales sont à vendre ?

Les neuf chaînes concernées sont BFM Lyon, Marseille Provence, Grand Lille, Grand Littoral, Dici, Toulon Var, Nice Côte d'Azur, Alsace et Normandie. BFM Paris Île-de-France avait déjà fermé en mars 2025.

Pourquoi CMA Media vend-elle ses chaînes locales ?

CMA Media justifie cette décision par l'absence de modèle économique viable : la publicité locale a migré vers les plateformes numériques et les collectivités réduisent leurs investissements. La direction affirme avoir tout essayé sans trouver de rentabilité.

Combien d'économies CMA Media vise-t-elle ?

Le plan d'économies est chiffré à 20 millions d'euros, soit 5 % des coûts totaux du groupe. Cet argent sera réinvesti dans le sport, les créateurs de contenu et la plateforme RMC+.

Combien de journalistes sont menacés par la vente ?

150 journalistes sont concernés par la cession des neuf chaînes BFM locales. Les syndicats SNJ et CGT ont déclenché une grève prolongée jusqu'à dimanche pour protester contre cette décision.

Qui pourrait racheter les BFM locales ?

Claire Léost évoque des groupes locaux comme repreneurs potentiels, sans les nommer. Si aucun acheteur ne se manifeste d'ici fin 2026, les chaînes risquent de fermer et leurs fréquences TNT pourraient être libérées.

Sources

  1. Le groupe CMA Média veut vendre les neuf chaînes BFM locales pour faire des économies · lemonde.fr
  2. bfmtv.com · bfmtv.com
  3. bfmtv.com · bfmtv.com
  4. BFM Locales — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  5. Altice France — Wikipédia · fr.wikipedia.org
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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