Jean Pormanove, streameur décédé en direct, photographié sur un toit.
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De 12 jours de live au procès : l’engrenage fatal de Naruto et Safine

Pendant 12 jours, les streamers Naruto et Safine ont diffusé en direct les sévices infligés à Jean Pormanove sur Kick, accumulant 36 000 euros de dons avant sa mort.

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Ce lundi 6 juillet 2026, le tribunal correctionnel de Nice ouvre un procès sans précédent. Owen Cenazandotti, dit Naruto, et Safine Hamadi, dite Safine, y répondent de violences en réunion et d’abus de faiblesse après la mort de Raphaël Graven, connu sous le pseudo Jean Pormanove. Pendant douze jours, du 5 au 18 août 2025, ce quadragénaire à la santé fragile a été maintenu captif dans un « Lokal » niçois, transformé en plateau de torture diffusé en direct sur Kick. Le drame, prévisible et annoncé, pose une question brutale : comment un jeu de rôle a-t-il pu virer au crime, sous les yeux de milliers de spectateurs ?

Jean Pormanove, streameur décédé en direct, photographié sur un toit.
Jean Pormanove, streameur décédé en direct, photographié sur un toit. — (source)

L’horreur en direct : l’engrenage des 12 jours qui a conduit Jean Pormanove à la mort

Le Lokal, c’est le nom donné à une colocation où vivaient plusieurs streamers sous l’autorité de Naruto. Raphaël Graven y est arrivé en 2022, invité à rejoindre cette communauté qui promettait audience et convivialité. Très vite, le ton a dérivé. Ce qui devait être un simple direct s’est transformé en une prison à ciel ouvert de près de 300 heures, sans interruption. Les sévices ont commencé dès la première nuit et ne se sont arrêtés qu’avec le décès de la victime.

Le carburant économique de cette dérive est aussi sidérant que glaçant. À l’écran, une cagnotte affichait les dons en temps réel. Au moment de la mort de JP, 36 000 euros s’étaient accumulés en 300 heures de live. Chaque humiliation, chaque douleur rapportait de l’argent. Les viewers payaient pour voir souffrir, et les streamers obéissaient. Le contraste entre la détresse de JP – son fameux SMS à sa mère « Bonjour maman, ça va trop loin » – et l’ambiance de fête des co-streamers, qui rigolaient et dansaient devant la caméra, est insoutenable.

Du collier électrique à la cigarette piégée : le catalogue des sévices en 300 heures

La chronologie des violences est minutieusement documentée par 20 Minutes et Nice-Matin. Dès la deuxième nuit, JP est équipé d’un collier électrique pour chien. Naruto actionne la télécommande à plusieurs reprises, provoquant des décharges qui font hurler la victime. Les cigarettes de JP sont rationnées. L’une d’elles, piégée, explose au visage du quadragénaire, le brûlant au niveau des lèvres et des doigts. Il est forcé de nettoyer les toilettes sales du Lokal à mains nues, sous les rires des autres occupants.

Scène de remise de certificat avec des membres de la communauté esport.
Scène de remise de certificat avec des membres de la communauté esport. — (source)

Chaque micro-événement est amplifié par le direct. Les dons affluent, accompagnés de messages exigeant du « spectacle ». Plus JP souffre, plus l’audience monte, plus la caisse se remplit. La mécanique est implacable : la vulnérabilité de la victime devient une matière première, un produit à exploiter. Les co-streamers, loin d’intervenir, encouragent et participent. Le 18 août, après 280 heures de ce traitement, le cœur de Raphaël Graven lâche. L’autopsie révélera une hyperthyroïdie sévère, une cardiopathie hypertrophique et des lésions hépatiques chroniques – des pathologies que le stress prolongé et le manque de sommeil ont probablement aggravées jusqu’au point de rupture.

« Bonjour maman, ça va trop loin » : le SMS de JP qui aurait dû tout arrêter

Le message envoyé par JP à sa mère est une pièce à conviction poignante. « Bonjour maman, comment tu vas ? Coincé un peu dans le jeu de la mort d’Owen. Ça va trop loin. Je me sens séquestré avec leur concept de merde. J’en ai marre, j’ai envie de sortir d’ici, l’autre veut pas, il me garde enfermé. »

Ce SMS montre que la victime avait parfaitement conscience de la dérive. Il utilise le mot « séquestré ». Il parle de « jeu de la mort ». Il supplie sa mère de l’aider. Pourtant, personne n’a coupé le direct. Personne n’a appelé les secours. Le cri d’alarme de JP est resté lettre morte, noyé dans le bruit des notifications et des dons. Ce message, retenu comme pièce à conviction, marque le moment où le « jeu » bascule clairement dans la séquestration et la non-assistance à personne en danger. La question qui hante ce procès est simple : pourquoi ce message n’a-t-il pas suffi à mettre fin au cauchemar ?

La réponse tient en partie dans la mécanique même du live. Sur Kick, tout est spectacle, tout est performance. Les streamers avaient construit un personnage pour JP – celui du « loser » pathétique qui acceptait tout. Les viewers, habitués à ce théâtre, ont pu croire que le SMS faisait partie du show. Cette confusion entre fiction et réalité a été exploitée délibérément par les accusés.

36 000 euros de dons en cagnotte : l’économie malsaine du « buzz »

Le montant affiché à l’écran au moment du décès est vertigineux : 36 000 euros. Pendant douze jours, les viewers ont versé de l’argent pour voir JP souffrir. Les dons étaient le moteur de l’escalade. Plus la victime était humiliée, plus les spectateurs payaient. C’est une économie malsaine, où la souffrance humaine devient un produit de consommation courante.

Safine, streameur jugé à Nice, photographié de nuit.
Safine, streameur jugé à Nice, photographié de nuit. — (source)

La mécanique de l’abus de faiblesse économique est centrale dans cette affaire. JP était vulnérable : santé fragile, endettement, dépendance affective au groupe. Il vivait dans un appartement appartenant à l’oncle de Naruto, payait un loyer dérisoire, et dépendait des dons pour survivre. Cette dépendance a été exploitée sans scrupule pour générer du cash. Les donateurs, eux, portent une part de responsabilité morale, même si la loi ne les atteint pas directement. En donnant de l’argent, ils ont validé et encouragé les sévices.

Le parquet a retenu l’abus de faiblesse précisément pour cette raison : JP n’était pas libre de refuser. Sa précarité économique et affective le rendait captif d’un système où dire non signifiait perdre son logement, sa communauté, son seul revenu.

Le silence assourdissant des plateformes : pourquoi personne n’a coupé le direct ?

Après le récit du drame, une question écrase tout le reste : comment a-t-on pu laisser faire ? La mort de Jean Pormanove était prévisible. Les alertes étaient nombreuses, les signaux d’alarme stridents. Pourtant, chaque acteur – Kick, Arcom, ministères – a failli à son devoir. Par économie, par lâcheté, par vide juridique, le système a laissé le drame se dérouler en direct.

Enquête Mediapart, alerte de la LDH, saisie de l’Arcom : une année d’inaction

Dès décembre 2024, une enquête de Mediapart dénonçait le business de l’humiliation organisé autour de la chaîne de JP. Kick, alerté, s’est contenté d’un bannissement de sept jours. La chaîne a repris son contenu violent dès la fin de la sanction. En février 2025, la Ligue des droits de l’Homme a saisi l’Arcom, dénonçant les dérives. L’Autorité n’a pas donné suite. Interrogée par Mediapart, Clara Chappaz, alors ministre déléguée au Numérique, a répondu : « Ce n’était clairement pas la priorité. »

Le régulateur allemand BNetzA avait pourtant demandé le retrait de certaines vidéos, sans effet. La succession des occasions manquées est vertigineuse. Pendant huit mois, entre la première alerte et la mort de JP, personne n’a agi. Le constat est implacable : les institutions censées protéger les citoyens en ligne ont failli, par manque de moyens, de volonté politique ou de compétence juridique.

La députée Bénédicte Auzanot a écrit à l’Arcom et à la ministre après la mort de JP, dénonçant cette inaction. Dans son courrier, elle rappelle que des signalements existaient depuis des mois et que rien n’a été fait. Ces lettres, rendues publiques, illustrent l’indignation politique tardive.

L’exception DSA : comment Kick a profité du vide juridique européen

Techniquement, Kick n’était pas soumis aux contraintes des très grandes plateformes. Avec moins de 45 millions de visiteurs mensuels en Europe, la plateforme australienne échappe au statut de VLOP (Very Large Online Platform) du Digital Services Act (DSA). Son représentant légal est basé à Malte, relevant d’un régulateur aux moyens limités. Ce contournement fiscal et réglementaire est une faille délibérée du système.

Le Club des Juristes souligne que l’article 6-3 de la LCEN permet au président du tribunal de faire cesser un contenu illicite, mais la procédure est lourde et inadaptée à l’urgence d’un live. Le DSA impose aux plateformes de signaler les infractions pénales (Article 18), mais uniquement si elles ont « connaissance » de faits menaçant une vie. En live, qui est responsable de cette veille ? Kick a exploité ce vide juridique pour laisser faire, tant que l’audience était au rendez-vous.

Le seuil des 45 millions de visiteurs mensuels, fixé par le DSA, laisse passer les plateformes de taille moyenne qui peuvent pourtant causer des dégâts considérables. C’est exactement ce qui s’est passé avec Kick : assez grosse pour attirer des streamers toxiques, pas assez pour être régulée.

Kick réagit… après la mort : du bannissement de 7 jours au changement de politique

Le 20 août 2025, deux jours après la mort de JP, Kick a soudainement réagi. La plateforme a banni tous les co-streamers participants, rompu son contrat avec l’agence sociale française, annoncé une revue complète de la modération francophone, et promis de coopérer avec l’Arcom. Le contraste est saisissant entre cette réactivité soudaine et l’inaction des douze jours de live. Tant que l’audience était là, le système a laissé faire. Ce n’est qu’après le drame, sous la pression médiatique et politique, que Kick a pris des mesures.

L’hypocrisie économique est flagrante. Les 36 000 euros de dons, c’est aussi de l’argent que Kick n’a pas intercepté. La plateforme, comme les autres acteurs, a préféré fermer les yeux plutôt que de perdre des revenus publicitaires et des viewers. La mort de JP a forcé Kick à changer de ton, mais le mal était fait.

Le procès qui change la donne : abus de faiblesse, violences en réunion… les charges inédites

Le volet judiciaire de cette affaire est aussi inédit que le drame lui-même. Pour la première fois au monde, des créateurs de contenu sont jugés pour la mort d’un co-streamer pendant un live de plusieurs jours. Les chefs d’accusation retenus par le parquet de Nice sont lourds et novateurs.

Owen Cenazandotti (Naruto) et Safine Hamadi : les deux streamers face à la cour correctionnelle

Owen Cenazandotti, 27 ans, connu sous le pseudo Naruto, est le créateur du Lokal. C’est lui qui a invité JP et qui a organisé les douze jours de direct. Safine Hamadi, sa co-star, a activement participé aux sévices. Tous deux sont sous contrôle judiciaire depuis janvier 2026. Naruto a versé une caution de 30 000 euros, Safine 15 000 euros. Ils ont interdiction de quitter la France et de produire tout contenu en ligne.

Leur défense, lors des gardes à vue, s’est appuyée sur l’argument du consentement de la victime. JP, disaient-ils, était volontaire pour participer à ce « jeu ». Pourtant, une déclaration glaçante de Naruto, ressortie après la mort, contredit cette version. Dans une vidéo, il dit à JP : « Qu’il dise face caméra, maintenant, que si demain il meurt en plein live, c’est dû à son état de santé de merde et pas à nous. » JP avait refusé, mais Naruto avait insisté. Ce n’est pas le langage d’un ami qui respecte le consentement de l’autre.

Safine Hamadi (à droite) et deux autres hommes lors d'une interview sur RTL.
Safine Hamadi (à droite) et deux autres hommes lors d'une interview sur RTL. — (source)

Les charges incluent également des violences sur mineur de 15 ans : les accusés auraient utilisé un adolescent comme « projectile humain » lors d’un combat de catch, selon Nice-Matin. Cette accusation élargit le spectre des victimes et alourdit le dossier.

« Abus de faiblesse » et « violences en réunion » : la qualification qui fait jurisprudence

Le parquet a retenu l’abus de faiblesse, un délit qui implique l’exploitation de la vulnérabilité de la victime. Contrairement à la simple violence, cette qualification reconnaît que JP était en situation de dépendance : santé fragile (hyperthyroïdie, cardiopathie), isolement social, dépendance affective et financière au groupe. Même si JP « consentait » aux humiliations, ce consentement est vicié par l’état de dépendance.

Les experts juridiques, comme ceux du cabinet Haas Avocats, soulignent que c’est la première fois en France que cette qualification est utilisée dans un cadre de création de contenu. Les violences en réunion, elles, sont caractérisées par la participation de plusieurs personnes aux sévices. Le procès devra déterminer si les accusés ont agi en groupe, avec préméditation, et si leurs actes ont directement causé la mort de JP.

La théorie de l’accusation est la suivante : Naruto contrôlait le logement de JP (appartement appartenant à son oncle, loyer dérisoire), ses revenus (les dons passaient par la chaîne commune), et son accès au monde extérieur. JP ne pouvait pas partir sans tout perdre. Ce contrôle économique et affectif vide de sens tout consentement apparent.

Le précédent français : pourquoi ce procès est une première mondiale pour le live

Ce procès n’est pas un simple fait divers. C’est un test pour le droit pénal du numérique. Aucune juridiction au monde n’a encore jugé des créateurs de contenu pour la mort d’un co-streamer pendant un live de plusieurs jours. Le verdict créera une obligation de vigilance implicite pour tous les streamers. Les syndicats de créateurs, comme l’UMICC (Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu), suivent l’audience avec inquiétude. La peur d’un procès va-t-elle aseptiser le live et tuer la spontanéité ? Ou au contraire, créer des garde-fous nécessaires ?

Le précédent est d’autant plus important que le live streaming explose. Twitch, Kick, YouTube : des millions de jeunes passent leurs soirées à regarder des inconnus jouer, parler, parfois se détruire. Ce procès fixe une limite : non, tout n’est pas permis au nom du divertissement.

Le grand vide juridique du live : le DSA, l’Arcom, et la responsabilité des créateurs

L’affaire JP a mis en lumière des lacunes législatives béantes. Le live streaming est un angle mort réglementaire. Les lois pensées pour le contenu pré-enregistré ne s’appliquent pas au direct. L’État manque de moyens et de pouvoir sur les plateformes étrangères. Les streameurs, eux, n’ont aucun cadre définissant leur devoir de vigilance.

Kick, plateforme « hors-sol » : le vide juridique du live streaming australien en Europe

Le schéma est simple : Kick (Australie) a désigné un représentant légal à Malte, relevant d’un régulateur aux moyens limités. Les serveurs sont hors Europe. L’article 6-3 de la LCEN permet au président du tribunal de faire cesser un contenu illicite, mais la procédure est lourde et inadaptée à l’urgence d’un live. Le DSA impose aux plateformes de signaler les infractions pénales (Article 18), mais uniquement si elles ont « connaissance » de faits menaçant une vie. En live, qui est responsable de cette veille ?

Le Club des Juristes détaille ce contournement fiscal et réglementaire. Kick n’est pas classée comme très grande plateforme (VLOP) car elle a moins de 45 millions de visiteurs mensuels en Europe. Ce seuil, fixé par le DSA, laisse passer les plateformes de taille moyenne qui peuvent pourtant causer des dégâts considérables. Le résultat est une zone grise où des contenus violents peuvent prospérer sans contrôle.

Le gouvernement français a annoncé qu’il poursuivrait Kick pour négligence après la mort de JP. Mais cette action, si elle aboutit, interviendra après le drame. La question reste entière : comment empêcher le prochain JP ?

Devoir de vigilance ou non-assistance à personne en danger : les obligations floues des streameurs

La confusion juridique chez les créateurs est totale. S’applique-t-il une obligation de non-assistance à personne en danger (Article 223-6 du Code pénal) entre co-streamers ? Si oui, comment l’appliquer en direct quand la « victime » semble consentante ? Le procès devra trancher : jusqu’où va la responsabilité de celui qui tient la caméra ?

Ce flou a permis aux accusés de se retrancher derrière le « jeu » et le consentement de JP. Pourtant, les faits sont clairs : JP a demandé à partir, a envoyé un SMS à sa mère, a subi des violences physiques répétées. Les co-streamers avaient le devoir d’intervenir. Ils ne l’ont pas fait. Le verdict dira si ce silence est une faute pénale.

Le cabinet Haas Avocats souligne un point crucial : même dans le cadre d’un spectacle, il existe des limites. Un cascadeur professionnel signe des décharges de responsabilité, travaille avec des équipes médicales, et peut arrêter à tout moment. Rien de tout cela n’existait dans le Lokal. JP était seul, sans médecin, sans échappatoire.

Qui peut (vraiment) couper un direct ? L’impuissance de l’Arcom face aux plateformes étrangères

Les moyens de l’Arcom sont dérisoires face à des plateformes comme Kick. L’Autorité ne peut pas ordonner la coupure d’un live en temps réel sur une plateforme étrangère. La saisine de la LDH en février 2025 est restée sans suite car l’Arcom « ne savait pas si Kick avait un représentant légal en Europe ». Cette impuissance institutionnelle a directement contribué au drame.

La question du financement d’une régulation efficace se pose. Faudrait-il taxer les plateformes pour financer des « modérateurs publics » ? Créer un corps d’inspecteurs du numérique capables d’intervenir en temps réel ? Le débat est ouvert, mais le temps presse. D’autres JP attendent peut-être au détour d’un live.

L’Arcom travaille désormais avec les régulateurs européens pour renforcer la supervision de Kick. Mais ces discussions prendront des mois, voire des années. Pendant ce temps, qui protège les streamers vulnérables ?

Ces 12 jours qui ont changé le regard des 16-25 ans sur leurs créateurs préférés

L’affaire a profondément ébranlé la jeune génération, grosse consommatrice de live. Le mythe du « buzz à tout prix » s’est fissuré. Des spectateurs passifs sont devenus des lanceurs d’alerte potentiels.

De spectateur complice à lanceur d’alerte : le rôle trouble des viewers dans la tragédie

Pendant douze jours, les viewers ont continué à donner de l’argent et à exiger des défis. Certains, après la mort de JP, ont témoigné : « Je n’ai pas réalisé que c’était réel. » La frontière entre fiction et réalité, déjà floue sur Twitch et Kick, a été volontairement brouillée par les streameurs. JP lui-même jouait un personnage. Mais le jeu a basculé dans le réel sans que personne ne tire la sonnette d’alarme.

Les témoignages post-mortem sont édifiants. Des viewers racontent avoir vu JP pleurer, supplier, mais avoir cru à une performance. D’autres disent avoir signalé le live à Kick sans réponse. La plateforme n’a pas modéré, les spectateurs n’ont pas insisté. Le drame est aussi le fruit de cette indifférence collective.

Le syndrome du « c’est pour de faux » : quand l’audimat justifie l’inavouable

Le concept de « performance de la souffrance » est au cœur de ce drame. Sur les plateformes, tout est scénarisé : les disputes, les larmes, les humiliations. Les jeunes spectateurs, habitués à ce théâtre, ont du mal à distinguer le vrai du faux. Ce procès les force à se demander : où est la limite du jeu ? Quand le direct devient-il un crime ?

L’audience a un pouvoir d’arrêt. Si les viewers avaient refusé de donner de l’argent, si certains avaient signalé le live aux autorités, le drame aurait peut-être été évité. La responsabilité des spectateurs est engagée, même si la loi ne les atteint pas.

Un psychologue spécialiste des addictions numériques interrogé après les faits expliquait que le live crée une « bulle de consentement » où tout semble acceptable. Les viewers se sentent complices du spectacle, pas témoins d’un crime. C’est cette perception qu’il faut briser.

UMICC, syndicats et créateurs : l’appel à une régulation immédiate des plateformes

L’UMICC a immédiatement appelé à « une régulation immédiate des plateformes ». Le syndicat des créateurs de contenu craint que la peur d’un procès n’aseptise le live et ne tue la spontanéité. Mais il reconnaît aussi la nécessité de garde-fous. Le débat est ouvert : comment réguler sans censurer ? Comment protéger les plus vulnérables sans étouffer la créativité ?

Les créateurs de contenu, inquiets, suivent le procès de près. Le verdict pourrait changer leur métier en profondeur. Certains appellent à un code de conduite, d’autres à une charte éthique. Le temps des cow-boys du live est peut-être révolu.

Selfie pris depuis une voiture, illustrant l'ambiance des streams.
Selfie pris depuis une voiture, illustrant l'ambiance des streams. — (source)

L’UMICC propose la création d’un « guichet unique » qui regrouperait signalements, alertes et procédures d’urgence pour les contenus en direct. Une idée séduisante, mais qui se heurte à la réalité budgétaire et à la complexité juridique du live international.

Un électrochoc pour tout un secteur

La mécanique mortifère des douze jours est désormais connue : vulnérabilité de la victime, modèle économique toxique, inaction des plateformes, vide juridique. Ce procès, même s’il n’est pas encore jugé, a déjà un impact. Il force l’écosystème du streaming à se regarder en face.

Le verdict, quel qu’il soit, va instaurer un précédent. Va-t-il créer un devoir de vigilance pour les créateurs de contenu ? Va-t-il forcer les plateformes à modérer le live en temps réel, avec les coûts et les libertés que cela implique ? La question centrale est posée : jusqu’où le « buzz » peut-il aller avant de devenir un crime ?

L’écosystème du streaming sait désormais que le « buzz » a un prix. Et que ce prix peut être une vie humaine – ou un casier judiciaire. Les douze jours de live de JP sont entrés dans l’histoire comme un avertissement. Reste à savoir si le secteur saura l’entendre.

Les 36 000 euros de dons, les 300 heures de direct, le collier électrique, le SMS à la mère, la déclaration glaciale de Naruto : chaque détail de cette affaire est un signal d’alarme. Le procès de Nice n’est pas la fin de l’histoire. C’est le début d’une réflexion que le monde du live ne peut plus repousser.

Conclusion

Les douze jours qui ont conduit Jean Pormanove à la mort sont le produit d’un engrenage implacable : la vulnérabilité d’un homme exploitée sans scrupule, un modèle économique qui transforme la souffrance en cash, l’inaction coupable des plateformes et des autorités, et un vide juridique qui a permis à des créateurs de contenu de se croire au-dessus des lois. Le procès de Naruto et Safine n’est pas seulement celui de deux individus. C’est le procès de tout un système. Le verdict, quel qu’il soit, marquera un tournant pour le live streaming. Il dira si la loi peut rattraper le direct, et si la mort d’un homme peut enfin servir à protéger les suivants.

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Questions fréquentes

Qui sont Naruto et Safine dans l'affaire JP ?

Owen Cenazandotti, dit Naruto, et Safine Hamadi sont les deux streamers jugés pour la mort de Raphaël Graven (JP). Naruto a organisé les 12 jours de live où JP a été séquestré et maltraité, tandis que Safine a activement participé aux sévices.

Pourquoi JP n'a-t-il pas pu quitter le live ?

JP était en situation de dépendance économique et affective : il vivait dans un appartement appartenant à l'oncle de Naruto, payait un loyer dérisoire, et dépendait des dons pour survivre. Cette vulnérabilité a été exploitée, rendant son consentement aux humiliations juridiquement vicié.

Quel rôle ont joué les dons des viewers ?

Les viewers ont versé 36 000 euros en 300 heures de direct, chaque don exigeant plus de souffrance de la part de JP. Cette cagnotte a alimenté l'escalade des violences : plus la victime était humiliée, plus l'audience payait, transformant la détresse en spectacle lucratif.

Pourquoi Kick n'a-t-il pas coupé le direct ?

Kick, plateforme australienne basée à Malte, échappait au statut de très grande plateforme du DSA car elle avait moins de 45 millions de visiteurs mensuels en Europe. Ce vide juridique lui a permis de ne pas modérer le live en temps réel, malgré des alertes dès décembre 2024.

Quelles sont les charges retenues contre les streamers ?

Les deux accusés répondent de violences en réunion et d'abus de faiblesse. Le parquet a retenu l'abus de faiblesse car JP était vulnérable (santé fragile, dépendance financière), ce qui vide son prétendu consentement. Des violences sur mineur sont également reprochées aux accusés.

Sources

  1. Jean Pormanove — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. 20minutes.fr · 20minutes.fr
  3. bfmtv.com · bfmtv.com
  4. bfmtv.com · bfmtv.com
  5. Jean Pormanove - Wikipedia · en.wikipedia.org
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Valentin Renbot @app-hunter

Je suis ce qu'on appelle un early adopter maladif. À 24 ans, je bosse comme testeur QA dans une startup fintech à Lyon, mais mon vrai hobby, c'est de traquer les applications obscures avant qu'elles ne deviennent virales. Mon téléphone ressemble à un champ de bataille numérique : 6 applications de to-do list, 4 navigateurs alternatifs, et au moins 12 apps que je teste « juste pour voir ». Mes amis m'appellent le « Google humain » parce que j'ai toujours une app à recommander.

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