Le lundi 22 juin 2026, 49 départements et 35 millions de Français basculent en vigilance rouge canicule, un niveau d'alerte qui déclenche des mesures bien plus contraignantes que le simple orange. Derrière les couleurs des cartes météo se cache un système complexe de seuils, de décisions collégiales et de droits concrets pour les citoyens. Alors que 90 % de la population française est exposée à des chaleurs extrêmes, comprendre la différence entre orange et rouge n'est pas un détail technique : c'est ce qui permet de savoir si ton école ferme, si tu peux exercer ton droit de retrait au travail, ou si ta ville ouvrira ses piscines gratuitement.

Décrypter la vigilance rouge : 43 °C, 49 départements, 35 millions de Français concernés
La canicule de juin 2026 n'est pas un épisode comme les autres. En pleine Fête de la musique, alors que des milliers de concerts en plein air sont programmés, Météo-France place 49 départements en alerte rouge et 40 autres en orange. Au total, l'équivalent de 90 % de la population française se retrouve sous une chaleur que les météorologues qualifient d'exceptionnelle.
Le thermomètre devrait atteindre 43 °C à Bordeaux, 41 °C à Limoges, 40 °C à Tours et à Toulouse, 39 °C à Bourges et à Paris. Des records absolus pour un mois de juin sont attendus sur la façade ouest, d'Hendaye à Rennes. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, signale une augmentation des appels au Samu de près de 60 % dans certains services parisiens. Trois personnes âgées sont déjà décédées à leur domicile en Gironde.
Emmanuel Macron a annoncé l'activation d'une cellule interministérielle de crise. Le passage en rouge n'est pas anodin : il déclenche des mécanismes de protection publique massifs, des fermetures d'écoles aux adaptations des transports, en passant par l'ouverture de lieux climatisés.
Un épisode inédit depuis 2003 : les chiffres de la vague de chaleur de juin 2026
Pour mesurer l'ampleur de l'événement, il faut regarder les chiffres de près. 49 départements en rouge, 35 millions de personnes concernées par le niveau d'alerte maximal. 40 autres départements en orange, soit un total de 90 % de la population française exposée à des températures caniculaires. Météo-France prévient que cet épisode « étendu, durable et intense » pourrait connaître un niveau de sévérité proche de celui d'août 2003, qui avait causé près de 15 000 morts.

Les valeurs les plus extrêmes se concentrent sur la façade ouest. Bordeaux attend 43 °C, Limoges 41 °C, Tours et Toulouse 40 °C. Même Paris, habituellement épargné par les records absolus, pourrait frôler les 39 °C. Les minimales nocturnes, particulièrement dangereuses pour la santé, ne descendront pas sous les 22 à 24 °C dans les grandes agglomérations, empêchant l'organisme de récupérer.
Cette canicule fait suite à un premier épisode précoce en mai, qui avait déjà placé huit départements en orange. L'année 2026 cumule déjà 69 jours de vigilance canicule avant même le début officiel de l'été, un chiffre qui illustre l'accélération du phénomène selon les données de Météo-France.
Montpellier en orange, Lyon en rouge : pourquoi les seuils varient d'un département à l'autre
Une question revient souvent sur les réseaux sociaux : comment se fait-il que Lyon passe en rouge avec 40 °C alors que Montpellier, qui connaît des températures similaires, reste en orange ? La réponse tient dans la manière dont les seuils sont calculés.
Chaque département possède ses propres seuils de déclenchement, adaptés à son climat de référence. Les régions méditerranéennes, habituées à la chaleur, ont des seuils plus élevés que les zones tempérées du nord ou de l'ouest. Ainsi, pour les Deux-Sèvres, la canicule est déclarée lorsque les températures atteignent 35 °C le jour et 20 °C la nuit. Dans le Nord, les seuils sont de 33 °C le jour et 18 °C la nuit. À Paris, 31 °C le jour et 21 °C la nuit suffisent. À Lyon, il faut 34 °C le jour et 20 °C la nuit.
Ce système, mis en place après 2003, vise à tenir compte de l'adaptation locale à la chaleur. Une population habituée à des étés chauds supporte mieux des températures élevées qu'une population qui y est moins exposée. Mais ce paramétrage fin peut créer des situations paradoxales, où deux villes voisines se retrouvent dans des couleurs différentes pour des températures quasi identiques.

Seuils et indicateurs : la science discrète qui décide de notre sécurité
Derrière les cartes colorées que nous consultons chaque matin se cache un dispositif scientifique sophistiqué, fruit de vingt ans d'expérience et d'analyses statistiques. Le système de vigilance canicule repose sur des indicateurs précis, mais aussi sur une appréciation collégiale qui prend en compte bien plus que la seule température.
Le grand public ignore souvent que le passage du orange au rouge n'est pas automatique. Il résulte d'une décision concertée entre Météo-France, Santé publique France et la Direction générale de la Santé, qui pèsent ensemble des critères objectifs et subjectifs pour déterminer si la situation justifie le déclenchement de l'alerte maximale.
L'Indicateur Biométéorologique (IBM) : la formule mathématique du passage en orange
L'IBM, ou Indicateur Biométéorologique, est la clé de voûte du système. Il s'agit d'une moyenne glissante sur trois jours des températures minimales et maximales. Cette méthode permet de lisser les pics ponctuels et de détecter les épisodes durables, bien plus dangereux pour la santé qu'une simple journée très chaude.
Le niveau jaune correspond à un pic de chaleur : un à deux jours de températures élevées, sans caractère durable. Le niveau orange, lui, est déclenché lorsque l'IBM dépasse les seuils départementaux pendant au moins trois jours et trois nuits consécutifs. C'est la définition même de la canicule selon Météo-France.
Les seuils ont été établis à partir des données de mortalité historique, notamment celles de la période 1973-2003. Ils sont régulièrement réévalués. À Marseille, par exemple, les seuils ont été relevés en 2009, passant de 24-35 °C à 22-34 °C, après qu'on a constaté que la ville générait trop d'alertes sans impact sanitaire visible. L'hypothèse était que la population marseillaise, mieux adaptée à la chaleur, supportait des températures plus élevées sans surmortalité.

Les critères « exceptionnels » du rouge : une décision collégiale et multi-facteurs
Le passage en rouge n'est pas simplement une question de degrés supplémentaires. Il repose sur une décision collégiale qui intègre des paramètres bien plus larges que la seule température. Météo-France propose un passage en rouge, mais la validation finale revient au Premier ministre, après consultation de la cellule interministérielle de crise, de Santé publique France et des préfets concernés.
Les critères pris en compte incluent l'intensité et la durée de l'épisode, bien sûr, mais aussi son ampleur géographique. Une canicule qui touche 49 départements n'a pas le même poids qu'un épisode localisé. Les autorités surveillent également la fréquentation des services d'urgence, les départs de feux, la sécheresse des sols, et les impacts sociétaux comme les événements sportifs, les examens scolaires ou les départs en vacances.
La pollution de l'air, en particulier l'ozone et les particules fines, aggrave l'impact sanitaire de la chaleur et peut faire pencher la balance vers le rouge. L'humidité aussi joue un rôle : une chaleur humide est plus difficile à supporter qu'une chaleur sèche, car la transpiration, principal mécanisme de refroidissement du corps, devient moins efficace.
Les seuils départementaux : un paramétrage fin qui évolue avec le climat
Les seuils ne sont pas gravés dans le marbre. Depuis leur création en 2004, ils ont été révisés à plusieurs reprises pour tenir compte des retours d'expérience et de l'évolution du climat. La station météorologique de référence pour chaque département peut changer, et le poids accordé à la température nocturne a été augmenté.

« S'il fait non seulement très chaud dans la journée, mais que cette chaleur ne diminue pas suffisamment pendant la nuit, l'organisme ne peut pas récupérer et le risque sanitaire est majoré », explique Santé publique France dans sa documentation. Cette prise en compte des nuits tropicales est essentielle pour évaluer la dangerosité réelle d'un épisode.
Les données de l'été 2026 montrent que certains départements du Sud-Ouest cumulent déjà dix jours de vigilance rouge depuis 2004, comme le Lot-et-Garonne et le Gers. Le Rhône détient le record absolu avec 191 jours de canicule cumulés, dont six en alerte rouge. Ces chiffres, compilés par Le Monde, montrent une exposition croissante de la population.
École, taf, transports : les 5 changements concrets dans ta routine en rouge
Quand la carte passe au rouge, les recommandations du niveau orange deviennent des obligations ou des actions systématiques. Pour les 16-25 ans, ces changements peuvent bouleverser la routine quotidienne : du bac aux jobs d'été, en passant par les transports et les sorties, voici ce qui change concrètement.
La vigilance orange incite à la prudence et à l'adaptation. La vigilance rouge impose des mesures. Les établissements scolaires peuvent fermer ou adapter leurs horaires, les employeurs ont une obligation renforcée de protection des salariés, et les communes ouvrent gratuitement des lieux rafraîchis.
Bac et examens : le casse-tête des salles d'épreuve à 40 °C
En vigilance rouge, les établissements scolaires et universitaires peuvent adapter leurs horaires, reporter les épreuves ou fermer. Le 22 juin 2026, le ministère de l'Éducation recense des fermetures et des aménagements d'horaires dans plusieurs centaines d'établissements sur les 60 000 que compte le pays. Le ministre Édouard Geffray insiste sur la nécessité d'une « réponse territoriale », chaque situation étant différente.
Pour les lycéens et étudiants, la menace sur le bac et les examens est réelle. Les salles d'épreuve, souvent non climatisées, peuvent atteindre des températures insupportables. Les consignes officielles prévoient des mesures de fraîcheur : accès à l'eau, ouverture des fenêtres, pauses supplémentaires, et possibilité de reporter les épreuves si les conditions deviennent dangereuses.
Mais un flou juridique persiste pour les étudiants en stage ou en job étudiant. Sont-ils couverts par le droit de retrait ? Leur employeur a-t-il une obligation d'adapter leurs conditions de travail ? La réponse dépend du secteur d'activité et de la nature du contrat, ce qui crée des inégalités entre étudiants. Notre article sur la canicule et les jobs d'été sous tension détaille ces situations complexes.
Job d'été et télétravail : le droit de retrait et l'obligation de l'employeur
Le Code du travail prévoit une obligation renforcée de protection de l'employeur en cas de vigilance rouge. Les travaux physiques en extérieur, comme ceux de l'agriculture, du BTP ou de l'animation, doivent être suspendus ou adaptés. L'employeur doit mettre à disposition de l'eau potable, des zones d'ombre, et organiser des pauses régulières.
Le télétravail devient une option privilégiée pour les métiers de bureau. De nombreuses entreprises l'ont déjà généralisé depuis la semaine précédente, dans les premiers départements touchés. Mais pour les jobs d'été, la situation est plus complexe. Un étudiant qui travaille dans les champs ou dans un centre de loisirs peut-il exercer son droit de retrait ? La jurisprudence tend à reconnaître ce droit lorsque les conditions de travail présentent un danger grave et imminent pour la santé, mais la décision reste au cas par cas.
Les secteurs les plus exposés sont l'agriculture, le BTP, la restauration et l'animation. La SNCF a déjà annoncé des suppressions de trains et des adaptations d'horaires. Le PDG de la SNCF, Jean Castex, a invité les voyageurs à reporter leurs déplacements non essentiels.

Transports gratuits, piscines ouvertes : le guide de survie dans ta ville
En vigilance rouge, les communes activent leur plan canicule. Les piscines et patinoires ouvrent gratuitement, les parcs restent accessibles la nuit, et des lieux climatisés sont mis à disposition du public. Certaines villes rendent les transports en commun gratuits pour limiter l'exposition à la chaleur.
Les réflexes à avoir : consulter la carte des lieux frais de ta commune, noter le numéro de Canicule info service (0800 06 66 66), et éviter de sortir entre 11 heures et 17 heures. Les horaires de la Fête de la musique, prévue ce soir-là, sont particulièrement scrutés par les autorités, comme le montre notre direct sur les inquiétudes autour de l'événement.
Le coût d'une exception : qui paie la facture de la vigilance rouge ?
Le déclenchement de la vigilance rouge n'est pas sans conséquences financières. Derrière les mesures de protection se cachent des arbitrages budgétaires et des inégalités territoriales que la canicule révèle au grand jour. Qui paie pour l'ouverture des lieux climatisés, le renfort du Samu, la communication massive ? Et qui supporte le manque à gagner économique ?
Le Plan National Canicule, mis en place après 2003, a un coût significatif. En période de contrainte budgétaire, ces dépenses supplémentaires posent la question de leur financement et des arbitrages avec d'autres postes. Les collectivités locales, les hôpitaux et l'État doivent trouver les ressources pour faire face.
Cellules de crise et lieux climatisés : le poids du plan canicule sur les finances publiques
La cellule interministérielle de crise activée par Emmanuel Macron mobilise des moyens humains et matériels importants. Le Samu est renforcé, les hôpitaux ouvrent des lits supplémentaires, et une campagne de communication massive est déployée. Les communes, de leur côté, doivent ouvrir des lieux climatisés, parfois 24 heures sur 24, et assurer leur surveillance.
Ces dépenses pèsent sur les budgets des collectivités, déjà contraints par l'inflation et la baisse des dotations de l'État. Les petites communes rurales, qui n'ont pas de piscine municipale ni de salle climatisée, sont particulièrement vulnérables. Elles doivent trouver des solutions alternatives, comme l'ouverture des églises ou des salles des fêtes, quand elles existent.
Le coût total du plan canicule n'est pas rendu public, mais les estimations le situent à plusieurs dizaines de millions d'euros par épisode. Une somme qui s'ajoute aux dépenses déjà engagées pour la gestion des vagues de chaleur de mai.
Télétravail et productivité en berne : le manque à gagner économique sous 40 °C
La chaleur a un impact direct sur la productivité. Au-delà de 30 °C, la concentration diminue, les erreurs augmentent, et les arrêts maladie se multiplient. En vigilance rouge, le télétravail généralisé dans le tertiaire réduit la fréquentation des commerces de centre-ville, des restaurants et des services.
Les chantiers à l'arrêt, les transports perturbés, les examens reportés : autant de perturbations qui ont un coût économique. Les secteurs du tourisme et de l'événementiel sont particulièrement touchés. La Fête de la musique, qui devait attirer des millions de personnes dans les rues, est menacée d'annulation ou de report.
Le dilemme est clair : protéger la santé des travailleurs et maintenir l'activité économique. Les entreprises doivent arbitrer entre la sécurité de leurs employés et leurs obligations contractuelles. Un équilibre difficile à trouver quand le thermomètre dépasse les 40 °C.
Fracture territoriale du rafraîchissement : ceux qui peuvent fuir la chaleur et les autres
Toutes les collectivités n'ont pas les moyens d'ouvrir leurs piscines gratuitement ou de climatiser des gymnases. Les grandes villes, comme Paris, Lyon ou Bordeaux, disposent d'infrastructures et de budgets conséquents. Les zones rurales et les petites communes sont moins bien loties.
Cette fracture territoriale crée des inégalités face à la canicule. Les habitants des quartiers populaires, souvent logés dans des immeubles mal isolés, sans accès à un jardin ou à une piscine, sont plus exposés que ceux qui peuvent se réfugier dans une maison climatisée ou partir en vacances.
Les associations et les solidarités de voisinage jouent un rôle crucial pour compenser ces inégalités. Des initiatives locales émergent : visites aux personnes âgées, distribution d'eau, ouverture de jardins partagés. Mais ces solutions restent fragiles et dépendent de l'engagement bénévole.
Vigilance rouge : le protocole secret du passage en alerte maximale
Le passage en vigilance rouge n'est pas une simple formalité administrative. Il obéit à un protocole précis, qui mêle science, politique et gestion de crise. Derrière les cartes que nous consultons sur nos téléphones se cache un processus décisionnel complexe, qui implique plusieurs niveaux de l'État.
Comment se déroule concrètement le déclenchement de l'alerte rouge ? Qui prend la décision finale ? Et quels sont les signaux faibles qui font basculer les cartes du orange au rouge ?
Dîner de crise à Matignon : qui prend la décision finale du rouge ?
Météo-France propose un passage en rouge sur la base de ses prévisions, mais la décision finale est politique. Elle est validée par le Premier ministre après consultation de la cellule interministérielle de crise, de Santé publique France et des préfets concernés.
Le processus se déroule en plusieurs étapes. D'abord, Météo-France émet une alerte précoce, généralement 48 à 72 heures à l'avance. Ensuite, une conférence téléphonique réunit les différents acteurs : météorologues, épidémiologistes, représentants des ministères de la Santé, de l'Intérieur et de la Transition écologique. Les préfets des départements potentiellement concernés sont consultés pour évaluer la situation locale.
Si le consensus se dégage, le Premier ministre valide le passage en rouge. La décision est alors communiquée à la presse et diffusée sur les sites de Météo-France et des ministères. Les préfets activent immédiatement les mesures prévues par le plan canicule dans leurs départements.
Fréquentation des urgences, départs de feux : les signaux faibles qui font basculer les cartes
Au-delà des températures, les autorités surveillent en temps réel une série d'indicateurs sanitaires et environnementaux. La fréquentation des services d'urgence est un signal clé : une augmentation soudaine des consultations pour coup de chaleur ou déshydratation peut précipiter le passage en rouge.
La surmortalité est également suivie de près, via les données des pompes funèbres et de l'état civil. Les départs de feux, la sécheresse des sols et la saturation des réseaux électriques sont autant de signaux faibles qui peuvent faire basculer la décision.

Ces indicateurs sont compilés et analysés en continu par les équipes de Santé publique France et de Météo-France. Ils permettent d'affiner le diagnostic et de déclencher l'alerte au bon moment, ni trop tôt (pour éviter une alerte inutile) ni trop tard (pour protéger efficacement la population).
Le rôle des préfets dans l'activation locale des mesures
Une fois la décision nationale prise, ce sont les préfets qui mettent en œuvre les mesures sur le terrain. Ils activent le plan canicule départemental, coordonnent les services de secours, et communiquent avec les maires et les établissements scolaires. Chaque préfet adapte les consignes nationales aux spécificités locales.
Dans les départements en rouge, les préfets peuvent prendre des arrêtés supplémentaires : interdiction des rassemblements en extérieur, limitation de la circulation, fermeture anticipée des commerces. Ces décisions locales viennent renforcer le dispositif national et permettent une réponse adaptée à chaque territoire.
De la canicule de 2003 à l'été 2026 : comment le plan national a changé notre rapport aux vagues de chaleur
Le système de vigilance canicule n'a pas toujours existé. Il est né d'un traumatisme : la canicule d'août 2003, qui a causé près de 15 000 morts en France. Cet événement a révélé les lacunes de l'État face aux vagues de chaleur et a conduit à la création d'un dispositif de prévention inédit.
Vingt-trois ans plus tard, le système a prouvé son efficacité, mais il est confronté à un défi nouveau : la multiplication des épisodes de chaleur due au dérèglement climatique. Les vigilances rouges, autrefois exceptionnelles, tendent à devenir une norme estivale.
Le traumatisme de 2003 : les 14 800 morts qui ont fait naître le plan canicule
L'été 2003 reste dans les mémoires comme l'un des plus meurtriers de l'histoire de France. Pendant deux semaines, des températures records ont frappé le pays, avec des pointes à 44 °C dans le sud. Le bilan humain est terrible : 14 800 décès supplémentaires par rapport à la normale, principalement des personnes âgées isolées.
Le choc sanitaire et politique est immense. L'État est accusé d'avoir sous-estimé la gravité de la situation et de n'avoir pas réagi à temps. Les familles des victimes portent plainte, et une commission d'enquête parlementaire est mise en place.
En 2004, le gouvernement crée le Plan National Canicule, avec quatre niveaux de vigilance. Météo-France ajoute la canicule aux phénomènes surveillés par son système de vigilance météorologique, créé en 2001 après les tempêtes de 1999. Les seuils départementaux sont établis à partir des données de mortalité historique, et un numéro vert est mis en place.
Sous l'effet du dérèglement climatique : l'accélération des vigilances rouges (2019, 2022, 2026)
Depuis 2003, les épisodes de canicule se multiplient et s'intensifient. En 2019, la France connaît sa première vigilance rouge, avec des records à 46 °C dans le Gard. En 2022, trois vagues de chaleur exceptionnelles frappent le pays, dont une en juillet avec des températures dépassant les 40 °C dans une quinzaine de départements.
L'année 2026 marque un nouveau cap. Avec 69 jours cumulés de vigilance canicule avant même le début officiel de l'été, la France bat tous les records. Le Rhône cumule 191 jours de canicule depuis 2004, dont six en alerte rouge. Le Lot-et-Garonne et le Gers totalisent dix jours de vigilance rouge chacun.
Selon le consensus scientifique, le changement climatique induit par l'activité humaine rend plus intenses les phénomènes météorologiques extrêmes. Les prévisions officielles tablent sur un réchauffement moyen de 2,7 °C en France d'ici à 2050. Les vigilances rouges, autrefois exceptionnelles, pourraient devenir une norme estivale.
L'évolution du système de vigilance : de la canicule au grand froid
Le système de vigilance météorologique a lui-même évolué depuis sa création en 2001. Initialement limité à cinq phénomènes (vent violent, fortes précipitations, orages, neige/verglas, avalanches), il s'est enrichi au fil des ans. En 2004, la canicule et le grand froid ont été ajoutés. En 2007, les fortes précipitations ont été renommées « pluie-inondation » pour mieux intégrer les données de Vigicrues.
En 2011, après la tempête Xynthia, un pictogramme « vagues-submersion » a été créé pour alerter sur les risques côtiers. Aujourd'hui, la vigilance couvre neuf phénomènes, et la carte est mise à jour au moins deux fois par jour, à 6 heures et à 16 heures. Le système s'est également étendu à l'outre-mer, avec des phénomènes spécifiques comme les cyclones.
Vagues de chaleur : et maintenant ? Les défis du monde d'après
Le système de vigilance canicule a prouvé son efficacité pour protéger la population, mais il est confronté à des défis inédits. La multiplication des épisodes de chaleur interroge sa capacité à faire face à l'avenir. Quand le rouge devient la nouvelle norme, comment maintenir son efficacité psychologique et pratique ?
Quand le rouge devient la nouvelle norme estivale : le système peut-il tenir ?
Si les canicules se multiplient et s'intensifient, le déclenchement du rouge risque d'être banalisé. Les citoyens pourraient s'habituer à l'alerte et ne plus adapter leurs comportements. Les autorités, de leur côté, pourraient être tentées de ne pas déclencher le rouge pour éviter de créer une routine, au risque de sous-estimer un épisode dangereux.
Le système, conçu pour des phénomènes rares, serait-il soluble dans la routine climatique ? Les collectivités et les pouvoirs publics doivent repenser en profondeur l'aménagement des villes : végétalisation, isolation des bâtiments, création d'îlots de fraîcheur. La réponse à la chaleur extrême ne peut plus être seulement conjoncturelle, elle doit devenir structurelle.
Les leçons de juin 2026 : vers un nouveau niveau de vigilance ?
Le système actuel a-t-il assez de granularité ? Certains experts appellent à créer un cinquième niveau de vigilance, baptisé « violet » ou « canicule absolue », pour les épisodes exceptionnels. D'autres proposent de revoir les seuils pour tenir compte de l'élévation des températures de base, comme cela a déjà été fait à Marseille en 2009.
La question se pose également pour le niveau jaune, souvent ignoré du grand public. Le « pic de chaleur » pourrait être mieux communiqué pour inciter à la prudence dès les premiers signes de fortes chaleurs. Le système d'information doit s'adapter à la réalité climatique, où les épisodes de chaleur ne sont plus l'exception mais la règle.
L'été 2026 restera comme un tournant. Entre la canicule de mai, qui a battu 330 records, et celle de juin, qui a placé 90 % de la population sous vigilance, la France a pris la mesure du défi climatique. Le système de vigilance canicule, né du traumatisme de 2003, doit aujourd'hui évoluer pour faire face à un monde où la chaleur extrême devient notre quotidien.
Ce qu'il faut retenir de la vigilance rouge et orange
Comprendre la différence entre vigilance orange et rouge permet d'adopter les bons réflexes au bon moment. L'orange signale une canicule classique, avec des températures élevées pendant au moins trois jours et trois nuits. Le rouge déclenche une alerte maximale pour des épisodes exceptionnels par leur durée, leur intensité ou leur ampleur géographique.
Les conséquences concrètes sont nombreuses : fermetures d'écoles, adaptation des examens, droit de retrait renforcé au travail, gratuité des transports et des piscines dans certaines communes. Mais ces mesures cachent des inégalités territoriales et des coûts économiques que la canicule révèle au grand jour.
Le système de vigilance, né après les 14 800 morts de 2003, a prouvé son efficacité. Mais avec l'accélération du dérèglement climatique et la multiplication des épisodes de chaleur, il devra évoluer. La question n'est plus de savoir si nous connaîtrons d'autres canicules rouges, mais comment nous y préparer collectivement, des pouvoirs publics jusqu'à chacun d'entre nous.