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BP ferme sa branche capital-risque : la fin d’un greenwashing de 20 ans ?

BP ferme sa branche capital-risque après 20 ans, cédant ses start-up vertes à un fonds nordique. Sous la pression d'Elliott Management et de sa nouvelle CEO, le géant pétrolier recentre ses investissements sur le pétrole et le gaz.

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BP ferme sa branche capital-risque après 20 ans, cédant ses start-up vertes à un fonds nordique. Sous la pression d'Elliott Management et de sa nouvelle CEO, le géant pétrolier recentre ses investissements sur le pétrole et le gaz.

Le 15 juillet 2026, BP a officialisé la fermeture de BP Ventures, sa branche de capital-risque créée en 2006 pour investir dans les start-up de la transition énergétique. Le géant pétrolier britannique cède la majorité de son portefeuille de participations minoritaires — plus d'une dizaine de sociétés — au fonds nordique Verdane, avec une finalisation attendue d'ici le deuxième trimestre 2027. Cette annonce sonne comme un coup de tonnerre dans le monde des énergies propres et interroge sur la sincérité des engagements climatiques des majors. Car derrière cette décision, ce n'est pas seulement un fonds d'investissement qui disparaît : c'est tout un chapitre de l'histoire de BP qui se referme brutalement.

Logo de BP sur un panneau signalétique
Logo de BP sur un panneau signalétique — (source)

BP range ses jouets verts au placard : histoire d'un désengagement

L'annonce tombe sans préavis. BP ne fait pas dans la dentelle : la vente des participations doit être finalisée d'ici le deuxième trimestre 2027. Le groupe ne conserve qu'un « petit nombre » d'investissements jugés stratégiques. Pour le reste, c'est Verdane, un fonds de private equity basé à Oslo, qui reprend le flambeau. La nouvelle a l'effet d'une douche froide sur l'écosystème des start-up climatiques européennes, qui voyaient encore en BP un allié industriel de poids.

Ce qui frappe, c'est le contraste entre la longévité de la structure et la brutalité de sa liquidation. BP Ventures aura tenu deux décennies, porté des dizaines de jeunes pousses, dépensé des centaines de millions de dollars — et pourtant, tout s'effondre en quelques mois.

Un héritage de 20 ans liquidé en un trimestre

Les chiffres donnent le vertige. Selon le communiqué officiel de BP, la transaction porte sur des participations minoritaires dans plus de dix sociétés. Au total, le portefeuille de BP Ventures comptait 27 entreprises avant l'annonce. Vingt ans de travail, de relations, de brevets et de promesses, liquidés en un temps record.

Créé en 2006, au moment où le monde commençait à prendre conscience de l'urgence climatique, BP Ventures avait pour mission officielle d'identifier et de financer les technologies de rupture capables de transformer le secteur de l'énergie. Le fonds a investi dans une cinquantaine à quatre-vingts sociétés à travers le monde, selon les estimations. Les montants totaux investis varient selon les sources : certaines évoquent 325 millions de dollars, d'autres grimpent jusqu'à 1,2 milliard de livres. The Times a rapporté que le fonds avait déployé environ 900 millions de livres sur dix-huit ans.

Quoi qu'il en soit, l'addition est salée, et le retour sur investissement, aux yeux des nouveaux actionnaires, insuffisant. Une somme colossale, mais qui paraît dérisoire comparée aux budgets d'exploration et de production du groupe. La décision de tout vendre en une seule transaction montre à quel point la nouvelle direction veut tourner la page rapidement.

Verdane, le racheteur providentiel des start-up orphelines

Qui est Verdane, ce fonds nordique qui rachète les restes du rêve vert de BP ? Basé à Oslo, Verdane est un spécialiste du private equity scandinave, connu pour investir dans des entreprises technologiques à forte croissance. Sa philosophie est moins celle d'un industriel que d'un financier pur : optimiser la valeur des actifs, les faire grandir, puis les revendre avec profit.

Pour les start-up du portefeuille BP, l'arrivée de Verdane est une épée à double tranchant. D'un côté, elles échappent à une liquidation pure et simple. De l'autre, elles perdent leur sponsor industriel, celui qui pouvait leur ouvrir des portes chez BP, leur offrir des contrats, des terrains d'essai, une crédibilité de marché. Verdane n'a pas de puits de pétrole ni de raffineries à leur proposer. Le fonds gérera ces participations comme un portefeuille financier, avec des objectifs de rentabilité à court terme.

Que deviennent les équipes, les brevets, les projets en cours ? L'incertitude est totale. Certaines start-up pourraient être revendues rapidement si elles ne correspondent pas au profil de Verdane. D'autres seront développées, mais sans le filet de sécurité que représentait BP. La question du transfert des contrats de recherche et développement reste en suspens. Les entrepreneurs qui comptaient sur le soutien de BP pour industrialiser leur technologie se retrouvent face à un vide juridique et stratégique.

Pourquoi BP ferme-t-il sa branche capital-risque ?

La fermeture de BP Ventures n'est pas un accident de parcours. C'est le résultat d'une guerre de pouvoir silencieuse qui a opposé, pendant des mois, les dirigeants historiques de BP à un actionnaire activiste déterminé à faire plier le géant pétrolier. Pour comprendre ce qui s'est joué, il faut regarder du côté de New York et de Londres, là où les fonds spéculatifs dictent désormais la stratégie climatique des majors.

Quand Elliott Management dicte la stratégie climat d'un géant pétrolier

Elliott Management n'est pas un actionnaire comme les autres. Ce hedge fund américain, fondé par Paul Singer, est connu pour ses méthodes agressives : il achète des participations significatives dans des entreprises, puis exige des changements radicaux pour maximiser la valeur actionnariale. En 2025, Elliott est devenu le deuxième actionnaire de BP, avec plus de 5 % du capital. Cela représente environ 2,9 milliards de livres sterling investis dans le groupe britannique.

Une fois à la table des décisions, Elliott n'a pas perdu de temps. Le hedge fund a exigé la fermeture pure et simple de BP Ventures, la suppression de centaines de postes au siège, l'abandon de la branche de prévisions économiques du groupe, et une réduction drastique des effectifs de l'équipe stratégique. L'objectif affiché par Elliott est clair : faire passer le free cash-flow de BP de 14 milliards de dollars à 20 milliards de dollars par an. Pour y parvenir, toutes les dépenses jugées non essentielles doivent être sacrifiées. Et BP Ventures, avec ses paris risqués sur des start-up vertes, était en tête de liste.

The Times révèle qu'Elliott considère que les frais généraux et administratifs de BP sont environ un tiers plus élevés que ceux de son concurrent Shell. Pour le hedge fund, c'est du gaspillage pur et simple. La transition énergétique, vue depuis New York, n'est pas une priorité : c'est un coût qui réduit les dividendes et les rachats d'actions.

Meg O'Neill, la CEO qui a remisé les rêves verts au garage

Nommée en avril 2026, Meg O'Neill incarne le tournant brutal de BP. Cette ancienne dirigeante de l'industrie pétrolière australienne n'a pas la fibre écologiste de ses prédécesseurs. Dès son arrivée, elle a présenté un plan de refonte stratégique qui ressemble à un retour aux sources : investir 10 milliards de dollars par an dans le pétrole et le gaz jusqu'en 2027.

Le contraste avec l'ère précédente est saisissant. Sous Bernard Looney, BP avait promis de réduire sa production d'hydrocarbures de 40 % d'ici 2030 et d'investir massivement dans les énergies propres. Meg O'Neill torpille ces engagements en quelques semaines. Les dépenses dans la transition énergétique passent de 5 milliards de dollars par an à seulement 1,5 à 2 milliards. C'est une coupe de plus de 60 %.

Dans le même mouvement, BP annonce un plan de cession de 20 milliards de dollars d'actifs. Le message est clair : on vend tout ce qui n'est pas directement lié au cœur de métier pétrolier et gazier. BP Ventures, avec ses paris sur l'hydrogène vert, les véhicules électriques et l'intelligence artificielle, ne fait pas le poids face à un puits de pétrole en mer du Nord.

Le rôle de la pression actionnariale dans la stratégie climat

La séquence qui a mené à la fermeture de BP Ventures illustre parfaitement comment les actionnaires activistes peuvent remodeler la stratégie d'une major pétrolière. Elliott Management n'a pas seulement exigé des coupes : il a imposé une vision du monde où la rentabilité à court terme prime sur toute considération climatique.

Cette pression ne s'exerce pas dans le vide. Les marchés financiers récompensent les entreprises qui dégagent du cash et pénalisent celles qui investissent dans des projets à long terme et à haut risque. Le capital-risque, par nature, est un jeu d'échecs à plusieurs coups : les pertes sont fréquentes, les succès rares mais explosifs. Pour un hedge fund qui mesure sa performance au trimestre, c'est un poison.

Le cas BP montre que la gouvernance d'entreprise, dans sa forme la plus brutale, peut anéantir vingt ans d'efforts en quelques mois. Les promesses climatiques ne valent que ce que valent les actionnaires qui les soutiennent. Et quand un Elliott Management entre dans le capital, les rêves verts s'évaporent.

1,2 milliard en start-up, 10 milliards en forage : le véritable bilan carbone de l'investissement BP

Parlons chiffres, parce que c'est là que le bât blesse. La fermeture de BP Ventures n'est pas seulement une décision stratégique : c'est une démonstration éclatante de l'écart entre la communication verte des majors et la réalité de leurs investissements. Quand on met bout à bout les sommes consacrées au capital-risque et celles englouties dans le forage, le déséquilibre est vertigineux.

BP Ventures vs BP Drilling : le match des budgets donne le tournis

BP Ventures a investi environ 1,2 milliard de livres sterling en vingt ans. C'est une somme rondelette, certes. Mais rapportée au budget annuel de forage de BP, elle devient dérisoire. Le groupe prévoit d'investir 10 milliards de dollars par an dans le pétrole et le gaz jusqu'en 2027. En une seule année, BP dépense donc l'équivalent de sept à huit budgets complets de son fonds de capital-risque.

Pour être encore plus clair : en vingt ans, BP Ventures a dépensé moins que ce que BP investit en un trimestre dans ses opérations fossiles. Le coût d'opportunité est immense. Chaque dollar mis dans une start-up de l'hydrogène vert est un dollar qui n'est pas allé dans un projet de gaz de schiste ou de pétrole en eaux profondes. Mais l'inverse est aussi vrai : les 10 milliards annuels dans le forage représentent un choix délibéré de prioriser le court terme rentable sur le long terme incertain.

Ce n'est pas un hasard si BP continue de renforcer ses positions dans les zones pétrolières stratégiques. L'accord récent entre les États-Unis et le Venezuela, analysé en détail ici, montre bien pourquoi le pétrole reste un actif géopolitique que les majors ne lâcheront pas, malgré toutes leurs promesses climatiques. Quand les prix du brut flambent, les actionnaires veulent du cash immédiat, pas des promesses de start-up.

80 paris risqués, zéro licorne : pourquoi BP a perdu son pari VC

Le portefeuille de BP Ventures était d'une diversité impressionnante. Intelligence artificielle, véhicules électriques, hydrogène vert, e-mobilité, VTC, jets privés, géothermie… Le fonds a investi dans tous les secteurs porteurs de la transition. Au total, entre cinquante et quatre-vingts sociétés dans le monde, selon les périodes.

Mais le capital-risque est un jeu impitoyable. Sur cent start-up, une seule devient une licorne. Les autres échouent ou stagnent. BP Ventures n'a jamais produit de licorne majeure, ni de rentabilité suffisante pour justifier son existence aux yeux des actionnaires. Les investissements dans les start-up de l'hydrogène vert, par exemple, sont extrêmement risqués : les technologies sont encore immatures, les coûts de production élevés, et les marchés incertains.

Le problème est structurel. Une major pétrolière n'est pas taillée pour le capital-risque. Ses dirigeants sont formés à gérer des projets à grande échelle, avec des rendements prévisibles et des horizons de 10 à 20 ans. Le VC, c'est l'inverse : des paris rapides, des échecs fréquents, et des succès rares mais explosifs. Les deux mondes ne se mélangent pas bien. Le cas de Khosla Ventures misant 10 millions sur Ian Crosby illustre parfaitement le niveau de risque extrême que représente l'univers du capital-risque. Les majors pétrolières, sous pression des marchés pour délivrer du cash immédiat, n'ont ni la patience ni la tolérance au risque nécessaires.

Le coût d'opportunité des investissements verts

Au-delà des chiffres bruts, c'est la question du coût d'opportunité qui est centrale. Quand BP investit 10 milliards de dollars par an dans le pétrole et le gaz, elle choisit délibérément de ne pas investir ces sommes dans les énergies renouvelables, le stockage d'énergie, ou les réseaux intelligents. Chaque dollar dans un puits de pétrole est un dollar qui ne finance pas une éolienne ou un panneau solaire.

Cette logique de court terme est parfaitement rationnelle du point de vue d'un actionnaire comme Elliott Management. Le pétrole rapporte du cash immédiatement, avec des marges confortables quand les prix sont élevés. Les start-up vertes, elles, consomment du cash pendant des années avant de générer le moindre revenu, si elles y parviennent.

Mais cette rationalité financière a un coût collectif. En abandonnant le financement des technologies de rupture, BP et les autres majors ralentissent la transition énergétique. Les innovations qui pourraient un jour rendre les énergies propres compétitives sans subventions sont privées de leur sponsor industriel le plus puissant. Le calcul est simple, mais ses conséquences sont lourdes.

Total, Shell, Exxon : tous les majors vendent-ils leurs start-up vertes ?

BP n'est pas un cas isolé. La fermeture de sa branche capital-risque s'inscrit dans un mouvement plus large de recentrage des majors pétrolières sur leur cœur de métier. Après des années de promesses climatiques, le balancier repart dans l'autre sens.

TotalEnergies Onepoint : le dernier rempart avant la contagion ?

TotalEnergies a longtemps fait figure de bon élève de la transition. Sa branche « Onepoint » (anciennement TotalEnergies Ventures) est toujours active, mais les signaux d'essoufflement se multiplient. En 2021, le groupe français promettait d'investir 1,5 milliard de dollars par an dans les énergies propres. Ce chiffre a-t-il tenu ? Les observateurs sont sceptiques.

La pression actionnariale n'est pas la même qu'aux États-Unis ou au Royaume-Uni. TotalEnergies est moins exposée aux hedge funds activistes, et son actionnariat est plus stable. Mais la tentation est forte, pour Patrick Pouyanné, de suivre le mouvement et de réduire la voilure sur les investissements verts quand les prix du pétrole flambent.

Pour l'instant, TotalEnergies maintient le cap, mais la question se pose : combien de temps encore ? Si BP, avec ses centaines de millions investis en vingt ans, jette l'éponge, quel message cela envoie-t-il aux autres majors ? La contagion est possible, surtout si les marchés continuent de récompenser le retour aux fondamentaux.

Shell et Exxon : le retour aux fondamentaux payants

Shell a déjà donné le ton. En 2024 et 2025, le groupe anglo-néerlandais a réduit ses ambitions de baisse des émissions et recentré ses investissements sur le gaz et le pétrole. Les objectifs de réduction de la production d'hydrocarbures ont été revus à la baisse. Shell a également vendu plusieurs de ses actifs dans les énergies renouvelables, jugeant les rendements insuffisants.

ExxonMobil, de son côté, n'a jamais vraiment joué le jeu de la diversification massive. Le géant américain a augmenté sa production fossile ces dernières années, misant sur le gaz de schiste et le pétrole du Permian Basin. Exxon n'a jamais eu de branche capital-risque aussi développée que BP Ventures. Sa stratégie a toujours été claire : maximiser la production d'hydrocarbures, point barre.

Les marchés récompensent ce retour au « core business ». Les actions des majors pétrolières ont grimpé depuis 2024, portées par la hausse des prix du brut et la promesse de dividendes généreux. Les investisseurs préfèrent du cash immédiat plutôt que des promesses de start-up vertes. BP, en fermant sa branche capital-risque, ne fait que suivre une tendance de fond.

Le mouvement de balancier de l'industrie pétrolière

Ce retour aux fondamentaux n'est pas une surprise pour les observateurs de longue date de l'industrie pétrolière. Les majors ont déjà connu des phases d'expansion dans les énergies alternatives, suivies de replis stratégiques. Dans les années 2000, BP elle-même avait lancé le slogan « Beyond Petroleum » avant de faire marche arrière.

Le cycle actuel est différent par son ampleur et sa rapidité. La pression des actionnaires activistes s'est intensifiée, les technologies vertes restent coûteuses, et les prix du pétrole sont restés suffisamment élevés pour rendre le forage attractif. Le résultat est un désengagement massif des majors du financement de l'innovation climatique.

La question est de savoir si ce mouvement de balancier est temporaire ou durable. Si les prix du pétrole venaient à chuter, les majors pourraient être tentées de revenir vers les start-up vertes. Mais l'expérience BP montre que la confiance est fragile. Les entrepreneurs qui ont vu leur sponsor industriel les abandonner du jour au lendemain réfléchiront à deux fois avant de signer un nouveau pacte d'actionnaires avec une major.

Start-up françaises orphelines de BP : que va devenir leur innovation ?

L'onde de choc de la fermeture de BP Ventures ne se limite pas à Londres ou à Oslo. En France et en Europe, des dizaines de start-up qui avaient levé des fonds auprès de BP se retrouvent orphelines. Leur avenir est incertain, et la question de leur survie se pose avec acuité.

Les pépites françaises du portefeuille BP : une épée de Damoclès au-dessus d'elles

Il est difficile d'établir une liste exhaustive des start-up françaises présentes dans le portefeuille de BP avant la vente. Les données sont fragmentaires, éparpillées dans les archives de presse de TechCrunch, Les Échos ou GreenUnivers. Mais on sait que BP Ventures avait investi dans plusieurs sociétés hexagonales, notamment dans les domaines de l'hydrogène vert, des batteries et de la mobilité électrique.

Pour ces jeunes pousses, la perte du sponsor industriel est un coup dur. BP n'était pas qu'un investisseur financier : c'était un partenaire industriel, capable d'ouvrir des marchés, de fournir des infrastructures de test, d'apporter une crédibilité de marché. Sans ce soutien, la valorisation de ces start-up risque de chuter, et leur capacité à lever de nouveaux fonds sera compromise.

Le cas de Khosla Ventures misant 10 millions sur Ian Crosby montre bien le niveau de risque extrême que représente l'univers du capital-risque. Quand un investisseur majeur se retire, c'est toute la chaîne de financement qui peut s'effondrer. Les start-up françaises du portefeuille BP doivent désormais convaincre de nouveaux investisseurs de leur viabilité, sans le filet de sécurité que représentait le géant pétrolier.

Tableau des participations de la branche capital-risque de BP
Tableau des participations de la branche capital-risque de BP — (source)

De l'innovation verte à l'incertitude juridique : le cauchemar des entrepreneurs

Au-delà des chiffres, il y a des hommes et des femmes. Des ingénieurs, des fondateurs, des équipes qui ont passé des années à développer des technologies prometteuses. Que deviennent leurs contrats ? Les clauses de changement de contrôle dans les pactes d'actionnaires vont-elles être activées ? Est-ce que Verdane va tailler dans les effectifs pour rentabiliser ses investissements ?

Les innovations concrètes sont en jeu. Des bornes de recharge intelligentes, des logiciels de gestion énergétique, des procédés de production d'hydrogène vert, des technologies de captage du CO₂. Tout cela risque d'être stoppé, vendu au plus offrant, ou simplement abandonné faute de financement.

La dimension humaine est souvent oubliée dans ce genre d'annonces. Des centaines d'emplois qualifiés sont menacés. Des ingénieurs qui ont quitté des postes stables dans les majors pour rejoindre des start-up prometteuses se retrouvent dans l'incertitude. La confiance dans l'écosystème des start-up climatiques en sort affaiblie.

Les implications pour l'écosystème européen de la greentech

Au-delà des cas individuels, c'est tout l'écosystème européen de la greentech qui est fragilisé. Les start-up du climat avaient besoin de partenaires industriels solides pour passer du stade de la R&D à l'industrialisation. Les majors pétrolières, avec leurs bilans massifs et leurs réseaux mondiaux, étaient des partenaires naturels.

Le départ de BP laisse un vide que peu d'acteurs peuvent combler. Les fonds de capital-risque traditionnels n'ont ni la patience ni les moyens des majors. Les utilities et les énergéticiens sont plus petits et moins audacieux. Les fonds souverains et les banques publiques pourraient prendre le relais, mais leur appétit pour le risque est limité.

La question qui se pose est existentielle : qui financera l'innovation climatique de rupture si les majors pétrolières abandonnent le terrain ? Les réponses sont rares, et les start-up orphelines le savent bien.

Climat : une promesse envolée ou un recentrage assumé ?

La fermeture de BP Ventures n'est pas un simple événement financier. C'est un symbole puissant de la fin d'une époque. Celle où les majors pétrolières se rêvaient en acteurs de la transition énergétique. Le « Beyond Petroleum », slogan lancé par BP en 2000, est définitivement enterré.

BP abandonne ses paris verts : une simple rationalisation ou un renoncement ?

La communication de BP est soigneusement calibrée. Le groupe parle de « rationalisation » et de « recentrage stratégique ». Il conserve un petit nombre d'investissements jugés stratégiques, histoire de garder une façade verte. Mais la réalité est implacable : le budget alloué à la transition est passé de 5 milliards de dollars par an à 1,5-2 milliards. C'est une réduction de plus de 60 %.

Certains analystes tentent de minimiser la portée de la décision. BP Ventures, disent-ils, n'a jamais représenté qu'une fraction infime des investissements totaux du groupe. Mais c'est précisément le problème. Si même cette fraction est jugée trop coûteuse par les actionnaires, quel avenir pour les investissements verts des majors ?

L'ère des grands conglomérats pétroliers qui se rêvaient en start-up studios est terminée. BP, Shell, Exxon : tous reviennent à l'essentiel. Le pétrole et le gaz rapportent de l'argent. Les start-up vertes, elles, coûtent de l'argent et mettent des années à devenir rentables, si elles le deviennent un jour.

Le signal envoyé aux jeunes ingénieurs : peut-on encore faire confiance aux majors ?

La question est posée, et elle est cruciale. Des milliers d'ingénieurs talentueux ont rejoint BP et les autres majors ces dernières années, attirés par les promesses de transition énergétique. Ils voulaient travailler sur l'hydrogène vert, le captage du CO₂, les énergies renouvelables. Que leur dit-on aujourd'hui ?

Que leurs efforts n'étaient qu'une vitrine. Que les actionnaires ont le dernier mot. Que la rentabilité à court terme prime sur l'avenir de la planète. Le message est désastreux pour l'image des majors auprès des jeunes talents.

La crédibilité des grands groupes pétroliers pour porter la transition énergétique sort affaiblie de cette affaire. Les ingénieurs et les chercheurs qui croyaient sincèrement à la possibilité de transformer ces géants de l'intérieur risquent de partir vers des pures greentechs, des utilities, ou des start-up indépendantes. L'avenir dira si la fermeture de BP Ventures est une simple correction de marché ou un renoncement durable.

Le paradoxe des majors et de la transition énergétique

Le cas BP révèle un paradoxe fondamental de la transition énergétique. D'un côté, les majors pétrolières disposent des ressources financières, des compétences techniques et des infrastructures nécessaires pour accélérer le développement des technologies propres. De l'autre, leur modèle économique, leur gouvernance et la pression de leurs actionnaires les poussent inexorablement vers le court terme et le statu quo.

Ce paradoxe n'est pas nouveau. Il a été masqué pendant quelques années par des promesses climatiques ambitieuses et des investissements symboliques dans les start-up vertes. Mais la réalité financière a fini par rattraper les discours. Quand les marges du pétrole sont élevées et que les actionnaires exigent du cash, les rêves verts s'évaporent.

La question qui demeure est de savoir si ce constat est définitif ou si un nouveau cycle, marqué par une baisse des prix du pétrole ou une pression réglementaire accrue, pourrait inverser la tendance. Mais pour l'instant, le signal est clair : les majors pétrolières ne sont pas des acteurs fiables de la transition énergétique.

Conclusion

BP ferme sa branche capital-risque après vingt ans d'existence, et c'est tout un pan de l'histoire de la transition énergétique qui s'effondre. Le paradoxe est saisissant : jamais le monde n'a eu autant besoin d'innovations climatiques, et jamais les majors pétrolières n'ont été aussi peu disposées à les financer. Sous la pression d'Elliott Management et de sa nouvelle CEO Meg O'Neill, BP mise tout sur le pétrole, après avoir promis la transition.

Les start-up orphelines, les équipes dispersées, les brevets en suspens : voilà le véritable bilan de cette décision. L'innovation climatique a perdu un sponsor industriel de poids, et personne ne sait si Verdane, le fonds nordique qui rachète les participations, saura ou voudra prendre le relais. La question qui reste en suspens est simple : si les majors pétrolières abandonnent le financement des technologies vertes, qui le fera à leur place ?

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Questions fréquentes

Pourquoi BP ferme-t-il sa branche capital-risque ?

BP ferme BP Ventures sous la pression de son actionnaire activiste Elliott Management et de sa nouvelle CEO Meg O'Neill. Le hedge fund exigeait une réduction des coûts jugés non essentiels pour augmenter le free cashflow de 14 à 20 milliards de dollars par an. La transition énergétique est considérée comme un coût réduisant les dividendes et les rachats d'actions.

Qui rachète les participations de BP Ventures ?

Le fonds nordique Verdane, basé à Oslo, rachète la majorité du portefeuille de participations minoritaires de BP Ventures. Verdane est un spécialiste du private equity scandinave qui gérera ces actifs comme un portefeuille financier avec des objectifs de rentabilité à court terme. La finalisation de la transaction est attendue d'ici le deuxième trimestre 2027.

Combien BP a-t-il investi dans les start-up vertes ?

BP Ventures a investi environ 1,2 milliard de livres sterling en vingt ans, selon certaines sources, tandis que d'autres évoquent 325 millions de dollars ou 900 millions de livres. En comparaison, le groupe prévoit d'investir 10 milliards de dollars par an dans le pétrole et le gaz jusqu'en 2027. Le budget annuel de forage équivaut à sept à huit budgets complets du fonds de capital-risque.

Quel est l'impact sur les start-up françaises ?

Les start-up françaises du portefeuille BP, notamment dans l'hydrogène vert, les batteries et la mobilité électrique, perdent leur sponsor industriel. Sans le soutien de BP, leur valorisation risque de chuter et leur capacité à lever de nouveaux fonds est compromise. L'incertitude juridique plane sur leurs contrats et leurs équipes.

Les autres majors pétrolières imitent-elles BP ?

Oui, Shell a réduit ses ambitions de baisse des émissions et recentré ses investissements sur le gaz et le pétrole, tandis qu'ExxonMobil n'a jamais développé de branche capital-risque aussi importante. TotalEnergies maintient sa branche Onepoint pour l'instant, mais les observateurs sont sceptiques sur la pérennité de ses investissements verts. Le mouvement de recentrage sur le cœur de métier pétrolier est général.

Sources

  1. Arnaud Montebourg fragilise la réputation de la France · lemonde.fr
  2. boursorama.com · boursorama.com
  3. bp.com · bp.com
  4. cnbc.com · cnbc.com
  5. thetimes.com · thetimes.com
match-day
Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond.

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