Extrait du site https://www.france-jeunes.net

Moi, Julie, petite conne avec grosse brisure...


17 ans. Première fois. Moi, l'anorexique. Lui, le rugbyman. Les contraires s'attirent. S'aiment à en crever. Puis s'écorchent. La plus faible se fait salir, violée dans l'âme par l'image parfaite d'un prince charmant. Parce que cette agression est une réalité, et que ma réalité à moi a failli me coûter une vie...



L'anorexie c'était mon obsession, depuis deux longues années. Contrôler ma vie, puis celle des autres. Contrôler chaque centimètre de mon corps, et lui faire du mal, toujours plus, pour le punir d'avoir des envies.

Etre une fille c'était toutes ces choses dégueulasses auxquelles toutes les autres étaient déjà préparées depuis leur plus tendre enfance. Moi, j'étais l'ignorance même.

Et ce jour-là, quand être une femme prend tout son sens, quand on dépose avec dégoût une couche énorme sur le fond de votre culotte de petite fille, j'ai su. J'ai su qu'il fallait trouver un moyen d'être une petite fille, à jamais.

Mais la maladie reste la maladie. Les petits-amis s'enchaînent, vous brisent tous un peu plus à chaque fois, la dépression pointe son nez et le dégoût profond et suintant de vous-même fait son petit chemin dans un corps qui ne ressemble plus à rien.

Le reflet de moi-même, sur ce visage décharné et creux, c'était plutôt la mort, l'envie d'en finir.


Mais le prince charmant arrive

Beau, colossal, protecteur.
J'attendais de lui qu'il me nourrisse, qu'il me gave de vie. Qu'il me montre le plaisir, le bonheur, l'avenir.

La maladie reculait, la folie laissait place à l'amour.

Il passait du temps à glisser ses doigts sur mes os, sur mes côtes, il était doux. "On pourrait presque te briser d'une pression du doigt".
Il m'a réappris à aimer mon corps, à lui redonner la vie petit à petit. Les heures semblaient des mois, et les mois des années.

Em trois semaines, j'étais une autre. Plus pure, plus resplendissante que jamais. Un vrai conte de fée. L'envie de mes amies m'embaumait le coeur, l'avenir était passé d'une chambre d'hôpital à une grande maison de campagne remplie d'amour.


Fellure

3semaines passent encore.
Il craque. Je lui cède, je le veux lui pour ma toute première fois. Il me porte jusqu'à mon lit, déchire mes habits, m'admire et...

Je crie. Fort. Il est si brutal qu'il me fait mal. Il me transperce de douleur, de dégoût. Mais rien à faire, il ne veut pas s'arrêter.

Se débattre ? Inutile, il est si fort, mon homme. Je pleure, je n'en peux plus de souffrance. Il s'excite, se donne du plaisir à travers moi, gobe mon bonheur comme un vampire affamé.
Mon coeur cogne ma poitrine si fort que je le sens presque exploser lui aussi.

La vie qu'il m'avait offerte, il trouve normal de la reprendre par la violence. Par un viol.

3heures de larmes et il s'en va, content.
Mon lit est saccagé, il sent son parfum de mec. Je le défais, je lavec les draps trois fois de suite. Mon dos est bousillé, j'ai des courbatures partout. Mais le physique n'est rien... Au-dedans, il s'est niché tout un monde nouveau. Plus noir, plus terrifiant que celui de mon anorexie.

Je ne compte plus ces nuits, l'oeil alerte et les mains moites, à le voir sur moi, derrière moi, empoignant mes hanches pour que je ne puisse plus m'enfuir. Je le revois sourire, de ce sourire qui me fait peur désormais, qui a donné à mon corps l'envie sadique de m'imposer trois crises d'angoisse par jour.
Il m'a tué. Toute entière.

Mais si je revis aujourd'hui, c'est d'un soleil nouveau : quoi qu'on en dise, l'amitié est le meilleur remède et la meilleure psychothérapie qui existent...

*+* A toutes celles qui ont vêcu ca, dans l'incompréhension générale et la honte d'en parler. *+*
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