
Pour commencer, j'ai écrit ce texte il y a plus d'un an maintenant. J'allais plus que mal, et j'ai effectué ma renaissance grâce à lui. Je me demande si je serai publiée, tant je suis, dans certains de mes propos, parfois un peu trop violente, je le sais. Je ne sais pas si vous arriverez à la fin, ou même si vous me croirez. Quoique... Croire, c'est facile. Le vivre, c'est autre chose, n'est-ce pas ? Nombreux seront ceux qui me diront que « ma vie ne les regarde pas ». Mais je me sens en droit de penser que celles et ceux qui dépriment parce qu'on leur gueule dessus, ou parce qu'ils n'ont pas assez d'argent de poche pour aller voir le dernier Spielberg, ça leur rappellera peut-être que d'autres, aux quatre coins du monde, souffrent beaucoup plus qu'eux. Voici mon histoire.

Quand les douleurs de l'enfance ressurgissent
Je ne sais pas ce qui m'arrive. Je suis couchée là, seule, désespérément seule. Au-dessus de moi s'étend le ciel, à perte de vue. Il est d'un bleu tellement pur. Si pur que je ferme les yeux, éblouie. De toute façon, je le reverrai bientôt. De très près !
Mon histoire est assez banale, elle ressemble à tant d'autres... Je suis née un jour de Noël. Plus un cadeau qu'un fardeau, d'après ma mère. Une enfance pas toujours rose, contrairement à mon prénom. Entre les claques et les études, je trimbalais mon corps, alors que mon âme a toujours tenté de s'échapper.
J'avais trouvé ma voie dans les mots très tôt, j'avais appris à lire vers 2 ans et demi. Ils étaient mon refuge lorsque tout basculait, et ils sont encore là, aujourd'hui. Et tout a dégringolé pour la première fois il y a si longtemps... Mais la douleur, encore présente en moi, me rappelle chaque jour que je ne suis que l'ébauche d'une femme, que je ne me terminerai pas.
Oh oui... Il m'a fait mal, si mal ! Il venait souvent à la maison, je riais avec lui. Je me pendais à son cou (j'étais une enfant très affectueuse), il me chatouillait. Ce jour-là, il m'a demandé de lui montrer ma chambre. J'y étais rarement seule, mais mes sœurs étaient au « petit salon ». J'étais seule avec lui. Je suis seule avec lui. Comme tous les matins, depuis ce jour-là, j'ai 7 ans et demi, et je suis seule avec lui.
Il vient vers moi et me prend dans ses bras. Comme par jeu, par habitude, je ne sais pas... Je le serre contre moi. Il me dépose sur le lit. Il enlève ma robe fleurie, je n'ai pas honte, quand je me douche, tout le monde me voit nue, aussi !
Ce sont ses yeux, mais surtout son sourire, qui me font peur. Je connais les sentiments des gens grâce à leur sourire. Et celui-là, je ne l'avais jamais vu... Ce ne serait que la première fois. Il enlève son pantalon, me dit que l'on va jouer à mon jeu préféré, on va jouer au « docteur ». Je me réfugie sous la couette et lui dis, l'air malade : « J'ai mal au ventre, docteur. »
Il soulève la couette, monte sur moi, il est lourd. Je sens quelque chose contre le haut de ma cuisse, là. Il commence à me faire mal, je lui dis. « C'est une nouvelle manière de soigner. » Ses lèvres se posent sur les miennes, mais ça fait si mal ! J'ai envie de crier, mais sa langue s'enfonce dans ma gorge, je n'y arrive pas. Je tente de remonter vers le haut du lit, mais il me retient. J'ai mal, trop mal, là. Il m'écarte, il me déchire, il m'éventre ! Il est au fond de mon ventre, j'ai envie de vomir, de crier, de pleurer. Il bouge ! Comment aurais-je pu imaginer que ça puisse faire encore plus mal ? Il bouge, et chacun de ses mouvements m'écartelle, de plus en plus. Les larmes jaillissent, je pleure en silence, les larmes coulent sur mes joues, et sa langue est toujours là, son visage est collé contre le mien. Je ne veux plus le sentir, je ne veux plus souffrir. Il s'arrête quelques minutes plus tard, en même temps que mes larmes. Il me rhabille, essuie les larmes sur mes joues. Je ne dois pas en parler, c'est notre secret, à tous les deux. À lui et à moi, sa princesse, sa petite princesse.
Qu'ai-je fait ensuite ? Je ne sais plus. J'ai de nouveau 16 ans, je suis toujours là. Une personne s'est penchée sur moi. Que dit-elle ? Que fait-elle ? Elle a l'air affolée, je ne sais pas...
La suite de mon témoignage
Je ne veux même pas le savoir. Je suis ouverte, le sang s'écoule de mon sexe. Je touche, mes chairs sont à vif, encore chaudes, un peu blanchâtres... Je ne veux pas savoir ! Je ne veux pas... Je veux tenter d'oublier, ne pas être là, ne plus le voir ! Me dire que ce n'est qu'un cauchemar. Mais là, je vis autre chose, une autre douleur. Plus proche...
Je repense à trop de choses, les larmes me brouillent les yeux, alors que je me relis. Je sais que d'autres seront encore plus effondrées que moi, voyant aussi leur histoire dans la mienne. Merci d'être arrivé(e) jusqu'au bout, et la suite viendra, un peu moins sordide, mais aussi pénible à vivre, quand on a 13 ans, et rien qui nous raccroche à la vie.
Au fait, cette histoire s'est déroulée au Cameroun, et j'ai revu cet homme cet été. Il m'a souri et m'a appelée « ma petite fille adorée ». Je lui ai souri, moi aussi.