La séquence du 15 mars 2026
Dimanche 15 mars 2026, vers 22 heures, franceinfo couvre le premier tour des municipales. La présentatrice Myriam Encaoua lance : « On va écouter en direct Éric Ciotti, en tête à Nice. » Nathalie Saint-Cricq, à côté d'elle sur le plateau, murmure : « Alias Benito. » Référence à Benito Mussolini. Son micro est encore ouvert. L'aparté dure cinq secondes. La séquence est diffusée en direct.

La vidéo circule immédiatement sur les réseaux sociaux. Le tweet d'excuses publié par @franceinfo à 22h14 — « Nous présentons nos excuses à @eciotti pour un propos inapproprié et déplacé prononcé sur notre antenne par une journaliste de la rédaction de France Télévisions » — est vu environ 1,4 million de fois.
Vers minuit, Nathalie Saint-Cricq s'excuse à l'antenne : « J'ai tenu des propos inappropriés et déplacés, qui relèvent d'un manque de discernement. Je voulais présenter mes excuses à M. Ciotti. »
Le lendemain, Philippe Corbé, directeur de l'information de France Télévisions, décide de retirer Saint-Cricq de l'antenne jusqu'au 22 mars inclus. Delphine Ernotte, présidente du groupe, est selon Le Parisien « en colère ». Saint-Cricq ne participera pas à la soirée électorale du second tour. Elle déclarera plus tard à Gala : « Plutôt que de subir une punition, j'ai préféré la demander moi-même. »
Pourquoi « Benito » est une bombe éditoriale
Nathalie Saint-Cricq explique ensuite qu'elle voulait « faire rire Brice Teinturier » et que son micro était supposé être éteint. « J'ai fait toute la soirée et j'ai parlé trop fort, » raconte-t-elle à C à vous. Un ami l'avait prévenue en direct : « Attention, on t'entend. »
L'explication ne suffit pas à calmer la polémique, parce que le problème ne tient pas à l'intention mais au contenu de l'analogie. Comparer un homme politique en campagne à Benito Mussolini, c'est brandir la figure d'un dictateur fasciste. Sur la chaîne publique. Le soir d'un premier tour.
La charte de déontologie de France Télévisions impose une information « exacte, équilibrée, complète et impartiale », avec « le respect de la dignité humaine ». Ce cadre rend la comparaison problématique en soi, indépendamment de la bonne ou mauvaise foi de son autrice.
Le contexte politique rend l'incident encore plus inflammable. L'UDR, le parti d'Éric Ciotti, avait lancé en octobre 2025 une commission d'enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public ». Les auditions étaient très conflictuelles. L'affaire « alias Benito » tombe dans cette atmosphère chargée. Pour les critiques de l'audiovisuel public, la séquence confirme un biais hostile envers la droite. Pour ses défenseurs, la suspension est excessive.
Les réactions politiques reflètent cette fracture. Christian Estrosi, adversaire de Ciotti à Nice et maire sortant, commente sur Instagram : « Cette suspension est honteuse. Elle a parlé vrai. » Hélène Laporte, députée RN, écrit sur Facebook : « Une journaliste du service public en France en 2026, payée par nos impôts… » Pascal Praud défend également Saint-Cricq à CNews.
Ciotti élu, Saint-Cricq en sursis
L'incident survient pendant la campagne du premier tour à Nice. Éric Ciotti arrive en tête avec 43,43 % des voix, devant Christian Estrosi à 30,92 %. Le second tour est une triangulaire.

Le 22 mars, jour même de la fin de la suspension de Saint-Cricq, Ciotti remporte la mairie de Nice avec 48,54 % des voix face à Estrosi (37,20 %). Il devient maire de la cinquième ville de France, mettant fin à seize ans de mandat d'Estrosi. L'incident « alias Benito » n'a pas entamé sa campagne — et peut-être l'a-t-il même renforcée dans l'électorat qui se méfie des médias publics. ![]()
En duplex chez Cyril Hanouna quelques jours après les faits, Ciotti déclare : « Delphine Ernotte m'a appelé ce matin pour s'excuser, le directeur de l'information Philippe Corbé aussi. Donc, on passe l'éponge. »
L'après : un livre, une poignée de main, une époque qui tourne
Nathalie Saint-Cricq ne revient pas à la une de l'actualité télévisée de la même manière. Le 9 avril 2026, elle publie un roman policier, La Petite Mère. Elle prépare une pièce de théâtre comique. À 64 ans, après 35 ans chez France Télévisions, elle affirme à Gala : « Je paye le prix de l'humour con. Je me suis dit que c'était vraiment moche de chuter en fin de carrière. »

Un élément de succession accompagne la fin de cycle : son fils Benjamin Duhamel s'affirme sur les plateaux de France 2. « Il y aura toujours un Duhamel sur France Télé, » note un salarié du groupe à Télérama.
Le 30 mai 2026, au Festival du Livre de Nice, Éric Ciotti — désormais maire — rencontre Saint-Cricq venue dédicacer son roman. Il publie sur X : « Bienvenue à Nice ! Sans rancune, » accompagné d'une vidéo de leur poignée de main. ![]()
La parenthèse « alias Benito » referme une boucle. Mais les questions qu'elle a soulevées sur les limites de l'ironie dans l'information publique, sur le rapport entre médias et pouvoir politique, et sur la commission d'enquête parlementaire toujours en cours, elles, restent ouvertes.