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L'automutilation...

L'automutilation, j'y suis passée sans comprendre pourquoi. Voici mon histoire, marquée par une amitié devenue douloureuse. Peut-être qu'elle vous aidera à y voir plus clair.

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Avant de commencer, je voudrais rappeler que mon récit est une histoire, une histoire qui s'est vraiment passée. Je vous demande juste de ne pas la juger sévèrement, et si vous ne la comprenez pas, n'essayez pas. C'est que vous n'en êtes pas capable...

Tout d'abord, j'ai remarqué que quand je lis d'autres articles sur la mutilation, tous ces gens qui sont passés par là ont souvent eu une enfance douloureuse ou ont subi des abus sexuels. Alors qu'en y réfléchissant bien, moi je n'ai pas à me plaindre. Je n'ai jamais été abusée, je suis entourée d'amies et de gens qui m'aiment. On ne m'a jamais rien fait. Alors, pourquoi suis-je tombée dedans ? Pourquoi ?

Comment tout a commencé

Pour revenir au tout début de cette histoire, nous devons revenir deux ans en arrière. Tout a commencé par un garçon. Même si ça peut paraître stupide, c'est peut-être lui qui est la cause de tout ça, sans vraiment le savoir.

Voilà, il y a deux ans, à un camp, j'ai fait la connaissance d'un moniteur. Régis. Je l'ai tout de suite adoré, il était génial. Il avait 9 ans de plus que moi, mais je pense bien qu'au début, une amitié est née. Pendant 1 an, on s'écrivait des mails, des SMS, on se voyait aux activités et je m'attachais de plus en plus à lui.

J'adorais sa philosophie de la vie : « tout voir du bon côté », parce que je suis quelqu'un d'assez noir et pessimiste. Alors ça me faisait du bien d'essayer de voir les choses en rose pour changer. Je crois que, sans m'en rendre compte, j'étais devenue accro à mon Maître de Pensées.

La deuxième année, il a commencé à travailler. On est restés beaucoup moins en contact. J'en avais marre, j'étais fâchée qu'il ne m'accorde plus de temps. Il ne répondait plus à mes mails. Rien. Il me disait qu'il était désolé mais qu'il avait trop de travail. En tout cas, il a dû se rendre compte avant moi que je l'aimais vraiment beaucoup, car il a essayé de me faire comprendre que je devais me faire des amis et amies de mon âge. Pour moi, ça a été un coup sur la tête. Je pensais qu'il m'aimait bien, que c'était une vraie amitié. Mais en fait, elle était à sens unique. Je ne m'étais pas aperçue qu'il avait sa vie, ses amis...

La dépendance à une personne est la chose qui me fait le plus peur.

L'année a continué ainsi, chacun de son côté. Intérieurement, j'étais fâchée, mais quand on se voyait aux activités de l'association, je ne le montrais pas.

Puis un jour, j'ai fait la rencontre d'Alexandra. Alexandra, c'est la fille qui a pris ma place avec Régis pendant cette deuxième année. Elle avait mon âge, et c'était elle qui lui envoyait des SMS maintenant, qui rigolait avec lui. J'avais l'impression d'avoir été remplacée.

Et pourtant, curieusement, le destin nous a rapprochées et elle est devenue ma meilleure amie. Je l'aime à la folie, un de ces vrais liens que personne ne pourra briser. Le reste de l'année, quand on se voyait à deux, j'avais parfois quelques pincements au cœur quand elle me parlait de son amitié avec Régis. Je pense qu'elle ne se rendra jamais compte à quel point ça me faisait mal.

J'étais jalouse de ça, et en même temps je l'adorais. Ça formait un drôle de mélange dans mon esprit...

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L'été où le scarification a commencé

Tout est arrivé cet été 2005. Il y a quelques mois. Je suis retournée à un camp, avec Alexandra que j'aimais toujours autant. Là, comme moniteur, on a aussi retrouvé Régis. En plus, on s'était mises dans son groupe pour l'avoir toute la journée pendant tout le camp.

Mon erreur, je ne sais pas...

Pas une seule fois je me serais doutée de la tournure qu'allaient prendre les événements.

Les deux premiers jours se sont très bien déroulés. Je souriais, je rigolais, j'étais heureuse. Mais je ne sais pas pourquoi, tout a flanché le troisième jour. Pour un jeu, on avait dû se mettre par équipe de 6, et une fille que je n'aimais pas trop voulait venir avec nous.

Alors j'ai changé d'équipe. J'espérais qu'Alexandra ou au moins les autres me suivraient, mais je me suis retrouvée seule. Pour le reste de la matinée, j'ai dû supporter une équipe assez nulle (sans être méchante), et je voyais au loin mes amies qui s'amusaient. Ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je me suis plongée dans une bouderie qui m'a pourri le reste du camp.

Par la suite, j'en avais marre de voir Alexandra tout le temps rigoler avec Régis, ça devenait vraiment insupportable. Donc sur le coup, je suis sortie devant le bâtiment, je me suis assise, j'ai pris deux trois pierres que je trouvais coupantes et je me suis fait des griffes sur le poignet gauche. Quand j'ai eu fini, je me sentais mieux, et en même temps je ne comprenais pas ce que je venais de faire.

Le troisième jour, j'ai continué à faire ça, puis j'ai vu par terre des bouts de verre. Ce qui me semblait beaucoup plus approprié pour me faire mal. Je pense que je ne voulais pas mourir, je ne veux pas mourir. Si j'ai fait ça, c'était avant tout pour me soulager, et pour qu'on m'aide.

Après, je suis passée au niveau supérieur, dans un bric-à-brac. J'ai trouvé un cutter. J'étais heureuse d'avoir trouvé un nouveau gadget qui surpassait les autres. Je l'emportais partout avec moi. J'avais toujours ma main dans la poche pour le sentir. Je me refermais de plus en plus sur le monde. Les moniteurs s'inquiétaient car, à tour de rôle, ils essayaient de me parler, mais je n'avais pas besoin d'eux. De personne. Ou peut-être de Régis...

De plus, j'ai appris au début du camp qu'il comptait quitter l'association et on m'annonçait également que début octobre il partirait six mois au Portugal pour son travail. Pour moi, ça a de nouveau été l'électrochoc. J'avais vraiment le cœur brisé.

En fait, même durant cette année où on était moins restés en contact, j'étais toujours attachée à lui. Amoureuse sûrement. Mais pas amoureuse comme d'habitude, amoureuse avec des liens vicieux qui s'insinuaient à l'intérieur de moi sans que j'aie eu le temps de les arrêter.

La vérité est parfois dure à accepter...

Je me souviendrai toujours de quelques bons moments passés, comme quand on faisait la sieste. Alexandra et moi, on se reposait la tête adossée sur lui. Sous le soleil, dans un champ, avec les autres, à rigoler (en semblant), à ne se soucier de rien.

Des vrais moments de bonheur. J'étais sur un petit nuage, même si ma vie était devenue un enfer. Encore maintenant, quand je suis à l'école, j'ai une soudaine envie de me retrouver parfois allongée dans un champ, tout simplement, à regarder le ciel et à ne plus penser à rien...

Malheureusement, en parallèle, je commençais à le faire de plus en plus souvent. Je passais énormément de temps aux toilettes. Je jouais à une sorte de cache-cache avec les gens, parce qu'il ne fallait pas qu'ils me voient là tout le temps. Je trouvais que le cutter avait du style, il faisait de belles coupures nettes dans ma peau, elle saignait, mais j'ai toujours su les contrôler.

J'avais parfois l'impression d'avoir des crises, je ne me sentais pas bien, je me sentais étouffée quand il y avait trop de monde, alors je trouvais une excuse pour m'éclipser et m'abandonner à mon nouveau sport. Pendant le camp, j'ai aussi énormément ouvert le robinet aux toilettes pour en faire couler de l'eau sur mon poignet. C'était le seul moyen qui me rattachait à la raison. Parce que oui, des fois j'avais cette sensation de devenir folle. Tandis que quand je sentais cette eau froide sur mon poignet, je me rattachais à la vie, à la réalité des choses...

Enfin, le huitième jour au soir, j'ai décidé d'aller lui parler. Je ne sais pas pourquoi, mais je lui ai dit. Sur le coup, il a été très surpris et je pense qu'il a eu peur. Mais il s'est très vite repris. Il ne comprenait pas. Et moi je ne pouvais pas lui dire que la principale raison... C'était lui. Alors je lui ai dit que je me sentais seule. Au début, il voulait en parler à mes parents, parce que c'était très grave et tout un discours a suivi. Mais je lui ai fait comprendre que je ne voulais pas. Il a longuement hésité, mais je le suppliais, alors il m'a finalement dit que je devais absolument arrêter et que si ça continuait, il téléphonerait tout de suite chez moi.

Ensuite, j'ai raconté l'histoire à Alexandra. Je pense qu'on a pleuré ensemble, elle ne s'attendait pas à ça. Je n'aime pas pleurer. J'ai très dur à pleurer pour les choses qui me font de la peine. Pendant le camp pourtant, j'ai parfois essayé de simplement pleurer, mais je n'ai pas réussi, les larmes ne voulaient pas arriver. Ça a dû être une des raisons pour lesquelles tout ça était arrivé...

J'ai rendu la lame du cutter à Régis. Les derniers jours du camp, j'étais constamment épiée par Alexandra et Régis. Ils avaient peur. Et moi aussi. J'avais peur de moi. Mais je leur avais promis d'arrêter.

Je l'ai refait quelques fois dans leur dos, ça m'ennuyait beaucoup, parce que je trahissais ma promesse. Je ne le faisais pas fort, juste des griffes, de quoi me faire mal sur le moment même. Et puis de toute façon, Régis avait la lame que je regrettais déjà un peu d'avoir donnée.

Je crevais de trouille qu'il l'apprenne et qu'il téléphone à ma famille.

Mais il ne l'a jamais su.

Quand je suis rentrée chez moi, j'ai encore souvent pensé à ce que j'avais fait...

Cette histoire ne s'effacera jamais.

Je pense juste que je dois m'estimer heureuse que cela n'ait duré qu'une semaine et que mes parents ne l'ont pas su.

(photo prise 2 semaines après mes coupures, j'ai de la chance car ça a cicatrisé vite et sur ma peau ça ne se voit fort)

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Les questions qui persistent après l'automutilation

Depuis cette histoire, j'ai changé. Intérieurement, je ne serai plus jamais la même.

J'emmène souvent mon canif avec moi. Mais je ne le fais pas. Je n'ai pas la force. Au pire, je me fais de légères griffes, mais le sang ne coule plus. J'ai peur d'y retomber.

Encore hier, je l'ai fait, pas fort heureusement. Je n'ose plus faire comme les premières fois et couper la peau... J'ai retiré les lames d'un rasoir et j'ai fait quelques légères coupures. Je ne veux pas le faire fort. Juste de quoi me faire mal à moi-même. Pour le moment, ce sont des simples fines lignes rouges qui cicatrisent trop vite à mon goût. En plus c'est con, mais je l'ai fait pour quelque chose de très bête. École, famille, amies...

Ce qui est bizarre, c'est que quand je me coupe, ce dont j'ai le plus peur, c'est que ma famille l'apprenne. Le monde entier pourrait être au courant, je préférerais... Mais pas eux. Je n'ose même pas imaginer, ce serait horrible. Je n'ai pas envie qu'ils le sachent, parce que la faute ne vient pas d'eux.

Déjà, je redoute souvent la réaction de mes parents pour de simples choses. Il faudrait que je sois plus sûre de moi, car même si mes parents sont de tant en tant sévères (surtout pour l'école), ils ne me tuent pas, ils ne me frappent pas. Alors quoi...

De quoi j'ai vraiment peur... De ne pas être à la hauteur...

Peut-être que le problème vient de moi, seulement de moi.

Parfois, je me hais. Je ne sais pas bien pourquoi, mais quand je suis fâchée ou que j'ai fait une simple bêtise, je m'en veux. Je me déteste...

Régis est en ce moment au Portugal, il ne se doute de rien. Je n'ai plus de nouvelles de lui...

Je ne peux plus parler de mes peurs. C'est ça le plus dur. Car ces temps-ci, je pense beaucoup à la mort. Elle me fait peur. J'ai peur pour les gens que j'aime, j'ai peur pour moi. Parce que j'aime la vie, même si après tout ce que je viens de dire, on a du mal à se l'imaginer. Vous savez, extérieurement, je suis comme tout le monde...

Parfois, des gens disent des choses devant moi qui me blessent ou qui me rappellent ces vacances. Par exemple, en cours de morale à l'école, quand mon prof parle, des fois il dit des choses qui me mettent mal à l'aise. En plus, il ressemble étrangement à Régis quand il parle. Ils ont la même philosophie de penser : « La vie est belle ». Beaucoup de gens la voient comme ça. Je pense que c'est juste une manière de voir les choses. Elle doit sûrement être belle, il suffit de se forcer à voir différemment, à la voir sous un autre angle...

Des fois, j'ai envie d'en parler. Mais j'ai l'impression qu'ils ne comprendraient pas, et qu'ils réagiraient dans un sens qui ne m'aiderait pas du tout. D'ailleurs, c'est juste ma vie, qui s'en intéresserait, à part moi ?...

J'ai aussi un avis tout à fait différent sur le suicide. Pour moi, le suicide, c'est le seul acte où un Homme peut enfin dominer sa vie... Au gré de la perdre...

J'ai cette impression que dans la vie, on ne choisit jamais, qu'on soit grand ou petit, je ne ferai jamais ce que je veux vraiment...

Je ne juge pas cet acte, il n'est ni mal ni bien. Je ne sais pas ce qu'il est...

Je pense aussi que ceux qui n'ont pas peur de la mort n'ont plus rien à perdre.

Et il faut beaucoup pour ne plus rien avoir à perdre...

Il y a une semaine, j'ai fêté mes 1 an de connaissance avec Alexandra. Je l'aime toujours autant. Elle sera toujours là pour moi. La seule qui a su, la seule qui ne me tournera jamais le dos. La seule qui ne me jugera pas.

Des centaines de questions défilent dans ma tête, sur la vie, le sens de la vie, la mort.

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Indy ... @articodin
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