Façade d'une boutique Chanel, avec le logo illuminé et le reflet de Gucci.
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Chanel 2025 : croissance timide, génération Z et stratégie d'ultra-luxe en question

Chanel affiche une croissance timide de 3 % en 2025, mais peine à séduire la génération Z face à Dior ou Gucci. Retard digital, prix élevés et attentes éthiques contrastent avec l'engouement pour la marque.

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Chanel renoue timidement avec la croissance : que séduit-elle vraiment la génération Z ?

Chanel a publié le 19 mai 2026 des résultats annuels montrant une croissance de 2 % à 3 % de son chiffre d’affaires, porté à 19,3 milliards de dollars. Une revue que la presse économique qualifie de « timide ». Derrière ce chiffre modeste se cache pourtant une réalité plus complexe : la maison française doit naviguer entre une clientèle historique qui vieillit et une génération Z aux attentes radicalement différentes. Entre hausses de prix, stratégie digitale balbutiante et concurrence féroce de Dior ou Gucci, Chanel tente de rester désirable sans trahir son ADN élitiste. Mais le pari est loin d’être gagné.

Défilé Chanel : un mannequin blond en robe noire et collier imposant ouvre la collection, applaudi par l'assistance.
Façade d'une boutique Chanel, avec le logo illuminé et le reflet de Gucci. — (source)

Décryptage des chiffres 2025 : une croissance en demi-teinte

Les résultats financiers publiés par Chanel pour l’exercice 2025 révèlent une situation contrastée. Le chiffre d’affaires atteint 19,3 milliards de dollars (environ 16,4 milliards d’euros), en hausse de 3 % par rapport à 2024. Le bénéfice opérationnel progresse de 5,2 % à 4,7 milliards de dollars, tandis que le flux de trésorerie bondit de 44 %. Mais le bénéfice net, lui, recule de 14,3 % à 2,9 milliards. Cette baisse s’explique par des investissements massifs : près de 2,4 milliards de dollars injectés dans les activités et 1,4 milliard consacrés à l’extension du capital.

Flacons de parfum Chanel Chance présentés sur une surface réfléchissante.
Flacons de parfum Chanel Chance présentés sur une surface réfléchissante. — (source)

Performance régionale : l’Europe repart, l’Asie patine

La performance de Chanel varie fortement selon les régions. L’Europe enregistre une croissance de 6,7 % à 6,1 milliards de dollars, portée par le retour des touristes et une demande locale soutenue. Les Amériques progressent de 6,4 % à 4 milliards, avec les États-Unis comme marché le plus dynamique (+7,2 %). En revanche, l’Asie Pacifique, qui pèse près de la moitié des ventes (9,2 milliards), recule de 0,6 %. Le ralentissement chinois, conjugué à une clientèle chinoise qui voyage moins et consomme davantage sur son marché domestique, pèse lourd.

Les moteurs de la performance : parfums, soins et sacs iconiques

Si la croissance globale reste modeste, certains segments tirent leur épingle du jeu. Les parfums et les soins sont présentés comme les véritables moteurs de la performance. Le parfum Chance Eau Splendide, incarné par la chanteuse Angèle, rencontre un franc succès. Le sac Chanel 25, porté par Margot Robbie dans une campagne publicitaire mondiale, génère des files d’attente devant les boutiques. La collection de joaillerie Coco Crush continue également de séduire.

Sélection de maquillage Chanel photographiée en studio sur fond bleu.
Défilé Chanel : un mannequin blond en robe noire et collier imposant ouvre la collection, applaudi par l'assistance. — (source)

Mais le prêt-à-porter et la maroquinerie, segments les plus emblématiques, sont confrontés à une réalité : Chanel ne vend toujours pas en ligne ses collections de vêtements et de sacs. Une particularité qui, dans un monde où le commerce digital domine, freine la conquête de nouveaux clients, notamment les plus jeunes.

Le paradoxe des prix : entre stratégie d’ultra-luxe et désillusion des jeunes

Chanel applique depuis plusieurs années une politique de hausses de prix régulières. En 2025, les augmentations ont été de 2,6 % à 4 % sur les sacs, présentées comme « modérées et en ligne avec l’inflation » par la direction. Pourtant, le résultat est saisissant : le sac Classique de Chanel dépasse désormais les 10 000 euros à Paris (10 300 euros exactement, soit +6,2 % en 2026). Un prix multiplié par près de deux depuis 2020, alors qu’il était vendu 1 150 dollars dans les années 1990.

« Trop accessible, trop désirable » : la logique du désir contrôlé

Un porte-parole de Chanel justifie ces hausses par une « question d’équité pour tous nos clients ». Mais les analystes y voient surtout une stratégie délibérée : maintenir une rareté artificielle pour préserver l’aura de la marque. « Lorsqu’un article devient trop accessible, il perd de sa désirabilité », résume un expert cité par le Journal du Luxe. Cette logique, qui a longtemps fonctionné, se heurte aujourd’hui à une génération Z beaucoup plus critique sur le rapport qualité-prix.

Façade d'une boutique Chanel, avec le logo illuminé et le reflet de Gucci.
Deux femmes blondes en chemisier blanc posent sur fond neutre. — (source)

Le décalage entre le rêve et la réalité

Une étude Ipsos publiée en janvier 2025 révèle un fossé grandissant. 67 % des Français disent que le luxe « fait rêver », mais 70 % estiment que les prix sont trop élevés par rapport à la qualité perçue. Pire : 55 % des moins de 34 ans se déclarent « déçus par ce qu’ils ont appris sur la fabrication des produits de luxe ». La transparence devient un critère d’achat majeur, et Chanel, comme les autres maisons, doit répondre à cette exigence. 86 % des Français jugent ainsi essentiel de connaître l’origine des matières premières.

Ce décalage entre l’image rêvée et la réalité concrète explique en partie pourquoi la croissance de Chanel reste « timide ». Les jeunes consommateurs, pourtant cibles prioritaires du luxe, sont de plus en plus exigeants et prêts à se tourner vers des alternatives plus éthiques ou plus abordables.

Stratégie digitale en retard : comment Chanel peut-elle séduire la génération Z ?

Selon une étude BCG de juillet 2023, les Millennials et la génération Z représenteront 75 % du marché du luxe d’ici 2026. Ces jeunes consommateurs dépensent en moyenne 15 % de plus que leurs aînés dans le luxe. Mais ils le font différemment : ils privilégient les expériences, la seconde main (35 % des jeunes ont acheté du luxe d’occasion en 2022), et les marques qui incarnent des valeurs fortes.

TikTok : le réseau où Chanel brille par son absence

Sur TikTok, le réseau social central de prescription beauté pour les 18-25 ans, Chanel est quasi invisible. Une étude du Journal du Luxe et de Kolsquare montre que Christian Dior domine la plateforme depuis 2023, grâce à des collaborations avec des créateurs comme @PierrePainchaud et @LenaMahfouf. Dior est la seule marque de luxe présente dans le top 10 des comptes les plus influents sur TikTok. Chanel, elle, n’y figure pas.

Pourtant, TikTok est devenu incontournable pour toucher la génération Z. Une enquête Ipsos d’octobre 2025 confirme que le réseau est « le canal central de prescription beauté » pour les jeunes. Les jeunes hommes, notamment, se parfument davantage qu’avant, un geste devenu identitaire et quotidien, alimenté par des conversations communautaires sur TikTok. En ne s’y investissant pas, Chanel laisse le champ libre à ses concurrents.

Lena Situations et les influenceurs : Chanel joue-t-elle le jeu ?

Lena Mahfouf, alias Lena Situations, est l’influenceuse française la plus sollicitée par les marques de luxe. Mais ses collaborations les plus médiatisées sont avec Dior, pas avec Chanel. Sur Instagram, c’est Polène, une marque de luxe accessible, qui domine le classement des marques les plus influentes, devant les grandes maisons.

Chanel semble donc adopter une stratégie prudente, voire frileuse, vis-à-vis des influenceurs. La maison préfère miser sur des ambassadrices « classiques » comme Margot Robbie ou Angèle, plutôt que sur des créateurs de contenu jugés peut-être trop populaires ou trop éloignés de son image. Mais ce choix pourrait se révéler coûteux : les jeunes consommateurs veulent voir la marque incarnée par des personnes qui leur ressemblent, et pas seulement par des stars hollywoodiennes.

Concurrence féroce : comment Dior, Gucci et les marques éthiques grignotent des parts

Chanel n’est plus seule sur le marché du luxe. Des concurrents comme Dior, Gucci ou Louis Vuitton déploient des stratégies bien plus agressives pour capter la jeune clientèle. Dior, par exemple, a su créer un écosystème digital complet : campagnes TikTok virales, collaborations avec des micro-influenceurs, éditions limitées accessibles en ligne. Résultat : Dior est devenue la marque de luxe la plus forte selon l’indice Brand Finance 2025 (BSI 93,5/100), avec une valorisation de 17,3 milliards de dollars.

Gucci et le pari de la mode « jeune »

Gucci, valorisée à 11,4 milliards de dollars, mise sur un style maximaliste et des collaborations avec des artistes et des musiciens populaires auprès de la génération Z. La marque italienne a su renouveler son image sans perdre son ADN, en jouant la carte de l’audace et de l’inclusivité. Chanel, avec son code classique et son refus de vendre en ligne ses collections de mode, semble en comparaison plus conservatrice.

L’essor des marques éthiques et des « dupes »

Parallèlement, une nouvelle génération de marques de luxe accessible ou éthique gagne du terrain. The Ordinary, Sephora Collection ou des marques françaises comme Polène séduisent par leur transparence et leurs prix plus abordables. Les « dupes » (copies abordables de produits de luxe) explosent sur les réseaux sociaux, avec des tutoriels et des comparatifs qui cumulent des millions de vues.

Une étude du Groupe Campus (2024) montre que la génération Z a multiplié par six ses dépenses en luxe avant de les stabiliser en 2024. 88 % de cette génération participe au boycott de certaines marques, et les valeurs de durabilité et d’authenticité priment désormais. Chanel, avec ses hausses de prix annuelles et son absence de communication sur l’origine de ses matières premières, pourrait en faire les frais.

La « Blazymania » : un espoir pour renouveler l’image de Chanel ?

Depuis avril 2025, Chanel a nommé Matthieu Blazy comme directeur artistique. Le phénomène, baptisé « Blazymania » par la presse, suscite des files d’attente devant les boutiques. Les premières collections du créateur belge, connu pour son travail chez Bottega Veneta, sont attendues avec impatience. Blazy incarne un renouveau stylistique qui pourrait séduire une clientèle plus jeune, en quête de modernité sans reniement de l’héritage.

Un nouveau souffle pour le prêt-à-porter

Le prêt-à-porter de Chanel, longtemps considéré comme le parent pauvre de la marque face aux sacs et aux parfums, pourrait bénéficier de ce souffle nouveau. Matthieu Blazy a la réputation de réinterpréter les codes classiques avec une touche contemporaine, sans tomber dans le tape-à-l’œil. Ses défilés, très attendus, sont scrutés par les fashionistas et les investisseurs.

Deux femmes blondes en chemisier blanc posent sur fond neutre.
Sélection de maquillage Chanel photographiée en studio sur fond bleu. — (source)

Mais le succès de Blazy ne dépendra pas uniquement de son talent créatif. Chanel devra aussi adapter sa distribution et sa communication pour toucher les jeunes consommateurs. Si le prêt-à-porter reste exclusivement vendu en boutique, il sera difficile de capitaliser sur l’engouement généré par les réseaux sociaux.

Les limites d’une stratégie centrée sur le produit

La « Blazymania » montre que Chanel peut encore créer de l’excitation autour de ses collections. Mais cette excitation est-elle suffisante pour compenser le retard accumulé sur le digital et l’absence d’engagement sur les questions éthiques ? Les jeunes consommateurs ne se contentent plus d’un beau produit : ils veulent une histoire authentique, une marque responsable et une expérience d’achat fluide, que ce soit en ligne ou en boutique.

Chanel, entre tradition et modernité : quel avenir pour la marque ?

Chanel se trouve à un carrefour. D’un côté, une clientèle historique fidèle, prête à payer des prix toujours plus élevés pour des pièces iconiques. De l’autre, une génération Z exigeante, connectée et volatile, qui peut faire ou défaire une réputation en un clic. La « croissance timide » de Chanel n’est pas un hasard : elle reflète les difficultés d’une maison à concilier tradition et modernité.

Les atouts de Chanel pour séduire les jeunes

Chanel dispose néanmoins d’atouts considérables. La marque reste la plus valorisée de France selon Brand Finance (37,9 milliards de dollars), devant Louis Vuitton. Son parfum N°5 est un mythe planétaire, et ses sacs iconiques (Classique, 2.55, Boy) continuent de faire rêver. La nomination de Matthieu Blazy a créé un véritable engouement, et les collaborations avec des artistes comme Angèle montrent que la maison peut encore surprendre.

Les défis à relever

Mais les défis sont nombreux. Le premier est digital : Chanel doit impérativement renforcer sa présence sur TikTok et Instagram, non pas en publiant des contenus institutionnels, mais en dialoguant avec les jeunes consommateurs via des influenceurs et des créateurs de contenu. Le deuxième est éthique : la transparence sur l’origine des matières premières et les conditions de fabrication devient un critère de choix décisif. Le troisième est celui de l’accessibilité : sans brader son image, Chanel doit trouver le juste équilibre entre prix élevés et désirabilité, sous peine de voir les jeunes se tourner vers des alternatives plus abordables ou plus engagées.

Conclusion : Chanel peut-elle encore séduire la génération Z ?

Chanel renoue timidement avec la croissance, mais cette timidité est révélatrice. La maison française, forte de son héritage et de son aura, peine à s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs, en particulier des 16-25 ans. Là où Dior a su conquérir TikTok et les influenceurs, là où Gucci ose le maximalisme et l’inclusivité, Chanel reste campée sur une stratégie d’ultra-luxe qui, si elle protège son image, freine sa capacité à séduire les jeunes.

Pourtant, tout n’est pas perdu. La « Blazymania » et le succès du sac Chanel 25 montrent que la marque peut encore créer de l’émotion. Mais pour transformer cette émotion en fidélité, Chanel devra faire des choix : investir dans le digital, ouvrir le dialogue sur les questions éthiques, et peut-être assouplir sa politique de distribution sans trahir son ADN. La croissance timide d’aujourd’hui pourrait alors devenir la renaissance de demain. Mais le temps presse, car la génération Z, elle, n’attend pas.

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Questions fréquentes

Pourquoi la croissance de Chanel est-elle timide en 2025 ?

Chanel affiche une croissance de 2 à 3 % en 2025, qualifiée de timide par la presse économique. Cette performance modeste s'explique par un recul en Asie Pacifique, une stratégie digitale balbutiante face à la génération Z, et un décalage entre des prix très élevés et la qualité perçue par les jeunes consommateurs.

Quel est le prix du sac Classique de Chanel en 2025 ?

Le sac Classique de Chanel dépasse 10 000 euros à Paris en 2025, atteignant exactement 10 300 euros. Son prix a presque doublé depuis 2020, alors qu'il était vendu 1 150 dollars dans les années 1990, dans le cadre d'une stratégie de rareté artificielle.

Chanel est-elle présente sur TikTok ?

Chanel est quasi invisible sur TikTok, alors que ce réseau est central pour la prescription beauté auprès des 18-25 ans. En revanche, Dior domine la plateforme depuis 2023 grâce à des collaborations avec des influenceurs comme Lena Mahfouf, ce qui laisse le champ libre à ses concurrents.

Qui est Matthieu Blazy chez Chanel ?

Matthieu Blazy a été nommé directeur artistique de Chanel en avril 2025, créant un phénomène appelé « Blazymania ». Connu pour son travail chez Bottega Veneta, il incarne un renouveau stylistique qui pourrait séduire une clientèle plus jeune, mais son succès dépendra aussi de l'adaptation digitale de la marque.

Pourquoi la génération Z boude-t-elle Chanel ?

55 % des moins de 34 ans sont déçus par ce qu'ils apprennent sur la fabrication des produits de luxe, et 70 % jugent les prix trop élevés par rapport à la qualité perçue. La génération Z privilégie les marques transparentes, éthiques et présentes sur les réseaux sociaux, domaines où Chanel est en retard.

Sources

  1. bcg.com · bcg.com
  2. fr.fashionnetwork.com · fr.fashionnetwork.com
  3. groupe-campus.com · groupe-campus.com
  4. ipsos.com · ipsos.com
  5. ipsos.com · ipsos.com
society-lens
Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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