
Le premier amour est indéniablement toujours différent des suivants. Quoi qu'il arrive, quoi que nous fassions, il reste le plus fort, puisque c'est avec lui que nous avons découvert tous les sentiments passionnés que nous éprouvons. Pour autant, rien ne veut dire qu'il s'agit là du meilleur. Non, il est juste différent : il tient une place privilégiée dans nos cœurs, il nous rend nostalgiques.
Mon premier amour n'était pas réciproque. « Dans ce cas, ce n'était pas le premier », diront certains. Je l'ai aimé durant plus d'un an. J'aurais fait n'importe quoi pour lui. Je ne vivais que pour le voir. J'ai vécu les meilleurs et les pires moments de ma vie grâce — ou à cause — de lui. J'ai souffert comme je ne pensais pas que l'on pouvait souffrir par amour. Mon premier amour m'a montré assez rapidement les facettes les plus atroces de ce qu'on appelle le plus beau sentiment du monde. Mais en même temps, il suffisait d'un seul petit geste de sa part pour que je sois la fille la plus heureuse qui soit.
Nous étions très proches tous les deux, mais mes sentiments ont souvent été la cause de disputes et d'éloignements. C'était compliqué pour nous deux. C'était l'époque du lycée.
Puis, une nouvelle époque est arrivée : les études supérieures. Tout notre groupe d'amis a été éparpillé aux quatre coins de l'académie. Les promesses de ne pas se perdre de vue n'ont tenu que quelques mois. J'ai souffert encore une fois de le perdre, sans pouvoir le retenir.
Thomas, l'amour qui m'a reconstruite
Et puis, Thomas est arrivé. Thomas est entré dans ma vie. Mon premier amour réciproque. Je lui dois tellement. Il m'a littéralement fait grandir, il m'a aidée à retrouver la confiance en moi que j'avais perdue à cause de ce premier amour. Il sait combien j'ai souffert, et il a réussi à me donner tout l'amour dont j'avais besoin. Thomas a été exceptionnel, sur tous les points, et je l'aime.
Pourtant.
Une fête de retrouvailles qui change tout
Un soir. Un coup de téléphone. Une amie du lycée organise une fête de retrouvailles. Le groupe de nouveau réuni. J'ai tellement envie de les revoir, tous autant qu'ils sont. Je propose à Thomas de venir avec moi. Il refuse : fête de retrouvailles, je profiterais plus facilement de mes amis si je n'ai pas à m'occuper de lui, à le présenter à tout le monde. Il profitera de ce weekend pour rendre visite à ses parents.
Arrive cette fête. Bien évidemment, Gaël est là. Six mois déjà que nous ne nous sommes pas vus. Juste un ou deux coups de téléphone. Il sait pour Thomas. Je suis heureuse de le revoir. Mais je sais que je ne le suis pas de la même manière que pour les autres. D'une certaine façon, je suis fière de pouvoir lui montrer que j'ai réussi à me construire sans lui, que j'ai trouvé quelqu'un qui, lui, m'aime.
La soirée se passe bien. Je me crois de nouveau au temps du lycée. Nous fonctionnons toujours de la même manière ensemble. Nous buvons beaucoup. Trop. Comme avant. Nous dansons. Nous rions. Nous nous retrouvons.
Face à face avec Gaël
Puis, je décide de me reposer quelques minutes au calme. Je monte. J'entre dans une chambre. Il est clair pour moi qu'une force supérieure, ou je ne sais quoi, m'a conduite à cette chambre à ce moment-là de la soirée. Une telle coïncidence ne peut être possible.
Gaël est seul dans la chambre, allongé sur le lit. Je m'excuse. Il me dit que ce n'est pas grave, qu'il faisait une pause, au calme. Ce que j'étais venue faire. Il s'assoit sur le rebord du lit. Nous commençons à parler tous les deux. Il a bu, beaucoup. Je me souviens de ces nombreuses fêtes où je me suis occupée de lui lorsqu'il était dans des états pitoyables. Étrangement, de bons souvenirs.
Je m'assois à côté de lui. Son regard change.
— Tu vas bien ?
Je lui souris. Je vis les meilleurs instants de ma vie grâce à Thomas.
— Il est chanceux.
— Non, c'est moi qui suis chanceuse de l'avoir trouvé.
Je sens que le climat entre nous change. Il ne s'agit plus d'une ambiance sympathique et légère de retrouvailles. Mélancolie.
— Je te trouve changée. Tu es vraiment belle.
Je me mets à rire, gênée. Il m'a toujours trouvée plus belle et attirante avec de fortes doses d'alcool dans le sang. Pourquoi les choses changeraient-elles ?
— Non, c'est différent. Je n'avais pas gardé ce souvenir de toi. Je veux dire... Je t'ai toujours considérée comme une de mes potes, mais... Tu es une femme, une très belle femme.
Je souris de nouveau. Je n'avais pas l'habitude de ce genre de propos venant de lui. Je me sens à la fois gênée et flattée.
Il tend la main vers moi, caresse mes cheveux avec une douceur extrême. Une douceur que je reconnais.
— Tu m'as manqué.
Il s'écarte de moi brusquement.
— Je suis un con. Je suis là, à te faire des avances alors que tu as finalement trouvé quelqu'un, que tu n'es plus amoureuse de moi.
Il ne me regarde plus. Moi si. Je continue à l'observer. Il n'a pas tellement changé. Toujours ce visage un peu gamin, et cette barbe de quelques jours qui rappelle qu'il n'est plus un gamin. La seule chose qui ait changé, c'est cette faille dans son assurance. Il avait toujours été fort pour nous deux. Il savait ce qu'il voulait, ou plutôt ce qu'il ne voulait pas — en l'occurrence, moi. Il avait toujours su être tendre avec moi, tout en gardant la distance suffisante. Et là, là... On aurait presque cru les rôles inversés entre nous deux.
Il lève la tête vers moi.
— Je ne sais pas comment j'ai pu passer un an sans me rendre compte à quel point tu es belle, tu es douce.
— Gaël, tu as trop bu.
Il me fait signe que non.
— Quand je t'ai vu arriver, ça m'a fait un choc. Honnêtement, je ne sais pas comment tu peux interpréter mes paroles, mais c'est comme si j'avais eu une révélation. Tu m'as manqué, en tout point. Ton amitié, notre complicité, nos moments privilégiés. Je ne comprends pas pourquoi je t'ai repoussée. À l'époque, c'était clair pour moi. On était juste amis. Maintenant, je me trouve con. J'ai certainement raté quelque chose.
Il se met à rire par gêne.
— Et je suis d'autant plus con de te le dire comme ça, en espérant que tu vas me tomber dans les bras.
Je pose ma main sur son bras.
— Ne dis pas ça.
Il me regarde dans les yeux. Son regard bleu. Triste. Je n'avais jamais vu ça dans ses yeux auparavant.
De nouveau, il me caresse les cheveux, mais il y a quelque chose de différent. Je ressens de l'électricité. Je ressens exactement ce que je ressentais avant lorsqu'il me touchait. C'est peut-être ça qui me pousse à lui dire :
— Je crois qu'une partie de moi t'aimera toujours, tu sais.
Ses doigts glissent le long de ma joue. Son pouce effleure mes lèvres. Il se rapproche de moi.
Enfin goûter à mon premier amour
Je n'ai jamais pu goûter à mon premier amour. Je pensais que jamais je n'aurais l'occasion. Il se penche vers moi, m'embrasse. C'est indescriptible : mon cœur retourne à l'époque du lycée. Je lui rends son baiser. Un baiser si attendu, si espéré, si rêvé.
Nous nous allongeons en continuant à nous embrasser. Il n'y a plus rien. Juste Gaël, juste moi, juste mes sentiments du lycée.
Nous passons la nuit ensemble.
Les autres ont pensé que nous avions discuté, que nous avions mis les choses au clair entre nous. Ils ne se sont pas étonnés que nous dormions ensemble. Nous l'avions tellement fait sans que rien ne se passe.
Le lendemain, nous nous séparons sans un mot. Nous savons tous les deux que nous ne nous reverrons pas, que cette nuit sera unique.
Je ne m'en veux même pas vis-à-vis de Thomas. Je n'y parviens pas. Je l'aime, mais je me le devais de vivre cela avec Gaël. Je me devais de goûter à mon premier amour.