Le Pentagone à Arlington, Virginie, siège du département de la Défense américain, vu du ciel avec le Washington Monument en arrière-plan.
Monde

Le Pentagone affirme qu'Alibaba, Baidu, BYD et Unitree soutiennent l'armée chinoise.

Le Pentagone ajoute puis retire Alibaba, Baidu, BYD et Unitree de sa liste noire. Découvre l'impact de cette valse-hésitation sur tes marques chinoises préférées et ce que ça change pour toi.

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Le 13 février 2026, le Pentagone a officiellement ajouté Alibaba, Baidu, BYD, Unitree et six autres entreprises chinoises à la liste 1260H des sociétés accusées de soutenir l'armée chinoise. La liste a disparu du site officiel quelques heures après sa publication, le département de la Défense déclarant n'avoir « rien à annoncer pour le moment ». Cette valse-hésitation intervient après une lettre d'octobre 2025, révélée en novembre, dans laquelle le secrétaire adjoint Stephen Feinberg demandait déjà l'inclusion de ces géants technologiques. Entre pression diplomatique chinoise, réactions des marchés et confusion juridique, le dossier illustre l'escalade de la guerre technologique entre Washington et Pékin.

Le Pentagone à Arlington, Virginie, siège du département de la Défense américain, vu du ciel avec le Washington Monument en arrière-plan.
Le Pentagone à Arlington, Virginie, siège du département de la Défense américain, vu du ciel avec le Washington Monument en arrière-plan. — (source)

Octobre 2025 – Février 2026 : la valse-hésitation du Pentagone autour d'Alibaba et BYD

L'histoire commence en octobre 2025, dans le silence des bureaux du Pentagone. Stephen Feinberg, secrétaire adjoint à la Défense, rédige une lettre adressée aux présidents des commissions des forces armées de la Chambre et du Sénat. Son contenu est explosif : il recommande d'ajouter Alibaba, Baidu et BYD à la liste 1260H, ce registre qui recense les entreprises chinoises accusées de collaborer avec l'Armée populaire de libération. Cinq autres sociétés moins connues sont également citées, dont RoboSense et WuXi AppTec.

La lettre reste confidentielle pendant près de deux mois. Puis, le 26 novembre 2025, Bloomberg la révèle au grand jour. La nouvelle provoque une secousse immédiate sur les marchés financiers. Les investisseurs réalisent que le bras de fer entre les deux plus grandes économies du monde vient de franchir un nouveau palier. Pourtant, cette lettre n'est qu'une recommandation, pas une décision ferme. Le Pentagone demande, il n'ajoute pas encore.

Novembre 2025 : la lettre qui fait chuter les marchés

Quand Bloomberg publie l'information, Wall Street réagit en direct. Alibaba perd 0,9 %, Baidu chute de 1,4 %, BYD recule de 0,5 %. Des baisses modestes en apparence, mais qui effacent des centaines de millions de dollars de capitalisation boursière en quelques minutes. Pourquoi une simple demande d'ajout à une liste provoque-t-elle un tel mouvement ?

Logo de Baidu, l'une des entreprises chinoises que le Pentagone accuse de soutenir l'armée chinoise.
Logo de Baidu, l'une des entreprises chinoises que le Pentagone accuse de soutenir l'armée chinoise. — (source)

La réponse tient dans la nature même de la liste 1260H. Elle ne prévoit aucune sanction directe, aucune amende, aucune interdiction d'opérer aux États-Unis. Mais elle agit comme un carton rouge brandi sous le nez des investisseurs institutionnels américains. Les fonds de pension, les gestionnaires d'actifs et les banques d'investissement doivent revoir leurs positions. Personne ne veut être accusé de financer indirectement l'armée chinoise. Le signal est assez fort pour faire vaciller les cours, même en l'absence de conséquence juridique immédiate.

La lettre de Feinberg arrive environ trois semaines avant que Donald Trump et Xi Jinping ne concluent un accord de trêve commerciale en Corée du Sud. Le timing interroge. Certains analystes y voient une manœuvre de la dernière chance pour durcir la position américaine avant la trêve. D'autres parlent d'une simple coïncidence administrative. Quoi qu'il en soit, la lettre existe et elle a fait son effet.

Février 2026 : l'ajout officiel retiré en catastrophe

Le 13 février 2026, le Pentagone met à jour la liste 1260H. Cette fois, ce n'est plus une simple demande. Alibaba, Baidu, BYD, Nio, Unitree (Hangzhou Yushu Technology), RoboSense, BOE Technology, JA Solar, Trina Solar et d'autres sont officiellement ajoutés. La liste passe de 130 à 188 entreprises. Les marchés se préparent à encaisser le choc.

Panneau du siège social d'Alibaba à Hangzhou, avec des vélos en libre-service et une employée au téléphone.
Panneau du siège social d'Alibaba à Hangzhou, avec des vélos en libre-service et une employée au téléphone. — (source)

Mais quelques heures plus tard, stupéfaction. La liste disparaît du site officiel du Pentagone. Contacté par les médias, le département de la Défense répond sobrement : « Nous n'avons rien à annoncer pour le moment. » Aucune explication, aucune clarification. Les investisseurs restent dans le flou. Est-ce une erreur administrative ? Une pression diplomatique chinoise qui a fonctionné ? Une guerre interne au Pentagone entre faucons et modérés ?

La confusion est totale. Les entreprises concernées, qui préparaient leurs contre-attaques juridiques, se retrouvent dans l'incertitude. Le gouvernement chinois, qui avait déjà haussé le ton, observe la situation avec attention. Cette valse-hésitation envoie un message contradictoire : Washington veut montrer les muscles, mais n'assume pas pleinement ses décisions.

Le rôle des composants IA dans la discorde

Parmi les cinq autres entreprises citées dans la lettre de Feinberg, trois fabricants de composants pour l'intelligence artificielle attirent l'attention. Eoptolink Technology, RoboSense et Zhongji Innolight produisent des éléments essentiels au développement d'infrastructures IA et de systèmes de conduite autonome. Leurs clients incluent des géants américains comme Nvidia. Cette interdépendance complique la donne : en visant ces sous-traitants chinois, Washington risque de perturber sa propre chaîne d'approvisionnement technologique.

Liste 1260H : l'arme financière qui ne t'interdit rien mais fait mal aux actionnaires

Pour comprendre ce qui se joue, il faut plonger dans les mécanismes de la liste 1260H. Créée en 2021 dans le cadre du National Defense Authorization Act (NDAA), elle vise à identifier les entreprises chinoises qui opèrent aux États-Unis tout en soutenant l'armée de Pékin. Son objectif officiel est la transparence. Son effet réel est tout autre.

Contrairement aux sanctions économiques classiques, la liste 1260H n'interdit rien directement. Une entreprise inscrite peut continuer à vendre ses produits aux États-Unis, à recruter des employés américains, à utiliser les services financiers américains. Le piège est plus subtil : elle envoie un signal aux investisseurs.

Un carton rouge pour Wall Street, pas pour ton porte-monnaie

La Section 1260H du NDAA prévoit que les investisseurs américains doivent se désengager des entreprises listées. Concrètement, les fonds de pension, les gestionnaires d'actifs et les banques d'investissement américains ne peuvent plus acheter d'actions de ces sociétés. Ceux qui en détiennent déjà doivent les vendre dans un délai imparti. C'est une interdiction d'investissement, pas une interdiction commerciale.

Pour le consommateur français, la différence est cruciale. Tu peux continuer à acheter sur AliExpress, à utiliser le moteur de recherche Baidu, à rouler en BYD. Aucune loi ne t'interdit de posséder un robot Unitree ou de commander des composants électroniques chinois. La liste 1260H ne concerne que les investisseurs institutionnels américains, pas les particuliers européens.

Mais cette distinction, si elle est juridiquement claire, a des conséquences économiques réelles. Quand les investisseurs américains se retirent, le cours des actions chute. Les entreprises perdent de la valeur, ce qui réduit leur capacité à lever des fonds pour la recherche et le développement. À terme, cela peut affecter la qualité des produits et leur prix. Le consommateur n'est pas directement visé, mais il paie indirectement l'addition.

« N'avoir rien à annoncer » : l'aveu d'impuissance du Pentagone ?

Le retrait précipité de la liste le 13 février 2026 soulève des questions fondamentales sur la crédibilité du processus. Si le Pentagone lui-même n'est pas capable de maintenir sa décision plus de quelques heures, quel message envoie-t-il aux marchés ?

Plusieurs hypothèses circulent. La première est celle d'une erreur administrative : la liste aurait été publiée prématurément, avant la validation définitive par les services juridiques. La seconde évoque une pression diplomatique chinoise : Pékin aurait menacé de représailles économiques si la liste était maintenue. La troisième, plus inquiétante, suggère des divisions internes au Pentagone entre ceux qui veulent durcir la position américaine et ceux qui craignent une escalade incontrôlable.

Quelle que soit la raison, cette valse-hésitation crée une instabilité préjudiciable à toutes les parties. Les entreprises chinoises subissent les à-coups des marchés sans pouvoir planifier leur défense juridique. Les investisseurs américains ne savent pas s'ils doivent se désengager ou attendre. Et le gouvernement chinois utilise cet épisode pour dénoncer l'incohérence de Washington.

L'impact sur les marchés asiatiques

Les bourses de Hong Kong et de Shanghai ont enregistré des fluctuations notables après chaque rebondissement. Les analystes financiers surveillent désormais de près les déclarations du Pentagone, sachant qu'une simple rumeur peut faire vaciller des milliards de dollars de capitalisation. Les entreprises technologiques chinoises cotées aux États-Unis, comme Alibaba et Baidu, subissent une double peine : elles perdent en valeur boursière tout en voyant leur accès aux capitaux américains se restreindre.

Alibaba, BYD, Unitree : la contre-attaque des accusés face à Washington

Face à cette situation, les entreprises concernées ne sont pas restées silencieuses. Alibaba, BYD et les autres ont rapidement publié des communiqués officiels pour contester les accusations du Pentagone. Leur stratégie est claire : nier en bloc toute collaboration avec l'armée chinoise et menacer de poursuites judiciaires.

Le timing de ces réponses est important. Les déclarations sont tombées dans les heures suivant la révélation de la lettre de novembre 2025, puis à nouveau après la publication éphémère de la liste en février 2026. Les entreprises jouent la montre : plus elles réagissent vite, plus elles limitent l'impact sur leurs actions et sur la confiance des consommateurs.

« Pas une entreprise militaire » : le déni catégorique d'Alibaba et BYD

Alibaba a été la première à réagir. Dans un communiqué officiel, le géant du e-commerce affirme qu'« il n'y a aucun fondement pour conclure qu'Alibaba devrait être placée sur la liste de la Section 1260H ». La société ajoute qu'elle « n'est pas une entreprise militaire chinoise et ne fait partie d'aucune stratégie de fusion militaro-civile ». Elle promet d'« engager toutes les actions juridiques nécessaires » pour être retirée de la liste.

La BYD Seal électrique exposée lors d'un salon automobile, un modèle du constructeur chinois ciblé par le Pentagone.
La BYD Seal électrique exposée lors d'un salon automobile, un modèle du constructeur chinois ciblé par le Pentagone. — (source)

BYD, le constructeur automobile, a suivi la même ligne. Dans une déclaration à Presse-citron, l'entreprise qualifie les accusations de « dénuées de tout fondement ». BYD insiste sur son statut d'« entreprise internationale » et réaffirme son engagement à « offrir à ses clients partout dans le monde les meilleures technologies et innovations ». Le ton est ferme, presque indigné.

Ces réponses suivent un schéma rodé. Les entreprises chinoises visées par la liste 1260H contestent systématiquement les accusations, arguant que leur activité est purement civile. Elles mettent en avant leur présence internationale, leurs partenariats avec des entreprises occidentales, et leur conformité aux réglementations locales. La stratégie juridique est la même : nier le fondement de l'accusation et menacer de procès pour éviter que d'autres sociétés ne soient ajoutées à l'avenir.

Pékin hausse le ton : « nous prendrons les mesures nécessaires »

Le gouvernement chinois n'est pas en reste. Le ministère des Affaires étrangères a immédiatement réagi à la révélation de la lettre de novembre 2025. Dans un communiqué transmis à Bloomberg, il dénonce la tendance américaine à « établir des listes discriminatoires sous divers prétextes et à réprimer de manière injustifiée les entreprises chinoises ». Il exhorte Washington à « corriger le tir » et affirme être prêt à « prendre les mesures nécessaires » pour protéger ces sociétés.

Cette escalade verbale s'inscrit dans un contexte plus large de guerre technologique entre les deux puissances. Les États-Unis multiplient les restrictions sur les exportations de semi-conducteurs, de logiciels d'IA et d'équipements de fabrication. La Chine riposte en limitant l'accès à ses terres rares et en soutenant ses champions nationaux. La liste 1260H n'est qu'un outil supplémentaire dans cet arsenal.

Les représailles chinoises pourraient prendre plusieurs formes : restrictions d'accès au marché chinois pour les entreprises américaines, augmentation des droits de douane sur certains produits, ou blocage de l'acquisition de technologies américaines par des fonds chinois. L'incertitude plane sur l'ampleur exacte de ces mesures, mais une chose est sûre : Pékin ne laissera pas ses fleurons technologiques se faire attaquer sans réagir.

La visite de Trump en Chine compromise

La visite de Donald Trump en Chine, prévue en avril 2026, pourrait être affectée par ces tensions. Les négociations commerciales, déjà fragiles après l'accord de trêve de novembre 2025, risquent de buter sur cette nouvelle pomme de discorde. Les experts diplomatiques estiment que le retrait précipité de la liste pourrait être une tentative d'apaisement avant cette rencontre. Mais le mal est fait : la confiance entre les deux parties s'est érodée.

Tes données, ta voiture, ton jouet : le vrai bilan des risques pour tes marques chinoises

Au-delà des considérations géopolitiques, la question qui intéresse le consommateur français est simple : est-ce que je risque quelque chose à utiliser les produits de ces entreprises ? La réponse est nuancée. Le danger n'est pas immédiat, mais il existe, et il prend des formes différentes selon le type de produit.

Le concept clé à comprendre est celui de « fusion militaro-civile » (military-civil fusion). Il s'agit d'une stratégie officielle du gouvernement chinois qui encourage les entreprises civiles à collaborer avec l'armée pour le développement de technologies duales. En théorie, toute entreprise chinoise peut être sollicitée pour fournir des données, des composants ou des services à l'Armée populaire de libération. En pratique, la réalité est plus complexe.

AliExpress et Baidu : tes données dans la machine de guerre ?

La question des données personnelles est au cœur des inquiétudes. Quand tu utilises AliExpress, tes informations d'achat, ton adresse, tes préférences de consommation sont stockées sur des serveurs chinois. Baidu, le moteur de recherche dominant en Chine, collecte tes historiques de recherche et tes données de navigation. Le Pentagone affirme que ces données pourraient être partagées avec l'armée chinoise.

Mais est-ce vraiment différent de ce que font les GAFAM ? Aux États-Unis, le Cloud Act (Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act) permet aux autorités américaines de réquisitionner les données stockées par les entreprises américaines, même si les serveurs sont à l'étranger. Google, Apple, Facebook et Amazon collaborent régulièrement avec les agences de renseignement américaines. La différence est une question de cadre légal, pas de nature.

Pour le consommateur européen, le RGPD offre une protection solide. Les entreprises chinoises qui opèrent en Europe doivent se conformer à cette réglementation, sous peine d'amendes massives. AliExpress et Baidu ont donc mis en place des politiques de confidentialité conformes au droit européen. Le risque de fuite de données vers l'armée chinoise est réel, mais il n'est ni plus ni moins grand que le risque de fuite vers les agences américaines via les GAFAM.

BYD : ta voiture électrique sera-t-elle un jour restreinte en Europe ?

La question est légitime : si BYD est accusé de soutenir l'armée chinoise, est-ce que les propriétaires de voitures BYD en Europe risquent de voir leur véhicule restreint ou bloqué ? La réponse est non, pour plusieurs raisons.

D'abord, BYD est un constructeur automobile, pas un fournisseur de logiciels. Sa voiture roule sans mise à jour américaine, sans dépendance aux serveurs de Washington. Même si BYD était sanctionné par les États-Unis, cela n'affecterait pas la capacité de la voiture à fonctionner en Europe. Les pièces détachées, les mises à jour logicielles et le support technique sont gérés localement.

Ensuite, l'Union européenne a ses propres régulations. La Commission européenne enquête déjà sur les subventions d'État aux constructeurs chinois, mais cela concerne les importations, pas l'utilisation des véhicules déjà vendus. Un propriétaire de BYD en France ne risque pas de se faire confisquer sa voiture ou de voir son accès à la recharge limité.

Le vrai risque, c'est le précédent Huawei. Le géant chinois des télécommunications a perdu l'accès aux Google Mobile Services après son inscription sur la liste des entités américaines. Les nouveaux téléphones Huawei ne peuvent plus utiliser Gmail, YouTube ou Google Maps. Pour BYD, un scénario similaire est peu probable : la voiture n'a pas besoin de services Google pour fonctionner. Mais si BYD développait un système d'infodivertissement connecté aux serveurs américains, le risque existerait.

Unitree : le robot-chien trop mignon filmé en treillis militaire

Le cas d'Unitree est le plus frappant, et le plus emblématique du dilemme du dual-use (double usage). Les robots-chiens de l'entreprise chinoise sont devenus célèbres sur TikTok, où on les voit danser, faire des backflips et interagir avec des humains. Leur prix accessible (quelques milliers d'euros) en fait un jouet technologique prisé des amateurs.

Vue aérienne du Pentagone, le quartier général de l'armée américaine, qui a inscrit des entreprises chinoises sur sa liste noire.
Vue aérienne du Pentagone, le quartier général de l'armée américaine, qui a inscrit des entreprises chinoises sur sa liste noire. — (source)

Mais les mêmes robots apparaissent dans des vidéos de l'Armée populaire de libération, équipés de capteurs militaires et utilisés pour des exercices de reconnaissance. Selon Kharon.com, les robots dog-like d'Unitree ont été vus à plusieurs reprises dans des vidéos militaires chinoises. C'est le cas typique d'une technologie civile qui trouve une application militaire.

Le particulier qui achète un robot Unitree n'est pas complice de l'armée chinoise. Son robot n'est pas équipé de capteurs militaires, il ne transmet pas de données à Pékin. Mais son jouet est au cœur d'une guerre technologique. Le gouvernement américain craint que les innovations d'Unitree ne soient utilisées pour améliorer les capacités militaires chinoises. Et il a raison : c'est exactement ce qui se passe.

La liste complète des nouveaux entrants

La mise à jour de février 2026 a ajouté dix entreprises à la liste 1260H. Outre Alibaba, Baidu, BYD et Unitree, on trouve Nio (constructeur automobile), RoboSense (lidars pour véhicules autonomes), BOE Technology (écrans), JA Solar et Trina Solar (panneaux solaires), ainsi que CALB Group et EVE Energy (batteries). Cette diversité montre que Washington ne cible pas un secteur en particulier : il s'attaque à l'ensemble de l'écosystème technologique chinois.

BYD plus chère ? AliExpress plus lent ? Le coût caché des tensions USA-Chine

Au-delà des questions de sécurité et de données, il y a une réalité économique que le consommateur français va bientôt ressentir dans son portefeuille. La guerre technologique entre les États-Unis et la Chine a un coût, et ce coût est répercuté sur les prix.

Le mécanisme est simple : quand les entreprises chinoises sont accusées de soutenir l'armée chinoise, elles perdent en crédibilité auprès des investisseurs et des gouvernements occidentaux. Cela se traduit par des surtaxes, des restrictions d'accès au marché et une augmentation des coûts logistiques. Et c'est le consommateur qui paie la différence.

La menace des surtaxes : le consommateur français paiera-t-il l'addition ?

La Commission européenne enquête déjà sur les subventions d'État accordées aux constructeurs chinois de véhicules électriques. BYD, Nio et d'autres bénéficient d'aides massives du gouvernement chinois, ce qui leur permet de proposer des prix très compétitifs en Europe. Les constructeurs européens crient à la concurrence déloyale.

La liste 1260H du Pentagone donne un argument politique massif aux protectionnistes européens. Si BYD est accusé de soutenir l'armée chinoise, pourquoi l'Europe laisserait-elle entrer ses voitures sans surtaxe ? Le raisonnement est simple, et il pourrait aboutir à une augmentation des droits de douane sur les véhicules chinois.

Le trade-off est concret : d'un côté, les prix bas des BYD grâce aux subventions chinoises et à l'efficacité de la production ; de l'autre, le risque sécuritaire et industriel lié à la dépendance envers un pays considéré comme un adversaire stratégique. Si les surtaxes sont imposées, le consommateur français paiera plusieurs milliers d'euros de plus pour sa voiture électrique chinoise. BYD restera compétitive, mais moins qu'aujourd'hui.

La fragmentation d'internet : vers un choix forcé entre Amazon et Alibaba ?

Le scénario le plus inquiétant pour le consommateur est celui de la fragmentation d'internet. De la même manière que Huawei a perdu les Google Mobile Services, les services chinois pourraient perdre l'accès aux stores occidentaux, aux passerelles de paiement ou aux infrastructures cloud américaines.

Concrètement, AliExpress pourrait devenir plus difficile d'accès depuis l'Europe. Les délais de livraison pourraient s'allonger, les options de paiement pourraient être réduites, et le service client pourrait se dégrader. Baidu, déjà marginal en Occident, pourrait perdre ses derniers utilisateurs européens.

La conséquence directe pour le consommateur est une réduction de la concurrence. Moins de concurrence signifie des prix plus élevés et un choix plus limité. Amazon, eBay et les autres plateformes occidentales n'auraient plus à craindre la concurrence chinoise. Et c'est le portefeuille du consommateur qui trinque.

L'impact sur les énergies renouvelables

Vue aérienne du Pentagone, siège du département de la Défense des États-Unis à Arlington, Virginie.
Vue aérienne du Pentagone, siège du département de la Défense des États-Unis à Arlington, Virginie. — (source)

L'ajout de JA Solar et Trina Solar à la liste 1260H pourrait freiner la transition énergétique en Europe. Ces deux entreprises fournissent une part significative des panneaux solaires installés sur le continent. Si les restrictions d'investissement américaines entraînent une hausse de leurs coûts de production, les prix des panneaux solaires pourraient augmenter en Europe. Les consommateurs français qui envisagent d'installer des panneaux photovoltaïques devraient surveiller l'évolution du dossier.

2026-2027 : le piège pour le consommateur est géopolitique, pas technologique

À ce stade, une conclusion s'impose : le vrai danger pour le consommateur français n'est pas technologique. Les produits chinois ne sont pas plus dangereux que les produits américains. Le risque est géopolitique. Il réside dans la capacité des gouvernements à restreindre l'accès à ces produits pour des raisons politiques.

La guerre technologique entre les États-Unis et la Chine est entrée dans une phase active. La liste 1260H n'est qu'un outil parmi d'autres. Les entreprises chinoises investissent massivement en Europe pour contourner les barrières américaines. BYD construit des usines en Hongrie et en Espagne. AliExpress ouvre des entrepôts en France. Unitree cherche des partenaires européens pour la distribution de ses robots.

Le spectre d'un divorce numérique : et si tu devais choisir ton camp ?

Le scénario du splinternet (fracture numérique) n'est plus de la science-fiction. D'un côté, les standards américains : Apple, Google, Amazon, Microsoft, les réseaux sociaux occidentaux. De l'autre, les standards chinois : Alibaba, WeChat, TikTok, Baidu, les applications chinoises.

Le consommateur français risque de se retrouver pris entre deux feux. Si les tensions s'aggravent, il pourrait être contraint de choisir un camp. Utiliser un téléphone Huawei, c'est renoncer à Google Maps et Gmail. Utiliser AliExpress, c'est accepter que ses données soient stockées en Chine. Utiliser TikTok, c'est s'exposer aux accusations de surveillance chinoise.

Le piège, c'est que ce choix n'est pas un choix libre. Il est imposé par les gouvernements et les régulations. Le consommateur n'a pas son mot à dire. Il subit les conséquences de décisions géopolitiques qui le dépassent.

Les 3 réflexes à adopter pour naviguer dans un monde fracturé

Face à cette situation, quelques réflexes simples peuvent t'aider à naviguer dans ce monde fracturé.

D'abord, diversifie tes applications et plateformes. Ne mets pas tous tes œufs dans le même panier américain ou chinois. Utilise à la fois des services occidentaux et chinois, des applications open source et des solutions propriétaires. Plus tu diversifies, moins tu es vulnérable à une décision politique soudaine.

Ensuite, suis l'actualité du dossier 1260H. Les listes changent vite. Une entreprise peut être ajoutée aujourd'hui et retirée demain. BYD, Alibaba et Baidu ont été ajoutés puis retirés en quelques heures en février 2026. Reste informé pour anticiper les changements.

Enfin, comprends que la donnée est l'enjeu principal. Que ton service soit américain ou chinois, le risque est dans le modèle économique, pas dans la nationalité. Les GAFAM collectent autant de données que les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Le RGPD te protège, mais il ne fait pas de miracles. Sois vigilant avec tes données, quel que soit le service que tu utilises.

Conclusion : garde tes applications, ne lâche pas ta BYD, mais ouvre l'œil

La liste 1260H du Pentagone est un coup politique et économique. Elle ne te demande pas de jeter ton robot-chien Unitree par la fenêtre, ni de boycotter AliExpress demain matin. Le consommateur français est protégé par les régulations européennes (RGPD, normes auto) et l'absence de blocage légal direct.

Mais ce coup de semonce trace une ligne claire : la guerre commerciale USA-Chine est entrée dans une phase active. Le vrai danger n'est pas le produit dans ton garage aujourd'hui, c'est la capacité de demain à choisir le meilleur rapport qualité-prix sans contrainte politique. Reste informé, diversifie tes usages, et n'oublie pas que dans cette guerre, ta liberté de consommer est le premier domino.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la liste 1260H du Pentagone ?

La liste 1260H est un registre créé en 2021 dans le cadre du National Defense Authorization Act (NDAA). Elle recense les entreprises chinoises accusées de soutenir l'Armée populaire de libération, sans imposer de sanctions directes mais en interdisant aux investisseurs institutionnels américains d'acheter leurs actions.

Quelles entreprises chinoises sont visées par le Pentagone ?

En février 2026, le Pentagone a ajouté Alibaba, Baidu, BYD, Unitree, Nio, RoboSense, BOE Technology, JA Solar, Trina Solar, CALB Group et EVE Energy à la liste 1260H. La liste a été retirée du site officiel quelques heures après sa publication.

Puis-je continuer à utiliser AliExpress ou BYD en France ?

Oui, la liste 1260H n'interdit pas aux particuliers d'acheter ou d'utiliser ces produits. Elle ne concerne que les investisseurs institutionnels américains. Le consommateur français est protégé par le RGPD et les régulations européennes, et aucun blocage légal direct n'est en vigueur.

Pourquoi le Pentagone a-t-il retiré sa liste en février 2026 ?

Le Pentagone a retiré la liste quelques heures après sa publication, déclarant n'avoir « rien à annoncer pour le moment ». Les hypothèses incluent une erreur administrative, une pression diplomatique chinoise, ou des divisions internes entre faucons et modérés au sein du département de la Défense.

Les robots Unitree sont-ils utilisés par l'armée chinoise ?

Oui, des vidéos montrent les robots-chiens d'Unitree équipés de capteurs militaires lors d'exercices de reconnaissance de l'Armée populaire de libération. C'est un exemple typique de technologie civile à double usage, mais le particulier qui achète un robot Unitree n'est pas complice de l'armée chinoise.

Sources

  1. Les États-Unis ajoutent Alibaba et BYD à la liste des entreprises ... · boursier.com
  2. Alibaba, BYD et Baidu chutent suite au rapport du Pentagone sur leurs liens militaires avec la Chine · fr.finance.yahoo.com
  3. kharon.com · kharon.com
  4. Le Pentagone ajoute brièvement Alibaba et BYD à sa liste d'entreprises liées à l'armée chinoise · mac4ever.com
  5. mezha.net · mezha.net
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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