Ce mardi 24 février 2026, le monde du sport a retenu son souffle. L'information, tombée via l'Agence France-Presse, a agi comme un coup de tonnerre dans un ciel pourtant serein pour l'international marocain : Achraf Hakimi est officiellement renvoyé en procès pour viol. Ce basculement judiciaire marque la fin d'une longue instruction et le début d'une phase périlleuse pour le joueur du PSG. Passant du statut de simple mis en examen à celui d'accusé devant la cour criminelle, le latéral droit voit son image d'athlète invincible se fissurer brutalement. Le contraste est saisissant entre sa communication publique maîtrisée et la gravité inédite de cette décision de justice, qui transforme une rumeur tenace en une confrontation judiciaire majeure.

Du tweet à la réalité : la réaction d'Hakimi face à l'ordonnance de mise en accusation
Dès l'annonce de la décision de la juge d'instruction, la machine communicationnelle du joueur s'est mise en marche. Dans un message publié sur la plateforme X, anciennement Twitter, Achraf Hakimi a réagi avec une feinte tranquillité, affirmant qu'« une accusation de viol suffit à justifier un procès alors même que je la conteste ». Ce message, soigneusement rédigé, vise à dénoncer ce qu'il perçoit comme une injustice systémique, tout en maintenant le lien avec son public. Il ne s'agit pas ici d'un aveu de faiblesse, mais d'une contre-offensive médiatique visant à présenter le procès à venir comme l'occasion d'une réhabilitation inéluctable.
Une communication de crise sous haute tension
Cette stratégie de « calme apparent » est typique des crises communicationnelles de haute volée : elle cherche à dédramatiser l'événement aux yeux des supporters tout en soulignant la confiance du joueur en sa propre innocence, alors que la machine judiciaire s'emballe pour de bon. En utilisant les termes « injuste pour les innocents que pour les victimes sincères », le joueur tente de se positionner en victime d'un système judiciaire qu'il juge trop prompt à juger sur parole. C'est une ligne risquée qui vise à retourner l'opinion publique, souvent polarisée dans ce genre d'affaires, en sa faveur.

Le pari osé de la vérité publique
Pour Achraf Hakimi et ses conseillers, le procès n'est plus une menace, mais une opportunité. L'idée est de passer du silence de l'instruction, où les rumeurs prospèrent, à la lumière publique du tribunal. En déclarant attendre ce moment « avec calme », le joueur et son entourage misent tout sur l'absence de preuves matérielles irréfutables pour convaincre les juges, et l'opinion, de sa bonne foi. C'est un pari audacieux, car le tribunal criminel est aussi une arène médiatique impitoyable où la moindre hésitation peut être fatale.
Le poids des mots sur les réseaux sociaux
L'usage de la plateforme X pour révéler sa position n'est pas anodin. Cela permet de contourner la presse traditionnelle, perçue comme hostile ou partiale, pour s'adresser directement aux fans. En affirmant que « tout démontre qu'elle est fausse », Hakimi tente de clore le débat avant même son ouverture, une technique rhétorique visant à ancrer dans l'esprit du public l'idée que l'accusation n'est pas fondée. Cette réaction instantanée montre à quel point l'impact médiatique est désormais indissociable de la stratégie judiciaire pour une star de son envergure.
La Cour criminelle départementale : un tribunal pas comme les autres
Il est essentiel de comprendre la singularité de la juridiction qui sera amenée à juger le joueur du PSG. La cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine n'est pas une cour d'assises classique. Créée en 2019 pour alléger la charge des cours d'assises, cette juridiction est composée exclusivement de magistrats professionnels : un président et deux conseillers. Il n'y aura pas de jury populaire. Ce format, plus technique et peut-être moins émotionnel qu'un procès d'assises, nécessitera néanmoins une démonstration juridique implacable de la part des deux parties.
Une expertise sans jury populaire
L'absence de jury populaire est un point crucial dans cette affaire. Contrairement aux cours d'assises où l'émotion peut parfois primer sur le droit, la cour criminelle départementale est un tribunal de droit pur. Les trois magistrats professionnels qui jugeront Achraf Hakimi sont des experts du droit pénal, habitués à analyser les dossiers avec la froideur nécessaire à la justice. Pour la défense, cela pourrait représenter un avantage, en l'absence de pression populaire immédiate dans la salle d'audience, mais aussi un défi, car il faudra convaincre des techniciens aguerris sur la notion de contrainte.
Une juridiction spécialisée pour les crimes
Ce tribunal est compétent pour juger les crimes punis de quinze ans de réclusion ou moins, ce qui correspond parfaitement au viol simple qui est reproché à Achraf Hakimi. S'il avait encouru une peine supérieure, comme en cas de viol commis en réunion ou avec torture, l'affaire aurait été renvoyée devant une cour d'assises traditionnelle. La cour criminelle départementale est donc la juridiction adaptée pour juger des crimes graves sans la complexité logistique d'une cour d'assises, permettant un jugement souvent plus rapide, mais tout aussi sérieux.
Le déroulement spécifique des débats
Le fonctionnement de cette cour diffère également sur la forme. Les débats y sont publics, mais la délibération se fait à huis clos par les seuls magistrats. Cette procédure, souvent moins médiatisée que les grands procès d'assises, pourrait offrir un cadre plus serein pour l'examen de preuves techniques complexes. Toutefois, l'absence de jurés citoyens retire une dimension de « jugement par les pairs » qui, dans les affaires médiatisées, peut parfois jouer en faveur ou en défaveur de l'accusé selon le courant de sympathie populaire.
Un calendrier qui s'étire : de février 2023 au verdict attendu
La temporalité joue un rôle crucial dans cette affaire. Ce renvoi en procès, survenant plus de trois ans après les faits présumés, met fin à une période d'incertitude judiciaire insoutenable pour les deux protagonistes. Pour la plaignante, cette décision est perçue comme une reconnaissance de la gravité de son récit et une étape indispensable vers la recherche de la vérité. Pour la défense, c'est le signal que la bataille ne se joue plus dans le secret des cabinets d'instruction mais sur la place publique. Ces trois années d'enquête, marquées par des auditions, des expertises et des rebondissements, ont permis de constituer un dossier dense qui sera désormais débattu contradictoirement.
Le poids psychologique de trois années d'attente
Attendre trois ans avant qu'une affaire ne soit jugée est une épreuve destructrice. Pour la plaignante, ce délai a pu être perçu comme un déni de justice, mais l'ordonnance de renvoi vient en quelque sorte valider sa patience. Pour Achraf Hakimi, cela a signifié jouer sa carrière sous une épée de Damoclès permanente, avec à chaque match, chaque interview, la question qui revient en boucle. Cette longueur permet aussi aux passions de retomber et aux faits de s'inscrire dans une perspective plus froide, loin de l'émotion immédiate des faits allégués.
L'aboutissement d'une instruction complexe
L'annonce de ce renvoi clôt ainsi le chapitre de l'enquête pour ouvrir celui, décisif, du procès pénal. Le parcours judiciaire a débuté par une simple enquête préliminaire, avant de se transformer en information judiciaire complète, avec mises en examen et expertises psychologiques et médicales. L'ordonnance de mise en accusation, un document de vingt-et-une pages rédigé par la juge d'instruction, est le point d'orgue de cette phase d'instruction. Elle contient les éléments à charge qui ont convaincu le juge qu'un procès était nécessaire, signalant que l'affaire n'est pas qu'une simple parole contre une autre, mais qu'elle repose sur des éléments juridiques solides.

La gestion de carrière en parallèle de la justice
Durant ces trois années, la gestion de carrière d'Hakimi a été un cas d'école. Malgré les contrôles judiciaires et les obligations de pointage, l'international marocain a continué de performer au plus haut niveau. Il a même prolongé son contrat jusqu'en 2029, un vote de confiance de son club qui contraste singulièrement avec la gravité des accusations. Cette dissociation entre la réalité judiciaire et la réalité sportive est rendue possible par la présomption d'innocence, mais elle nourrit les interrogations sur l'éthique sportive moderne.
Retour sur la nuit du 24 au 25 février 2023 : l'enquête reconstitue les faits minute par minute
Pour comprendre la portée du renvoi en procès, il faut revenir aux origines factuelles de l'affaire. Tout commence dans la nuit du 24 au 25 février 2023, à Boulogne-Billancourt, dans une villa louée par le footballeur. Cette reconstitution chronologique permet de saisir l'atmosphère tendue de cette rencontre, qui est au cœur des débats judiciaires. Loin du tumulte des stades, c'est une soirée privée qui a basculé, transformant une rencontre arrangée sur les réseaux sociaux en un drame judiciaire aux conséquences majeures. Les éléments recueillis par les enquêteurs permettent de tracer un tableau précis de cette nuit, bien que les interprétations des deux camps divergent radicalement sur la réalité des événements.
1h17 du matin : l'arrivée d'Emma chez le footballeur de Boulogne-Billancourt
La chronologie débute à 1h17 du matin, précisément. Emma, le prénom d'emprunt de la jeune plaignante alors âgée de 24 ans, arrive devant le domicile loué par Achraf Hakimi. La relation entre les deux individus a débuté un mois plus tôt sur Instagram, mais c'est la première fois qu'ils se rencontrent physiquement. La location, une maison-appartement de 300 mètres carrés sur trois niveaux louée 18 000 euros par mois, impressionne la jeune femme. Selon les éléments de l'enquête rapportés par la presse, elle est « stressée » et avoue même à son amie, par messages, qu'elle ne se sent pas vraiment à sa place dans ce monde de luxe. Ce déséquilibre de situation, entre une star du ballon rond installée dans son cocon doré et une jeune femme venue d'un autre horizon, est un élément contextuel majeur qui pèsera lourd dans l'analyse future de la notion de consentement.
Les messages WhatsApp comme fil rouge : du « Tu arrives en mode femme fatale » aux appels à l'aide
Le téléphone portable d'Emma a joué le rôle de témoin silencieux mais crucial. La conversation WhatsApp avec son amie Jade (prénom modifié) offre une chronologie en temps réel de l'évolution de son état d'esprit. À l'arrivée, les messages sont encourageants : « Tu arrives en mode femme fatale », ou encore « Ça va bien se passer tqt », écrit son amie pour la rassurer. Pourtant, la tonalité change radicalement dès qu'elle pénètre dans l'appartement. À partir de 1h27, les messages prennent une tournure alarmante. Le fil directeur de ces échanges, conservé par la justice, permet de suivre l'inquiétude grandissante de la jeune femme, culminant avec des messages d'alerte qui serviront de base à l'accusation. C'est cette matérialité numérique, froide et objective, qui a permis aux enquêteurs de reconstituer le basculement supposé de la situation.
Une heure qui change tout : le départ précipité à 2h21 du matin
La présence d'Emma chez le footballeur a été brève, presque fulgurante. Elle quitte les lieux à 2h21 du matin, soit un peu plus d'une heure après son arrivée. Ce créneau temporel restreint est au cœur des arguments de la défense comme de l'accusation. Pour le parquet et la partie civile, c'est dans cet intervalle très court que les actes de viol et de contrainte se sont produits. Pour la défense, cette brièveté peut être interprétée comme la preuve d'une relation consensuelle mais vite consommée. Le départ précipité de la jeune femme, qui aurait repoussé le joueur avant de contacter son amie pour venir la chercher, est l'élément déclencheur de la procédure. C'est cette heure, coincée entre la nuit tombée et l'aube, qui scellera le destin des deux protagonistes pour les années à venir.

« Une contrainte exercée » : les éléments qui ont convaincu les juges d'instruction
Après trois ans d'instruction, la décision de renvoi en procès repose sur des éléments juridiques précis. Ce n'est pas la simple parole de la plaignante contre celle du joueur, mais une analyse fine de la notion de contrainte telle que définie par le code pénal. L'ordonnance de mise en accusation, un document de vingt-et-une pages rédigé par la juge d'instruction, détaille les raisons pour lesquelles les juges ont estimé qu'il existait des charges suffisantes pour juger Achraf Hakimi. C'est le cœur technique du dossier, où le droit pénal rencontre la réalité complexe des relations humaines asymétriques.
Au-delà du consentement : comment la loi définit la contrainte sexuelle
En droit français, le viol se caractérise par « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». Dans cette affaire, c'est la notion de contrainte qui a été retenue par les juges d'instruction. L'ordonnance mentionne explicitement « une contrainte exercée pour parvenir à des actes de pénétration ». Il est crucial de comprendre que la contrainte ne se limite pas à la violence physique pure. Elle peut être morale, psychologique, ou résulter d'un rapport de force intimidant qui empêche la victime de refuser ou de se défendre. C'est cette subtilité juridique qui permet de qualifier de viol un acte même en l'absence de traces de coups ou de blessures physiques avérées, rendant l'analyse des faits d'autant plus complexe pour les magistrats.
Le rapport de force : une jeune femme seule face à une star du PSG
L'analyse du contexte a joué un rôle déterminant dans la décision des juges. Le rapport de force entre Emma et Achraf Hakimi a été scruté à la loupe. D'un côté, une jeune femme de 24 ans, isolée, sans profession, pénétrant pour la première fois dans l'univers clos d'une superstar mondiale. De l'autre, un footballeur puissant, riche, célèbre, installé dans son propre domicile. Les juges ont estimé que ce déséquilibre intrinsèque pouvait avoir constitué une forme de contrainte par la nature même de la situation. La starisation du joueur et l'admiration qu'il suscite sont des éléments qui ont pu être analysés comme des facteurs annihilant la capacité de refus de la plaignante. Ce critère sociologique, intégré au raisonnement judiciaire, renforce le sérieux de l'accusation portée contre l'international marocain.
15 ans de réclusion criminelle : comprendre l'enjeu des peines encourues
La gravité de la procédure se mesure aussi à l'aune des peines encourues. Achraf Hakimi risque jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle s'il est reconnu coupable de viol. Ce n'est pas une simple affaire correctionnelle, mais un crime. Le code pénal fixe la réclusion criminelle à quinze ans pour le viol, peine pouvant être portée à vingt ans ou à la perpétuité en cas de circonstances aggravantes. Dans le cas présent, bien que les réquisitions du parquet se portent sur un crime puni de quinze ans, l'enjeu est existentiel pour le joueur. Au-delà de la carrière sportive, c'est sa liberté personnelle qui est en jeu. Cette perspective explique pourquoi la défense se bat avec une telle âpreté sur la crédibilité de la plaignante et l'absence de preuves matérielles, car le coût d'une condamnation serait dévastateur.
La stratégie de défense d'Achraf Hakimi : tentative de racket ou consentement ?
Face à un mur juridique qui se durcit, la défense d'Achraf Hakimi a adopté une stratégie offensive. Il ne s'agit pas seulement de contester les faits, mais de déconstruire la crédibilité même de l'accusatrice. Me Fanny Colin, l'avocate du joueur, a bâti une ligne de défense autour de l'idée d'une machination, voire d'une tentative d'extorsion de fonds. Cette approche vise à retourner la situation en présentant le footballeur non plus comme un agresseur potentiel, mais comme la victime d'une manipulation financière. C'est une dialectique classique dans les affaires de ce type, mais qui ici repose sur des éléments précis issus de l'enquête numérique.
Les messages « dépouiller-le » : la thèse du racket mise à nu par la défense
L'argument principal de la défense repose sur des échanges de messages entre Emma et son amie Jade. Dans ces conversations, des phrases pour le moins ambiguës ont été relevées : « Essaie de choper les codes et tout… On va aller le dépouiller… On est des meufs de la cailler ». Ces écrits, interpellés par la défense, sont présentés comme la preuve patente d'une intention préméditée de profiter de la fortune du joueur. Me Fanny Colin ne s'y est pas trompée, soulignant que ces messages projetaient une volonté de racket. Pour la défense, il ne s'agit pas de simples blagues potaches, mais de l'expression d'un mobile lucratif. La plaignante, interrogée sur ces échanges, a maintenu qu'il s'agissait de jokes entre amies, mais la défense compte bien utiliser ce point pour faire douter les juges de sa moralité et de ses intentions réelles cette nuit-là.
Le trou noir des preuves matérielles : refus d'ADN et de téléphone
La défense pointe également du doigt ce qu'elle qualifie d'obstacles à l'enquête. Emma aurait refusé de se soumettre à des examens gynécologiques, à des prélèvements ADN et, fait plus troublant, aurait refusé de remettre son téléphone portable aux enquêteurs. Dans une affaire où la parole est centrale, l'absence de preuves matérielles tangibles est un angle d'attaque privilégié pour les avocats du joueur. En refusant l'exploitation de son téléphone, la plaignante s'est exposée à des soupçons de dissimulation, ce que la défense n'a pas manqué de souligner. Me Colin a souligné que l'accusation repose sur « la seule parole d'une femme qui a fait obstacle à toutes les investigations », arguant que ce manque de collaboration discrédite sa version des faits.
Le témoignage de Kylian Mbappé : un soutien ambigu pour la version du consentement
Un élément surprenant a émergé du dossier : le témoignage de Kylian Mbappé. L'ancien coéquipier et ami d'Hakimi a été entendu par les enquêteurs et a rapporté des confidences que le joueur lui aurait faites peu après les faits. Selon ce témoignage, Hakimi lui aurait parlé de « caresses mutuelles sur des parties intimes » mais n'aurait pas mentionné de refus. Mbappé a décrit Hakimi comme « quelqu'un de très drôle, de très gentil », un personnage qui sortait peu depuis sa séparation. Si ce témoignage corrobore la thèse d'une relation sexuelle ayant eu lieu, il ne permet pas pour autant d'établir le consentement libre et éclairé, ni d'écarter la thèse de la contrainte psychologique. Néanmoins, pour la défense, la parole d'une star aussi respectée que Mbappé constitue un élément précieux pour humaniser leur client et appuyer la thèse d'un échange consenti.

Entre présomption d'innocence et soutien inconditionnel : la réaction du PSG et des supporters
L'affaire Hakimi ne se joue pas uniquement dans les prétoires, mais aussi sur la scène médiatique et sportive. La réaction du PSG et de ses supporters face à l'annonce du renvoi en procès illustre la complexité de gérer une icône sportive accusée de crimes graves. C'est un exercice d'équilibre périlleux entre respect de la présomption d'innocence, protection de l'image du club et soutien à un joueur-clé. La gestion de cette crise par la direction parisienne et par les tribunes du Parc des Princes en dit long sur les priorités du monde du football professionnel.
Le silence du Parc des Princes : un club qui navigue à vue
Contrairement à d'autres clubs qui auraient pu suspendre leur joueur préventivement, le PSG a choisi le silence radio public. Aucun communiqué officiel n'a été publié suite à l'annonce du renvoi en procès. En privé, cependant, le club maintient son soutien indéfectible à son joueur, invoquant la présomption d'innocence et la nécessité de laisser la justice suivre son cours. Cet alignement sans faille aux côtés d'Hakimi s'explique sans doute par son importance stratégique dans l'effectif de Luis Enrique. Titulaire indiscutable, auteur de performances de haut niveau malgré les turbulences judiciaires, Hakimi reste un actif sportif majeur, sous contrat jusqu'en 2029. Le club navigue ainsi à vue, protégeant son investissement tout en se risquant à une critique croissante de l'opinion publique sur son éthique.
La banderole « Achraf, total soutien » : quand les tribunes deviennent un prétoire
L'ambiance au Parc des Princes a également été le théâtre d'un soutien affiché, parfois déroutant. Lors du match de Ligue des Champions face à Monaco, le 25 février 2026, soit la veille de l'annonce officielle du procès, les supporters du virage Auteuil ont déployé une banderole géante estampillée « Achraf, total soutien ». Ce visage peint, scandant le nom du joueur pendant plusieurs minutes, illustre un phénomène de déni collectif ou de solidarité tribale. Pour les fans, l'idole reste intouchable tant que la justice n'a pas parlé, voire même après. Ce soutien inconditionnel, qui peut sembler ignorer la gravité des accusations de viol, pose la question de la responsabilité des supporters et de la réception des affaires de violences sexuelles dans le milieu très fermé du football masculin.
La carrière sous haute tension : jouer avec une épée de Damoclès
Malgré le nuage noir qui plane au-dessus de sa tête, Achraf Hakimi continue de vivre sa carrière de footballeur professionnel à un rythme effréné. Titularisé régulièrement par Luis Enrique, il doit gérer une pression psychologique inouïe. Chaque match, chaque touche de balle est analysée au prisme de ses démêlés judiciaires. L'actualité du PSG est rythmée par ces affaires hors terrain qui pèsent sur la performance collective. Comment un athlète peut-il se concentrer sur la tactique et la technique lorsqu'il sait qu'un procès pour viol, risquant quinze ans de prison, se profile à l'horizon ? C'est l'épreuve de force mentale à laquelle il est confronté, jonglant entre les crampons et les robes d'avocats, tentant de préparer son avenir sportif alors que son avenir judiciaire est menacé.
Le procès comme révélateur : la parole des femmes face au statut de superstar
Au-delà du cas individuel d'Achraf Hakimi, cette affaire et la tenue de son procès posent des questions sociétales profondes. Elle s'inscrit dans le prolongement mouvementé de la libération de la parole (#MeToo) et interroge la capacité de la société, et notamment du monde du sport, à entendre la parole des femmes lorsqu'elles s'attaquent à des puissants. Ce procès ne sera pas seulement un jugement pénal, mais un révélateur des rapports de force entre les genres et des résistances culturelles face aux accusations de violences sexuelles.
« Le mur du son » du MeToo : l'analyse de l'avocate Rachel-Flore Pardo
L'avocate de la plaignante, Me Rachel-Flore Pardo, a formulé une analyse tranchante de la situation. Elle explique que le monde du football reste un milieu où le mouvement MeToo n'a pas encore « franchi le mur du son ». Selon elle, c'est un environnement ultra-masculin, protégé, où la parole des femmes peinent à émerger contre celle des idoles adulées par des millions. En accueillant avec soulagement l'ordonnance de mise en accusation, l'avocate souligne la difficulté pour une femme anonyme d'être crue face à une star planétaire. Cette affaire met ainsi en lumière le décalage qui peut exister entre la justice de la rue, immédiate et brutale sur les réseaux sociaux, et la justice des tribunaux, plus lente mais qui, ici, a fini par donner raison à la parole de la plaignante sur l'opportunité d'un procès.
La présomption d'innocence : un bouclier souvent instrumentalisé ?
L'utilisation systématique du principe de la présomption d'innocence par les équipes de communication des stars accusées ou accusatrices interroge. Si ce pilier du droit français est fondamental pour éviter toute condamnation hâtive, il est parfois perçu comme une arme de dissuasion massive visant à faire taire les victimes potentielles. Dans l'ère du numérique, la présomption d'innocence est souvent invoquée pour exiger le silence, sous peine de poursuites pour diffamation. Cela crée un déséquilibre où la parole publique du puissant est amplifiée (« une accusation fausse »), tandis que celle de la plaignante est étouffée par la peur des représailles judiciaires. Le procès à venir sera l'occasion de voir si ce principe juridique a protégé un innocent ou a servi d'écran à un coupable.
Quel exemple pour la jeunesse ? La responsabilité des icônes du ballon rond
Enfin, cette affaire soulève la question éducative et morale. Les footballeurs sont des modèles pour des millions de jeunes à travers le monde. Le comportement d'Achraf Hakimi, qu'il soit coupable ou innocent, et la manière dont l'affaire est traitée par le PSG et ses supporters, enverront un message fort à la jeunesse. Si le consentement et le respect des femmes ne sont pas fermement défendus, même au détriment d'un titre ou d'un match, quel exemple est donné ? Ce procès pourrait donc avoir une vertu pédagogique, rappelant que nul, même le plus talentueux des athlètes, n'est au-dessus des lois et que le respect du corps d'autrui est une valeur non négociable, quel que soit le statut social.
Conclusion : Le verdict de l'histoire et des juges
L'ordonnance de renvoi en procès d'Achraf Hakimi marque une étape charnière. Ce n'est plus une simple rumeur de vestiaire ou une enquête préliminaire, c'est la certitude qu'une cour criminelle va trancher. L'histoire de cette affaire se rédige désormais à l'encre noire des procès-verbaux, mais la version finale reste à écrire. Le verdict à venir scellera le destin de deux individus : pour le joueur, ce sera la confirmation de son innocence ou la chute brutale d'une carrière ; pour la plaignante, ce sera la reconnaissance de son statut de victime ou l'effondrement de son combat judiciaire.
Une date au tribunal qui scellera deux destins
La date fixée pour le procès sera un moment de vérité absolu. Le débat contradictoire permettra enfin d'exposer au jour les éléments que l'instruction a gardés dans l'ombre. Il s'agira de faire la lumière sur ce qui s'est réellement passé dans cette villa de Boulogne-Billancourt en 2023. Entre la contrainte alléguée par la jeune femme et le consentement affirmé par le footballeur, il n'existe pas de milieu. Le juge, ou les magistrats de la cour criminelle, devront choisir l'une de ces deux vérités irréconciliables. Au-delà du verdict judiciaire, c'est la crédibilité du système face aux puissants qui sera mise à l'épreuve. Quoi qu'il arrive, l'image d'Achraf Hakimi, comme celle du PSG, sera durablement marquée par cette épopée judiciaire tragique.