Le 27 avril 2026, une annonce a secoué les chancelleries européennes : la police norvégienne Økokrim signait un accord de coopération judiciaire sans précédent avec la France pour enquêter sur les ramifications de l'affaire Epstein. Ce Joint Investigation Team (JIT) cible des figures emblématiques de la diplomatie internationale, Mona Juul et Terje Rød-Larsen, soupçonnés de corruption aggravée. Derrière ce pacte judiciaire se cache une mécanique complexe où se mêlent fichiers déclassifiés américains, diplomates français compromis et une Norvège qui voit son image de puissance morale s'effondrer.

27 avril 2026 : le jour où la Norvège a signé un pacte judiciaire avec la France sur l'affaire Epstein
C'est une date qui restera dans les annales judiciaires européennes. Le 27 avril 2026, Økokrim, l'unité nationale norvégienne de lutte contre la criminalité économique et environnementale, a officialisé la création d'une équipe commune d'enquête avec le Parquet national financier (PNF) français. L'objectif : enquêter sur Mona Juul et Terje Rød-Larsen pour des faits de « corruption aggravée » et de « complicité de corruption aggravée » liés à leurs relations avec Jeffrey Epstein.
L'annonce a fait l'effet d'une bombe dans les rédactions. Pourquoi maintenant ? Pourquoi la Norvège, pays réputé pour sa transparence et son exemplarité morale, choisit-elle de s'associer aussi étroitement à la justice française ? La réponse tient en trois mots : les fichiers américains. En janvier 2026, le Department of Justice américain a publié des millions de documents issus des enquêtes sur Epstein, dévoilant l'ampleur de son réseau d'influence à travers le monde. Ces révélations ont contraint les États européens, longtemps passifs, à réagir.
Signature du JIT : les coulisses d'un accord tenu secret jusqu'au bout
La mécanique de l'annonce mérite qu'on s'y attarde. Le JIT n'est pas un simple accord de coopération : c'est un outil juridique créé par l'Union européenne pour contourner les lourdeurs des commissions rogatoires internationales. Comme l'explique le Sénat français, ce dispositif permet aux enquêteurs des pays membres d'échanger directement des preuves, d'organiser des auditions conjointes et de coordonner leurs stratégies d'investigation sans passer par les canaux diplomatiques traditionnels.
La signature a été orchestrée dans la plus grande discrétion. Pål Lønseth, le chef d'Økokrim, avait prévenu dès février 2026 : « Nous avons ouvert une enquête pour déterminer si des actes criminels ont eu lieu. Nous sommes confrontés à une enquête exhaustive et, de toute évidence, de longue durée. » Les négociations avec la France ont duré plusieurs semaines, tenues secrètes pour éviter toute fuite qui aurait pu compromettre les investigations.
De l'Oklahoma à Oslo : comment l'affaire Epstein a rattrapé les diplomaties européennes
L'affaire Epstein n'est pas morte avec son suicide en 2019 dans une prison de New York. La publication massive des fichiers judiciaires américains en janvier 2026 a ouvert une nouvelle ère, forçant les États européens à sortir de leur passivité. La France et la Norvège sont les premiers pays à réagir concrètement, créant un précédent diplomatique.
En France, le Parquet de Paris a désigné des magistrats spéciaux dès février 2026 pour réanalyser l'intégralité de l'enquête Epstein menée entre 2019 et 2023, notamment l'affaire Jean-Luc Brunel. Le PNF a également ouvert une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant Jack Lang et sa fille Caroline. C'est dans ce contexte que les noms de Mona Juul et Terje Rød-Larsen ont émergé des fichiers américains, révélant des liens qui dépassaient largement le cadre des relations diplomatiques classiques.
Mona Juul et Terje Rød-Larsen : les artisans de la paix d'Oslo rattrapés par les fichiers Epstein
Qui sont ces deux diplomates que la justice norvégienne et française traquent désormais ? Mona Juul et Terje Rød-Larsen ne sont pas des criminels de droit commun. Ce sont des figures emblématiques de la diplomatie internationale, des architectes des Accords d'Oslo qui ont tenté de réconcilier Israéliens et Palestiniens dans les années 1990. Leur profil rend la coopération judiciaire à la fois plus complexe et plus urgente.
Mona Juul a été cheffe de section au ministère norvégien des Affaires étrangères, puis ambassadrice en Jordanie, en Irak et au Royaume-Uni. Terje Rød-Larsen, son époux, est un ancien diplomate, ex-président de l'International Peace Institute et ancien envoyé spécial des Nations Unies. Ensemble, ils ont joué un rôle central dans les négociations israélo-palestiniennes. Ce contraste saisissant entre leur statut d'artisans de la paix et les accusations de corruption aggravée donne à l'affaire sa dimension de scandale d'État.
Des architectes des Accords d'Oslo aux listes d'Epstein : le vertige d'une chute
Le vertige est à la hauteur de la chute. Les fichiers Epstein, rendus publics par le Department of Justice américain, montrent que le couple entretenait des relations étroites avec le financier américain. Des échanges réguliers, des voyages, des faveurs mutuelles. Rien de criminel en apparence, jusqu'à ce que les enquêteurs norvégiens mettent au jour des transactions suspectes.
Le couple nie toute infraction. Par la voix de leurs avocats, Mona Juul et Terje Rød-Larsen affirment n'avoir jamais eu connaissance des activités illicites d'Epstein. Mais les preuves s'accumulent, et le Parquet norvégien estime disposer d'éléments suffisants pour les poursuivre pour « corruption aggravée ». La publication des fichiers américains a été le détonateur, mais c'est l'enquête de terrain qui a transformé les soupçons en charges.
Les trois chefs d'accusation : l'appartement d'Oslo, le voyage sur l'île et les soins à domicile
Les soupçons qui pèsent sur le couple reposent sur trois faits précis, minutieusement documentés par Økokrim. Le premier concerne une aide financière suspecte pour l'achat d'un appartement à Oslo en 2018. Selon les enquêteurs, le couple aurait bénéficié d'un prix inférieur au marché, avec l'intervention d'intermédiaires liés à Epstein.
Le deuxième chef d'accusation est plus grave : un voyage organisé sur l'île privée d'Epstein dans les Caraïbes en 2011. Mona Juul et Terje Rød-Larsen s'y seraient rendus avec leurs enfants, alors âgés de 10 et 12 ans. Ce détail a provoqué une onde de choc en Norvège, où la protection des mineurs est une valeur cardinale.
Le troisième élément est d'une nature différente : le paiement de services de soins à domicile pour Terje Rød-Larsen, pris en charge par des proches d'Epstein. Aux yeux du Parquet norvégien, ces trois faits constituent de la « corruption aggravée ». Le couple les conteste fermement, mais les enquêteurs estiment disposer de preuves solides, notamment des échanges de courriels et des relevés bancaires.
Fabrice Aidan, l'ex-diplomate français qui fait le lien entre Paris et Oslo
Si la coopération franco-norvégienne est devenue indispensable, c'est en grande partie à cause d'un homme : Fabrice Aidan. Ce diplomate français est la pièce maîtresse qui relie les deux enquêtes. Sans lui, le JIT n'aurait peut-être jamais vu le jour. C'est son cas qui a convaincu les magistrats des deux pays qu'une enquête conjointe était la seule solution.
Fabrice Aidan a travaillé à l'ONU de 2006 à 2013 comme assistant direct de Terje Rød-Larsen. Les fichiers américains montrent qu'il apparaît plus de 200 fois dans les communications de Jeffrey Epstein. Ce chiffre, à lui seul, justifie l'attention des enquêteurs. Mais c'est la nature de ces échanges qui inquiète : des informations diplomatiques, des services rendus, et surtout un accès privilégié aux réseaux internationaux.
200 apparitions dans les communications d'Epstein : le rôle trouble de l'assistant de Rød-Larsen
Le cas Aidan est emblématique de la manière dont Epstein a tissé sa toile à travers les cercles du pouvoir international. Ce diplomate français, discret mais bien introduit, aurait servi de « portier » au financier américain. Selon les éléments recueillis par le PNF, Fabrice Aidan aurait fourni à Epstein des informations diplomatiques sensibles, des introductions auprès de responsables onusiens, et surtout un accès aux réseaux de la diplomatie européenne.
Les enquêteurs français le soupçonnent d'avoir joué un rôle d'intermédiaire entre Epstein et Terje Rød-Larsen. Les 200 mentions dans les communications du financier ne sont pas de simples salutations : ce sont des échanges réguliers, parfois quotidiens, qui témoignent d'une relation professionnelle et personnelle étroite. Fabrice Aidan est aujourd'hui mis en examen pour « corruption passive d'agent public d'une organisation publique internationale » et « complicité de corruption passive d'agent public ».
Du Quai d'Orsay à Engie : comment un diplomate a pu servir de « portier » au réseau Epstein
Le parcours professionnel de Fabrice Aidan est révélateur. Après son passage à l'ONU, il a intégré Engie, le géant français de l'énergie. Ce changement de carrière, en apparence anodin, a attiré l'attention des enquêteurs. Comment un diplomate de carrière, spécialiste des questions internationales, a-t-il pu passer aussi facilement du secteur public au secteur privé, et surtout, comment a-t-il conservé des liens aussi étroits avec Epstein ?
La réponse tient peut-être dans la nature même du réseau Epstein. Le financier américain ne recrutait pas des criminels : il recrutait des hommes et des femmes d'influence, des diplomates, des hommes d'affaires, des politiques. Fabrice Aidan, par ses fonctions à l'ONU et ses relations, était un atout précieux. C'est exactement sur ce point que les enquêtes française et norvégienne se superposent. Sans le JIT, l'échange de preuves entre Paris et Oslo aurait pris des mois, voire des années.
La Norvège plonge dans ses propres ténèbres : de la princesse au Premier ministre, l'élite sous enquête
Pourquoi la Norvège coopère-t-elle aussi étroitement avec la France ? La réponse est simple : l'affaire Epstein a provoqué une crise nationale sans précédent. Le gouvernement norvégien n'a d'autre choix que de jouer la transparence totale. La pression politique et médiatique est telle que le refus de coopérer aurait été suicidaire.
L'affaire ne se limite pas à Mona Juul et Terje Rød-Larsen. Elle ébranle les fondations mêmes de l'État norvégien. La princesse héritière Mette-Marit a exprimé de « profonds regrets » et s'est dite « manipulée et trompée ». L'ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland est sous enquête d'Økokrim pour corruption aggravée. Børge Brende, ancien ministre des Affaires étrangères et ex-PDG du Forum économique mondial, a dû démissionner après la révélation de ses liens avec Epstein. La Norvège, qui se percevait comme une « superpuissance morale », voit son image brisée.
« Il est possible d'acheter de l'influence si vous êtes assez riche » : le constat accablant du Premier ministre
Le 17 mars 2026, le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre a prononcé une déclaration qui a fait l'effet d'un séisme politique. « Les liens entre des Norvégiens occupant des postes de confiance et Epstein sont désormais prouvés », a-t-il déclaré devant le Parlement. Et d'ajouter, accablant : « Il est possible d'acheter de l'influence si vous êtes assez riche. »
Cette phrase est devenue le symbole de la crise que traverse la Norvège. Le Parlement a voté à l'unanimité la création d'une commission indépendante chargée d'enquêter sur les liens entre le ministère des Affaires étrangères et Epstein. C'est un aveu d'échec institutionnel retentissant. Per-Willy Amundsen, député conservateur, a résumé le sentiment général : « Il est possible d'acheter de l'influence et d'abuser de cette influence si vous êtes assez riche. C'est ce qui s'est passé en Norvège. »
Un domino qui ébranle la monarchie et le WEF : Mette-Marit, Jagland, Brende
Le scandale s'étend bien au-delà du cercle diplomatique. La princesse héritière Mette-Marit, figure adorée des Norvégiens, a dû reconnaître publiquement ses liens avec Epstein. Dans une interview accordée en mars 2026, elle a affirmé avoir été « manipulée et trompée » par le financier américain. Ses déclarations, empreintes de regrets, n'ont pas suffi à apaiser la colère de l'opinion publique.
Thorbjørn Jagland, ancien Premier ministre et ancien secrétaire général du Conseil de l'Europe, est sous enquête d'Økokrim. Les accusations portent sur des faits de corruption aggravée liés à ses relations avec Epstein. Børge Brende, lui, a dû quitter la présidence du Forum économique mondial de Davos après que son nom est apparu dans les fichiers américains. La Norvège, pays de 5,5 millions d'habitants, voit son élite politique, diplomatique et économique décapitée par le scandale.
« Il faut que la justice prouve qu'elle veut la vérité » : les victimes brisent le silence
La coopération judiciaire n'est pas qu'une affaire de diplomates et de procureurs. Elle a un impact concret sur la libération de la parole des victimes. Sans cette coopération, les témoignages restent lettre morte. En France, l'association Innocence en Danger, présidée par Homayra Sellier, mène un combat de longue haleine pour que les victimes d'Epstein soient entendues.
Dès février 2026, l'association a lancé un appel à témoignages qui a recueilli une quinzaine de signalements. En avril 2026, ce chiffre était passé à « plusieurs dizaines ». Les victimes, longtemps silencieuses, commencent à parler. Mais la peur reste omniprésente. Comme le résume Homayra Sellier : « Les victimes ont trop peur de parler ou de se retrouver traquées par la presse. »
Des dizaines de témoignages reçus en France : « Les victimes ont trop peur de parler »
L'association Innocence en Danger avait déjà porté plainte en 2019, ce qui avait conduit à l'enquête sur Jean-Luc Brunel, l'ancien mannequin français soupçonné d'avoir recruté des jeunes filles pour Epstein. Brunel s'est suicidé en 2022 dans sa cellule de la prison de la Santé, laissant derrière lui un goût d'inachevé. L'association a également attaqué l'État français pour « déni de justice » après sa mort.
Les témoignages recueillis en 2026 sont d'une nature différente. Les victimes, souvent de jeunes femmes aujourd'hui adultes, racontent des séjours en France, des voyages en jet privé, des rencontres organisées dans des hôtels parisiens. L'avocate Caty Richard, qui représente l'association, a critiqué les déclarations du président Emmanuel Macron, qui estimait que l'affaire Epstein « concerne surtout les États-Unis ». « Ça n'est pas qu'aux États-Unis de faire l'enquête, a-t-elle rétorqué sur LCI. Jeffrey Epstein venait en France quasiment douze fois par an à bord de son jet privé. »
Homayra Sellier : pourquoi la coopération internationale change la donne pour les victimes françaises
La déclaration d'Homayra Sellier est clef pour comprendre l'importance du JIT. « Il faut que la justice montre de quoi elle est capable, a-t-elle affirmé. Il faut que la justice prouve qu'elle veut la vérité, pas seulement pour les victimes, mais pour tous les Français qui ont le droit de savoir ce qui s'est passé dans leur pays. »
Le JIT permet aux victimes de témoigner sans crainte que leur parole soit perdue dans les limbes juridiques entre deux pays. Avant cet accord, une victime française qui souhaitait déposer plainte en Norvège devait passer par des commissions rogatoires internationales, un processus long et complexe. Désormais, les enquêteurs français et norvégiens travaillent main dans la main, échangeant les témoignages en temps réel. C'est une bouffée d'air pour les associations qui se battent depuis des années pour que la parole des victimes soit entendue.
Edward Juul Rød-Larsen, 25 ans : le fils sacrifié au cœur de l'héritage empoisonné d'Epstein
Le 29 avril 2026, deux jours après la signature du JIT, une tragédie a frappé la famille Juul-Rød-Larsen. Edward Juul Rød-Larsen, 25 ans, a été retrouvé mort aux Émirats Arabes Unis. Les circonstances de son décès, un suicide, ont jeté une ombre supplémentaire sur une affaire déjà sordide.
Edward était le fils de Mona Juul et Terje Rød-Larsen. Il avait visité l'île privée d'Epstein dans les Caraïbes à l'âge de 10 ans, accompagné de ses parents. Cette visite, qui figure parmi les chefs d'accusation retenus contre le couple, a marqué sa vie à jamais. Ses avocats ont demandé une couverture médiatique « moins agressive », déclarant : « La nuit dernière, un fils est mort. Aujourd'hui, deux parents sont en deuil. Cela devrait suffire à ce que nous baissions tous de ton. »
Un héritage de 10 millions de dollars au goût amer : les enfants du couple dans le testament d'Epstein
Le testament de Jeffrey Epstein, rendu public après sa mort, a réservé une surprise de taille. Le financier américain a légué 10 millions de dollars aux deux enfants du couple Juul-Rød-Larsen, soit 5 millions chacun. Cette disposition testamentaire, découverte lors des investigations, soulève des questions troublantes.
S'agit-il d'une tentative d'achat de silence ? D'un geste d'emprise post-mortem ? Les enquêteurs norvégiens estiment que ce legs pourrait être lié aux services rendus par le couple à Epstein. Les avocats de Mona Juul et Terje Rød-Larsen affirment que leurs clients n'ont jamais sollicité cet héritage et qu'ils en ont été informés après la mort d'Epstein. Mais pour l'opinion publique norvégienne, ce détail est une preuve supplémentaire de la compromission du couple.
Mort d'Edward aux Émirats : le geste désespéré d'un enfant du réseau Epstein
La mort d'Edward Juul Rød-Larsen aux Émirats Arabes Unis ajoute une couche de tragédie humaine à cette affaire. Le jeune homme, qui tentait de se construire une vie loin du scandale, n'a pas survécu au poids de l'héritage empoisonné de son père. Son suicide rappelle un autre drame : la mort de Jean-Luc Brunel en 2022 dans sa cellule parisienne.
Ce parallèle glaçant interroge : y a-t-il une volonté de faire taire définitivement certains secrets ? Les enquêteurs français et norvégiens refusent de commenter cette hypothèse, mais les associations de victimes s'inquiètent. « Chaque fois que l'enquête s'approche d'une vérité gênante, un témoin meurt », confie une source proche du dossier. La mort d'Edward pèse comme une ombre sur le JIT, rappelant que l'affaire Epstein ne se limite pas à des questions de procédure judiciaire : elle touche à des vies humaines brisées.
Sortir de l'impunité : ce que le pacte franco-norvégien change vraiment pour la justice internationale
Le JIT entre Økokrim et le PNF est le premier du genre dans l'affaire Epstein. Il permet un échange de preuves en temps réel, une stratégie d'enquête coordonnée et, surtout, il contourne les lenteurs de l'entraide judiciaire classique. Ce modèle pourrait inspirer d'autres pays européens où des ramifications Epstein commencent à émerger, comme le Royaume-Uni ou la Belgique.
Mais l'accord est aussi un test pour la transparence des États. La Norvège, pays qui se targuait d'être une « superpuissance morale », doit prouver qu'elle est capable de faire la lumière sur les agissements de son élite. La France, de son côté, doit démontrer que ses enquêtes ne s'arrêteront pas aux portes des cabinets ministériels ou des conseils d'administration.
Le JIT, un outil anti-impunité : pourquoi ce modèle pourrait faire école
Le Joint Investigation Team est un instrument juridique créé par l'Union européenne pour faciliter les enquêtes transfrontalières. Comme l'explique le Sénat français, il permet aux enquêteurs des pays membres d'échanger directement des preuves, d'organiser des auditions conjointes et de coordonner leurs stratégies d'investigation sans passer par les canaux diplomatiques traditionnels.
Dans le cas de l'affaire Epstein, le JIT est particulièrement adapté. Les ramifications du réseau sont internationales, les preuves dispersées entre les États-Unis, la France, la Norvège, les Caraïbes et le Moyen-Orient. Sans cet outil, chaque demande de preuve aurait dû passer par une commission rogatoire internationale, un processus qui peut prendre des mois, voire des années. Avec le JIT, les enquêteurs français et norvégiens peuvent travailler ensemble, en temps réel, sur les mêmes éléments.
Le test de la transparence : la Norvège et la France peuvent-elles vraiment aller au bout ?
L'accord est une victoire pour les associations et les victimes. Mais les obstacles sont immenses. La mort d'Edward Juul Rød-Larsen, le mur du silence diplomatique, la complexité des preuves : tout concourt à rendre l'enquête difficile. Comme le rappelle Homayra Sellier : « Le peuple français a le droit de savoir ce qui s'est passé dans son pays. »
Le JIT n'est qu'un outil. C'est la volonté politique qui fera la différence. En Norvège, le Premier ministre Jonas Gahr Støre a promis que l'enquête irait jusqu'au bout, quels que soient les noms qui émergeraient. En France, le PNF a désigné des magistrats spéciaux pour réanalyser l'intégralité du dossier Epstein. Mais les précédents ne sont pas encourageants : Jean-Luc Brunel s'est suicidé avant d'être jugé, Daniel Siad, un autre recruteur présumé d'Epstein, a été retrouvé mort à Paris dans des circonstances troubles. L'affaire Epstein ne fait que commencer en Europe, mais la page de l'impunité totale est en train de se tourner, lentement mais sûrement.
Conclusion : une enquête qui redéfinit les frontières de la justice européenne
Le JIT franco-norvégien marque un tournant dans la manière dont l'Europe aborde les affaires de corruption internationale. Pour la première fois, deux États européens mettent en commun leurs ressources judiciaires pour traquer les ramifications d'un réseau qui a prospéré pendant des décennies grâce à l'opacité des frontières juridiques.
L'affaire Epstein a révélé les failles d'un système où l'argent et l'influence permettaient de contourner la justice. La Norvège, pays longtemps considéré comme un modèle de transparence, a découvert que ses élites n'étaient pas à l'abri de la compromission. La France, de son côté, a dû admettre que l'affaire ne concernait pas seulement les États-Unis, comme l'a rappelé l'avocate Caty Richard.
La mort d'Edward Juul Rød-Larsen, le legs de 10 millions de dollars aux enfants du couple, les témoignages des victimes qui commencent à affluer : autant d'éléments qui rappellent que derrière les procédures judiciaires, il y a des vies brisées. Le JIT n'est qu'un début, mais c'est un début nécessaire. Comme le dit Homayra Sellier : « Il faut que la justice prouve qu'elle veut la vérité. » Le chemin est encore long, mais pour la première fois, les enquêteurs français et norvégiens avancent ensemble sur la même piste.