Le 29 juin 2026, une explosion déchire la nuit monégasque rue Louis-Frolla. Vadim Ermolaev, sa compagne Anna et leur fils de 13 ans sont grièvement blessés par une bombe artisanale. Pendant trois semaines, le silence. Puis, le 15 juillet, une lettre signée de sa main brise le mystère : l’oligarque accuse directement le renseignement ukrainien d’avoir orchestré l’attentat. Ce témoignage choc, transmis par le cabinet Dynasty Law & Investment et publié par Nice-Matin, jette une lumière crue sur une affaire où se mêlent arnaques financières, guerres hybrides et règlements de comptes.

« L’objectif était de nous tuer tous les trois » : le récit inédit de l’attentat
La lettre de Vadim Ermolaev, authentifiée par son conseil monégasque, ne laisse aucune place au doute. « Nous savons que les auteurs de l’attaque ont vu une femme et un enfant à mes côtés avant de déclencher l’explosion. Ils ont agi, leur objectif était de nous tuer tous les trois, sans distinction d’âge ni de sexe. » Ces mots, rapportés par Le Figaro et Nice-Matin, décrivent une violence délibérée, ciblant non pas un homme d’affaires mais une famille entière.
L’oligarque, hospitalisé en soins intensifs, affirme que les ramifications de l’attentat ne s’arrêtent pas aux exécutants. Il pointe directement des officiers du GUR, la direction principale du renseignement ukrainien, dont certains seraient « proches de la direction actuelle ou passée du service ». Une accusation lourde, formulée avec une précision qui contraste avec le flou des enquêtes préliminaires.
20h58, rue Louis-Frolla : le piège qui a failli coûter la vie à une famille
Ce soir-là, le quartier des Moulins, habituellement paisible, est le théâtre d’une scène d’horreur. À 20h58 précises, une bombe artisanale cachée dans un sac à dos explose au moment où Ermolaev, Anna et leur fils passent devant le piège. L’entrée de l’immeuble est éventrée. Les secours découvrent trois corps ensanglantés. Le milliardaire, sa compagne et l’enfant sont transportés d’urgence à l’hôpital.

Les images de vidéosurveillance, révélées par l’enquête, montrent que le commando avait préparé son coup avec minutie. Les 26 et 27 juin, une femme déguisée en homme — bob noir, veste noire — effectue plusieurs repérages. Elle approche du lieu de l’attentat, dépose le sac à dos et s’éloigne. La détonation est déclenchée à distance, au moment où la famille passe devant le piège. « Ils ont vu une femme et un enfant », insiste Ermolaev. « Leur objectif était de nous tuer tous les trois. »
« Des séquelles irréversibles » : le calvaire d’Anna et du fils d’Ermolaev
Dans sa lettre, l’oligarque décrit avec une douleur palpable les conséquences de l’attentat. « Ma compagne Anna a subi des lésions d’une extrême gravité, aux conséquences irréversibles. Notre fils a été victime de brûlures, de fractures et de traumatismes sévères. » Ces mots, pour la première fois, donnent un visage humain à une affaire jusqu’ici dominée par les spéculations financières et politiques.

Ermolaev lui-même est toujours hospitalisé. « Je suis aujourd’hui hospitalisé en soins intensifs et ne fais que commencer une longue rémission. Pour chacun de nous, les mois et années à venir seront marqués d’interventions chirurgicales, de soins, et de rééducation. Notre survie relève du miracle », écrit-il. Les blessures physiques sont profondes, mais le traumatisme psychologique l’est tout autant. L’homme qui a bâti une fortune de 230 millions de dollars se retrouve réduit à l’état de victime, dépendant des soins médicaux.
Un silence de trois semaines brisé : le calcul stratégique d’Ermolaev
Pourquoi avoir attendu le 15 juillet pour s’exprimer ? La réponse est stratégique. Pendant trois semaines, l’enquête a été dominée par les fuites : les call centers frauduleux, la suspecte en fuite, les rumeurs de règlement de comptes. Ermolaev, en silence, préparait sa riposte.

Le courrier, dactylographié mais signé de sa main, a été transmis par le cabinet d’avocats ukrainien Dynasty Law & Investment et authentifié par son conseil monégasque. En le publiant, l’oligarque reprend la main sur le récit. Il ne se contente pas de nier les accusations portées contre lui — il contre-attaque, en désignant ses ennemis présumés. Le timing n’est pas anodin : la principale suspecte, Anastasia Berezovska, a été retrouvée morte près de Kiev le 6 juillet, et deux hommes ont été interpellés, dont un ancien agent du GUR. En brisant le silence, Ermolaev cherche à orienter l’enquête avant qu’elle ne se referme sur lui.
De Dnipro au Rocher : l’itinéraire controversé de Vadim Ermolaev
Né à Dnipro, quatrième ville d’Ukraine, Vadim Ermolaev a construit un empire qui dépasse les frontières de son pays natal. À 58 ans, sa fortune est estimée entre 190 et 230 millions de dollars, selon The Guardian et Forbes Ukraine. Mais son parcours est jalonné de zones d’ombre qui expliquent pourquoi il est devenu une cible.
Banques, vin et télévisions : les piliers d’une fortune à 230 millions de dollars
Les actifs d’Ermolaev sont diversifiés. Il contrôle Pivdennyi Bank, une banque régionale ukrainienne, possède des chaînes de télévision et des domaines viticoles. En 2020, Forbes Ukraine le classait 23e fortune du pays, avec 230 millions de dollars. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus complexe. Comme nous l’avons détaillé dans notre précédent article Oligarque, vin et blanchiment : qui est Ermolaev, victime d’un colis piégé à Monaco ?, ses activités viticoles et bancaires ont été liées à des soupçons de blanchiment d’argent.
L’empire Ermolaev repose sur un réseau d’entreprises opaques, souvent domiciliées dans des paradis fiscaux. Ses chaînes de télévision, notamment, ont été accusées de diffuser des contenus pro-russes après l’invasion de 2022. Ces accusations, combinées à ses liens présumés avec l’ancien pouvoir ukrainien, en font une figure clivante.

Un exilé qui a renoncé à son passeport ukrainien : le profil clivant de la cible
Le paradoxe Ermolaev est frappant. Né Ukrainien, il a renoncé à son passeport ukrainien entre 2017 et 2019 pour devenir citoyen chypriote. En 2021, il s’installe à Monaco, attiré par la discrétion bancaire et l’absence d’impôt. Mais cet exil volontaire a un prix : Kiev le considère comme un traître potentiel.
Ses liens présumés avec le Parti des Régions, le parti de l’ancien président pro-russe Viktor Ianoukovytch, lui valent des sanctions ukrainiennes. En 2023, le gouvernement de Volodymyr Zelensky a gelé certains de ses avoirs en Ukraine, l’accusant de financer des activités séparatistes. Pour Ermolaev, ces sanctions sont une persécution politique. Pour ses détracteurs, elles sont la preuve de sa trahison.
Une femme, un serpent et un déguisement : la traque du commando
L’attentat n’a pas été commis par des fantômes. L’enquête policière, menée conjointement par les autorités monégasques, françaises et ukrainiennes, a permis d’identifier une suspecte et de reconstituer les préparatifs du commando.
Anastasia Berezovska, 39 ans : que sait-on de la suspecte au tatouage ?
Le portrait-robot diffusé par la police décrit une femme de 39 ans, cheveux bruns, tatouage « possiblement un serpent » sur le bras droit. Elle parle allemand, ce qui suggère une possible expérience en Europe occidentale. Son identité exacte reste floue : les sources oscillent entre Anastasia Berezovska et Anastasiia Berezovska, une variation orthographique qui complique les recherches.
Le 6 juillet, son corps a été retrouvé dans les environs de Kiev. Les autorités ukrainiennes ont interpellé deux hommes, dont un ancien agent des forces de l’ordre et un membre du GUR. Selon la police ukrainienne, « les autorités chargées de l’enquête s’emploient à identifier les commanditaires et les autres personnes impliquées dans la tentative d’assassinat d’une famille à Monaco ». La mort de Berezovska soulève des questions : a-t-elle été exécutée pour la faire taire ?
Les images de vidéosurveillance qui ont trahi la préparation du commando
Les caméras de surveillance de Monaco, réputées pour leur efficacité, ont capté les allées et venues de la suspecte. Les 26 et 27 juin, elle est filmée approchant du lieu de l’attentat, le sac à dos contenant la bombe sur le dos. Son déguisement est spectaculaire : elle se faisait passer pour un homme, avec un bob noir et une veste noire.

Les images montrent qu’elle a effectué plusieurs repérages, testant les angles morts et les horaires de passage. La bombe, une charge artisanale mais puissante, était conçue pour exploser au moment précis où la famille passerait. Malgré la discrétion habituelle de Monaco, la vidéoprotection a permis de l’identifier. Mais ce succès policier est amer : la suspecte est morte, et les commanditaires restent dans l’ombre.
« Bataillon Monaco » : pourquoi le Rocher attire-t-il les oligarques en exil ?
Monaco n’est pas un décor neutre dans cette affaire. Derrière l’attentat, il y a un phénomène géopolitique : l’exil des super-riches ukrainiens et russes vers la Principauté. Ce mouvement a été baptisé « Bataillon Monaco » par la presse ukrainienne.
L’invention d’un terme par la presse ukrainienne
Le terme « Bataillon Monaco » a été inventé en 2022 par Mykhaïlo Tkatch, journaliste d’Ukrainska Pravda. Ironique, il désigne les oligarques, hommes d’affaires et responsables politiques ukrainiens ayant fui en France après l’invasion russe. Le mot « bataillon » renvoie au vocabulaire militaire des formations ukrainiennes engagées dans le Donbass — une façon de souligner le contraste entre ceux qui se battent et ceux qui fuient.
Selon les estimations, une cinquantaine d’individus fortunés ont trouvé refuge à Monaco depuis 2022. À cela s’ajoutent les 251 proches de Vladimir Poutine répertoriés sur d’autres listes. La Principauté est devenue un sanctuaire pour les élites post-soviétiques, attirées par l’absence d’impôt, la discrétion bancaire et la sécurité.
Le paradoxe de l’ultra-sécurité : quand Monaco devient une scène de crime géopolitique
Mais ce sanctuaire a ses failles. L’attentat du 29 juin le prouve : on ne peut pas être à la fois le coffre-fort du monde et un abri à l’abri des vengeances. Monaco offre une sécurité réelle — caméras, police, procédures — mais elle est perméable aux conflits d’exilés. Les oligarques apportent avec eux leurs guerres, leurs dettes et leurs ennemis.
Le confort et l’opulence attirent les super-riches, mais aussi leurs poursuivants. Les services de renseignement ukrainiens, russes ou autres peuvent opérer sur le Rocher avec une relative facilité, profitant de la porosité des frontières et de la complexité des juridictions. L’attentat contre Ermolaev révèle cette faille : Monaco, jadis sanctuaire, est devenue une scène de crime géopolitique.
Call centers, héritage politique et accusations contre Kiev : qui veut la peau d’Ermolaev ?
Deux hypothèses dominent l’enquête : le crime organisé et la guerre hybride. La première repose sur une arnaque aux call centers, la seconde sur une opération des services ukrainiens. Les deux pistes s’entremêlent, rendant l’affaire complexe.
La piste criminelle : le réseau d’arnaques aux appels à 100 millions d’euros
Entre 2019 et 2022, des centres d’appels illégaux basés en Ukraine ont escroqué plus de 100 millions d’euros à des milliers d’épargnants européens, principalement en Allemagne, en Estonie et en Ukraine. La méthode, connue sous le nom de « boiler rooms », consistait à proposer de faux placements en crypto-monnaies ou des conseils en divorce bidon.
Selon Nice-Matin, le fils aîné d’Ermolaev, Artur, 35 ans, pilotait le réseau opérationnellement. Vadim Ermolaev, lui, gérait le volet financier et juridique. Le mobile est puissant : des investisseurs spoliés, des concurrents éliminés, des vengeances familiales. Les victimes des call centers, souvent des personnes âgées ruinées, auraient pu commanditer l’attentat. Mais cette piste, bien que crédible, ne suffit pas à expliquer la sophistication de l’opération.
La piste politique : la mise en cause directe du renseignement ukrainien par Ermolaev
Dans sa lettre, Ermolaev affirme que le renseignement ukrainien est derrière l’attentat. Il évoque des « officiers du GUR, dont certains seraient proches de la direction actuelle ou passée du service ». Cette accusation n’est pas nouvelle : depuis 2022, plusieurs oligarques ukrainiens ont été victimes de tentatives d’assassinat attribuées à Kiev.
Le timing est révélateur. L’attentat a lieu alors que l’Ukraine traverse une crise politique et économique. Éliminer un oligarque gênant, accusé de trahison et de blanchiment, pourrait être une opération d’intimidation ou d’élimination physique. Les précédents existent : empoisonnements, explosions, assassinats ciblés. La guerre hybride post-2022 a fait de l’élimination des opposants une pratique courante.
Le paradoxe Zelensky : remerciement et accusation dans la même lettre
L’un des passages les plus étranges de la lettre d’Ermolaev est celui où il remercie chaleureusement Volodymyr Zelensky, tout en accusant les services de Kiev. « Je remercie le président Zelensky pour son soutien et sa compassion », écrit-il, avant d’ajouter : « Mais les éléments disponibles laissent à penser que l’opération implique des officiers du GUR. »
Ce paradoxe illustre la complexité des allégeances des ex-oligarques. Ermolaev ménage l’exécutif ukrainien tout en attaquant l’appareil sécuritaire. Est-ce une stratégie pour éviter de se mettre à dos le président, tout en pointant du doigt ses ennemis au sein des services ? Ou une preuve de sa perte de repères politiques, coincé entre son passé pro-russe et son exil monégasque ? Ce paradoxe est une pépite narrative qui montre à quel point les frontières entre loyauté et trahison sont floues dans le monde post-soviétique.
Les failles du Rocher et l’ombre de la guerre : une affaire sans conclusion
L’enquête n’est pas terminée. La mort de la suspecte, les interpellations en Ukraine, les accusations d’Ermolaev : tout reste ouvert. Mais cette affaire agit comme un révélateur des tensions qui gangrènent la Principauté.
Monaco sous pression sécuritaire : quelles leçons pour la Principauté ?
Depuis l’attentat, les autorités monégasques et françaises ont renforcé les mesures de sécurité. Les contrôles aux entrées de la ville ont été intensifiés, les patrouilles de police multipliées. Mais ces mesures sont-elles suffisantes ? Monaco peut-elle rester une « Suisse du Soleil » accueillant les capitaux sans filtrer les conflits qui les accompagnent ?
La question est existentielle. La Principauté attire les super-riches parce qu’elle offre discrétion et sécurité. Mais si ces deux éléments sont compromis, son attractivité s’effondre. L’attentat contre Ermolaev est un avertissement : les guerres des oligarques ne s’arrêtent pas aux frontières de Monaco.
De l’arnaque aux services secrets : une affaire miroir des fractures post-soviétiques
L’attentat contre Ermolaev ne se réduit ni à un crime crapuleux ni à un acte de guerre. Il est le symptôme d’une zone grise où business, politique et violence s’alimentent. Les call centers frauduleux, les accusations de trahison, les opérations des services secrets : tout se mélange dans un cocktail explosif.
Monaco, jadis sanctuaire, est devenue l’écran de projection des fractures de l’Europe de l’Est. Les oligarques y apportent leurs richesses, mais aussi leurs haines et leurs vengeances. L’affaire Ermolaev est un miroir tendu à ce nouveau monde post-soviétique, où le crime, la finance et la guerre fusionnent en une seule et même réalité.